DE L'ORIGINE DES RELIGIEUSES
SOMMAIRE
Abélard, à qui Héloïse , dans sa dernière lettre, avait demandé, tant en son nom qu’en celui de ses compagnes, de leur écrire touchant l’origine de l’Ordre des religiéuses, répond amplement à cette lettre et au ‘désir qu’elles lui avaient témoigné. Il fait remonter cette origine à la primitive Eglise, et même à la commuaion des apôtres de Jésus-Christ ; il passe en revue ce que le juif Philon et ce que l’histoire Tripartite * rapportent des premiers anachorètes ; mais, dans foutes les parties de cette lettre, il exalte, avec de merveilleuses louanges, le sexe féminin ; et la virginité, non seulement chez les chrétiennes et les juives, mais encore chez les païennes, est le principal objet de ces louanges. Enfin presque toute celte lettre ne contient qu’un pauégyrique très délicat du sexe féminin.
Votre zèle religieux, ma très chère sœur, m’a interrogé, tant en votre nom qu'en celui. de vos filles spirituelles, sur l'Ordre religieux auquel vous appartenez : je vous écrirai succinctement, si je le puis, quelle est l’origine des moniales.
C'est de notre Seigneur Jésus-Christ que l'Ordre des moines ct des religieuses a reçu la forme la plus parfaite de sa religion, quoiqu'avant l'Incarnation il y ait eu quelque germe de cet établissement dans les deux sexes. Saint Jérome, en effet,
C’est une versioh des histoires de Socrate , de Sozomène et ge Théodoret. attribuée à Epiphane le Scolastique, qui vivait au vr° siècle.
écrivant à Eustochie : ? « Les fils des prophètes, dit-il, selon » l'Ancien Testament, étaient des moines, etc. » Saint Luc rappelle aussi qu’Anne étant veuve se consacra au Temple et au culte divin ; qu’elle mérita, conjointement avec Siméon, de recevoir le Seigneur dans le Temple, et d’être remplie de l'es prit prophétique. ?
Ainsi Jésus-Christ, qui est la fin de la justice et l’accomplissement de tous les biens, est venu dans la plénitude des
temps, pour achever ce qui était commencé et pour dévoiler | ce qui était inconnu ; comme il était venu appeler à lui et ra-
cheter les deux sexes, il les a rassemblés également sous la
vraie discipline de sa communion. Par là il a étobli le principe de l’état religieux pour les hommes et pour les femmes, et il
leur a proposé en exemple, à tous, la perfection de sa vie. Nous lisons que sa mère et plusieurs saintes femmes l'ont
* accompagné avec ses apôtres et ses autres disciples. Elles
avaient sans doute renoncé au monde, en se dépouillant de toute propriété pour ne posséder que Jésus, ainsi qu'il est écrit : « Le Seigneur est une part de mon héritage. » Elles ont accompli scrupuleusement ce que doivent faire, selon la règle prescrite par le Seigneur, tous ceux qui sortent du monde pour entrer dans cette sainte communauté de vie: * (A moins » que quelqu'un n'ait renoncé à tout ce us possèd® , il ne » peut être mon disciple. »
Avec quel amour ces saintes femmes, qu'on peut appeler de vraies religieuses, ont suivi Jésus-Christ ! Quelle reconnaissance et quel honneur Jésus-Christ lui-même a rendus à leur dévoùment ainsi que ses apôtres ! Ce sont des faits que l'histoire sacrée contient.
Nous lisons dans l'Évangile, $ que le Seigneur réprimanda les murmures d’un Pharisien qui l'avait reçu pour hôte et mit beaucoup au dessus de l'hospitalité de cet homme l’humble
* Ep, à. — * Bvung. S. Luc. 2. — "Ibid, 8. — "Ibid, 10, —" Ibid. 7
hommage de la femme pécheresse, Nous lisons aussi ! que, le Lazare après sa résurrection étant à table avec d'autres convives, Marthe, sa sœur, fut seule occupée au service du repas, et que Marie répandit abondamment un vase de parfum précieux sur les pieds du Seigneur, et les essuya avec ses propres cheveux, en sorte que toute la maison futremplie de l'odeur des aromates ; que Judas convoita la grosse somme qu'ils avaient dù couter, et que les disciples furent indignés de les voir employés cn pure perte. Ainsi, tandis que Marthe prenait soin des alimens, Marie préparait des parfums pour Jésus-Christ; l’une pourvut à ses besoins intérieurs , et l’autre soulagea sa lassitude par cette ablution extérieure.
L'Évangile ? ne fait mention que de femmes qui ont servi le Seigneur , et qui avaient consacré tout leur bien paur lui assurer sa nourriture de tous les jours et pour lui procurer les choses nécessaires à la vie. Lui-même servait ses disciples à table : % lui-même leur lavait très humblement les pieds, et nous ne voyons pas qu'il ait jamais reçu ni. d'eux ni d’autres hommes les mêmes services ; mais ce furent des femmes seules, comme je lai dit, qui lui prêtaient secours dans les choses de l'humanité : Marthe et Marie ont rempli ces deux devoirs ; celleci s’en est acquittée avec d'autant plus de dévotion, qu’elle avait été’ auparavant plus criminelle. *
Le Seigneur mit de l’eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples ; mais ce fut avec les larmes d’une intime contrition et non avec de l'eau, que Marie lava ceux de Jésus. Le Seigneur essuya avec un linge les pieds de ses apôtres ; elle, au lieu de linge, se servit de ses cheveux ; de plus, elle fit usage de parfums salutaires, ce que Jésus-Christ n’a nulle- - ment fait. Tout le monde sait que cette femme, espérant son
1 Evans. S. Joh. 19. —* Evang. S. Luc. 8. —* Evang. S, Joh, 13. — “Selon l’opinion des meilleurs théologiens, Marie, sœur de Marthe , n’est pas la femme pécheresse de l'Évangile. Abélard n’en fait ici qu’une seule et même personne.
pardon de la miséricorde du Sauveur, répandit aussi Ie parfum sur sa tête. L’Iistoire rapporte même qu’elle ne le tira pas du vase d'albâtre; mais qu’elle brisa ce vase, en l’épuisant jusqu’à la dernière goutte, afin de mieux prouver l’ardeur de sa dévotion, qui ne lui permettait pas sans doute de réserver pour un autre usage ce dont elle avait usé dans cette espèce de sacrifice.
Par là , elle montre à tous l'effet de tette onction, telle que Daniel avait prédit qu’elle aurait lieu, sans doute après que serait oint le Saint des Saints. Voici qu'une femme est venue oindre le Saint des Saints, et c'est par ce fait, qu’elle proclame qu'il est Celui en qui elle croit et que le Prophète! avait désigné. Quelle est dont, je vous prie, cette bonté du Seigneur , ou quel est donc le mérite des femmes , puisque ce n’est que par des femmes qu’il lisse oindre sa tête et ses pieds? Quelle est donc, dites-moi, cette prérogative du sexe * le plus faible , pour qu’une femme ait pu oinüre le souverain Christ, qui était, depuis le moment de la conception; trempé de tous les parfums du Saint-Esprit, et pour que , consacrait, comme par des sacremens matériels, la royauté ct le sacerdoce du Christ, elle lait fait Christ, c'est à dire , oint corporellement. Nous savons d’abord que le patriärché Jacob oignit une pierre qui était l'image du Seigneur, et ensuite, qu'il ne fut permis qu'aux hommes de faire les onctions des rois et des prêtres, ou de conférer les autres sacremens ; bien que les femmes quelquefois prissent sur elles de baptisetr. Le patriarche sanctifia autrefois la pierre qui était l'image du temple , le prétre actuellement sanctifie l'autel avec l'huile bénite. Ce sont donc les hommes qui impriment par les figures le Caractère sacramentel ; mais la femme a opéré sur la Vérité elle-même, ainsi que la Vérité elle-même l’atteste en disant : * «Elle a opéré » sur moi une bonne œuvre. » C'est donc d’üne femme que
1 Daniel. 9. — * Isaie, 11. —* Genes. 28. — * Evang. S. Matth. 96, S. Marc. 1h. |
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le Seigneur a reçu l’onction, tandis que les chrétiens ne la re- çoivent que des hommes: la tête a été ointe par une femme ; les membres sont oints par des hommes.
