‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 10 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

!M) LF/nUE DAHAILAIU)

était alors veuve, âgée de quatre-vingt-quatre ans, et elle demeurait sans cesse dans le temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeunes et dans les prières. Étant donc survenue en ce môme instant, elle se mit aussi à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption dans Jérusalem. »

Observez tout ce que dit Tévangéliste ; examinez avec quelle attention il loue cette veuve, et quel éloge il fait de sa supériorité. II parle d'abord du don de prophétie dont elle jouissait depuis long-temps, de son père, de sa tribu, des sept années de virginité qu elle passa avec son mari, du temps de ce long veuvage qu'elle avait saintement consacré au Seigneur , de son assiduité au temple; ensuite de ses jeûnes, de sa prière continuelle, et de ses actions de grâces, et de cet esprit de prophétie qui lui fit annoncer la naissance du Sauveur promis; et le même évangéliste , en parlant plus haut de la vertu de Siméon , ne dit pas qu'il eijt le don de prophétie; il ne met en balance ni sa continence, ni ses jeûnes, ni son exactitude à servir le Seigneur, et il ne parle point des effets de sa prédication.

Cette vie de sainteté et de perfection me paraît aussi partagée par ces véritables veuves dont parle l'Apotre en écrivant à Timothée : « Honorez, dit-il, les veuves qui sont vraiment veuves. » Eusuite : (f Mais ({ue la veuve qui est vraiment veuve et abandonnée espère en Dieu et persévère jour et nuit dans les prières et les oraisons. Faites-leur entendre ceci, afin qu'elles se conduisent d une mjmière irrépréheiisibhv » Il ajoute : «Si quel(|u un des fidèles a

A iii:l<hsk 01

(les \(Miv<»s ({iii lui soient pr*» lies, (|u il leur «Innnc rr (|mi li-iir rsl li(T('Ssain\ cl (juc ri'î;;lis(' ii Cn snil |»iis rliar^n- , niiti (|ii rllr |hhss<! tMitn't(Miir(M'll(*s (|ui son! Maiincnl xmivi'h. »> Il iip|M'llr vniii's vimivch (M'll('S(|ni n Onl pas (h'slionon'' leur \<Mivai:«' p.ir de mm (mkIi's nnci's, cl (|ui se son! consacn'rs au S(M<^ii(Mir nni<}U(>inrnl par (ii'votion. Il les (lit abandonnées, j)ar('«' (HiCllcs onl n*non<'r à tout sans s Atrc réservé la moindre consolation sur la terre . on parce rpiCllcs n ont personne j>onr |)rcndre soin d Cllcs. ( -e sont celles-là (ju il ordoinie d honorer et d (Milretenir an\ dépens dclK^^lise, comme des propres revcMUis de Jésns-( .Inist leur époux.

C'est aussi parmi elles qu il recommande expressément de choisir les diaconesses, lorstju'il dit : « Que celle qui sera choisie pour ùtre mise au ranp: des veuves n ait pas moins de soixante ans , qu ClIe u ait eu qu un mari , et qu on puisse rendre témoignage de ses bonnes œuvres : si elle a bien élevé ses enfants; si elle a exercé l'hospitalité ; si elle a lavé les pieds des saints ; si elle a secouru les aflligés; si elle s est appliquée à toutes sortes de bonnes œuvres; mais n'admettez point eu ce nombre les jeunes veuves. »

Saint Jérôme dit à ce sujet : « Évitez de revêtir du ministère sacré du diaconat les veuves qui sont jeunes ; elles pourraient donner plus de mauvais que de bons exemples. Leur âge est plus fragile et plus incliné vers la tentation; et, faute de cette expérience qui s'acquiert avec l'âge, elles pourraient devenir un sujet de scandale plutôt que d édification. » Le fâcheux exemple qu il faut redouter de la part des jeunes veu>e5 est clairement si<;iial(''

