LETTUE 1) A BAI LA RI
mère des Macliabécs, que I impie roi Anlioclms, selon l'histoire, fit saisir avec ses sept enfants, et cette constance contre laquelle échouèrent tous les efforts des bourreaux pour leur faire manger de la chair de porc, défendue par la loi? Cette mère, oubliant tous les sentiments de la nature et de l'humanité pour ne voir que Dieu seul , consomma par son propre martyre tous ceux qu'elle avait déjà soufferts dans la personne de chacun de ses fils, après les avoir envoyés devant elle, par ses exhortations, à la couronne céleste qui les attendait. Feuilletons tout l'ancien Testament : que trouverons-nous qui soit comparable à la fermeté de cette femme?
Le démon, après toutes ses vaines persécutions contre le saint homme Job, connaissant la faiblesse humaine aux approches de la mort, dit : (f L'homme donnera la peau d'autrui pour conserver la sienne, et tout ce qu'il possède pour sauver sa vie. » En effet, l'horreur que nous inspire l'instant de la mort est si naturelle, que souvent nous opposons un membre pour la défense de l'autre, et que pour conserver notre vie nous n'appréhendons pas les plus grands maux. Cette héroïne chrétienne a préféré de perdre sa vie et celle de ses enfants , à la coupable pensée de transgresser la loi dans un seul point. Quelle est donc, je vous prie, cette transgression à laquelle on voulait la forcer? L'obligeait-on de renoncer à son Dieu et de sacrifier aux idoles? Non , on ne leur demandait à tous que de manger des viandes défendues par la loi. 0 mes frères, et vous tous qui avez embrassé la vie monastique, qui transgressez tous les jours notre règle d une ma-
A llKLOiSi: lOTi
ilirrc si audaciiMisc en niiiii;;(Miil des M;iii(it's (|ii rili! vous dér«Mi(l , <ju'opj)<>S(»/-V(»us n l.i Icrmcl»'' di* crlti' rrimiir ? Ftrs-voii» ass(*/. iiisoiisihics pouriiT^tn^ |)as ((mfondtis par un pan'il exemple? Sacluv., mes Irèrcs , le reproche «pic l('S('i;;ii(Mir laïf aux im r<*diil(,'S (Ml |>arlaii( de la reine du Midi : « ï^a reiiiiî du Midi s chîvera au jour du ju;:;enienl («Mitre «'elle ^éiiéralioii et la coinlainiiera. » I.a constame de celle leinine déposera d auliint [)lus coiiln; vous, «jin* son action aura été plus coura«^euse, et que vous ^tcs plus iiitim<îineiit dévoués par étal à la prolessi«)n religieuse. Aussi, en faveur du combat «pielle a soutenu si courageusement, a-t-elle mérité que l'Kjilise institui\t une messe et des prières commémoratives de son martyre ; honneur qui jusqu'alors n'avait été accordé à aucun des saints dont la mort avait précédé la venue du Seigneur. Cependant la môme histoire des Machabées nous montre Eléazar , ce vieillard vénérable , l'un des premiers scribes de la loi, mourant clans les supplices pour la môme cause. C'est, nous l'avons déjà dit , que le sexe de la femme étant plus faible, son courage est aussi plus agréable à Dieu et plus méritoire ; et le martyre du pontife n'est point célébré par une solennité particulière , parce que l'on ne s'étonne point que le sexe le plus fort soit aussi le plus patient à souffrir. Aussi l'Écriture se répand en éloges sur cette même femme : (( Cependant, dit-elle , cette mère admirable , et digne de l'éternel souvenir des fidèles , voyant succomber en un même jour ses sept enfants, supportait constamment leur mort, à cause de l'espérance qu'elle avait en II. 14
lOG LETTRE D'ABAH.AUI)
Dieu; remplie de sagesse, et mêlant à la tendresse dune femme le courage le plus viril , elle exhortait fortement cliacun d'eux. »
La fille unique de Jeplité n'a pas fait moins d'honneur à son sexe parmi les vierges. Pour que son père ne fût pas même coupable de la violation d'un vœu imprudent, pour que la victime promise répondît à la grâce dont il venait d'être comblé , cette généreuse fille excitait elle-même son père vainqueur à consommer le fatal sacrifice. Qu'aurait-elle donc fait , si , dans cette arène sanglante des martyrs , les infidèles avaient voulu la forcer de renier son Dieu? Si elle eût été interrogée, comme le prince des apôtres de Jésus-Christ, aurait-elle dit : (( Je ne connais point cet homme?» Son père l'abandonne à sa liberté pendant deux mois ; elle revient, h leur expiration , s'offrir au couteau paternel. Elle va au-devant de la mort, et la provoque au lieu de la craindre. Elle paie de son sang le vœu insensé de son père, et le dégage de sa parole aux dépens de sa vie. 0 glorieux amour de la vérité ! Quelle horreur n'aurait pas eu pour un parjure personnel celle qui n'a pas permis celui de son père? L'amour de cette vierge pour son père charnel et pour son père spirituel n'est-il pas sans bornes? En même temps que par sa mort elle épargne au premier un mensonge, elle satisfciit à la promesse faite A l'autre. Cette grandeur dame dans une jeune vierge a mérité que les filles d Israël s assemblassent chaque année dans un même lieu pour célébrer ses funérailles par des hymnes solennels et j)I(mi-
A 111:1. OiSL. 107
KM', avt'c tous li's trinoi^na^i's d iinc |iieub4r (oininiM'rulioii, 1 iuiKU'iMilc virr;^«» iininoKW.
Mais, pour ne. pas nous arrAln* (iavauta^r aux (:\(!m|ilrs , (ju'y a-(-il (Ml (le plus ntrcssuiro A notre rrdcniplion <'t au salut du monde entier (juc k*se\e(jni a en-zendréle Sau\enr? ( lelte leinme ((ui , la première, osa forcer la cellule dt; saint lliiarion, opposait A sn surprise lu grandeur de celle |»réro^alive , lors(ju'elle lui dit : (( lN)ur(|uoi détourner les yeux? |ioni(jM()i loir une su|>pliant<î? Ne songez jms que je suis femme, mais <|uc je suis malheureuse! Ce sexe a enf;endrt; le Sauveur! y Quelle gloire pourra ("^tn; comparée i\ celle que ce sexe a acquise dans la mère de Jésus-dhrisl?
