‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 27 sur 45 · DE PIERRE LE VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

DE PIERRE LE VÉNÉRABLE

ABBli PE CLUNY,

A IIELOÏSE.

A notre vénérable et tiés-clièrc sœur, bcrvanlc de Dieu, HtLOïsE,

Supérieure et Maîtresse des servantes de Dieu,

son frère Pierre, humble Abbé de Clunv t

La plénitude du salut parle Seigneur, et celle de notre amour en Jésus-Christ.

EST avec une joie bien vive que j'ai lu la lettre de votre sainteté , car j'ai re-

connu que ma visite à votre couvent n'avait point glissé sans laisser de trace; non seulement j'ai été avec vous , mais depuis ce temps je ne vous ai point quittées. L'hospitalité que vous m'avez donnée n'a pas été comme le souvenir de l'hôte d'une nuit , qui arrive la veille et part le lendemain ; je n'ai pas été chez vous l'étranger ni le

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pèlerin ; j'ai eu mon droit de cité dans la demeure des saintes , ma place au foyer du Seigneur. Toutes les circonstances de mon séjour se sont si bien fixées dans votre religieuse mémoire , vos cœurs bienveillants en ont si bien retenu les impressions , malgré sa brièveté , que vous n'avez laissé tomber aucune de mes paroles. Celles que j'ai prononcées pour votre instruction, celles même qui pouvaient paraître sans valeur, vous avez tout recueilli, la sincérité de votre affection a tout gravé dans votre esprit , comme des mots puissants, comme des mots célestes et dignes de toute votre vénération , comme les paroles mêmes ou les actions du Christ. Peut-être cette attention extrême vous a-t-elle été inspirée par la recommandation contenue dans notre règle commune, celle qui appartient à la fois à Cluny et au Paraclet , et qui nous ordonne d'adorer le Christ dans nos hôtes, car nous le recevons avec eux. N'avez-vous pas aussi songé à cette parole relative aux supérieurs , quoique je ne sois pas votre supérieur : « Celui qui vous écoute m'écoute moi-même. » — Plaise au ciel que j'obtienne constamment auprès de vous la même faveur : daignez vous souvenir de moi , et implorer pour mon ame la miséricorde du Tout- Puissant, avec le saint troupeau qui vous est confié. De mon côté , je vous offre tout le retour d'affection qui m'est possible ; car long-temps avant de vous avoir vue , et surtout depuis que je vous connais , je vous ai réservé dans la profonde intimité de mon cœur la place d un amour vrai, solide et digne de vous. Le (lofi d'uîi Triccuarium que je vous al fai( (juand j'étais chez

A iii:ij)ïsi: ti-ii)

vous, je vous le coiifirnK' , al)^«<'iit , p.ir un /•( rit sccIN' dr mon «coau, fomnu' vous eu uvez témoi^ué le désir.

Je vous envoie aussi , comme vousTovez d<'maii(lé, ral)M)lu(ioii du Maître Abailani sur un (lan hrmin , éf^alcinnit /< rit»* de ma main et scellée de mon sceau.

Pour votre Astralahe, qui est aussi le iiAtre, à cause de vous. dus que j'en trouverai le moyen , je m'ellorcerai , et ce sera une Jurande satisfaction pour moi , de lui procurer luie |irél)ende dans quelqu'une de nos églises de premier ordre. La chose toutefois est difficile; car, je l'ai déjà souvent éprouvé , lorsqu'il s'agit d(î donner des prébendes dans leurs églises , les évoques ne se montrent guère accommodants; ils ont toujours des objections et des fins de non recevoir. Je ferai cependant pour vous tout ce que je pourrai et dès que je le pourrai.

Adieu !

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