par rA[)olre. L expérience ne lui laissait aucun doute à cet égard, et il veut prévenir par ses conseils un semblable danger. Après avoir dit : u iN'admeltez point les jeunes veuves, » il donne aussitôt la cause de son sentiment , et indique le remède préservatif qu'il faut employer : (( Parce que, la mollesse de leur vie les portant à secouer le joug de Jésus-Christ, elles veulent se remarier, ayant leur condamnation en ce qu'elles ont faussé leur première foi. Et avec cela aussi étant oisives, elles apprennent à courir de maison en maison, et non seulement elles sont oisives, mais encore causeuses et curieuses , s'entretenant de choses dont elles ne devraient point parler. J'aime donc mieux que les jeunes veuves se marient, qu elles aient des enfants, qu'elles gouvernent leur ménage, et qu'elles ne donnent aucune occasion à l'adversaire de médire. )) Adoptant la prudence de 1 Apôtre dans le choix des diaconesses, saint Grégoire écrivait ainsi à Maxime , évoque de Syracuse : « Nous vous défendons très-expressément de nommer de jeunes abbesses; que votre fraternité ne permette point qu'aucun évèque donne le voile à une vierge sexagénaire, avant de s'assurer que sa vie et ses mœurs ont toujours été irréprochables. »

Celles que nous appelons actuellement abbesses s'appelaient autrefois diaconesses, comme étant plutôt servantes que mères ; car les diacres sont a|)pelés serviteurs, parce qu'ils étaient censés tirer ce nom plutôt de leurs offices que de l'autorité épiscopale, ainsi qu'il est prouvé par les exem|)les et les paroles du Seigneur : « Celui qui csl le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »

A Mir.OlSK. »3

Kiisui((' : '< (,)ii«'l c^t l<' plus ;^'niiii) dr rrliii (|Mi cHt il tiihlr ou de (M'Iui (|iii sert ? NtMiMiioiiis , je mus .m inilini (l(> vous roiniiir crliii ({ui S(mI. ') 1,1 .iillciirs : « (loinmc le Mis de I Ikhiuiic u'r'sf pas vtMUi pour (Mir S('i\i, mais poursciNir les aiiln'S. » ( i l'st sur ce prtVcpIc (lu Sci^MUMir (pic saint .h'MAmc osa rcprciidn' fortement |)lusieurs al)l)(*s ipii ('laieiil cnorLineiIlis de ce litre, en leur rappelant ce passade de 1 ('pître aux (ialates : <( Aldn' , dit-d, est nu mot lu'hrcu ipii si«i!uli(î pi'rc. Puis(|u'il a donc cette si^Miilication dans la iaiiiiue lu''biai(jue , et (|ue le Seigneur ordonne dans | Kvanj^ilc de ne donner \v. nom (l(^ \)cv{) (ju à Dieu , j if^nore (1(; (juelUî aut()rit('' nous donnons ce nom à d'autres, ou nous souffrons (ju'il nous soit domu'. (]e précepte vient (également de celui (jui nous d('fend de jurer. Si nous ne jurons pas, ne donnons donc le nom de pi're à personne; car si nous interpr(''tons diff(jremment la défense de donner à tout autre qu'à Dieu le nom de \)m , il faut aussi adopter une autre doctrine du jurement. »

Il est certain que du nombre des diaconesses était Plurbé, que 1 Ap(')tre recommande si fort aux Romains, lorsquen j)riant pour elle, il dit : (( Je vous recommande notre sœur Pbœbé, diaconesse de l'église qui est au port de Cenchrée , afin que vous la receviez au nom du Seigneur comme on doit recevoir les saints, et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous; car elle en a assisté elle-même plusieurs, et moi en particulier. )) Cassiodore et Claude, en citant ce passage, assurent aussi qu'elle fut véritablement diaconesse. Le premier dit :

94 LETTRE D'ABAILAKD

« L Apotre assure qu'elle fut diaconesse de ! église-mère, usage qui est encore suivi aujourd'hui chez les Grecs. L'Eglise ne leur refuse pas non plus le pouvoir de baptiser. » Claude dit : « Ce passage nous enseigne que c'est par l'autorité apostolique que les femmes ont été établies dans le ministère de 1 Eglise, et que Phœbé, si fort recommandée par l'Apôtre , avait été investie de ces fonctions dans l'église de Cenchrée. » Le même saint Paul, dans sa lettre à Timothée, comprenant les femmes parmi les diacres, leur prescrit la même règle de conduite ; car, en ordonnant les degrés du ministère ecclésiastique, il descend ainsi depuis l'évêque jusqu aux diacres : « Que les diacres soient honnêtes et bien réglés ; qu'ils ne soient point doubles dans leurs paroles, ni sujets à boire beaucoup de vin; qu'ils ne cherchent point de gain honteux, mais qu'ils conservent le mystère de la foi avec une conscience pure. Ils doivent aussi être éprouvés auparavant , puis admis au sacré ministère, s'ils sont sans reproche. Que les femmes de même soient chastes, exemptes de médisance, sobres, fidèles en toutes choses. Qu'on prenne pour diacres ceux qui n auront épousé qu'une femme, qui gouvernent bien leurs enfants et leur propre famille. Car ceux qui s'acquitteront bien de leur devoir s'élèveront et acquerront une grande foi en Jésus-Christ. »