Notre 11 édempleur, qui a formé la femme du corps de lliomme, pouvait aussi bien naître d un homme que d une femme ; mais il a fait tourner à l'honneur du sexe le plus faible son humilité même, pour montrer combien elle lui était agréable. Il aurait pu choisir dans la femme une autre partie plus digne de présenter au monde un Dieu naissant, que celle qui met au jour les autres hommes, conçus et enfantés parla même voie impure; mais, à la gloire incomparable de ce sexe faible, il a bien plus ennobli 1 organe générateur de la femme par sa naissance qu il n a purifié celui de 1 homme par la circoncision. Abandonnons un instant l'examen de cette gloire, qui est lapanage des vierges, et parlons des autres femmes, ainsi que je vous 1 ai annoncé.
Voyez la grandeur de la grâce que larrivée de Jésus-Christ a répandue aussitôt sur Elisabeth , qui était mariée , et sur
i08 LETTRE DABAILAHI)
Anne, qui était veuve. Zacharie, mari d Elisabeth, et grand-prôtre du Seigneur , n'avait pas encore recouvré la parole, que son incrédulité lui avait fait perdre, lorsque, à l'arrivée et à la salutation de Marie, Elisabeth, remplie de l'esprit de Dieu, sentit tressaillir son enfant dans son sein, et erv prophétisant la première que Marie avait conçu, devint ainsi plus que prophète. Elle l'annonça sur-lechamp, et elle excita la mère du Seigneur à glorifier Dieu des grâces dont il la comblait. Le don de prophétie paraît plus accompli dans Elisabeth , qui a connu aussitôt la conception du Fils de Dieu, que dans saint Jean , qui ne l'annonça que long-temps après sa naissance. Ainsi que j'ai appelé Marie-Madeleine l'apôtre des apôtres , je ne crains pas d'appeler celle-ci prophétesse des prophètes, conjointement avec Anne, cette sainte veuve dont je vous ai longuement parlé.
Si nous examinons jusque chez les Gentils ce don de prophétie , que la sibylle paraisse ici la première, et qu'elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. Si nous comparons avec elle tous les prophètes , Isaïe lui-même , qui, suivant saint Jérôme , est moins un prophète qu'un évangéliste , nous verrons encore que cette grâce est bien plus éminente dans cette femme que dans tous les hommes. Saint Augustin voulant se servir de son témoignage contre les hérétiques , leur dit : « Écoutons la sibylle, leur devineresse, au sujet de Jésus-Christ :
« Le Seigneur, dit-elle , a donné aux hommes fidèles un autre Di(Mi i\ adorer; reconnaissez-le |)our son Fils. »
A IIIJ.OISK lO'J
[)aiis un autre riidioil , «Ile ji|)|M'||r svml>(»|r |r liU ilr hiru, c rstà-dinM'oiisrilIcr. \\\ \r pr()|ilir((' Ismr dit : u II srni {ipprl/* i ndiiiiral»l«*, I»' ((Hiscillcr. » Saiiil Aii'zustin . dans le livre di\-lmilirnn' de la dit/' de Dieu, dit riicfue : « ^Jm(I(|iics-imis ra|ijn»i I<iiI (jim! dans re tenn>s-lj\ la sibylhî d Krytlirée avait lait celle |irédi(:ti(in ; d'autres anirnient que e Csl pluhM (elle de ('-unies. » Qu<d(|u un traduisit (Mi \ers latins les vin^t-sepl \ers j;rees dont la jtrédiction est composée. Voiei le sens de (pu'hpies-uns :
(( l'.n signe du juf:;ement, la terre se mouillera de sueur : ini roi, (|ui doit vivre dans tous les sièrles , descendra du <iel , revelu d un corps humain, pour ju^ier l'univers. »
En rtHinissant les premières lettres de chaque vers grec, l'acrostiche donne : « Jësus-Christ, fds de Dieu, Sauveur.»
Lactauce cite aussi plusieurs prophéties de la sibvlle au sujet de Jésus-Christ :
(( Il tombera ensuite , dit-elle , dans les mains des infidèles ; ils donneront à Dieu des soufflets avec leurs mains incestueuses , et de leur bouche impure ils vomiront contre lui des crachats empoisonnés. Mais il présentera humblement à leurs coups ses épaules sacrées , et il recevra leurs soufflets en silence , de peur qu'on ne reconnaisse le Verbe , et que l'enfer ne soit instruit de son arrivée. Ils le couronneront d'épines : pour nourriture ils lui donneront du fiel , et pour breuvage du vinaigre. Telle sera la table de leur hospitalité. Nation insensée! tu n'as pas compris ton Dieu, que tous les mortels disaient adorer, mais, au contraire, tu las
110 LETTUE D'AIIAIEAUI)
couronne d épines, et tu as môle le fiel dans sa coupe. Le voile du Icniple se déchirera, et au milieu du jour d'épaisses ténèbres couvriront la terre pendant trois heures; il mourra , et après trois jours de sommeil, sortant des enfers, il reparaîtra à la lumière pour marquer le principe de la résurrection. »
Virgile, le plus grand de nos poètes, connaissait sans doute cet oracle de la sibylle. Il y fait allusion dans sa quatrième églogue, où il prédit , sous le règne de César Auguste et le consulat de Pollion , la naissance miraculeuse d'un enfant qui devait être envoyé du ciel sur la terre pour effacer les péchés du monde et créer une ère pleine de merveilles. Cet événement avait été révélé au poète, comme il le dit lui-môme, par les oracles sibyllins de l'antre de Cumes. Il semble convier tous les hommes à se féliciter, à chanter et à écrire sur la naissance future de cet enfant divin , en comparaison duquel il néglige toute autre pensée comme vile et méprisable :
{( Muses de Sicile, chantons avec de plus nobles accents. Les arbrisseaux et l'humble bruyère ne peuvent plaire à tout le monde. Les derniers temps prédits par la sibylle sont arrivés. Les siècles vont se dérouler dans un ordre nouveau. La vierge est revenue , le règne de Saturne recommence. Une race nouvelle est envoyée du haut des cieux, etc. »
Pesez toutes les paroles de la sibylle, et vous verrez qu'elles renferment clairement ce que la foi chrétienne doit croire de Jésus- Christ. Et dans sa |)rophélie , dans ses écrits, elle n a oublié ni
A in.Loïsi: 111
sn (liviiiilt*, ni son Iniiiiaiiitc , m son nrrivn* |MMir 1rs deux jii^i?nuMiis : Ir jimniiT, (l.um lri|ii(| il ,i r\r iiiitmtciTirnt roiMl.-iiiHK* .iiiv tortures (le sa |)assi(Mi ; liiiiln' , |i.ir li-(|iir| il |iii:ri,i |iislr(iiriit \c. inoiulc n\cc toiilc sa majrsté. Ml <mi faisant nn'iition (!«' sa dvs- ('(Milc aux (Milcrs et de la j^loirc de sa résurrcclirui , rllc s'est r''l('vé(» au-dessus des |>ro|)lièt(S el ini^iue des évan;;<''listes , <[ui ri Onl presque rien dil de sa descente aux enfers.