On rapporte qu'elle a versé, par eflusion, et non goutte à goutte, le parfum sur Ia tête du Seigneur, ainsi que l'épouse le chante dans le Cantique des Cantiques : « Votre » nom est une huile répandue. » Le Psalmiste voit une figure mystique dans cette abondance de parfum qui coula de la tête du Sauveur jusqu’au bord de son vêtement, lorsqu'il dit : ! . «Comme le parfum répandu sur la tête d’Aaron , lequel des- » cendit, descendit sur la barbe, puis descendit jusqu'au bord » de son vêtement. »
Saint Jérôme nous rappelle ,? sur le Psaume XXVI, que Da- “vid a reçu une triple onction, ainsi que Jésus-Christ ou les chrétiens ; car les pieds du Seigneur, et ensuite sa tête, ont reçu des parfums versés de la main d’une femme; puis, après sa mort, Joseph d’Arimathie et Nicodême, comme le raconte saint Jean , l'ont enseveli avec des aromates. Les trois onctions qui sanctifient les chrétiens , sont le baptême, la confirmation et l’extrême-onction. Considérez donc la dignité de la femme, par laquelle le Christ vivant a été oint deux fois tant aux pieds que sur la tête , et de laquelle il daigna recevoir les sacremens de roi et de prêtre. La myrrhe et l’aloës, qui servent à conserver les corps des morts, ne font que figurer l’incorruptibilité future du corps de Jésus-Christ, incorruptibilité dont tous les élus jouiront à la résurrection.
Les premiers parfums de cette femme démontrent la dignité du règne de Jésus-Christ et de son sacerdoce : l’onction de la tête annonce la première ; celle des pieds , la seconde. II reçut d'une femme le sacrement de roi, tandis qu'il refusa d’accepter la royauté que les hommes lui offraient, et qu’il s'enfuit même pour échapper à ceux qui voulaient le faire roi. * C'est
* Psalm. 132. —* [n Psalm. 26. — * Evanpg. S. Joh, 6.
une femme qui l’a sacré roi du ciel et non de la terre , suivant ce qu’il dit de lui-même : * « Mon royaume n'est pas de ce » monde. »
Les évêques se glorifient, lorsque, revêtus d’habits magniliques et brillans d'or, aux acclamations des peuples, ils oignent les rois , ils consacrent les prêtres, et souvent hénissent ceux que Dieu maudit. C’est une humble femme qui, sans avoir changé de vêtement, sans aucun appareil, au milieu même de l’indignation des apôtres, confère ces deux sacremens à Jésus-Christ, non par devoir d'état, mais par inspiration. O grande constance de la foi! à inestimable ferveur d'amour, qui croit tout, espère tout et souffre tout! Le pharisien mur- : mure de ce qu’une pécheresse oint les pieds du Seigneur ; les apôtres s’indignent hautement de ce qu'une femme se permet de lui oindre la tête. La foi de cette femme reste inébranlable, confiante dans la bonté du Seigneur, qui l’approuve dans ces deux onctions ; éar il témoigne lui-même combien ces parfums lui ont été agréables, lorsque, demandant qu'on les lui réservât , il dit à Judas, qui en était indigné : « Laissez-les lui » conserver pour le jour de ma sépulture. » C'est comme s’il eût dit : « Ne la détournez pas de me donner ce témoignage » d’amour pendant ma vie, de peur que vous ne l'en empé- » chiez après ma mort.
Or, il est certain que ce sont les saintes femmes qui ont préparé les aromates pour la sépulture du Seigneur, et que Maric se serait moins empressée d’être du nombre, si elle eût alors éprouvé un refus. Au contraire, il a réprimandé ses disciples qui murmuraient de la hardiesse de ‘cette femme et qui en tcmoignaient hautement leur indignation; après les avoir apaisés par des réponses très modérées, il loua son actiôn, au point d'ordonner à saint Marc d'en faire mention dans son Evangile,? afin que la terre en fût instruite et retentit des
* Evang. S, Joh, 8. —*? Evang. S. Marc, 1h, | 12
louanges de cette femme qu'ils accusaient de présomption. Nous ne voyons pas que le Seigneur ait ordonné pareille chose à l'égard des hommages que lui avaient rendus diverses autres personnes. Ï a encore montré combien il avait pour agréable la dévotion des femmes, par la préférence qu'il accorda à l'anmône de la pauvre veuve sur toutes les oblations du temple. 1
Pierre , ainsi que les autres apôtres, osa se vanter d’avoir tout abandonné pour le Christ. Zachée, après avoir, suivant son désir, reçu le Seigneur, donna la moitié de son bien aux pauvres et restitua le quadruple à ceux à qui il avait pu faire quelque tort. Beaucoup d’autres encore ont fait de grandes dépenses, ou pour Jésus-Christ ou pour l'amour de lui, et lui ont sacrifié des choses infiniment précieuses ; cependant il ne leur a pas accordé les mêmes louanges qu'aux femmes. En effet, leur conduite à sa mort prouve évidemment quelle avait tou- * jours été la grandeur de leur dévotion. Elles seules restèrent inébranlables dans ce moment où le princé de ses apôtres le renia, où son bien aimé s'enfuit, où ses apôtres étaient dispersés : rien ne put les éloigner de Jésus-Christ, ni au moment de sa Passion, ni au moment de’sa mort; en sorte qu'on peut leur appliquer ces paroles de saint Paul : ? « Qui nous séparera » de l'amour du Seigneur? Sera-ce la persécution ou la dou- » leur? » Saint Matthieu lui-même, ? après être convenu de sa fuite avec les autres, lorsqu'il dit : « Alors tous ses disciples » s’enfuirent après l’avoir abandonné; » parle ensuite de Ja constance des femmes, qui s'approchaient le plus qu’elles pouvaient de la croix du Sauveur : «Il y avait, dit-il, plusieurs » femmes qui avaient suivi le Seigneur depuis la Galilée, en » lui rendant tous Îcs secours possibles. » Le même évangéliste rapporte avec soin leur persévérance auprès du sépulcre, en disant : «Marie-Madeleine et l'autre Marie étaient assises
*Evang. S, Marc. 12. -* Epist. ad Rom. 8, 35. —* Evang. S, Matth.
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» auprès du sSépulcre. » Saint Marc dit également, en parlant de ces femmes : « Il ÿ avait aussi des femmes qui regardaient » de loin, parmi lesquelles étaient Marie-Madeleine et Marie, » mère de Jacques et de Joseph, et Salomé, qui l'avaient suivi » en Galilée et qui le servaient. [] y en avait encore beaucoup » d’autres qui étaient venues avec lui à Jérusalem. » :
Il rapporte encore que Jean, qui d’abord s'était enfui, revint au pied de la croix; mais il préfère la persévérance des femmes, dont l'exemple paraissait Pavoir rappelé : « La mère » de Jésus, dit-il, ? et la sœur de $a mère, Marie, femme de » Cléophas, et Marie-Madeleine, se tenaient au pied de la » croix. Lorsque Jésus vit sa mère et son disciple qui était » auprès d'elle , ete. »
Depuis long-temps Job avait prédit la constance des saintes femmes auprès de Jésus-Christ et l'abandon de ses disciples, . lorsqu'il a: dit : ? &Mes os se sont attachés à ma peau, mes » chairs étant consumées , et il ne me reste que les lèvres au- » tour des dents. » Dans les os, en cffet, qui soutiénnent la chair et la peau, existe toute la force du corps. Or, dans le corps de Jésus-Christ, qui est l'Église, il entend par l'os le fondement durable de la foi chrétienne, ou cctte ardeur d'amour de laquelle il est dit dans le Cantique : % « Des torrens d'eaux » n'ont pu éteindre Son amour; » de laquelle l’Apôtre dit aussi : * « Elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout » et soullre tout. »
‘Or, la chair est dans le corps la partie intérieure, et la peau, , Ja partie extérieure : les apôtres donc occupés à prècher la foi qui est la nourriture de l'âme, et les femmes veillant aux hesoins corporels, peuvent être comparés à la chair et à la peau. Lorsque les chairs ont été consumées, l'os du Seigneur s'est attaché à la peau, parce que, les apôtres étant scandalisés dans
*Evang. S. Joh. 19, 25. — * Job. 19, 20. — * Cant. 8, 7. —* Saint Paul. Epist. ad Cor. E.13, 7 |
sa Passion et désespérés de sa mort, la dévotion des saintes femmes resta inébranlable et ne s’écarta point de l'os de Jésus-Christ; elles ont persévéré dans la foi, l'espérance et la charité, au point de ne pas l’abandonner après sa mort. Les hommes ont naturellement l'esprit et le corps plus forts que les femmes : d’où, avec raison, la chair, qui est plus voisine des os, figure la nature de l’homme, et la peau, la faiblesse de la femme.