Or, ce que l'Apolre dit des diacres, ((qu'ils ne soient point doubles dans leurs paroles , )> il le dit des diaconesses : « qu'elles soient exemptes de médisance. » Il demande de la sobriété dans celles-ci, lorscju il dil nux antres de n être pas adoiniés au \in;

A iiu.oïsi: «;,

(Milin il nMilrnnr 1rs pmcplrs siiivuiitit en ci* |mii dr rnoK u (^)iM'llrs soiriit lidAIrs en toiilrs rhosos. » Car, ainsi <|ii il m; X'iil pas (|ur les «'x'^ijnrs cl les diacnîs soinil rliis pariiii < riix (jiii ont rtt' inarii's deux lois, de m^mr il ncuI (juc 1rs diucoiie»î4eîi soiiMil siMiiniscs à la iiK^rnc loi, conimr nous I a\ons dcjA dit j>lii<i haut. ((^110 (('Ile, dit-il, (|ui sera clioisic jtoiii rire mise au ranjî des veuves ait au moins soixante ans, (ju'elle n ail eu (|u un mari, cl (ju'on |)uissc rendre IcMnoifjnnfze de ses hoiines (inivres; si elle a bien élevé ses enfants; si elle a exercé l'hospitalité; si ell(^ a lavé les |)ieds des saints; si elle a secouru les arilijj;és ; si eUe s'est applicjuée à toutes sortes d(» bonnes œuvres. Mais n'admettez |)oiiit en ce nombre les jeunes veuves. » Il est aisé de voir combien l'Apotre recommande plus d'attention dans le choix des diaconesses que dans celui des évéques et des diacres , lorsqu'il dit : (c Qu'on puisse rendre témoignage de leurs bonnes œuvres, qu'elles aient exercé l'hospitalité. )> Il ne fait pas cette observation pour les diacres, et n'exige pas d'eux, non plus que des évéques, qu'ils aient lavé les pieds des saints, secouru les affligés, etc. Il se contente de dire que les évéques et les diacres soient sans reproche. Mais il veut non seulement que les femmes soient irrépréhensibles, mais encore qu'elles aient toujours fait de bonnes œuvres. Il fixe leur âge avec soin, pour qu elles aient plus d'autorité, en disant: ((Pas au-dessous de soixante ans,» afin que les bonnes œuvres de leur vie, jointes à l'expérience de la vieillesse, inspirent plus de respect.

OC) LETTIU: DAliAILAUl)

Aussi Jésus - Christ , malgré son amitié pour saint Jean, lui préféra-t-il saint Pierre , ainsi qu'aux autres , en raison de son âge; car on est moins oflbnsé de céder le pas à un vieillard qu'à un jeune homme , et l'on se soumet plus volontiers à celui qu'une vie sainte, et la nature et l'ordre des temps, ont mis audessus de nous.

Saint Jérôme, dans son livre contre Jovinien, dit, en parlant de l'élection de saint Pierre : « Un seul est choisi , afin d'ôter l'occasion du schisme par l'établissement d'un chef. Mais pourquoi Jean ne fut-il pas élu? C'est que Jésus-Christ a déféré à l'ûge, parce que Pierre était plus vieux, et pour ne pas donner à un jeune homme , encore presque enfant, la préférence sur des vieillards. En bon maître il devait ôter à ses disciples tout sujet de querelle et ne pas exciter de jalousie en choisissant son bienaimé. »

C'est par cette considération que 1 abbé dont il est parlé dans la vie des Pères ôta la prélature à un frère plus ancien de profession, pour la donner à un autre qui vint après lui , par la seule raison qu'il était plus âgé. Il craignait que ce frère, encore trop attaché au monde , ne su})portAt avec peine la préférence que l'on donnerait à un plus jeune. Il se souvenait de 1 indignation des apôtres contre deux d'entre eux , qui se servaient de 1 intercession de leur mère pour obtenir de Jésus quehjues prérogatives; car cette ambition paraissait surtout condamnable dans le plus jeune des apôtres. C était Jean lui-même duquel nous venons de parler.

