‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 19 sur 45 · LETTRE DE PIERRE LE VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE PIERRE LE VÉNÉRABLE

sein , et nous l'avons engagé à s'adresser au refuge toujours ouvert. Nous lui avons dit que la justice apostolique , qui n'a jamais manqué ni à l'étranger ni au pèlerin , ne lui manquerait pas non plus. Nous lui avons promis que la Miséricorde elle-même , s'il le fallait , viendrait au-devant de lui. Pendant son séjour au couvent , monseigneur l'abbé de Cîteaux arriva , et tous trois ensemble nous traitâmes de sa réconciliation avec monseigneur l'abbé de Clairvaux, du jugement duquel Abailard avait appelé. Nous donnâmes nos soins à opérer cette réconciliation ; nous 1 exhortâmes à aller trouver Bernard , accompagné de l'abbé de Cîteaux. Nous avons ajouté à nos avertissements, que s'il avait écrit ou énoncé quelque chose qui pût choquer les oreilles catholiques , il cédât aux exhortations de Tabbé et à celles des autres personnes sages et fidèles , en écartant de son discours de pareilles sentences et en les rayant de ses livres. Et les choses se passèrent ainsi. Il alla, il revint, et nous apprit à son retour qu'il avait vu l'abbé de Clairvaux, et qu'avec la médiation de l'abbé de Cîteaux , ils avaient assoupi leurs anciennes querelles, et fait la paix. Nos conseils , et l'inspiration du ciel, plus puissante que nos conseils, le déterminèrent encore à renoncer aux agitations de l'école et de l'enseignement, et a faire choix de votre abbaye de Cluny pour son séjour perpétuel. Son grand âge, sa faiblesse, sa religion profonde , justifiant à nos yeux sa résolution, et l'étendue de sa science, que vous ne pouvez entièrement ignorer, nous paraissant devoir être très-prolilable à la multitude

AU PAPI- INNOCKM II 199

i\v M(»s lirn'S , nous nous rcrKliincs à sa Noioiih'; : cl, snui lo ïuni plaisir dt; votre niciivrilliiiKM; , nous lui avoriH occordr, dans la jmMise pitié vi dans la joir de notre am(* , do rester avec nous , qui sommes vos serviteurs en toutes choses , (omnii; vous le; savez. Ainsi, Irùs-saiiit Pure, je vous supjdie, moi le plus liumMc dr vos servittMirs , votre serviteur ee|)en(lant , totit le* monast<\rc de Cluny, <|ui vous est si entiùremcnl dévoué, vous supplie, Ahailard lui-mAme vous supplie, par lui-môme, par nous, par les porteurs des présentes , vos (ils, |)ar cette lettre môme qu'il m'a prié de vous écrire, (ju il vous plaise ordonner qu il coule en |)aix dans votre abbaye de Cluny le reste des jours de sa vie et de sa vieillesse : ces jours peiit-ôtre ne sont pas nombreux. Puisque le passereau a trouvé une maison , puisque le ramier a trouvé un nid , que nulle violence au moins ne puisse désormais l'en arracher, ni troubler son repos ; il réclame de cette paternelle bonté dont vous étendez les effets à tous les cœurs purs , et de cet amour dont vous l'avez honoré lui-même, la grâce d'être protégé par vous, avec le bouclier de la défense apostolique.

LKÏTHi:

DHEr.OTSEAAMILARD

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