A HÉLOÏSE
ARBKSSE Dl' PARACI.KT
]é^. . I'. i^Tp€r
*MI «Mt! M
ii.TTi', r.
DE PIERUE LE VÉNTUAAIVLE A iiï:Ti)ïsi:.
A sa rosporiablc et Irùs-clic'ic sœur en Jêsus-Clnisf , IlÉLOisr:, aM»csso,
son humble frère PicnnE, abbé de Cluny :
Le salul que Dieu a promis à ceux qui l'aiment.
A lettre de votre charité, que VOUS m'avez dernièrement envoyée par mon fils Thibault, m'est parvenue : je l'ai reçue avec joie, et je dirai, en considération de la personne qui l'avait écrite, avec le transport dune pieuse amitié. J'ai voulu vous répondre aussitôt pour vous dire ce que j avais dans le cœur : mais les soins importuns et les exigences de mon administration, auxquelles je suis, II. 27
210 LETTUE DE IMEUKE LE VÉNÉRABLE
la plupart du temps , et môme presque toujours, obligé de céder, m'en ont empêché. Cependant, le premier jour qu'il m'a été permis de respirer au milieu de ce tracas , j'ai essayé d exécuter mon projet. Je voulais au moins reconnaître par mon empressement cette affection dont votre lettre était le gage, quand déjà les présents de votre hospitalité m' en avaient donné précédemment l'assurance. Je voulais vous montrer combien de place j'avais réservé dans mon cœur pour la tendresse que je vous porte en Jésus- Christ. En effet , ce n'est pas d'aujourd'hui que date mon affection ; elle remonte au contraire fort loin dans mes souvenirs. Je n'avais point franchi les bornes de l'adolescence, je n'entrais point dans les années de la jeunesse , quand votre nom me parvint. Il ne s'agissait pas encore de votre profession religieuse, mais la renommée provoquait déjà l'admiration générale pour vos études, si honnêtes et si louables dans une jeune personne. J'entendais dire alors qu'une femme retenue encore dans les liens du siècle se consacrait avec un zèle infatigable à la science des lettres — chose bien rare ! — et à l'étude de la sagesse , bien qu'elle n'eût pas renoncé au monde; et que ni les plaisirs de ce monde, ni ses frivolités, ni ses délices, ne pouvaient la détourner du noble projet de s'instruire dans tous les arts. Et quand le monde donne le spectacle d'une déplorable apathie pour ces exercices, quand la sagesse ne sait plus oii poser son pied , je ne dirai pas chez le sexe féminin , d'où elle paraît entièrement bannie , mais dans l'esprit luèmc des hommes, vous, par léclat et la profondeur de vos
A iir.Loïsi: 211
t'iudoît , vous vous Afj's i''h'v«''(' au-^^'ssll»^ (!•• imiirs |.s Icmmc» , cl A pôino (rouviTait-on (jiiclijin's hoiiHiics (jii«; vous i\ nyi point surpassrs.
Plus lard, selon les paroles de I Ap<Mre, (|iiaii(l il plut h relui (|ui vous avait mise h pari , dès le sein de votre mèrcî , de vous appeler h lui par sa grAre , vous avez donné a vos études une direction bien préférable. l'Cnune vraiment pliilosoplie , vous avez laissé la loj;ique pour l'Kvan^ileJa pli>si(|U(î |)our l' Apôtre, IMaton pour le (ilirist, l'Académie pour le cloître. — Heureuse et complète transformation! —Vous avez enlevé les dépouillesdes ennemis vaincus, et avec les trésors de l'Egypte, en traversant le désert de ce pèlerinage , vous avez élevé à Dieu dans votre cœur un précieux tabernacle. Pharaon une fois englouti, vous avez chanté avec Marie le cantique de louanges, et comme elle autrefois, portant dans vos mains le tambour de votre heureuse mortification , savante musicienne, vous avez envoyé jusqu'aux oreilles môme de la Divinité les harmonies d'un hymne nouveau. Vous avez foulé dès les premiers pas, et, avec la grâce du Tout-Puissant, vous écraserez tout-à-fait, dans votre marche persévérante, la tête du serpent , l'antique et l'éternel ennemi de la femme : il sera tellement broyé qu'il n'osera plus désormais élever contre vous ses sifflements. Vous faites et vous ferez un objet d'horreur de ce superbe prince du monde : et celui que la parole divine appelle le roi des fils de l'orgueil , selon les paroles de Dieu même au saint homme Job, vous le forcerez de gémir, enchaîné à vous-même et aux servantes du Sei-
A II i: LOIS i: 211
«'luilcs , V(Mis VOUS Aies «'h'vrc au-drssu'^ <!•• (miiIcs Ifs Icmmc^s , et i\ iMMiic (r()iiv('niit-<m (|U(l(jii('s liornmcs «jiil* vous rruycz poiîil «urpassrs.
Plus (anl , selon les paroirs de l'AjuMn», (|iiaii(l il jiliit à celui (jui vous avail mise à pari , dès le sein iUr votre; mèn; , de vous appeler à lui par sa grAce , vous avoz donné à vos (Hudcîs une; direction bien préférable, l'eminc; vrjiinienl philosophe, vous avtîz laissé la lo«;ique pour l'KvanjîileJa pli>si(jue pour rA|)Atre, Platon pour 11» (Ihrist , l'Académie |)our le cloître. — Heureuse et complète transformation! —Vous avez enlevé les dépouillesdes ennemis vaincus, et avec les trésors de TÈgypte, en traversant le désert de ce pèlorinaj^e , vous avez élevé à Dieu dans votre cœur un précieux tabernacle. Pharaon une fois englouti, vous avez chanté avec Marie le cantique de louanges, et comme elle autrefois, portant dans vos mains le tambour de votre heureuse mortification , savante musicienne, vous avez envoyé jusqu'aux oreilles môme de la Divinité les harmonies d'un hymne nouveau. Vous avez foulé dès les premiers pas, et, avec la grâce du Tout-Puissant, vous écraserez tout-à-fait, dans votre marche persévérante, la tète du serpent , l'antique et l'éternel ennemi de la femme : il sera tellement broyé qu'il n'osera plus désormais élever contre vous ses sifflements. Vous faites et vous ferez un objet d'horreur de ce superbe prince du monde : et celui que la parole divine appelle le roi des fils de l'orgueil , selon les paroles de Dieu même au saint homme Job, vous le forcerez de gémir, enchaîné à vous-même et aux servantes du Sei-