‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 15 sur 45 · V2 APOI.OdÉTlQUE · texte numérisé non relu

V2 APOI.OdÉTlQUE

autros, tu as pris Ahailard pour le point de mire de ta flèche, pour vomir contre lui le venin de ton aigreur, pour le balayer de la terre des vivants, pour le placer au rang des morts. Tu convoques les évèques de toutes parts, et dans le concile de Soissons tu le déclares hérétique , tu le retranches du sein de l'Église sa mère comme un avorton. Tandis qu'il marche dans les voies de Jésus- Christ, tu t'élances comme un brigand du sein des ombres, et tu le dépouilles de sa robe sans couture. Tu invitais le peuple, dans tes prédications, à répandre pour lui ses prières devant Dieu ; mais, au fond de ton ame , tu te disposais à le mettre au ban de l'univers chrétien. Qu'est-ce que le peuple avait à faire? Qu'est-ce que le peuple pouvait demander à Dieu dans sa prière , quand il ne savait môme pas pour qui il fallait prier? C'est toi, l'homme de Dieu, qui avais fait des miracles, qui siégeais avec Marie aux pieds du Sauveur, et qui conservais dans ton cœur toutes ses paroles; c'est toi qui aurais du brûler sous les regards du Très-Haut le pur encens de ta prière sacrée, pour que ton coupable Pierre revînt à résipiscence , pour que la grûce le rendît tel que le soupçon ne put l'entacher. Mais peut-être aimais-tu mieux lui voir un côté vulnérable, pour avoir occasion de le percer.

Enfin, après le dîner, on apporte le livre d' Ahailard. Un des assistants reçoit l'ordre d'en donner lecture à voix haute et sonore. Animé d'une haine secrète contre Ahailard, arrosé d'ailleurs du jus (le la vigne , non de cette vigne céleste qui s est rendu témoijznage à elle-même par ces paroles : a Je suis Ih' vigne

m: i/KCOLATin: in:iu:Nr.i:H 153

vérilaMc , » mais <li' cclh' (jiii a («hkIm'' le patriarclu' sur l«* sol, rt (Ircoiivcrt sa iiiiditr, rct lioininc ('iilaiiir la Ici turc (1 une voix |»lus ('ji'vnî (|U(>n ne I avait (Icmarnh'. (,)u('l(jurs iiiomciitM apn^» , vous (Missiez vu les pirlals s iiH|uir(<M' sur Irurs sièges, trépigner, rire, |»laisnntor, si Imcm (|u'il S(MiiI)!ail s a;:ii ikmi jias des iuti'rôfs (lu (llnisl, mais pIutAt d'une joyeuse f^le à Hacelius. dépendant les coupes se lieurlent , les libations se succèdent, <mi lail l'rlogc des vins, les j:çosiers pontiiicaux sont arrosc's à f^ninds Ilots. On pourrait renouveler la |)i(juante j)laisant(îrie d Horace :

« Nul arbre, A Varus , ne sera planté avant la vigne saerée ; »i

car le bachique délire célébré par le même poète :

« Buvons , buvons , que nos pieds bondissent en liberté sur le sol, »

recevait une commémoration active. Oh! qu'il vaudrait mieuv écouter le poète Gallus , et le sage avertissement renfermé dans ces vers :

« J'approuve le vin, si l'on en boit modérément, et il doit être approuvé. Si l'on en boit immodérément, je pense que le vin est un poison. »

Mais le fond de la coupe recelait les influences somnifères du Léthé. Déjà le vin avait enseveli le cœur des prélats. Alors, comme dit le satirique :

« Les pontifes repus cherchent à travers les fumées du vin ce que cette poésie du ciel leur raconte. »

Enfin , quand la voix du lecteur leur apporte quelque trait subtil II. -20

151^ APOLOGÊTIQlîK

et profond, nouveau pour leurs oreilles, il semble que leurs cœurs soient dépecés : ils grincent des dents ; ils mâchent de stridentes menaces contre Abailard , et mesurant avec leurs yeux de taupes la doctrine du philosophe : Nous laisserions , disent-ils , vivre un pareil monstre ! Et branlant la tète , comme les Juifs : « Ahl ah! disent-ils , voilà celui qui détruit le temple de Dieu. » Ainsi les paroles de lumière sont jugées par les aveugles , ainsi la sobriété est condamnée par l'ivresse, ainsi déblatèrent contre l'organe de la Trinité les coupes éloquentes. Ainsi disputent contre l'homme simple de cœur les logiciens cornus. Les chiens dévorent le prophète , les perles sont broyées sous la dent des pourceaux. Le sel est outrageusement souillé de terre. Le canal de la loi est bouché et calfeutré, u Celui qui touche la poix, dit le Sage, sera souillé par la poix. » Nous pouvons changer la version, et dire : (( Celui qui touche le vin sera souillé par le vin. )) La sobriété épiscopale s'était abreuvée du pur sang de la vigne, sang vierge, et soigneusement préservé des atteintes d'une onde adultère, parce que, selon Martial ,