Les apôtres, dont le devoir est de reprendre les hommes de leurs fautes, sont appelés les dents du Seigneur; mais ils n'avaient plus que des lèvres, c’est à dire qu'ils avaient alors plus de facilité pour parler que pour agir, puisqu'ils parlaient beaucoup de leur désespoir de la mort de Jésus-Christ, sans oser rien faire pour lui. Tels étaient ces disciples, qui, en al lant à Emmaüs, s’entretenaient. de tout ce qui était arrivé, et auxquels il apparut pour ranimer leur foi.i Pierre lui-même et les autres disciples, de quoi furent-ils capables, au moment de la Passion de Jésus-Christ, malgré ce qu’il leur avait prédit lui-même, que cet instant serait pour eux un sujet de scandale? « Et quand tous, dit Pierre ,? seraient scandalisés , je ne » le serai jamais. » Et encore : « Quand il me faudrait mourir » avec vous, je ne vous renierai pas. Les autres disciples di- » rent la même chose. » Ils le dirent, mais ils ne l'exécutèrent point; car le premier et le plus grand des apôtres, qui avait montré assez de fermeté dans ses paroles pour dire au Seigneur : « Je suis prêt à souffrir pour vous l'oppression et la » mort; ® » à qui le Seigneur, en confiant la conduite de son
Église, avait dit : « Affermissez vos frères par votre exem-
» ple, » le renia à la première parole d’une servante ; ce qu'il fit même jusqu'à trois fois. Les autres disciples l’'abandonnèrent au même instant, quoiqu'il fût encore au monde, tandis que les femmes ne le quittèrent pas même après sa mort.
‘Evang. S. Luc, 2h. — * Bvang. S. Matth. 26, 33. —" Kvang. S, Luc. 22, 54 |
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Parmi elles, cette pécheresse convertie, ! cherchant Jésus- Christ qu'elle reconnaît toujours pour son Dieu, dit : «Is ont » enlevé le Seigneur de son tombeau , » Et encore: « Si vous » l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, afin que je l'em- » porte. » Les béliers, enfin les pasteurs du troupeau du Seigneur prennent la fuite , et les brebis restent seules intrépides. Jésus-Christ reproche à ses apôtres la faiblesse de la chair, qui, au moment de sa Passion, ne leur a pas permis de veiller une heure avec lui : les femmes, au contraire, passèrent la nuit entière en pleurs auprès de son tombeau, ? et ont mérité d'être les premiers témoins de sa résurrection. C’est moins par les paroles que par les actions qu’elles ont prouvé après sa mort combien elles l’aimaient de son vivant; aussi, le chagrin qu'elles éprouvèrent pendant sa Passion et à sa mort les rendit-il dignes de participer les premières à la joie de sa résurrection.
En effet, tandis que Joseph d'Arimathie et Nicodême enveloppaient dans des linges le corps dü Seigneur et l’ensevelissaient avec des aromates, Marie-Madeleine et Marie, mère de Joseph, examinaient soigneusement l'endroit où le corps était déposé. % Saint Luc * en fait aussi mention, lorsqu'il dit : «Les femmes qui avaient suivi Jésus-Christ depuis la Ga- » lilée, virent son tombeau, et la manière dont son corps y » était posé; ensuite elless’'en retournèrent pour préparer des » aromates. » Elles ne crurent pas sans doute ceux de Nicodème suffisans sans les leurs ; le jour du sabbat les empêcha d’'exécuter leur dessein. Mais, selon saint Marc, le lendemain du jour du sabbat, Marie-Madeleine , Marie, mère de Jacques,
‘* Les meilleurs commentateurs distinguent aujourd’hui Madeleine de la femme pécheresse.
3 Selon l'Évangile, les saintes femmes quittèrent le sépulcre pendant la nuit du vendredi, et n’y retournèrent que le dimanche matin avant le jour.
Evang. S. Marc. 15, 7. —* Evang. S. Luc. 23, 55.
et Salomé, vinrent de très grand matin au tombeau, au moment de la résurrection.
‘Après avoir vu leur dévotion, examinons quelle fut la récompense qu'elles méritèrent. D'abord un ange vint les consoler, en leur apprenant la vérité de la résurrection du Seigneur; enfin elles le virent elles-mêmes avant tout le monde et le touchérent. Marie-Madeleine, plus empressée, fut favorisée la première; ensuite, avec les autres, desquelles il est écrit ,! qu'après avoir vu l'ange, «elles sortirent du tombeau pour aller » en diligence annoncer aux disciples la résurrection du Sei- » gneur; et voici que Jésus vint au devant d'elles, et leur dit : « Je vous salue. » Or, elles s'approchèrent de lui; elles tou- 5 ehèrent ses pieds et l’adorèrent. Alors il leur dit : « Allez » annoncer à mes frères, qu’ils aillent en Galilée: là ils me » verront. »
Saint Luc? continue de dire : « C’étaient Madeleine, et Jeanne, b et Marie, mère de Jacques, et les autres femmes qui étaient » avec elles, qui disaient cela aux apôtres. » Saint Marc # ne cache pas que ce fut d'abord l'ange qui les envoya porter cette nouvelle aux apôtres, lorsqu'il leur dit : « Il est ressuscité , il » n'est plus ici; mais allez, dites à ses disciples et à Pierre, » qu'il vous précèdera en Galilée. » Le Scigneur lui-même, lorsqu'il apparut d’abord à Marie-Madeleine , lui dit : « Allez à » mes frères, et dites-lcur que je monte vers mon Père. +» De là , je conclus que ces saintes femmes”"sont les apôtres des apôtres; puisque ce sont elles qui furent envoyées par l’ange
et par le Seigneur pour annoncer aux disciples cette grande ” nouvelle de la résurrection , que tout le ménde attendait, afin qu'ils apprissent d'elles ce qu'ils devaient ensuite prêcher dans l'univers.
L'Évangéliste a rapporté, en outre, que le Seigneur, ve-
“Evang. S. Matth, 28,8. —* Evang..S. Luc. 2h, 10. —* Evang.S, Marc. 16, 7. —" Evang. S. Juh. 20, 17.
nont à leur rencontre après sa résurrection, les salua , afin de leur montrer, par ce salut plutôt que par cette apparition, combien il avait de sollicitude et de reconnaissance pour elles: car nous ne voyons pas qu'il ait employé vis à vis de qui que ce soit ce mot : « Je vous salue. » Il avait défendu, au contraire, à ses disciples, de saluer personne, en leur disant : «Et » vous ne saluerez personne dans le chemin; » comme s’il eût réservé ce privilége aux saintes femmes, pour le leur accorder lui-même lorsqu'il jouirait de la gloire de l’immortalité.
Les Actes des Apôtres, ! lorsqu'ils rapportent qu'aussitôt après l'ascension du Scigneur ses disciples revinrent du mont des Olives à Jérusalem, et qu'ils ont décrit la piété de leur “sainte congrégation, ne passent pas sous silence la persévérance de la dévotion des saintes femmes : «Ils étaient tous, » est-il dit, persévérans unanimement en prières avec les » femmes et Marie, mère de Jésus. »
Mais pour ne plus rien dire des femmes juives qui, en se convertissant d'abord à la foi, du vivant du Seigneur et par sa prédication, ont jeté les fondemens du genre de vie que vous. avez embrassé , parlons des femmes grecques, dont la conversion cst due aux apôtres : avec quel soin, avec quelle attention ne les traitèrent-ils pas, puisqu'ils nommèérent, pour veiller à leurs besoins, le flambeau de la milice chrétienne, Étienne, le premier martyr, avec quelques autres saints personnages? De là il est écrit dans les mêmes Actes : ? « Le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Grecs contre » les Hébreux, parce que leurs veuves étaient méprisées dans » la répartition des secours de chaque jour. C’est pourquoi » les douze apôtres ayant convoqué tous leurs disciples, Jcur » dirent : « Il n’est pas juste que nous quittions la parole de » Dieu pour veiller aux tables. Choisissez donc, mes frères, » parmi vous, sept hommes d’une conduite irréprochable ,
s Act, Apost, I, 14. —° Ibid, G.