Qui n'admirera |)asrenlrctien, aussi lonp <[ue finiilier, luqnel le (Jirist voulut bien s'abaisser avec cette femme jiaïerme de Samarie ? L'extri^me condescendance avec la(|uell(' il dai^Miail l'instruire excita I élonnement des apôtres cux-m(^mes ? Après l'avoir n^primandée sur son incrédulité et sur la multitude de ses amants, il alla jusqu'à lui demander à boire, ce qu il ne fit jamais dans la suite à personne. Ses apAtrcs surviennent, et lui offrent des aliments qu'ils venaient d'acheter, en disant : « Maître, mangez ; )> mais il les refusa, en leur disant, comme pour s'excuser : « J'ai une nourriture à man^^er que vous ne connaissez pas. » Il demanda lui-même à boire à cette femme , qui , refusant cette faveur, lui dit : u Comment vous , qui êtes Juif, demandez-vous à boire à une Samaritaine? car les Juifs n'ont pas coutume de communiquer avec les Samaritains, n Et enfin : « Vous n'avez pas de quoi puiser de l'eau, et le puits est très-profond. » Il demande donc de l'eau à une femme infidèle , qui lui en refuse, et il ne se soucie pas des aliments que ses apôtres lui présentent. Quelle est donc, je vous prie, cette prédilection qu'il accorde à la faiblesse de votre
sexe, pour demander de l'eau à une telle femme, lui qui donne la vie à tout le monde , si ce n'est pour montrer ouvertement que la vertu des femmes lui est d'autant plus agréable que leur sexe est plus faible , qu'il a soif de leur salut, et qu'il le désire avec d'autant plus d'ardeur qu'il est certain que leur courage est plus admirable; et lorsqu'il demande à boire à une femme, il fait entendre qu'il veut qu'elle étanche sa soif par le salut de son sexe. Il appelle celte boisson nourriture: (( J'ai, dit-il , une nourriture à manger que vous ignorez, » et il donne l'explication de cette nourriture , en disant : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père , » désignant ainsi que la volonté particulière de son Père est qu'il travaille au salut du sexe le plus faible.
Suivant l'Ecriture , le Seigneur eut un entretien particulier avec Nicodème, qui occupait le premier rang parmi les Juifs, et qui était venu le trouver secrètement, et l'instruisit sur son salut; mais il n'en retira pas un aussi grand fruit. La Samaritaine, au contraire, fut remplie du don de prophétie; elle annonça la veimedu Christ, non seulement chez les Juifs, mais encore chez les Gentils, en disant : « Je sais que le Messie , qui s'appelle Christ , doit venir ; lorsqu'il sera arrivé, il nous annoncera tout; » et que plusieurs citoyens, croyant à ses paroles, se rendirent auprès de Jésus- Christ , crurent en lui, et le retinrent deux jours avec eux, lui qui cependant dit ailleurs à ses disciples : « f^loignez-vous de la voie des Gentils, et n entrez pas dans la ville des Samaritains. »
Saint Jean rapporte bien que Philippe et André annoncèrent à
\ iiKLoisi:. lia
.lrsus-(iliri>t ((lie pliiMi'ur^ (jciitiU, (}iii claiciit nciius a JiTU.salom |M)m' V (M'Irbrcr un j«Hir «le fAh- , (Irsirairiit le voir ; m/iis il ut* dit )ms (|u ils furiMil ixliiiis , ni <|u à leur (ItMiiandi* il fut ncronlr uni* grAcc aussi cssi'iilicilc (ju à la S;nn.irit;iiin' , ijui niî I «naît [Xiiiil (Icniaiidrc. (l'est par «'Ile (ju'il ((nuinciira sa mission chez les (ionlils ; non scuIcmtMit il la conxMlil , mais jiar son mo\cn il se fil Ihn»ii(()U|) (le prosélytes, l^rs ma«»es , éclairés aussitôt par i étoile et convertis à ,Iésus-(lhrist , attirèrent à lui un ;;raii(l nombre (I hommes par leur doctrine et leurs exhortations , mais seuls ils rapprochèrent : ce (jui prouNe clairement combien hi Samaritaine obtint de confiance auprès des Gentils au nom do Jésus-Christ, puisque, le devançant , annonçant sa venue, et prêchant ce qu elle avait entendu , elle gagna si promptement à la vérité une grande partie du peuple de son pays.