« C'esl un trop grand crime d'égorger le rcspeclahle Falernc , cl Bacchus repousse l'alliance des Naïades. »

Chacun des pères du concile avait philosophiquement rempli son tonneau, et le vin n'était pas sans vertu. Ses chaudes vapeurs avaient tellement embarrassé leurs cerveaux , que tous les yeux se fermaient sous le poids d'un sommeil léthargique. Le

\)\: i/KcoL A nu: hi^:i'.kN(;i:ii. i.v»

loct(Mir s'rpoiinioiK» ; I niiditnir ronllc. L un HiiccoïKic potir dormir à I aisi'; un iiuln* sr rciiNcrsc sur le dossier mofil< ij\ d«* son si('«^(', (»1 (loi inolN'iiUMil ses |iiin|M('n's. (^ri troisiAmo laisse tomber sa {M(' sur ses {genoux , et dort tout de bon. VA ((iiarid le iertetir, au înilieu des riilics moissons d Abaiiard, S(* j)i(|uail a (|u<'I(ju<'h épines, (juand une a|)|»arefi(t^ suspecte faisait cabrer ^a loi ombraj;euse . il élevait la voi\ , et criait an\ sourd<»s oreilles des pontifes: Dam.natis (coiidamne/-vous)? Eveillés eu suivant par la dt-rnière syllabe, quelques-uns, d'une voix épaissie par U'. sommeil, et la tôte pendante: Damna.mis (nous ( ondamimns)! disaient-ils. Wn^r tres, dans le tumulte de cette condamnation, se soule>aient a moitié, et décapitant le mot, murmuraient à j)eiiie... nasits (nous nageons). Oui , vous naj;ez; mais vous nagez dans la tourmente de l'ivresse, vous faites naufrage dans le vin.

C'est ainsi que les soldats endormis rendent témoignage en disant : « Tandis que nous dormions, les apôtres sont venus, et ont enlevé le corps. »

Celui qui avait veillé le jour et la nuit dans la loi du Seigneur est condamné par les prêtres de Bacchus. Le malade veut guérir le médecin. L'homme qui se noie désespère du salut de celui qui est en sûreté sur le rivage. Ainsi accuse l'innocence celui qui marche au gibet pour être pendu.

Que faisons-nous, o mon ame? où allons-nous? As-tu donc oublié les préceptes des rhéteurs? aveuglée par ta douleur, empêchée par tes sanglots , perds-tu le til de ton discours ? Penses-

130 APOLOGÉTIOIK '

lu donc que le Fils de I homme, venant parmi nous, trouvera la foi sur la terre? Les renards ont une tanière , les oiseaux du ciel ont un nid. Mais Abailard n'a point où reposer sa tête. Ainsi les coupables siègent à la place du juge , et prononcent l'arrêt. L'oppresseur occupe le siège de celui qui venge l'innocence. Cette condamnation est déshonorée à la fois et par les juges et par les accusateurs :

n L'un , gonHé par la bonne chère , s'alourdit dans un sommeil passager : l'autre fait la moue, cl dcclanic emphatiquement. Tel parle trop, tel ne dit rien . l'un se promène, l'autre se tient coi. Ici des pleurs, plus loin des éclats de rire. Tous ont perdu la tête, cl, de diverses manières, se montrent également fous. »

Les vices de la procédure, l'ignorance des juges, et l'infamie delà sentence, toutestici; mais la lecture de l'Évangile nous console. « Les pontifes, est-il dit, et les pharisiens se sont réunis en concile, et ils ont dit : Que faire? Cet homme dit des choses merveilleuses. Si nous le renvoyons ainsi , tout le monde croira en lui. » Un d'entre eux, nommé l^ernard, abbé, présidait le concile. Le voilà qui se lève, et qui prophétise en disant : i< Il est avantageux pour nous qu'un seul homme soit rejeté hors du peuple, et que la nation ne périsse pas entièrement. » Dès ce jour ils songèrent donc à le condamner, répétant cette parole de Salomon : (f Tendons un piège à l'homme juste; dérobons-lui la grAce de ses lèvres. Trouvons le germe d une accusation contre le juste.» Vous l'avez fait, vous ne I avez que trop fait, et vous avez dégainé vo5 langues de vipère contre Abailard. Lnfaiis perdus de l'Église,