» rewplis de sagesse et de l'Esprit-Saint, afin que nous leur » donnions ce soin. Pour nous, nous nous livrerons entière- » nent à la prière et à l'instruction. » Ce discours plut à toute » l'assemblée, et ils choisirent Étienne, plein de foi et de l'Es- » prit-Saint, avec Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Ti-. » mon, et Parmenas, et Nicolas d’Antioche ; ils les amenèrent » devant les apôtres, qui leur imposèrent les mains en prianti. »
Ce qui prouve quelle était la continence d'Étienne, c'es! le choix qu’on fit de lui pour veiller aux besoins des saintes femmes et leur administrer des secours ; ensuite, quelle était l'excellence de ce ministère tant devant Dieu que devant les apôtres, c’est aulant la prière de ceux-ci que l'imposition des mains, comme s'ils conjuraient ceux qu'ils commettaient à cette fonction , de s'en acquitter avec fidélité, en leur promettant de les aider de tout leur pouvoir par leurs prières et leur bénédiction. sn
Saint Paul regardait lui-même cette fonction comme l’accomplissement de son apostolat : « N'avons-nous pas, dit- » il, comme les autres apôtres, le pouvoir de méner avec » nous une femme qui soit notre sœur ? » C'est comme s’il eût dit clairement : « Est-ce qu’il ne nous est pas permis, ainsi qu'aux autres apôtres, d’avoir un cortége de saintes femmes qui nous accompagnent dans notre mission, et qui nous soulagent avec leurs biens dans nos travaux ? » C'est ce qui a fait dire à saint Augustin, dans son livre du Travail des moines : ? « Pour cela, ils avaient de saintes femmes, riches des biens de » ce monde, qui les accompagnaient, et qui leur adminis- ‘» traient les secours temporels, afin qu'ils ne manquassent » d'aucune des choses essentielles à la vie. » Ensuite : « Si ”» quelqu'un doute de cette sainte conduite des apôtres avec les » femmes qui les suivaient partout où ils prêchaient l'Evangile, » qu'il lise l'Évangile, et qu'il apprenne que ce n'est qu’à t
*&p. ad Cor, 1, 9. t- ? De Op. Monac, c. LL
l'exemple du Seigneur qu'ils le firent; car il est écrit dans l'Evangile : ! « Jésus allait dans les villes et les bourgades, prophétisant le royaume de Dieu, avec ses douze apôtres e quelques femmes qu’il avait guéries de l'esprit immonde et de leurs infirmités. Marie, surnommée Madeleine, Jeanne, femme de Cuza, intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres qui l’aidaient de leurs biens. Ce qui prouve que le Seigneur lui-même, dans sa mission spirituelle , a été secouru pour le temporel par des femmes, et que ces femmes restèrent pareillement attachées aux apôtres, comme des compagnes inséparables. »
Enfin, le nombre des femmes qui embrassèrent ce genre de
vie s'étant multiplié comme celui des hommes, elles eurent, de même qu'eux, des monastères particuliers, dès la naissance de l'Église. Car Philon, ce Juif si éloquent, après avoir fait dans l'Histoire ecclésiastique , * une description magnifique de l'Église d'Alexandrie sous la conduite de saint Mare, dit entre autres choses, au chapitre seizième du livre second : «Il y
a, dans beaucoup de contrées, des hommes de cette espêèce. » Ensuite : « Dans chacun de ces lieux-là, il se trouve des maisons consacrées à la prière, qu’on appelle monastères. » Et plus bas : « Et non seulement ils comprennent les hymnes anciens les plus difficiles, mais encore ils en composent eux-mêmes de nouveaux en l'honneur de Dieu, et les chantent sur les airs les plus doux et les plus mélodieux. » Dans le même endroit, après avoir parlé fort
au long de leurs austérités et de leurs saints offices, il ajoute :
Avec les hommes dont je fais mention, il y a aussi des femmes, parmi lesquelles il se trouve déjà plusieurs vierges fort âgées, qui conservent leur chasteté et leur candeur, non par nécessité, mais par dévotion ; qui consacrent égalcment leur corps et leur âme à l'étude de la sagesse, pensant qu'il serait indigne à clles de livrer au plaisir un vase $ Bvang. S. Lic. 8,14. —° Lustbe, Hist. Ecel. Ve. 16.
x préparé pour recevoir la sagesse, et d'enfanter un être » mortel, lorsqu'elles ont goûté les immortels et sacrés em- » brassemens du Verbe divin, d’où sortira une postérité éter- » nellement victorieuse de fa corruption et de Ia mort. » Et il ditencore, au sujet de ces congrégations, que «les hommes vi 5 vent séparément des femmes dans les mêmeslieux, où ils cé- » Ièbrent les vigiles, comme nous avons coutume dele faire. »
Ce que l’histoire Tripartite ? rapporte du. dévoüment égal des hommes et des femmes, fait bien l'éloge de Ia philosophie chrétienne, c’est à dire de la vie monastique ; car il y est dit, au livré 49, chapitre x1 : «C'est Élie, à ce quél’on croit, et » Jean-Baptiste, qui les premiers ont embrassé cette divine » philosophie. » Philon, le pythagoricien, raconte qué de son temps les Juifs les plus accomplis avaient embrassé ce genre de vie dans une maison bâtie sur une colline , aux environs de l'étang Maria. Ce qu'il dit de leur demeure, de leur nourriture et de leurs entretiens, est absolument conforme à la vie des moines actuels d'Egypte : ils ne mangeaient jamais, suivant cet écrivain, avant le coucher du soleil; ils s’abstenaient, en tout temps, de vin et de viande, ne vivant que de pain, desel, d’hyscpe, et ne buvant que de l'eau. Et des femmes, ainsi que des vierges âgées qui avaient renoncé d’elles-mêmes au mariage, menaient avec eux le même genre de vie par amour - pour la philosophie.
Saint Jérôme, dans son livre des Hommes ïflustres, chapitre var, parle ainsi, à la louange de saint Marc et de son Église : « Le premier, en prêchant Jésus-Christ par sa doctrine et par » son exemple, fonda une Église à Alexandrie pour engager » tous les prosélytes de Jésus-Christ à limiter. » Enfin Phifon, le plus éloquent des Juifs, voyant que la premiére Église d'Alexandrie judaïisait encore, composa un ouvrage à la louange de fa conversion des Juifs ; et ainsi que saint Luc dit * que les chrétiens de Jérusalem avaient tout en commun , de même
*L. I, c. IL —" Act, Apost, 2
il rapporte ce quise passa sous ses yeux dans l’Église d’Alexandrie, enseignée pat saint Marc. On lit, au chapitre x1 : «Nous avons mis au rang des écrivains ecclésiastiques le Juif » Philon, natif d'Alexandrie, et du corps des prêtres, parce » que, dans le livre qu'il a composé sur la première Éghse ÿ d'Alexandrie , fondée par saint Marc, il a fait l'éloge de » nos frères, en disant qu'il ÿ avait encore dans d’autres » lieux beaucoup d'habitations semblables, qu'on nommait » monastères. »
Îl est donc évident que les premiers fidèles sont le modèle de nos moines, qui tàchent et qui désirent de les imiter, en évitant d’avoir rien en propre, d’avoir parmi eux ni riches ni pauvres, en partageant leur patrimoine avec les indigens, en se livrant à la prière, à la psalmodie, à l'instruction et à la continence, tels que furent d'abord, comune le rapporte saint Luc, ! les chrétiens de Jérusalem.
En parcourant l'Ancien Testament, on y trouve que les femmes ne se sont point séparées des hommes dans tout ce qui concerne Dieu et les actes particuliers de religion, et que non seulement, ainsi qu'eux , elles ont chanté en son honneur les cantiques divins, mais encore qu'elles en ont composé. Les hommes et les femmes ont d’abord chanté ensemble le cantique composé pour la délivrance d'Israël ; c'est de ce moment qu'elles se sont acquis le droit de célébrer les offices divins dans l’église, ainsi qu'il est écrit : ? « Marie, la pro- : » phétesse, sœur d’Aaron, prit un tambour dans ses mains, v et toutes les femmes la suivirent avec des tambours et des » chants, après qu'elle eut entonné le cantique, en disant : » Chantons en l'honneur du Seigneur, car sa grandeur à éclaté » glorieusement. » Il n’est pas question dans cet endroit que Moïse ait prophétisé, ni chanté avec Marie, ni même que des hommes aient pris des instrumens ni formé des chœurs comme les femmes.
* Act, Apost. à. — * Exod, 15,
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Ainsi, quand Marie, par ce seul fait, est appelée prophétesse, il paraît que c’est moins pour avoir entonné ou récité, que pour avoir fait ce cantique en prophétisant ; et si l’on raconte qu'elle l'a entonné avec les autres, c'est pour montrer l’ordre ou l'accord qui régnait dans leur chant. Elles accompagnèrent leurs voix du son du tambour et en formant des chœurs; ce qui prouve non seulement leur grande dévotion, mais encore ce qui exprime mystiquement la célébration des offices dans nos monastères.