Si nous feuilletions l'ancien Testament ou l'Ecriture évangélique , nous y verrions que les grâces les plus éclatantes de résurrection ont été accordées principalement aux femmes pour leurs morts, et quece n'est qu à leur sollicitation, ou pour elles-mêmes, que ce miracle s est opéré. D'abord Elie et Elisée ressuscitèrent des enfants à la prière de leurs mères; etleSeigneur lui-même, en ressuscitant le fils d une veuve, la fille du chef de la synagogue, et Lazare, à la prière de ses sœurs , a surtout privilégié les femmes du bienfait de ce grand miracle. Ce qui fait dire à 1 Apôtre, dans sa lettre aux Hébreux : (( Les femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection;» car cette jeune fille ressuscitée recouvra son proprecorps, II. 15
IIV LETTRE l) ARAILAIU)
et les autres femmes eurent la consolation de voir revivre ceux dont elles pleuraient le trépas. Des preuves nombreuses nous attestent donc la constante fiweur dont Jésus-Christ a honoré les femmes. Il voulut d'abord les combler de joie , en les rappelant elles-mêmes du sépulcre, ainsi que les personnes qui leur étaient chères : et n'ontelles pas obtenu le plus glorieux des titres quand le Sauveur leur apparut , puisqu'elles furent choisies pour être les premiers témoins de sa résurrection ?
Votre sexe paraît s être rendu digne de ces augustes témoignages par sa tendresse naturelle et sa pieuse compassion pour le Seigneur, au milieu de tout un peuple acharné. Car, selon saint Luc, lorsque les hommes le conduisaient au Calvaire pour le crucifier, leurs femmes suivaient en pleurant, et se désolaient. Jésus se retourna vers elles , et , tout ému des larmes de leur pitié , il leur fit entendre, à l'heure même de son supplice, les paroles de sa gratitude miséricordieuse , en leur prédisant les malheurs futurs, afin qu'elles pussent s'en garantir :
« Filles de Jérusalem , dit-il , ne pleurez pas sur moi , mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos fils ; car le jour est proche où Ion dira : Heureuses les stériles et les entrailles qui n ont point enfanté! »
Saint Matthieu rapporte que la femme de ce juge inique avait travaillé avec zèle à la délivrance du Sauveur :
u Tandis qu'il était assis au siège judicial, sa femme envoya lui dire: Ne vous embarrassez point dans lailaire de ce juste, car
j ai (^Ir aujoiiid Inii (''lniiii.M'iiH>nl ((Miiiiinitir «Ijhis un >(iii^f , À cdiist^ (le lui. »
(^)iiaii(l il |)n\'liail, c Vsl «Micorr une fciiiinr (|iii s(miI<' l'Ifva lu vui\, du milieu i\(' la foule, |inui' lui adresser ce iiia^iiificpie e|n«;(' : (( HicnlicunMisi's les eiilrailles (jui vous ont porfé, et les iiiamellcîi qui vous on! nourri! » Mais au cri de son anu' et (1<* la V(Tilé le Seigneur opposa une douce réprifnande, en lui répondant : « ht moi j(» vous dis h mon tour : Heureux ceu\ (jui ('•coutont la j)arole de Oieu , <*t (pii racconiplissent ! »
JSuinl Jean, le seul des apcMres (jui obtint de Jésus- (Christ le privilège d'ôtre ap|)elé son i)ien-aimé, dit au sujet de Marthe et de Marie : k que Jésus aimait Martlie , Marie sa sœur, et Lazare. )) Ce même apôtre , qui fut seul appelé le bien-aimé du Seigneur , ainsi qu'il l'atteste lui-même , déclare que des femmes ont partagé avec lui le privilège de cette glorieuse affection; mais il ne dit rien: de semblable des autres^apôtres ; et quoiqu'il associe au môme honneur le frère de ces femmes , il les a cependant nommées les premières , pour montrer qu'elles le surpassaient en amour.
Revenons aux femmes chrétiennes : publions avec admiration, et admirons en les publiant, les effets de la divine miséricorde à l'égard même de celles qui vivaient publiquement dans la prostitution. Quoi de plus vil que la conduite de Marie-Madeleine et de Marie l'Egyptienne dans les premiers temps de leur vie? A quel degré d honneur et de mérite la grâce divine ne les a-t-elle
\W LETTRE D'ABAILAHD
pas ensuite élevées? La première, ainsi que nous l'avons vu, reste constamment dans le collège des apôtres ; la seconde , ainsi qu'il est écrit, déploie une vertu surhumaine dans la lutte et l'austère pénitence des anachorètes. Ainsi le courage de ces deux femmes est au-dessus de celui de tous les différents solitaires , et ces paroles du Seigneur aux incrédules : (c Les courtisanes vous précéderont dans le royaume de Dieu, » peuvent s'appliquer avec justice aux hommes fidèles, et, suivant la différence et d'état et de sexe, les premiers deviendront les derniers , et les derniers deviendront les premiers.
Enfin , qui pourrait ignorer que les exhortations du Christ et le conseil de l'Apôtre ont allumé dans le cœur des femmes un tel amour de la chasteté, qu'elles s'offrirent elles-mêmes en holocauste au Seigneur, par la voie du martyre , pour conserver la pureté de la chair avec celle de lame , et qu'elles ont voulu, couronnées dans un double triomphe , suivre dans toutes ses voies l'Agneau , époux des vierges? Cette vertu parfaite, si rare dans les hommes, s'est fréquemment manifestée dans les femmes. Il s'en est même trouvé parmi elles qui , dans leur zèle magnanime pour la pureté, n'ont pas craint de se défigurer ellesmêmes pour ne pas perdre cette iimocence qu'elles avaient vouée à Dieu, et pour parvenir vierges à l'Epoux des vierges. Celui-ci a prouvé, par un mémorable événement, combien le pieux sacrifice de ces jeunes femmes lui était agréable. Dans une éruption (!<" I KtiKi , un p(Mij)l(^ entier d infidèles implora l'assistance de
A iir.Loisi: 117
siiinh' Af^iillu'. l'I opposa son \oiI«' n\i\ Ilots «Ir Invc rmbriisn-. |)i(Mi permit i\\w celte harrièn* U\i sullisaiitr. ci la foi «le re peuple le sama de I iiie.entlie dans leipiel il devait |»érir tout entier corps
et ame.