m: i/i:<:<M. A I i;i: iiLUi:N(.i:K iû7

vous ave/ voulu |M'r(ln* n votn' tour, ri vous vous ^(i'H ^'or^«*s «le vin, rniiiiiH' (M'Iiii <|Mi (l(''\<»rc le |»;ni\n' d.uis un lirii raclir. IN-n- (lant ce (rinps-l/i Abailanl priait : c Sri^mMir, dj'livrr/. mon ain»- (les It'Mcs ini<|U(*s ri de la lan^^uc Iroinprusc. » Par intcrNalIrs il incMlilail celle parole du INalinisIe : c Les veaux soni aiiloiir de moi (|ui m'assié«;eul ; les laun'aux en^raiss^''s m l'iivironiienl. Ils ont ouvert sur moi leurs i^ueules m(Miaraiit(;s.» — Oui, vodà hieri les taureaux eni^raissés , les laureaux au nA «'pais el < |i;iriiii . aux muscles eiîgorj^és , et doni la graisse li(|uéliée (i<''^'outte avec la sueur

Dans ce concile de vanité siégeait, contrcî rordoimancc contenue dans une parole du psaume , un évùque, de célèbre mémoire, qui ralliait l'assentiment général à l'autorité de sa parole. Tout ébranlé par l'orgie de la veille, il vient vomir entre deux lioquets le discours que voici :

((Mes frères, vous qui n'avez tous qu'une même religion, celle du ('brist, c'est à vous de pourvoir au péril commun. Que votre foi ne se trouble point , que nulle taie nobscurcisse l'œil simple de la colombe. Car la possession de toutes les autres vertus ne sert de rien quand la foi manque , suivant ce que dit l'xXpôtre : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et celle même des anges , si je nai point la foi, tout cela ne me sert de rien. »

Merveilleuse élégance î sel attique î éloquence vraiment cicéro-

I5S APOLOCÊTIQ! K

niemie! Assurément cette queue n'est point celle de notre âne; cette fin ne répond pas à ce commencement. Aussi vit-on ses partisans même baisser la tête pour cacher leur rougeur. On veut, et avec raison, mettre cette ombre dun grand nom dans la compagnie de ceux dont il a été dit : « Jls ont conçu le vent , ils ont tissé des toiles d'araignée. » Mais le susdit évêque ajoutant à ses prémisses : « Abailard, dit-il, ne fait que troubler l'Église; il rêve sans cesse quelque nouveauté. )) 0 temps ! ô mœurs ! voilà comme un aveugle juge du soleil, comme un manchot se mêle de peindre sur l'ivoire, comme un âne apprécie la ville , comme des évêques charnels jugent , comparent et discutent ! Ainsi s'élèvent contre lui les fils de sa mère ! Ainsi grognent les porcs immondes contre le juste qui garde un noble silence !

Dans cette position si pleine d'angoisses , c'est à l'examen de Rome qu' Abailard demande secours et protection, (c Je suis fils de 1 Eglise romaine, s'écrie-t-il ; je veux que ma cause soit jugée comme le serait celle de l'impie : j'en appelle à César.» Mais 1 abbé Bernard, dans le bras duquel se confient tous ces évêques, ne répond pas comme le gouverneur romain qui tenait Paul en prison : Puisque tu as fait appel à César, tu iras devant César; il dit, lui : Tu as fait appel à César, mais tu n iras pas devant César. Il se liAtc d annoncer au légat apostolique ce qui a été fait , et aussitôt des lettres de condamnation contre Abailard partent du saint-siége, et volent par toute l'Église de France. Elle est ainsi condamnée cette bouche, organe de la raison, trompette

<l(' la loi, srjour dr la saiiitr Triiiitr. On (ornlnnirH' AhailanJ. A (l(>\il(Mir ! on le condaniiir lin ai)sriit , hii (pi on n .1 |»ns nn- Icndii , lui (|u on n a pas rorivainru! {)\iv dire? Oin* ne pas dire? rions, lU'rnard ,

I) I..') ^iinir rst iiiiitilr , nous «li'iunndonH paix r( iiuTrl , nous pr/'M^nloiit à te» chiilnns n«>8 main» joinlrs. Touh loi ilroid s'écroulent, la justice et le» lois s'effa-

ci'iit , >i lu le \(Mi\ , hi tu ronliiniics , si Irl est ton Ihmi plaisir, toi , le maître sou- Ncraiii , r.iil>iti(* tic l;i jiciis»''(' et tlf l.i parole. »