C'est à quoi David nous exhorte, en disant : ! « Louez-le » avec des tambours et des chœurs, » c’est à dire, par la mortification de votre corps et par cet accord de la charité, ainsi qu'il est écrit : « Parce que la multitude des fidèles n'avait » qu'un cœur et qu'une seule âme. »
Leur sortie du camp pour chanter le Seigneur renferme encore un sens mystique, car toute la vie contemplative y est figurée. L'âme abandonne alors, pour ainsi dire, le camp et le séjour terrestre afin de s'élever à la connaissance des choses célestes ; et sentant toute la douceur de sa contemplation , elle entonne, dans l’excès de sa joie, un hymne en l'honneur du Seigneur.
On y voit encore le cantique de Debora, d'Anne, de la veuve Judith, comme dans l'Évangile celui de Marie, mère du Seigneur. Anne, offrant son fils Samuël dans le Temple, a autorisé les monastères à recevoir des enfans. ? C'est pourquoi saint Isidore, écrivant à ses frères, * établis dans le monastère d'Honorat, leur dit : « Quiconque sera présenté par ses pro- » pres parens dans un monastère, saura qu’il doit toujours » y rester; car Anne a présenté son fils Samuëi au Seigneur,
‘ Psalm. 150. °
* Allusion à la Règle de saint Benoit, qui permet ( ch. 59) de recevoir des enfans en bas âge , lorsque leurs parens veulent bien les consacrer à Dieu. Mais plus tard les conciles défendirent d’ad-
mellre personne au noviciat avant l’âge de seize ans. *Ep. ad Fratres Honor. 5.
» et il demeura au service du temple où sa mére l'avait con- » sacré, et il s'y acquitta des fonctions qu'on lui avait desti- » nées. » Il est certain que les filles d’Aaron appartenaïent absolument, ainsi que leurs frères, aux fonctions du sanctuaire, et qu’elles devaient hériter du sort de la tribu de Lévi, puisque le Seigneur assura leur entretien, ainsi que, suivant le livre des Nombres, ‘il le dit lui-même à Aaron : « Toutes » les offrandes du sanctuaire faites au Seigneur par les en- » fans d'Israël, je vous les ai données, et à vos fils et à vos » filles, pour toujours. » D'où il ne paraît pas que la religion des femmes ait été séparée de celle des prêtres : ? au contraire , il paraît qu'ils ont été unis par les mêmes noms, puisqu’il y avait des diaconesses et des diacres, comme si, dans ces deux noins , nous trouvions la tribu de Lévi et les Lévites. Nous lisons encore dans le même livre ,ÿ que le vœu célèbre et que la consécration des Nazaréens à Dieu étaient également institués pour les deux sexes, par ies paroles que le Seigneur lui-même adresse à Moïse : « Parlez aux enfans d'Israël, et » dites-leur : « L'homme ou la femme qui aura fait vœu pour » son salut de se consacrer au Seigneur, s’abstiendra de vin et de » tout ce qui peutenivrer. Ils ne boiront, ni l’un nil'autre, de vinaigre fait avec du vin, ni d'autre boisson que la vigne peut » produire ; tout le temps de leur consécration, ils ne mange- » ront pas des raisins nouveaux, ni même secs. Tout le temps » de leur séparation, ils ne feront aucun usage de tout ce qui » sort de la vigne, depuis le grain jusqu'au pepin. » Je pense
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* Num. 18.
? Dans la primitive Eglise, les femmes ne recevaient pas les ordres sacrés, mais elles faisaient partie du clergé en remplissant les fonctions des diaconesses, fonctions qui cxigeaient la continence, et qui consistaient principalement à déshabiller les femmes présentées au baptème, à les dévoiler pour l’applicalion du saint chrême, à visiler les prisonniers, à orner les autels, à recueillir les aumônes, etc. |
* Num. 6.
que telle était la conduite de ces femmes qui veillaient à-la porte du Temple, lesquelles livrèrent leurs miroirs d’airain à Moïse ,! dont il fit fabriquer un vase où Aaron et ses fils se purifiaient, ainsi qu'il est écrit: « Moïse fit mettre un vase » d’airain, dans lequel Aaron et ses fils se purifiaient, lequel » était fait avec les miroirs d'airain des femmes qui veillaient » à Ja porte du Temple, » L'ardeur de la dévotion de ces saintes femmes n'est-elle pas bien peinte , lorsque , le Temple fermé , elles restaient au dehors pour célébrer les vigiles , et que sans cesse , occupées de Dieu, elles passaient même en oraisons le temps de Ja nuit que les hommes donnaient au repos? La porte du Temple qui leur était fermée, figure bien la vie des pénitens qui se sont séparés des autres, pour pouvoir se livrer à une pénitence plus rigoureuse. Cette vie ressemble clairement à celle que mènent les moines, dont l'état n’est autre chose que J'image d’une pénitence moins austère.
C'est ainsi qu'il faut prendre sous la figure du mystère Je tabernacle, à la porte duquel elles veillaient ; l'Apôtre? en parlait ainsi aux Hébreux : « Nous avons un autel qui ne donne » pas de quoi manger à ceux qui desservent le tabernacle, » c’est à dire : à laquelle ne sont pas dignes de participer ceux qui livrent leur -corps à l’impétuosité des plaisirs. Quant à la porte du tabernacle , c’est la fin de la vie présente, lorsque l'âme, en sortant du corps, entre dans la vie éternelle. A cette porte veillent ceux qui sont inquiets de la sortie de ce monde et de l’entrée dans l’autre, et qui se préparent à cette sortie par la pénitence, pour mériter d’entrer dans l'éternité.
Au sujet de cette entrée et de cette sortie journalières de Ia sainte Eglise, David faisait cette prière : 3 « Que le Seigneur » veille à votre entrée et à votre sortie, » En effet, il veilfe également à notre entrée et à notre sortie, lorsqu’au moment
* Erod, 30, 38. — * Saint Paul. Ep. ad Hebr. 15, 10. — * Psalm. 120.
de.celte sortie, si nous sommes déjà purifiés par la pénitence, il nous fait jouir du bonheur éternel. C'est avec raison qu'il a nommé l'entrée avant la sortie, parce qu'il a fait plus d’attention à la dignité qu'à l'ordre, puisque l’on sort de cette vie mortelle avec douleur, et qu’au contraire, en entrant dans la vie éternelle, l'on arrive au comble du bonheur.
Les miroirs des femmes, ce sont leurs actions extérieures, par lesquelles on voit la turpitude ou la beauté de Jâme comme dans un miroir on juge de la beauté du visage ; et de ces miroirs, on fait un vase dans lequel Aaron et ses fils se purifient, quand les ouvrages des saintes femmes et la constance de ce sexe si faible reprochent violemment aux pontifes et aux prêtres leur négligence, et leur arrachent des larmes de componcton; et si, comme ils le doivent, ils remplissent. envers elles leur devoir de ministres, les bonnes œuvres de ces femmes apprêtent le pardon qui efface leurs péchés.
C'est de ces miroirs que saint Grégoire se préparait le vase de la componction, Jorsque , admirant la force des saintes femmes et la victoire que ce faible sexe remportait dans le martyre, il s’écriait en soupirant : ! « Que diront ces hommes » cruels, si des filles délicates souffrent tant de tourmens » pour Jésus-Christ, et si ce sexe fragile triomphe dans une » telle lutte, en sorte qu'il remporte souvent la double cou- » ronne du martyre et de la virginité? »
À ces femmes qui, comme on l’a dit, veillaient à la porte du tabernacle, et qui avaient, comme les Nazaréennes, consacré leur veuvage au Scigneur, je ne doute nullement qu'on ne puisse joindre Anne, cette sainte femme qui mérita, conjointement avec saint Siméon, de recevoir dans le Temple le véritable Nazaréen de Dieu, Jésus-Christ, d'être remplie de l'esprit prophétique à la même heure que Siméoh, de reconnaître le Sauveur et de l’annoncer publiquement.
* Iomel
C’est à la louange de cette femme que l'Évangéliste disait * : « 11 y avait une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, » dé la tribn d’Aser. Elle était fort avancée en âge, et elle » n'avait vécu que sept ans avec son mari, sans avoir perdu sa » virginité. Cette veuve, alors âgée de quatre-vingt-quatre » ans, ne quittait pas le Temple, servant le Seigneur jour et » nuit par la prière et le jeûne. Elle arriva en cet instant, el » se mit à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui » attendaient la rédemption de Jérusalem. »
Observez tout ce que dit l'Évangéliste ; examinez avec quelle attention il loue cette veuve et quel éloge il fait de sa supériorité. I parle d’abord du don de prophétie dont elle jouissait depuis long-temps , de son père ; de sa tribu, de sept années de virginité qu’elle passa avec son mari, du temps de ce long veuvage qu’elle avait consacré au Seigneur, de son assiduité au temple, ensuite de ses jeûnes, de sa prière continuelle et de ses actions de grâces, et de cet esprit de prophétie qui lui fit annoncer la naissance du Sauveur promis. Et le même Évangéliste, en parlant plus haut de la vertu de Siméon, ne dit pas qu'il eut le don de prophétie ; il ne met pas en balance ni sa continence, ni ses jeünes, ni son exactitude à servir le Seigneur , et il n’ajoute rien sur sa prédication.