Nous ue voyons pas (ju'ufi capucliorï de moine ait jamais opéré un tel prodige. Nous savons Inen «pi l'Jie divisa les eaux du Jourdain avec son manteau, et (pi'Klisée s'en servit é^^llement pour s'ouvrir un passajJie dans le» sein de la terre; mais hî voile de cette vierge a sauvé une foule de (ienlils des danjzers (|u'ils couraient pour leurs âmes et pour leurs corps, et par leur conversion il leur a préparé le chemin du ciel. Une chose encore relève la gloire de ces saintes femmes et la dignité de leur rang, c Cst qu'elles se consacrent elles-mêmes par les paroles suivantes : (^11 m'a engagée par son anneau, c'est à lui que je suis mariée. » (le sont les paroles de sainte Agnès , et la formule de profession par laquelle les vierges sont mariées à Jésus-Christ.
Si l'on veut examiner, même chez les païens, quelle fut la constitution de votre ordre et la vénération dont il fut l'objet; si l'on veut citer quelques exemples pour votre encouragement et votre instruction, on reconnaîtra sans peine divers établissements qui étaient l'ébauche et le prélude de l'état religieux , excepté dans ce qui concerne la foi. L'Église même a conservé dans les pratiques et les usages des païens et des Juifs ce qu'elle a trouvé de meilleur, en faisant les modifications convenables. Qui peut ignorer qu'elle a tiré de la synagogue tous les ordres ecclésiasti-
118 LETTUE D'ABAILAHD
ques , depuis le portier jiisqu à 1 évêque , l'usage mémo de la tonsure qui caractérise le clerc, les jeûnes des Quatre-Temps, et le sacrifice des azymes , les ornements sacerdotaux , la dédicace des églises , et d autres sacrements? N'est-il pas notoire que, par une condescendance salutaire , elle a maintenu chez les nations converties les dignités séculières , celles des rois et des autres princes, certaines lois pour le gouvernement, certains principes de philosophie morale? On n'ignore pas non plus que la religion a emprunté d'elles plusieurs grades de dignités ecclésiastiques , la j)ratique de la continence et le vœu de la pureté corporelle? Nos évoques, en effet, et nos archevêques actuels, représentent exactement leurs (lamines et leurs archiflamines , et les temples qui étaient alors élevés aux démons ont été dans la suite consacrés à Dieu , et dédiés à la mémoire des saints.
Nous savons que les païens honoraient la virginité par d'écla^ tants honneurs, tandis que la malédiction de la Loi forçait les Juifs à se marier : et cette pureté de la chair était considérée chez eux comme une vertu si éminentc , que leurs temples étaient remplis de femmes qui avaient dévoué leur vie au célibat. Saint Jérôme, dans son troisième livre sur l'épître aux Calâtes, dit : « Que ferons-nous donc, nous autres chrétiens, si, pour notre condamnation, nous voyons des moinesses-femmes se consacrer à Junon, des moinesscs-vierges, à Vesta, et des gens qui gardent la continence, à d'autres idoles?» Or, il a|)pelle les unes moinesses-femmes et les autres moinessos-viergcs, on faisant entendre que les premières
\ iii.Loïsi: \Vi
avaiciil «omiii des lioinmcs. cl <|iir 1rs auln'S rliiiriil n*rl|«Miu*nl
vi<'r{;('S , C rsl-à-«llH' .l\ilHlll N('mi| seules; (.11 (Ir p.2V:; ( seul ^
viciil inoilu', crsl-à-din* snlitain*. \a' mAiiic Pèn-, aprrs avoir rapport*' plusieurs cxtMupIcs de la ( iiastcti* ou <ic l.i (-oritiiieiire des (Vînmes paieiuics , dans sou livre coiilre JoviuieFi , dil eii(f)re : (( J'ai multiplié les exemples dans cette nonuTidature d(; femmes. C'est pour ([ue les chrétieimes (|ui mépriseut la pureté évungéli(|ue appr(*nn(*nt du moins la cliasfeli'' à lécole des j)aïeîis. »»
Pour prouver encore comhien la rluisleté est agréable à Dieu, et combien cette vertu lui a été obère cbez les païens mômes, saint Jérôme rappelle dans le même» livre les j^rAces (^t les prodi«::es dont le Sei«;neur l'a récompensée parmi les infidèles, u Q\w dirai-jc, continue-t-il, de la sibylle d'Érytbrée, de celle de Cumes et des buit autres ? car , selon Yarron , elles étaient dix ; leur vertu caractéristique était la virginité, et la récompense de cette virginité, le don de propbétie. » Ensuite : (c On rapporte que Claudia , vierge vestale , soupçonnée d'avoir tralii son vœu , conduisit avec sa ceinture un vaisseau que des milliers d'bommes n'avaient pu traîner. » Sidoine , évoque de Clermont , dans son épître à son livre, fait allusion à cet événement.
(c Telle ne fut point ïanaquil , ni celle dont tu fus le père , grand ïricipitin ! ni cette vierge consacrée à Vesta Phrygienne, qui, sur les eaux gontlées du Tibre, conduisit un vaisseau avec une tresse de ses cheveux. »
Saint Augustin, dans son livre vingt-deuxième de la Cité de Dieu,
120 LETTKE D'AHAII.AUI)
dit : (( Si nous en venons aux miracles qui ont été faits par leurs dieux, et qu'ils opposent à nos martyrs, ne trouverons-nous pas qu'ils militent pournous, et qu'ils sont entièrement à notre avantage? Parmi les grands miracles de leurs dieux, le plus remarquable, assurément , est celui que Varron cite au sujet de cette vestale qui, acxîusée injustement de s'être laissé déshonorer, remplit un crible de l'eau du Tibre, et l'apporta devant ses juges sans qu'il en coulât une goutte. Qui a soutenu le poids de cette eau, malgré tant d'ouvertures? Dieu tout-puissant n'a-t-il pas pu ôter la pesanteur à un corps terrestre, et en faire un corps vivant dans les mêm.es conditions élémentaires , lui qui est l'esprit vivifiant de toutes choses?