Jiistt» riol ! (|U(d accusé ou! jamais des juf^es assez aveuf^les pour no pas examiner et balancer entre eux les deux cotés d(; la question? pour ne juts chercher à voir de quoi coté p(»nchorait la l)alance? (]eu\-ci vont les yeux formés; ils tAtonl la chose, elles voilà, comme do fms connaisseurs, qui tendent leur arc d iniquité et lancent la Hoche empoisonnée. Que les haines et la fureur , qu'une jalousie odieuse, qu'une implacable folie, aient couvé dans leurs entrailles infernales la ruine dAbailard, et amoncelé l'orale contre lui, lœil de la censure apostolique devrait-il cesser jamais de faire sentinelle? Mais on s'écarte facilement de la justice quand on craint plus les hommes que Dieu dans le jugement des causes ; et rien ne prouve mieux la vérité de cette parole du prophète : (c Toute tête est languissante ; depuis les pieds jusque la racine des cheveux , tout ce corps n'est que plaie et pourriture.»

Mais il voulait corriger Abailard, disent les partisans de l'abbé. Si tu avais réellement l'intention de le rappeler à la pureté de la foi , pourquoi donc alors , homme do bien , lui impri-

10)0 A PO LOGÉ'] IQIK

mer à la face du peuple le sceau éternel du blasphème? Ensuite, était-ce dans la vue de le corriger que tu lui ôtais l'affection du peuple? La conséquence à tirer de cette conduite, c'est que tu étais enflammé contre Abailard, non du zèle de la correction, mais du désir de ta propre vengeance. Le prophète a très-bien dit : « Le juste me reprendra avec amour ; car, où il n'y a point d'amour, il ne faut point voir la correction du juste, mais la barbarie d'un tyran brutal. » Tout le fiel de son cœur se retrouve encore dans la lettre furibonde qu'il adresse au pape Innocent : « Celui-là, dit-il, ne doit pas trouver de refuge près du siège de saint Pierre , qui attaque la foi de saint Pierre. » Là, là, guerrier fougueux! est-ce ainsi qu'un moine doit combattre? Crois-en Salomon : « Ne pousse |)oint la justice jusqu'à l'extrême, de peur que l'égarement de ton zèle ne te couvre de confusion. » Celui-là n'attaque pas la foi de saint Pierre , qui professe hautement la foi de saint Pierre. Il doit donc trouver un refuge près du siège de saint Pierre. Soufl're qu Abailard soit avec toi chrétien; et, si tu veux , il sera avec toi catholique. Et si tu ne veux pas, il n'en sera pas moins catholique. Car Dieu est pour tous, et non pour un seul. Mais si tu maintiens ton accusation, nous allons examiner comment Abailard fait brèche à la foi de saint Pierre. Il écrit à Iléloïse, servante du Seigneur, profondément versée dans la connaissance des saintes Ecritures , et tout le reste de cette lettre , où il épanche son cœur, respire l'orthodoxie des lignes suivantes ' :

' Voyez p.Tgo 1 '»:> ]r ri;ic,'H)ciil consn \<' p.ir li(M('ii<;(»r.

hi: I. i.coi \ i it i iir.r.L.\(ii:R. loi

— .Ir rù'lnis |nis fAclM'' ilr n'prodiiin' lr\|iii'||i'incrit rriU* pnrtir «le lii Ici lie (I AI (il i laid. |Knir(l(''inniilnT an \ plus in(T«''(lii|cs(ii' (|tic||i> niaiiirn* il alta(|U(> la loi dr saint Pierre. Maitileriaiit, ri;;i(le reiisciir, approche, et pèse la loi d'Ahailanl dans la siricérih* de tes jnireineiils. Tu as dit : (.clni-là iic doit pas IrouNcr de rcfii;:!- nrc> du Siép^ de saint Pierre, (pii atta(|ue la loi de saint Pierre. — (iette parole, en elle-même, serait une vérité liautcî et fiénéraie. Mais |)uis(pi(* tu l appli(|ues persoinicllcmcnl à Abadiird, je veux te con- \ainere ijno lu es on opposition avec la vérité. Al)ailard n attacpiepas la Toi , puisiju'il lui emprunte la rèj^ie de sa vie; il no renonce pas à riiérila'ie du (Ihrist , puisqu'il arbore, en toute humilité, les glorieuses enseignes de son nom. Il devait donc trouver un refuge auprès du Siège de saint Pierre , si les charmes de ton éloquence n avaient resserré pour lui les entrailles de la miséricorde de I Église romaine. Mais tandis que tu lui fermes les portes de la clémence , tes hideuses fureurs te trahissent , ta haine aveugle est reconnue.