Ces véritables veuves, dont parle l’Apôtre en écrivant à Timothée, * me paraissent atteindre à cette perfection. « Ho- . » norez, dit-il, les veuves qui le sont véritablement. » Et encore : « Celle qui est véritablement veuve et abandonnée » de tout le monde , espère dans le Seigneur et persévère nuit » et jour dans les prières et les oraisons. Faites-lui donc en- » tendre ceci, afin qu’elle se conduise d'une manière irrépré- » hensible. » Et ensuite: « Si quelque fidèle a des veuves, » ‘qu'il les secoure et que l'Église n'en soit pas chargée, afin » qu'elle puisse subvenir aux besoins des véritables veuves. »
Ïl appelle véritables veuves celles qui n'ont pas déshonoré
*Evang.S. Luc. 2, 36. —* Ep. ad, Tim. 1,5.
leur veuvage par de secondes noces, et qui se sont consacrées au Seigneur, uniquement par dévotion. Il les dit abandonnées, parce qu’elles ont renoncé à tout, sans s'être réservé la moindre consolation sur terre, ou parce qu'elles n'ont personne pour prendre soin d'elles. Ce sont celles-là qu’il ordorme d’honorer et d'entretenir aux dépens de l'Église, comme des propres revenus de Jésus-Christ, leur époux.
C’est parmi elles qu’il recommande expressément de choisir les diaconesses, lorsqu'il dit : ? « Qu'on choisisse une veuve qui » ait au moins soixante ans, qui n'ait eu qu'un mari, qui ait me- » né une conduite irréprochable et donné une bonne éducation » à ses enfans, qui aitexercé l'hospitalité, qui ait lavé les pieds » des saints et secouru les aflligés, enfin qui ait toujours fait » de bonnes œuvres. Mais ne choisissez pas de jeunes veuves. »
Saint Jérôme, en parlant de ces dernières, dit: ? « Évitez » de les nommer diaconesses; car encore jeunes, d’une na- » ture plus faible et plus inclinée vers la tentation, elles don- » nentde mauvais exemples, au lieu de bons; et faute de cette » expérience qui s'acquiert avec l’âge, elles pourraient plutôt » scandaliser qu'édifier. » Il pense clairement ce que déjà l’Apôtre, d'après une expérience certaine, avait dit, touchant l'exemple des jeunes veuves, et il entre dans l'explication de son sentiment à ce sujet; car, après avoir dit: « Évitez les jeunes » veuves, » il en présente aussitôt la cause et le remède dans son conseil : # « En effet, la mollesse de leur vie passée les porte à » secouer le joug de Jésus-Christ; elles veulent se remarier, » s'engageant ainsi dans la condamnation par le violement de » Ja foi qu’elles lui avaient donnée auparavant; mais, de plus, » elles se livrent à l'oisiveté ; elles s'accoutument à courir par » les maisons, et elles ne sont pas seulement oisives, mais » encore causeuses et curieuses, s'entretenant de choses dont » elles ne devraient pas parler. J'aime donc mieux que les
‘ &p. ad Tim. 1,5.—"* In S. Paul, 41. —* Ibid, 1h, | 15.
» jeunes veuves se remarient, qu'elles aient des enfans, qu'el- » les gouvernent leur ménage, et qu'ainsi elles ne donnent aux » ennemis de notre religion aucun sujet de nous faire des » reproches; car déjà quelques unes se sont égarées et ont » quitté le Christ pour suivre Satan. »
Adoptant la prudence de l’Apôtre dans le choix des diaconesses, saint Grégoire écrivait ainsi à Maxime, évêque de Syracuse : ! «Nous vous défendons très expressément de nommer de » jeunes abbesses, et de permettre à aucun évêque de donner » le voile à une vierge sexagénaire, si sa conduite et ses » mœurs ne sont pas irréprochables. » |
Celles que nous appelons actuellement abbesses, s'appelaient autrefois diaconesses , comme étant plutôt servantes que mères ; car les diacres sont appelés serviteurs, parce qu'ils étaient censés prendre ce nom plutôt de leurs offices que de l'autorité épiscopale, ainsi qu’ilest prouvé par les exemples et : les paroles du Seigneur : ? « Celui qui est plus grand que vous » sera votre serviteur. » Ensuite : % « Quel est le plus grand, » de celui qui est à table ou de celui qui sert ? Pour moi je » suis au milieu de vous, comme votre serviteur. » Et ailgæurs : * « Gomme le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être « servi, mais pour servir les autres. »
C'est sur ce précepte du Seigneur que saint Jérôme osa reprendre fortement plusieurs abbés qui étaient orgueilleux de ce titre, en leur rappelant ce passage de l'Épître aux Galates : « Abbé, dit-il, 5 est un mot hébreu, qui signifie père. Puis- » qu'ila donc cette signification dans la langue hébraïque, et » que le Seigneur ordonne dans l'Évangile de ne donner le » nom de pere qu'à Dieu, j'ignore de quelle autorité nous » donnons ce nom aux autres, ou nous souffrons qu'il nous » soit donné ? Ce précepte vient également de celui qui défend .
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“Epist. III ,11.—*Evang. S. Matth. 21, 26.—* Evang. S. Luc. 99, 27. — Evang. S. Matth, 23,11. —" In Epist. ad Gal.
» dejurer. Si nous ne jurons pas, ne donnons donc à per- » sonne le nom de père ; car, ou nous interpréterons autre- » ment ce titre de père, ou nous serons forcés d'avoir une » autre opinion sur le jurement. » |
Il est certain que du nombre des diaconesses était Phœæbé, que l'Apôtre recommande si fort aux Romains, lorsqu’en priant pour elle il dit : ? « Je vous recommande Phæbé notre sœur, » diaconesse de l’Église de Corinthe, qui est au port de Cen- » chrée, afin que vous la receviez au nom du Seigneur, comme » on dait recevoir les saints, et que vous l’assistiez dans toutes » les choses où clle pourrait avoir besoin de vous; car elle en » a assisté elle-même plusieurs, et je suis du nombre.» Cassiodore et Claude,? en citant ce passage , assurent aussi qu’elle fut véritablement diaconesse. Le premicr dit : « Qu'elle fut diaco- » nesse de l'Église-mère, usage qui s'est conservé jusqu’à » ce jour chez les Grecs, comme nécessaire au service de » Dieu, et on ne leur refuse pas, dans cette Eglise, le » pouvoir de baptiser. » Claude dit, d’après le même texte: « Que c'est par l'autorité apostolique que les femmes ont » été établies dans le ministère de l'Église, et que Phœ- » bé, si fort recommandée par l'Apôtre, avait été investie » de ces fonctions à Cenchrée. » Le même Apôtre, dans sa lettre à Timothée, $ comprenant les femmes parmi les diacres, leur prescrit la même règle de conduite; car en réglant tous les ordres du ministère ecclésiastique, après avoir descendu de l'évêque aux diacres : « Que les diacres pareille- » ment soient honnêtes, dit-il,non menteurs, non adonnés au » vin; qu'ils ne soient pas avides d’un gain sordide, mais » qu'ils conservent le mystère de la foi avec une conscience » pure. » Ensuite: « Ils doivent aussi être éprouvés aupa-
+ Ep. ad Rom. 16, 1.
* Le commentaire de Cassiodore sur les épiîlres de saint Paul n'existe plus, et celui de Claude, archevéque de Turin auzx'siècle,
n’a jamais été publié; mais on en connaît plusieurs manuscrits. En. 1,3, 3.