Ne soyons point surpris si par ces miracles , et par d'autres encore, le Seigneur a glorifié la chasteté des infidèles eux-mêmes, ou s'il a permis que l'éclat en fût rehaussé par l'organe du démon ; c'était pour amener les fidèles à pratiquer une vertu qu'ils voyaient si honorée dans la personne même des païens. Nous savons que c'est à la dignité et non à la personne de Caiphe que le don de prophétie a été accordé , et que si quelquefois les faux apôtres ont fait des miracles, c'est plutôt à cause de leur dignité que de leur personne. Est-il donc surprenant que le Seigneur n'ait pas accordé cette faveur h la personne des femmes infidèles, mais à liMir chasteté, pour détruire une fausse accusatiou intentée contre l'innocence dune vierge? 11 est certain, en eiïet, que l'amour delà chasteté est une vertu, même dans les infidèles, comme
A IIKLOÏSK. \1\
I oljsnv.ilioii (le 1,1 (ri ((Hljlltz.llc rsl nu ilnii de hicii (lie/ loils 1rs lioiniiu^s. Il ne liiiit pas s rtoiiricr si Dirii Imrionr H(*h (ioriH , et non I VrnMM tlii jm^ianisinc , par des pnMli;^(»s accordas sculcnirnl aux iiilidrlcs , snrloiil «piaiid il dciiNicpai* là I iiiiinccricc acciisiM; , r( (|u d (oidoiid la nialuc des in('M-|iaii(s, cl surhnil s il doil .linsi lain* avjniciM* les hommes dans celle vcrhi si ma'zniiiqncmcnt ( oiironnce, <pii rappinclic linfidcle inAnic de la pcrreclion, à mesure (|U il s éloi'ini» des v(duplés ciiarnclles.
C'est de |j\ (|ue saint Jérôme et plnsicurs antres doctonrs ont conclu avec lirande raison contre I liéréticjue Jovinien, cet ennemi de la chasteté, qu'il devait rougir de hi vertu des païens, juiisqu'il n'admirait pas celle des chrétiens. X est-ce pas en effet un don du Seigneur que la puissance des princes infidèles , (pioiqu'iis en fassent mauvais usage, et l'amour de la justice, la douceur qui leur est commandée par la loi naturelle , et les autres bonnes qualités qui conviennent aux princes? Qui niera que ce soient de bonnes qualités, quoiqu elles soient mêlées de mauvaises, surtout lorsque saint Augustin et la raison même assurent qu il ne saurait y avoir de mal que dans une bonne nature? Qui n'approuvera pas ce vers d'Horace?
(( Les gens de bien fuient le mal par amour pour la vertu ! » Ne fut-ce que pour encourager les souverains à pratiquer les vertus de Yespasien , qui n'acceptera point comme une vérité , au lieu de le contester, le miracle que, suivant le rapport de Suétone, il tit avant d être empereur, en guérissant un aveugle et un II IG
122 LETTHE DABAILAUD
boiteux? Il en est de même de ce que dit saint Grépjoire sur lame de Trajan.
Si les hommes savent découvrir une perle au fond des eaux et séparer le grain de la paille , Dieu peut-il méconnaître les grâces qu'il a accordées aux infidèles, et haïr en eux ses bienfaits? Plus les faveurs dont il les comble sont éclatantes, plus il prouve qu'il en est l'auteur, que la méchanceté des hommes ne saurait les altérer , et quelles doivent être les espérances des fidèles, si les infidèles sont ainsi traités.
Rien ne prouve mieux la vénération des païens pour la chasteté des personnes consacrées au service de leurs temples, que la peine terrible dont ils punissaient la vestale infidèle à son vœu. Juvénal parlant de ce supplice dans sa quatrième satire , contre Crispinus, dit : a Hier était étendue à ses côtés la vestale aux bandelettes sacrées , qui va entrer toute vivante aujourd'hui dans le sein de la terre. »
Saint Augustin , dans son livre troisième de la Cité de Dieu, s'exprime ainsi : a Les anciens Romains enterraient toutes vives les prêtresses de Vesta convaincues d'incontinence. Quant aux femmes adultères , ils se contentaient de leur inlliger quelques peines, et ne les faisaient point mourir. » Ils faisaient une grande différence entre les deux crimes, et vengeaie?it pins rniellement la ( ()urli(î des dieux que celle des hommes.