Ici tu diras peut-être : Voilà de 1 excès et de l'injustice dans les reproches. Je me suis senti dévoré du zèle de la maison du Seigneur, en voyant une doctrine sacrilège menacer de sa lèpre le corps de l'Église. J'ai voulu arracher l'ivraie dans sa racine , pour arrêter les progrès de la sève empoisonnée. ^ ai-je pas agi avec prudence et avec sagesse, en écrasant sous un Index accusateur le dogme de la révolte et de l'impiété? N'ai-je pas épargné à tous les conservateurs de la foi une longue et difficile recherche , en fai- II. 21

W'2 APOLOr.KTfOl'E

saut (oulor à leurs yeux, dans un seul lit, toutes les hérésies ré- ]>anflues dans les nombreux écrits d'Abailard?

A cela j(î réponds : Je vous loue , mon père , dans votre projet ; mais je ne vous loue pas dans l'exécution. Nous avons vu un Fndex qui n'est pas l'exact relevé des dogmes dAbailard , et qui contient en outre les propositions du plus abominable délire, à savoir :

Que le Père est la toute-puissance, le Fils une certaine puissance, que le Saint-Esprit n'est point une puissance.

Que l'Esprit saint, quoiqu'il procède du Père et du Fils, n'est point de la même substance.

Que 1 homme , sans le renouvellement de la grâce, peut faire le bien.

Que Dieu ne peut faire plus qu'il ne fait , ni faire mieux qu'il ne fait , ni faire autrement qu il ne fait.

Que lame du Christ n'est pas descendue aux enfers.

Ces propositions sont contenues dans ton Index en compagnie de plusieurs autres , dont quelques-unes , je l'avoue, ont été avancées par Abaiiard , soit dans son enseignement oral , soit dans ses écrits; mais les autres ne sont sorties ni de sa bouche ni de sa plume. La distinction des choses qu'il a dites et de celles qu'il n'a pas dites , et l'esprit profondément catholique de chacune des choses qu'il a dites, seront l'objet d'un second traité, qui suivra de près cet ouvrage. iNotre discussion des vrais principes du christianisme fera jaillir, nous l'espérons, l'ardente lumière de la vérité. Car (e sont là des accusatiofis qu'il faut purger et réfuter, et

i)i<: I. i:(:ni \ i \\\. Ki.Ki.Ndi.K n».f

(|ui m lainciil à ciliés stMilos toiil un \oliiiiir ; iiim tArlic aiijoiir- (riiiii , (('Ile (|ii(' je (lois r('m|»lir jiis<jn .ni Imiil , s;iiis l.i «|iiillrr, rsl (!(' ('IhM'clicr |MMin|ii<>i un lininiiir <|n oii ))la(-(' (h'j.i au raii;: diia saillis , cl (Iniil le nom rali^iu' loultîs les hoiiclirs dr la nMiomnwV, apn'^s avoir coiisitiiir liii-iiu'^mc dans ses nrils des opitiioiis (|ii \\ laiil ensevriir dans un silence éternel , a laneé eonlre Aliailard l.i lorinidahiiî aceiisalion d hérésie. De lenips immémorial il esf universellemenl reconnu, el la (radilion csl invariable sur ec jtouit , ([u'un homme no peut en condamner un autre pour un délit semblable à celui (pi' il a commis lui-même. C'est là jjourtant ce que tu as tait, Bernard , et ta conduite est à la fois pleine d'imprudence et d'impudence.

Abailard s'était trompé , soit. Toi, pourquoi t'es-tu trompé? Tu t'es trompé sciemment ou sans le savoir. Si tu t'es trompé sciemment , tu es l'ennemi de 1 Église, la chose est claire. Si tu t'es trompé sans le savoir, comment serais-tu le défenseur de lÉglise, quand tes yeu\ ne savent point distinguer l'erreur? Or, tu t'es trompé, cela est hors de doute, en affirmant que les âmes tiraient leur origine du ciel. Comme il est utile et facile tout à la fois de connaître comment cette opinion se trouve échafaudée dans ton livre , je veux la prendre au point de départ , et la mettre toute entière sous les yeux des lecteurs intelligents.

Il y a un livre, en langue hébra'ique Sir Hasirim, et que nous appelons Cantique des cantiques , dont la lettre , pour les esprits attentifs, exhale un sens mystérieux et divin. Bernard s'érige en

Page 1