» ravant, puis admis dans le saint ministère s'ils ne sont cou- » pables d'aucun crime. Que leurs femmes soient également » honnêtes, sobres, non médisantes, et fidèles en tout. Il faut » que les diacresn'aient épousé qu’une seule femme, qu’ils veil- » lent bien à la conduite de leurs enfans et de leurs maisons ; » Car ceux qui s'acquitteront bien de leur devoir, s’élèveront, » et acquerront une grande foi dans Jésus-Christ. »
Or, ce que l’Apôtre dit des diacres : « Qu'ils ne soient pas » menteurs , » il le dit des diaconesses : « Qu’elles ne soient pas » médisantes. » Il demande de la sobriété dans celles-ci, lorsqu'il ordonne aux autres de n’être pas adonnés au vin; enfin il renferme les autres préceptes dans ce peu de mots : « Qu’elles » Soient fidèles en tout. »
‘Car, ainsi qu'il ne veut pas que les évêques et les diacres soient élus parmi ceux qui ont été mariés deux fois; de même il veut que les diaconesses soient soumises à la même loi, comme nous l'avons déjà dit plus haut : « Qu'on choisisse une » veuve qui ait au moins soixante ans, qui n'ait épousé qu’un » seul homme, qui ait mené une conduite irréprochable et » donné une bonne éducation à ses enfans, qui ait exercé » l'hospitalité, qui ait lavé les pieds des saints et secouru les » affligés, enfin, qui ait toujours fait des bonnes œuvres; » mais surtout, a-t-il dit, ne choisissez pas de jeunes veuves. » Il est aisé de vair combien l’Apôtre recommande plus d'attention dans le choix des diaconesses que dans celui des évêques et des diacres, lorsqu'il dit : « Qu'’elles aient mené une con- » duite irréprochable, qu'elles aient exercé l'hospitalité; » il ne fait pas cette observation pour les diacres , et n’exige pas d'eux, non plus que des évêques : « Qu'ils aient lavé les pieds » des saints, secouru les affligés, etc. » Il se contente de dire que les évêques et les diacres ne soient coupables d'aucun crime ; et il veut que non seulement les femmes soient sans , reproches, mais encore qu’elles aient toujours fait de bonnes œuvres. Îl fixe leur âge avec soin, pour qu’elles aient plus
d'autorité, en disant : « Pas au dessous de soixante ans ; » afin que non seulement leur vie, mais encore leur âge avancé, leur ayant donné plus d'expérience, inspire aussi plus de respect.
Voilà pourquoi Jésus-Christ, malgré son amitié pour saint Jean , lui préféra saint Pierre, ainsi qu'aux autres, à raison de son âge. Car on est moins offensé de se voir préférer un vieillard qu'un jeune homme, et l’on se soumet plutôt à celui que l’âge, la nature et l’ordre des temps, ont mis au dessus de nous. |
Saint Jérôme, dans son livre contre Jovinien, dit, en parlant de l'élection de saint Pierre : « Un seul est choisi, afin » d'ôter l’occasion du schisme, par l'établissement d’un clef. » Mais pourquoi Jean ne fut-il pas élu ? C'est que Jésus-Christ » a déféré à l'âge, parce que Pierre était plus vieux, et pour » ne pas donner à un jeune homme, encore presque enfant, » la préférence sur des vieillards; en bon maître il devait » ôter à ses disciples tout sujet de querelle et ne pas exciter » leur jalousie en choisissant son bien aimé. »
C'est par cette considération que cet abbé dont il est parlé dans les Vies des Pères, ôla la prélature à un frère plus ancien de profession, pour la donner à un autre qui vint après lui, par la seule raison qu'il était plus âgé. Il craignait que ce frère, encore trop attaché au monde ; ne supportât avec peine la préférence que l’on donnerait à un plus jeune ; il se souvenait de l’indignation des apôtres contre deux d’entre eux, à qui l'intercession de leur mère parut avoir obtenu quelques prérogatives , surtout parce que l’un des deux était bien plus jeune que les autres apôtres; c’est Jean lui-même, duquel nous venons de parler.
La vigilance de l'Apôtre a recommandé le plus grand soin, non seulement dans le choix des diaconesses, mais encore dans celui des veuves qui voudraient se consacrer à Dieu, afin de leur ôter tout sujet de tentation ; car, après avoir dit : « Ho- » norez les veuves qui sont véritablement veuves, » il ajoute
230 | ARÉLARD ET HÉLOISE.
aussitôt : « Que si quelque veuve a des enfans ou desneveux, » qu'elle apprenne d’abord à conduire sa maison et à leur » inspirer le respect qu'ils doivent à leurs parens. » Et plus loin : « Si quelqu'un, dit-il, n'a pas soin des siens et surtout » de ceux qui dépendent de lui, il a renoncé à Ja foi et il est » pire qu'un infidèle. » Par ces paroles il satisfait en même temps à la dette de l'humanité et aux devoirs de la religion; de peur que, sous le prétexte de la religion, de pauvres orphelins ne soient abandonnés, et que la compassion humaine ‘envers des malheureux ne nuise aux vœux des veuves et à la sainteté de leur état, ne détourne leurs regards en arrière, ne les conduise quelquefois au sacrilége et ne les engage à donner à leurs praches ce qu’elles distrairaient de la communauté.
Il était donc bien nécessaire d’avertir celles qui sont encore chargées de famille, avant qu'elles passent à un véritable veuvage et qu'elles se consacrent absolument à Dieu, de rendre à leurs parens ce qu’elles en ont reçu, et de suivre la même loi, en élevant leurs enfans comme elles ont été élevées elles-mêmes
par leurs parens, ©
= Le même Apôtre, pour augmenter encore la perfection religieuse des veuves, leur ordonne d'assister à l'office et de prier nuit et jour. Également inquict sur leurs besoins, il dit : « Si » quelque fidèle a des veuves, qu'il les secoure et que l'Église ne » Soit chargée que de celles qui sont véritablement veuves. » C'est comme s’il disait : ? « Si quelque veuve tient à une famille riche qui puisse subvenir à ses besoins, qu'elle en soit secourue, afin que les revenus de l'Église puissent subvenir aux autres. Cetle doctrine prouve clairement que si quelqu'un refuse de secourir les veuves qui lui appartiennent, il faut le contraindre, d'autorité apostolique, à l’acquit de cette dette. L'Apôtre a done non seulement pourvu à leurs besoins, mais encore à l'honneur qui leur était dû , en disant : « Honorez les » veuves qui sont véritablement veuves. »
+ Epist ad Tim. 1,5, 5. — ‘Ibid. 5,16.
relles étaient, nous le croyons, celle que l'Apôtre appelle sa mère et celle que Jean l'Evangélisté appelle sa dame, par respect pour la sainteté de leur état. « Saluez, dit
» Saint Paul dans une lettre aux Romains, ! Rufus qui est élu » dans le Seigneur, et sa mère qui est également la mienne. » Saint Jean commence ainsi sa seconde épiître : ? «Le plus âgé, » à madame Electe et à ses enfans ; » et ajoute plus bas, en Jui demandant son amitié : « Actuellement je vous prie, Ma- » dame, que nous nous aimions l’un et l'autre. »
Appuyé de cette autorité, saint Jérôme, écrivant à Eustochie, Ÿ qui avait embrassé votre profession, ne rougit pas de l'appeler sa dame , et rend compte aussitôt de la raison qui l'y oblige : « J'appelle Eustochie ma dame, parce que c'est » ainsique je dois appeler l'épouse de Notre Seigneur. » Et dans la même lettre, en mettant la sainteté de cct état au dessus de toute la gloire humaine , il dit : « Je ne veux pas que vous » Communiquiez avec les dames du monde, que vous fré- » quentiez les maisons des nobles et que vous les visiticz » Souvent, puisque vous avez renoncé à tout, en consacrant » votre virginité au Seïgneur. Si l'ambition des courtisans Îcs » pousse à venir en foule saluer l’impératrice, pourquoi fe- » riez-vous injure à votre époux? Épouse de Jésus-Christ , » pourquoi vous empressez-vous de rendre des devoirs à » une mortelle ? Revêtez-vous d'un saint orgueil , et sachez » que vous êtes bien au dessus d'elle. »
Le même Père, écrivant à une vierge consacrée à Dieu, sur le bonheur céleste qui attend ses semblables et sur le respect qui leur est dû sur la terre, dit : # « C'est non seulement le té- ». moignage des Saintes Écritures, mais encore la conduite de » l'Église, qui nous enseigne quel est le bonheur dont les vier- » ges jouissent dans le ciel et qui nous apprend quon ne » saurait, sans un mérite particulier, soutenir une con-
* Ep. ad Rom. 16.—* Ep. 11,1.—* Ep. 22.—* Ep. ad Maurit, filiam. 14. Cette lettre était encore attribuée à saint Jérôme, qui n’en est pas l’auteur.