\ iirj.oïsi:. 97

li«' choix (les (li.icfmcsscs ii Cst ims ic stnl i rvcitcr l.i \i^iluiice (l(^ l'ApAlrr; celui «les nciinc^ «jui v<nn!niH'iit sv. coiisai ht A î)i«Mi est aussi I Objet <le s(mi attention paiiiciilière. On \oit (|iril vent (iloifi;ner (I «'Iles l«)ules les lenlalions. Après avoir «lit : (< llononî/ les veux's (|iii s«Mit véritahlenient veuves, >) il ajoute aussitôt : (( Si (|uel([ue veuve a «les lils ou «l«'S |»etits-(ils, (ju <îlle apprenrH* d'abord à conduire sa maison, el à leur inspirer l«' resp«'«t (ju ils doivent à lours parents.» «Si (juol<ju'rni , «lit-il plus loin , n'a pas soin dos siens, et surtout de ceux de sa maison, il a n'iionré à la foi, el il est pire qu'un infidèle. » Par ces paroles, il satisfait en m/^me temps h la dette de l'humanité et aux devoirs de la religion. De peur que sous le prétexte de la religion de pauvres orphelins ne soient abandonnés, et que la compassion humaine envers des malheureux ne nuise aux vœux des veuves et à la sainteté de leur état, ne tourne leurs regards en arrière, quelquefois même ne les conduise au sacrilège , et ne les engage à donner à leurs proches ce qu'elles détourneraient de la communauté.

Il était donc bien nécessaire d'avertir celles qui sont encore chargées de famille , avant qu'elles passent à un véritable veuvage, et qu'elles se consacrent absolument à Dieu, de rendre à leurs parents ce qu'elles ont reçu d'eux , et qu'elles suivent la même loi en élevant leurs enfants comme elles ont été élevées elles-mêmes par leurs parents.

Le même apôtre , pour augmenter encore la perfection religieuse des veuves, leur ordonne d'assister à loffice , et de prier nuit et II. 13

98 LETTllE 1) ARAILAUl)

jour. Également inquiet sur leurs besoins , il dit: (( Si quelque fidèle a des veuves qui lui soient proches, qu'il les secoure, et que I ï^^lise ne soit chargée que de celles qui sont véritablement veuves. )> C'est comme s'il disait : Si quelque veuve tient à une famille riche qui puisse subvenir à ses besoins, qu'elle en soit secourue, afin que les revenus de l'Église puissent subvenir aux autres. Cette doctrine prouve clairement que si quelqu'un refuse de secourir les veuves qui lui appartiennent, l'Église peut le contraindre, par l'autorité apostolique , à s'acquitter de cette dette. L'Apôtre ne s'est pas contenté de pourvoir à leurs besoins, il a songé à 1 honneur qui leur était dû, en disant : « Honorez les veuves qui sont véritablement veuves. »

Telles furent ces deux femmes que l'Apôtre et saint Jean l'évangéliste appellent du nom de mère , et de maîtresse ou dame , par respect pour la sainteté de leur état. « Saluez, dit saint Paul dans une lettre aux Romains, Rufus, qui est élu dans le Seigneur, et sa mère, qui est également la mienne. » Saint Jean commence ainsi sa seconde épître : « Le plus ûgé à ma dame Électe et à ses enfants; » et ajoute plus bas, en lui demandant son amitié : u Actuellement je vous prie, ma dame, que nous nous aimions l'un l'autre. »

Appuyé de celte autorité , saint Jérôme , dans sa lettre à la vierge Eustochie , (jui avait embrassé votre profession, ne rougit pas de l'a|)peler sa maîtresse, et môme il rend compte aussitôt de la raison qui l'y oblige. (< Jap[)elle Eustochie ma maîtresse, parce

\ iii:i.()isi: «M)

qiK* (' est iiiiisi (juc J(mI<ms uppclrr IrpoiisiMlr innii (liviii innitre.» \\{ (Ijiiis lii inc'^mc Iclln', ('Irvaiil IVxrcIN'rK r dr < ri l'Ial iiu- (l(\ssiis (le loiilc la ^loin* liuiniiiiM', il (ii( : '< .Ir rir mmi\ pan f|ii(; vous ('()ininuiii4|iii(;z avoc les dames du niniid(> , (juc vous rmjuciitioz les maisons des nohirs , cl (|ur v(njs visitiez souvent ce <|ue vous avez rejeté et méprise'' eu consacrant votre vir^rinilé au Seif;iieur. Si I ambition poussif le Ilot des courtisans au hîver de l'impératrice, |)our(|uoi feriez-vous injure A votn; époux? Fiancée d un DitMi , pounpuii rendriez-vous des devoirs à I épouse d un homme? IVMiétrez-vous d un saint orj^ueil , et sachez que vous ^les hien au-dessus d'elle. »