(liiez nous , les princes chrétiens (Mit pourvu à la conservation de la chasteté in(>nastiqn(» avec dvs soins proportioiuiés à la sain-
\ in:i,()ïsi:. i2;j
lr(ô nM'oniiiic <!«' cri clal. ( i 4\sl ce (]iir inouvc la loi di- I fiii|)riiur Jiisliiiini : « Si (|iirl(|u un ose, non piis ravir, mais (*ssa)4T Hciilrin<Mil <!(' srdnirt' les vi<Tf;rs sainlrs, dans la ww de < onlra<lrr mariag(^ avi'c j'Ilrs, cpi il soil |Mini de nnul. »
La discipline (M-cl(''siasli(|Hc clicrclic |dnlôl la jH-nilcrK c du |mîcluMn- (|uc sa jumIc; on sait |)(Mirtant ( oinlncn rlli? est all<Mitiv(î a |M'év(Miir vos cliulcs par la scv<''rilr de ses décn*ts. Lr pape Innocent (Vrivant à Victriciiis, évoque de ]{oncn, lui disait à ce sujet : u Si celles qui (épousent Jésus-(]hrist spirituellement, et (|ui recoivenl le \oile de la main du j)rèlre, passent ensuilt; à des noces pul)li(|ues, ou se livrent à un commerce secret, il ne faut les admedre à la pénitence qu après la mort de 1 homme avec qui elles auront vécu. Mais celles qui, n'ayant pas encore re^u le voile sacré, auraient cependant feint de vouloir vivre dans l état de virginité, il faudra les soumettre quelque temps à la pénitence, parce qu'elles n'en avaient pas moins promis fidélité à Dieu, quoiqu elles ne fussent pas voilées. »
En elTet, s il n'y a pas moyen de rompre un contrat de bonne foi passé entre les hommes , à plus forte raison ne peut-on violer impunément une promesse faite à Dieu. Car, si saint Paul dit même que les femmes qui rompent le veuvage qu'elles s étaient promis de garder, doivent être condamnées pour avoir manqué à leur premier engagement, combien plus criminelles sont les vierges qui n ont pas gardé la foi qu elles avaient jurée? C'est ce qui fait dire au fameux Pélaiic, dans sa lettre à la fille de Maurice : « La
l-i» LETTRE D'A BAI LA Kl)
femme qui se rend adultère à l'égard de Jésus-(^hrist est plus coupable que celle qui viole la foi jurée à son époux. C est pourquoi lEglise romaine a prononcé depuis peu un jugement si rigoureux sur cette matière, qu'elle admet à peine au bienfait de la pénitence les femmes qui souillent par un commerce impur le corps qu'elles ont consacré à Dieu. »
Si nous voulons examiner les soins, l'attention, la charité que les saints Pères, à l'exemple du Seigneur lui-même et des Apôtres, ont toujours eus pour les femmes consacrées à Dieu, nous verrons qu'ils les ont soutenues et dirigées dans cet état, avec un zèle plein d'amour, par des instructions sans nombre et des exhortations multipliées. Sans parler des autres , il me suffira de citer les principaux docteurs de 1 Eglise, Origène, saint Ambroise et saint Jérôme. Le premier, qui, sans contredit, est le plus grand philoso|)he des chrétiens, se dévoua si complètement à l'instruction des femmes voilées, qu il alla jusqu'à se mutiler lui-même, suivant ce que ra])porte l'Histoire ecclésiastique , pour éloigner tout soupçon qui aurait pu l'empêcher de les instruire et de les exhorter. Saint Jérôme, à la prière de Paule et d'Eustochie, n'at-il pas enrichi l'Eglise d'une quantité considérable de livres divins? Il avoue; lui-même que ce n'est qu'à leur prière qu'il a composé son discours sur rAss()ni|)tion de la mère de Dieu , lorsqu'il (lit : <( Puisque mon amour pour vous ne me permet pas de rien refuser à vos demandes, j essayerai d'y satisfaire. » Nous savons cepciidinil (juc plusieurs grands docteurs, aussi grands par lourdi-
A II 1:1.01 si: I2:>
piiitr «Ijuis ri'.^lisc (jiii' |t;ir l.i s.iiiilric (le leur Mr . lin iml s'him-uI n'ri( (le lorl l<»iii pour lui <lrinaii(i(T ({url<|urs lif;iioH, sans pouvoir les ol)ttMnr. SainI Au^uslin dit , dans son sccoini JiNrcdrs \U'- Iraclalioiis : o J'ai adrrssr an j)rMrt' .li'rnint' , (|iii (jcmcin.iit à iM'lhli'lKMn , d(Mi\ livres, Inn sur j'orii^ine de 1 ame, I autre sur ees paroles (1(^ I apAtre saint .Ia((|ues : (^ (lelui (|ni ol)StT>ant la loi tout entière la \ iolc sur un seul poini , n Vst pas moins coiipalilr que s'il l'avait toute violée. » ,1e voulais avoir son avis sur ees dt'ux ouvraj:;es; mais je n'ai pas résolu moi-ménu^ la (|u<*stion (juc jr lui proposais sur le |)remier. Dans le second, au conlrairc, je fic lui cachais pas la solution (jui me paraissait raisonnable, mais je lui demandais s'il pensait comme moi sur ce point. Il m'a répondu, en approuvant mes questions , qu'il n'avait pas le temps d'éclaircir mon incertitude. Ce n'est donc qu'après sa mort que j'ai publié ces ouvrages, car tant qu'il a vécu je n'ai i)as voulu les taire paraître, pensant toujours qu'il finirait peut-ôtre par satisfivire à ma demande , et que j'aurais l'avantage de publier en même temps sa réponse. »
Voilà donc un si grand homme qui attend pendant long-temps de saint Jérôme une simple et courte réponse, et qui ne l'obtient pas, tandis qu'à la prière de ces femmes pieuses, nous savons qu'il a passé les jours et les nuits soit à traduire , soit à dicter plusieurs ouvrages considérables, et témoigné en cela même plus d'égard pour elles que pour un évèque. S'il a soutenu leur vertu avec tant de zèle, s'il n'a voulu la contrister en rien . c est peut-être
l-2r> LETTKE 1) ABAILAIU)
parce qu'il connaissait la fragilité de leur nature. En effet, iardeur de sa charité vis-à-vis des femmes est quelquefois si grande, qu'il paraît souvent passer les bornes de la vérité dans les louanges qu'il leur donne, comme s'il avait éprouvé lui-môme ce qu'il dit ailleurs : « La charité n'a point de mesure. »
C'est ainsi qu'en commençant la vie de sainte Paule il s'écrie, comme pour captiver l'attention du lecteur : a Quand tous mes membres deviendraient des langues , quand toutes les parties de mon corps pourraient parler le langage des hommes , je ne dirais rien qui fut digne des vertus de la sainte et vénérable Paule.» Cependant ce saint Père a écrit l'histoire de plusieurs solitaires dont la vie n'était qu'un tissu de miracles et de prodiges bien plus étonnants; mais il s'en faut qu'il leur donne les louanges dont il a comblé cette veuve. Il les porte à un tel excès, au commencement de la lettre qu'il écrit à la vierge Démétriade, qu'il semble tomber dans une llatlerie immodérée :
<( De tous les ouvrages , dit-il, que j'ai composés , depuis ma naissance jusqu'à ce jour, soit de ma main , soit par d autres qui les écrivaient sous ma dictée, celui que j'entreprends aujourd'hui est le plus difficile, car il s'agit d'écrire à Démétriade, vierge consacrée au Seigneur, qui occupe le premier rang dans Home et par sa naissance et par ses richesses ; et si je veux rendre justice à chacune de ses vertus, je passerai pour un llatteur. »
Ce saint hommes trouvait sans doute un grand charme à se scr- ^i^ (le toutes If'< rcKsoiiico de la parole pour souloiiir ('(* se\«'.
