‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 20 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

Réception au Paraclet.

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L'AND saint Jérôme admirait dans sainte Marcelle Tardeur dont elle était enllammée pour les divines Ecritures , par quel magnifique éloge n'a-t-il point relevé cette passion pour de semblables études? Votre science le sait mieux que ma simplicité. Voici en quels termes il

parle d'elle dans le livre premier de ses commentaires sur l'Épître

de saint Paul aux Galates :

(( Je sais que son ardeur, sa foi , la flamme qui brûle dans sa

poitrine, sont au-dessus de son sexe ; quelle oublie les bommes, et

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que les retentissements de la Jérusalem céleste arrivent seuls jusqu à elle; je sais enfin qu'elle traverse par un chemin miraculeux la mer Rouge du siècle. Certainement, lorsque j'étais à Rome, jamais elle ne mit plus d'empressement à me voir que lorsqu'elle voulait m'interroger sur quelque passage de l'Écriture. Elle n'était pas disposée, comme les Pythagoriciens, à une obéissance passive pour les paroles du maître. Sa haute raison , son esprit méditatif , ne s'accommodaient point d'une foi aveugle dans l'infaillibilité de mes jugements ; elle contrôlait lautorité par le raisonnement, elle examinait l'ensemble et les détails ; et je sentais que j'avais moins une élève qu un juge. »

Elle avait fait dans cette étude de si grands progrès, que Jérôme la proposait pour modèle à toutes les femmes qui se sentaient animées du même désir de s'instruire dans la religion. Écrivant à la vierge Principia, entre autres conseils, il ajoute : a Vous avez, où vous êtes, pour l'étude des Écritures et la sanctification du corps et de lame , deux modèles accomplis : Marcelle et Asella ; l'une, par les prairies verdoyantes et les fleurs variées des saints livres, vous mènera vers celui qui dit dans le Cantique : u Je suis la Heur des champs et le lis des vallées ; » l'autre , elle-même (leur du Seigneur , mérite avec vous qu'on lui dise : (» Comme un lis au milieu des épines , telle est, parmi les filles des hommes, celle qui repose à mes côtés. » Où tendent ces paroles , maître que tout le monde aime ici '? — Mais qui jiourrait vous aimer comme moi? — Co nr sont pas In de vains récils, mais dos avorlissements. Je veux

A Ah Ali \ Kl) 20.»

V(Mis Tain* souvenir de rc ({iir vous (irvez à vos (illrs, afin i\\u* vous ne iiU'Uicz ;iii<iin rrtani .'i Nniis .i(<|iiillrr ctiv^îr.s clh's. Vjjus avez rassnnMé dans \oin' Oratmic les scrvanlrs dn SiM^nnir, vous «ti avoz l'ait vos lillcs spirilnollcs, et vous les avcîz inIV'odn's au service divin ; vous nous avr/. toujours cxliortrcs à nous a|ndi<|urr avrr ardeur à la tn(''ditalion des divines paroles du Sauveur , à nous pénétrer sans cesse des saintes lectures. Maintes fois vous nous avez recommaiulé I élude a|)|)rorondie des f^critures sacrées, et vous avez insisté sur celte recommandation, disant qu'elles étaient pour lame un miroir qui relléle facilement sa beauté ou sa laideur. Nulle épouse du Christ , disiez- vous , ne doit être privée de ce miroir, si elle veut plaire A celui auquel elle s'est dévouée. Vous ajoutiez encore pour stimuler notre zèle , que le texte sacré , lorsqu'il n'est pas compris, est comme un miroir devant les yeux d'un aveugle. Vos conseils n'ont été perdus ni pour mes sœurs ni pour moi ; nous avons voulu vous obéir en cela comme en toutes choses , de toutes nos forces , et nous nous sommes livrées à cette étude avec cette religieuse ferveur pour les Ecritures dont le saint docteur Jérôme dit en quelques endroits : « Aimez la science des Écritures, et vous n'aimerez point les vices de la chair.» Mais plusieurs passages nous embarrassent, et notre lecture en souffre: nous avons nécessairement moins d'amour pour des vérités qui nous échappent , quand nous sentons l'inutilité de nos efforts. Aussi vos disciples ont recours à leur professeur, vos fdles à leur père : nous vous adressons quelques petites questions ; nous vous

•20r) LETTKE D'HÉLOÏSE A ABAILAIU).

supplions et nous vous prions, nous vous prions et nous vous supplions de ne point dédaigner de nous les éclaircir, puisque c'est par vos conseils, et même par votre ordre, que nous avons spécialement entrepris cette étude. Dans ces questions nous ne suivons nullement l'ordre de l'Écriture, mais nous les posons indistinctement au fur et à mesure qu'elles se présentent, et nous vous les envoyons pour les résoudre.

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