Le même Père, en écrivant à une vierge consacrée à Dieu sur le bonheur céleste qui attend ses vertueuses compagnes , et sur le respect qui leur est dû sur la terre , dit : u Après le témoignage des saintes Ecritures, la pratique inviolable de 1 Église vient encore nous enseigner quelle est la béatitude réservée dans le ciel à cette virginité sacrée , et nous apprendre qu'un mérite particulier s attache à cette consécration spirituelle. Eu effet , quoique tous les chrétiens participent d'une manière égale aux dons de la grâce , et se glorifient de recevoir les mêmes bénédictions par les sacrements, les vierges cependant l'emportent sur les autres fidèles, puisqu'elles sont choisies par l'Esprit saint dans ce troupeau sanctifié, comme des victimes plus saintes et plus pures que le grandprètre offre à Dieu pour le service de ses autels... La virginité a donc un mérite au-dessus des autres, puisqu elle obtient spécia-

lement la grâce, et qu elle jouit du privilège d'une consécration qui lui est particulière; consécration si auguste quelle n'est point permise, excepté le cas de mort imminente, à d'autres époques que le jour de l'Epiphanie, l'octave de Pâques et les fêtes des Apôtres. Et même il n'appartient qu'au chef des prêtres, c'est-à-dire à l'évêque, de procéder à la bénédiction des vierges et du voile qui doit couvrir leurs têtes sanctifiées. »

Pour les moines, quoiqu'ils soient de même profession et de même ordre et d'un sexe plus noble, d'ailleurs à mérite égal de pureté, ils ne jouissent pas de ces distinctions honorables; il est permis à leur abbé de recevoir leurs vœux chaque jour indifféremment, et de bénir leur personne et leur habit. Les prêtres et tous ceux qui sont admis dans les grades de la cléricature peuvent être ordonnés dans les Quatre-Temps , et les évêques chaque jour de dimanche; mais la consécration des vierges, d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare , est réservée comme une cérémonie d'allégresse pour les fêtes les plus solennelles.

Cette admirable vertu des vierges excite dans T Église les tressaillements d'une joie extraordinaire, ainsi que David l'avait prédit par ces paroles : « Des vierges seront amenées au roi ; » et ensuite: « Elles lui seront présentées dans la joie et dans lallégresse, on les amènera dans le temple. » Ofi croit que saint Matthieu, I apôtre et l'évangéliste , a institué ou dicté le rituel de cette consécration, et c est ce qui se trouve rapporté dans les actes de son martvre , car il mourut pour la défense de la virginité religieuse.

A 111:1. OISK. ini

Miiis jamais Irs a|»nlrr> in' imiis nul nni l.iis^r par rrrit toiuliaril la coiis/m ration «Irs clrns <•( «les moirirs. i * rsl aussi «lu nom de lu Saiiilrlé «pu* leur pnilrssiori n'li::i«Misr a lin'' li' sien , |niis<|n<* du mot Snnrtîmoiiia, ('csl-à-tlirc siunlcli'. (I«'ri\(' ccliii de Saridimonialcs cm ntoiiiosscs. Kii cllct , l«' srxr des fcmm<'S «'tant jdiis rail)I(\I(Mir vertu est aussi plus a^rrahlc à Dieu et [dus parfaite à ses yeux, ainsi ((iril ledit lui-nu^fue en exhortant son A|)otre à eomhattre pour la couronne de la j^loire : « Ma f;rA('(; te suflit, rar c'est dans la faiblesse (jne la Nertu se perfectionne. »