A iii:i.()ïsi: 127
i.iihic (l.ins 1rs plus iikIcs sentiers dt' l.i mm lu. Sen iirtio(i.«( nièiiir |»arleiil plus liant (pie ses éiiits ; il iiioiitr.i tanl d amour et d af- (eeti(Mi pour ces épouses du Sei;;rieui, (pie la grandeur iiièrne de sa sainteté lit une taelie à sa réputation; il le dit liii-rnérne <lan> sa lettre à Asella, en |»arlanl des faux aniis ri de s(;s détractcMirs : u Quoi(|uc plusieurs me regardent romme un scélérat couvert de crimes, vous laites bien pourtant de croire à la vortu des méchants mt'^me, en les jugeant d après votre aine. (!ar il est dillicile de jnj^er le serviteur d'autrui, et la Ijou( lie (jui calomni»' U^. juste sera dinicilement pardonnée. J'en ai vu (jui m'ont haisé les mains, et qui, par derrière, me déchiraient avec une lari'iue de vipère. Ils me plaignaient du bout des lèvres; intérieurement ils se réjouissaient de mon mal. Qu ils disent s'ils ont trouvé en moi autre chose que ce qui convient à un chrétien? On ne me reproche que mon sexe, ce qu'on n'aurait pas fait sans le départ de Paule pour Jérusalem. » Ensuite : ((Avant que je connusse la maison de sainte Paule, c'était sur mon compte un concert de louanges dans toute la ville. On était unanime à me reconnaître digne du souverain pontificat. Mais du moment que, pénétré du mérite de cette femme, j'ai commencé à la respecter et à lui rendre visite, toutes mes vertus m'ont subitement abandonné.)^ Et dans la même lettre : ((Saluez, dit-il, Paule et Eustochie; bon gré, mal gré, elles sont à moi en Jésus-Christ. »
Nous voyons que l'indulgente familiarité à laqaelle le Seigneur lui-même voulut bien descendre avec la bienheureuse pécheresse,
128 LETTHE D'ABAILAUD
donna ilo la déliancc au pharisien qui I avait invité, puisqu il se disait en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait bien qui est celle qui le touche, et que c'est une femme de mauvaise vie. » Il n'y a donc rien d'étonnant que, pour gagner de telles âmes, les saints, à l'exemple de Jésus-Christ, n'aient point reculé devant le sacrifice de leur réputation. N'est-ce pas pour éviter des soupçons semblables que le grand Origène eut le courage de faire subir à son corps une cruelle mutilation ?
L instruction et l'encouragement du sexe faible n'ont pas seuls mis en relief la merveilleuse charité des saints Pères à l'égard des femmes ; le désir de les consoler leur a souvent fait déployer un inépuisable trésor de zèle, et pour adoucir leurs chagrins, — admirable excès de compassion ! — ils leur ont quelquefois promis des choses contraires à la foi. Telle est cette assurance que saint Ambroise osa donner aux sœurs de l'empereur Yalentinien , que leur frère était sauvé, lui qui n'était que catéchumène lorsqu il mourut; assurance qui paraît être bien éloignée de la foi catholique et de la vérité de l'f^vangile. Mais ces saints docteurs n'ignoraient pas combien la vertu de ce sexe fragile a toujours été chère à Dieu.
Nous voyons des vierges sans nombre imiter la chasteté de la mère du Sauveur, afin de pouvoir suivre l'Agneau dans toutes ses voies; mais nous connaissons peu d hommes (jui aient atteint cet état de perfection. l*ar amour pour la vertu, plusieurs ont porté l;i main sur elles-mêmes, pour conserver devant Dieu cette chasteté
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«inrllcs lui iiNiiiciil rniisacnM'; l't leur niart>n* vnloiitniri* , loin (I (Mit icpris, Iriir a iiktiI»'* riioiiiiciii dr l.i ( iiiniiis;iti(»n ri l;i d/'dicaci' lU' plusieurs r{;list's.
Si h's vitTfj;('s inarircs , avant (rMrc une sruir rliair avcr Inir mari , si' (lc'i:i(l(Mil à cinhrasscr la \w nioiia^lnjnr , v[ a renoncer à Irpoux liTroslrc pour |)r(Mi(lr«' l'rpoux crlrsle , la facult/* jrwr <'ii est acconhV. Les hommes ne sonl pas libres don fairo autant.
Quehjues femmes oui porte cet amour de la pureté au point de se revAtir, pour la proléj^er, des habits d<' l'autre sexe, malgré la défense de la loi , et de briller au miliiMi di^s moines |»ar des vertus si éclatantes, qu'elles ont mérité de devenir abbés. C'est ainsi que sainte Eugénie, avec la pieuse complicité de l'évoque Hélénus, et même par son ordre , prit l'habit d homme, et, baptisée par lui , fut admise dans un monastère de religieux.
Je pense , ma très-chère sœur en Jésus-Christ , avoir suffisamment répondu à la première question de votre lettre. Vous connaissez à présent l'autorité de votre ordre , sa dignité, la considération dont il jouit; vous marcherez vers le divin but de votre profession avec ce zèle ardent et ce pas affermi que peut seul donner le sentiment de son excellence. Maintenant je répondrai à la seconde, si Dieu m'en fait la grAce : j'espère l'obtenir par vos mérites et par vos prières. Adieu.