C'est ainsi (|u'en parlant, par la l)ou(lie d<; cet Apolre», des menil)res de sou corps, (jui est l'Eglise, comme s'il eut |>rincipalemeut recommandé l'honneur aux membres les plus faibles , il lui fait dire dans cette in^me é|)ître aux (lorinthiens : (( Les membres de notre corps qui nous paraissaient les plus faibles sont les plus nécessaires. Nous honorons même davantage par nos vôtcmeuts les parties du corps qui paraissent les moins honorables , et nous couvrons avec plus de soin et d honnêteté celles qui sont les moins honnêtes ; car pour celles qui sont honnêtes elles n'en n'ont pas besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière qu'on rend plus d'honneur aux membres les plus fiiibles, afin qu'il n'y ait point de schisme dans le corps , mais que tous les membres conspirent mutuellement à s'aider les uns les autres. » ÎN'est-ce pas aux femmes qu'il a dispensé sans réserve les trésors de la grâce divine , quoique leur sexe fut plus faible et le moins noble , tant par le péché originel que par sa nature? Examinez-en les

102 LETTRE D'ABAÏLAUD

différents états, soit vierges , soit veuves, les femmes mariées et même celles qui vivent dans le plus honteux libertinage , et vous verrez en elles les plus grands effets de la grûce du Seigneur , selon les paroles de Jésus-Christ et de l'Apôtre : (c Que les premiers soient les derniers, et les derniers soient les premiers, et là où il y a eu abondance de péché , qu'il y ait aussi surabondance de grAce.

En effet , si nous remontons à l'origine du monde, nous trouverons que la femme, dès sa création, a été favorisée des dons de la grûce divine, et d'un honneur particulier. Elle fut créée dans le paradis ; l'homme fut créé hors du paradis; ce qui doit toujours rappeler aux femmes que le paradis est leur patrie naturelle , et que les pures régions du célibat les rapprochent de leur céleste demeure. C'est ce qui fait dire à saint iVmbroise, dans son livre sur le paradis : a Dieu prit 1 homme qu'il avait fait, et il le mit dans le paradis. » Or vous voyez qu'il a pris celui qui était déjà et qu'il la placé dans le paradis. Observez que 1 homme a été fait hors du j)aradis, la femme dans le paradis. L homme, qui a été créé dans un lieu moins noble que la femme, se trouve supérieur à elle, et la femme, née dans le paradis, se trouve inférieure à I homme.

Eve , la mère de tous nos maux, a été rachetée par Marie, dans le Seigneur, avant que la faute d'Adam eut été effacée par Jésus- Christ. La faute ainsi que la grâce nous est venue par la femme, et les saintes prérogatives de la virginité ont relleuri. Déjà Anne et Marie avaient donné aux veuves et aux vierges le modèle de la profes-

A iikloïsï: 10:1

sioii i'rli^i(Mis(*, avant 4|iii' .Icini mi les ;i|>otirs .iiml montre aiii iKunincs r('\('iii|il(' (le l.i Ml' iu()iia.sti(|iii>.

Si a|)r(^ Mv(* nous cxainiooiis la vrrhi Ai' Drlnmi , (Ir.luditli (ft <l IIsIImt, noms ('oiivirndroiis assiirrincnl (lu rlh* dml lairc! roui:ir In forrcilc I liominc Mii cllcl, l)«''l)ora, en (jiialili' de jiiu'»* dlsrai'!, se mil à la ltM('d(»rarinn%(|ui n'avait plus dt; généraux, livra hataillc, vain(|uil les cnnoniis, cl délivra le |mmi|iI(; de Dieu parle plus éclalanl des triomphes. Judith, sans armes, arcompaf^mMMrune servante, al(a(|ua inie arméi* terrihie , et seule, a|)rès avoir tranché la tiMe d llolopherne avec sa propre cpëe, elle (h'iit l'ennemi, et sauva la cause désespérée de son peuple. Esther, par une ins|)iration secrète de l'Esprit saint, quoique mariée contre la loi à un prince idolâtre, prévient la perfidie d'Aman et ledit cruel qu il avait surpris au roi, et en un seul instant fait retomber sur l'impie la terrible sentence.

On regarde comme un prodige de force et de vertu que David avec une fronde ait vaincu Goliath; et la veuve Judith, sans pierre et sans fronde , et sans le secours d'aucune arme , s'avança contre toute une armée ennemie. Esther par sa seule parole délivre son peuple, et tournant contre ses ennemis le décret de proscription, les précipite eux-mêmes dans le piège qu'ils avaient tendu. C'est en mémoire de cette action remarquable que les Juifs ont institué une fête annuelle, ce que jamais ils n'ont fait pour les actions d'aucun homme, même les plus héroïques.

Qui n'admirera pas l incomparable courage de cette généreuse

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