» sécration spirituelle ; car, quoique chaque chrétien participe » à la grâce divine et que tous se glorifient de participer aux » mêmes sacremens, celles-ci ont cependant quelque chose » au dessus des autres, puisqu'elles sont choisies par l'Esprit » Saint dans ce troupeau sanctifié, comme des victimes plus » saintes et plus pures que le grand-prêtre offre à Dieu pour le » service de ses autels.…., La virginité a donc un mérite au des- » sus des autres, puisqu'elle obtient spécialement la grâce et » qu'elle jouit du privilége d’une consécration qui lui est par- » ticulière; car cette consécration ne ‘peut pas être célébrée, » excepté en cas de danger de mort, à d'autres époques que » le jour de l'Épiphanie, l'octave de Pâques et les Fêtes des » Apôtres : de plus, il n’y a qu'un évêque qui puisse procéder » tant à la bénédiction des vierges que du voile qui doit cou- » vrir leurs têtes sacrées. » »
Pour les moines, au contraire, quoiqu'ils soient de même profession et de même ordre et d'un sexe plus élevé, peutêtre avec la même pureté, il est toujours permis à leur abbé de recevoir leurs vœux et de bénir leurs personnes et leur habit. Les prêtres et ceux qui'sont admis dans les grades inférieurs de la cléricature, peuvent être ordonnés aux Quatre- Temps, et les évêques, chaque jour de dimanche ; mais la consécration des vierges, d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare, est réservée pour les fêtes les plus solennelles.
Cette sainte virginité excite dans l’Église une immense joie, que le Psalmiste avait prédite par ces paroles : ? « Des vier- » ges richement parées seront amenées au roi pour marcher » après elle ; » Et ensuite : « Elles lui seront présentées avec » de grands transports de joie ; on les conduira dans le Tem- » ple. » On attribue à saint Matthieu, apôtre et évangéliste, l'institution et le Rituel de cette consécration , ainsi qu'on le lit dans les Actes de son martyre, qui racontent qu'il mourtt
* Psalm. hh.
pour la défense. de la virginité religieuse. ! Mais les apôtres ne nous ont rien laissé par écrit, concernant la consécration des clercs et des moines. C’est donc de la sainteté même que leur sainte profession a tiré son nom, puisque c'est du mot sanctimonia, c’est à dire sainteté, que vient celui de Sancti- . moniales ou moinesses. En effet, plus le sexe des femmes est faible , plus leur vertu est agréable et parfaite devant Dieu, ainsi qu’il le dit lui-même en exhortant son Apôtre à combattre pour la couronne de la gloire : ? « Ma grâce vous suffit ; » car c'est dans la faiblesse que la vertu se perfectionne. » C'est ainsi qu'en parlant, par la bouche de cet Apôtre, des
membres de son corps, qui est l'Église, comme s'il eût principalement recommandé l'honneur aux membres les plus faibles , il lui fait dire dans cette même épître, qui est la première aux Corinthiens : « Les membres de notre corps qui » nous paraissent les plus faibles, sont les plus nécessaires; et » ceux que nous croyons les moins nobles, sont ceux que nous » couvrons le plus honorablement ; et ceux qui sont les moins » honnêtes, sont couverts le plus honnêtement; car ceux qui » sont honnêtes n'ont besoin de rien. Mais Dieu a disposé le » corps, de manière qu'on rend plus d’honneurs aux membres » les plus faibles, afin qu'il n’y ait point de schismé dans le » corps, et que tous les membres contribuent alternativement » à son usage. » N'est-ce pas aux femmes qu'il a dispensé sans réserve les trésors de la Grâce divine, quoique leur sexe fût le plus faible et le moins noble, tant par le péché originel que par sa nature ? Examinez les différens états de ce sexe, non seule-. ment les vierges, les veuves, les femmes mariées, mais encore celles qui vivent dans le plus honteux libertinage, et vous verrez en elles les plus grands effets de la grâce du Seigneur, selon les paroles de Jésus-Christ et de l’Apôtre : * « Que les premiers
3 L'Eglise ne reconnaît pas la tradition populaire sur le martyre de saint Matthieu. Voyez sa vie, dans Les Vies des Saints, par Baillet. ? Saint Paul, Ep. ad Corint. 1, 12.—* Evang. S. Matth. 20.
» soient les derniers, etles derniers les premiers, et que là où » le péché abondé, il y ait aussi abondance de Grâce. ! »
En effet, si nous remontons à l'origine du monde, nous trouverons que la femme, dès sa création , a été favorisée des dons de la Grâce divine et d’un honneur particulier : elle fut créée dans le Paradis, et l’homme y fut placé ; ce qui doit toujours avertir les femmes , que le Paradis est leur patrie natu- : relle , et qu'il leur convient surtout de mener dans le célibat une vie conforme à cette demeure céleste. C'est ce qui fait dire à saint Ambroise, dans son livre sur le Paradis : « Dieu prit » l’homme qu'il avait fait et il le mit dans le Paradis. Or, vous » voyez qu'il a pris celui qui était déjà, et qu'il l’a placé dans » Je Paradis. Observez que l’homme a été fait hors du Paradis, » la femme dans le Paradis. L'homme, qui a été créé dans un » lieu inférieur, se trouve supérieur ; et la femme, qui a été » créée dans un lieu supérieur , se trouve inférieure, »
Le Seigneur a effacé par Marie la faute d'Eve, qui fut la mère du péché, avant que Jésus-Christ eût effacé celle d'Adam. Si le péché a commencé par la femme, c’est par elle aussi que la Grâce a commencé, et que la virginité a brillé de tout son éclat. Et déjà Anne et Marie avaient offert aux veuves et aux vierges, un modèle de profession religieuse, ayant que Jean ou les apôtres eussent donné aux hommes l'exemple de la vie monastique.
Si après Eye nous examinons la vertu de Débora, de Judith et d'Esther, nous conviendrons assurément qu'elle doit faire rougir la force de l'homme. En effet, Débora, juge d'Israël, se mit à la tête du peuple de Dieu qui n'avait plus de généraux, livra bataille, vainquit les ennemis, et acheva, par cet éclatant triomphe, la délivrance du peuple de Dieu.3 Judith, sans armes, accompagnée d’une servante, attaqua une armée terrible , et seule, après avoir tranché la tête d'Holopherne avec sa propre épée, elle défit l'ennemi et sauva son peuple
* Ep. ad Rom. 5.20. — ? Judic. U.
ARÉLARD ET HÉLOISE. 255
qui était à toute extrémité? 1 Esther, par une inspiration secrète de l'Esprit Saint, quoique mariée, contre la loi, à un prince idolâtre, prévint lédit cruel que l’impie Aman avait surpris au roi, et en un seul instant elle fit retomber cette sentence sur Aman lui-même.f |
On regarde comme un prodige de force que David, avec une fronde etune pierre, ait attaqué et vaincu Goliath : $ et la veuve Judith, sans pierre et sans fronde, et sans le secours d'aucune arme, s’avance contre toute une armée ennemie. Esther, par sa seule parole, délivre son peuple, et tournant contre ses ennemis le décret de proscription, les précipite eux-mêmes dans le piége qu'ils avaient tendu. C’est en mémoire de cette action remarquable que les Juifs ont institué une fête annuelle ; ce que jamais ils n'ont fait pour les actions d'aucun homme, si éclatantes qu’elles aient été.
Qui n'admirera pas l’incomparable constance de la mère des sept fils, lesquels avaient été saisis avec elle, lorsque l’impie roi Antiochus, comme le raconte l’histoire des Machabées ,* essaya en vain de la forcer à manger de la chair de porc, défendue par la Loi? Cette mère, oubliant tous les sentimens de Ja nature et de l'humanité pour ne voir que Dieu seul, consomma par son propre martyre tons ceux qu'elle avait déjà soufferts dans celui de chacun de ses enfans, après les avoir aidés, par ses exhortations, à en mériter la couronne. Quand nous feuilleterions l'Ancien Testament, que trouverions-nous qui pût être comparé à la fermeté de cette femme?
Le démon, après toutes ses vaines persécutions contre le bienheureux Job, connaissant la faiblesse humaine aux approches de la mort, dit : « L'homme donnera la peau d’au- » trui pour conserver la sienne, et tout ce qu'il possède, pour » sauver sa vie. » En effet, l'horreur que nous inspire le moment de la mort est si naturelle, que souvent nous opposons un membre pour la défense de l’autre, et que, pour conserver notre vie, nous n’appréhendons pas les plus grands
* Judith. 13.—* Esther, 8. —" Reg. 1,17. —* Mach. IT. 7. —" Job. 2
maux. Cette héroïné chrétienne à préféré de perdre sa vie et celle de ses enfans, plutôt que de transgresser la loi dans un seul point. Quelle est donc, je vous prie, cette transgression à laquelle on voulait la contraindre? L’obligeait-on de renoncer à son Dieu et de sacrifier aux Idoles ? Non ; on ne leur demandait que de manger des viandes défendues par la Loi. O mes frères, et vous tous qui avez embrassé la vie monastique, qui, tous les jours, transgressez si impudemment notre Règle en mangeant des viandes qu’elle vous défend , qu'opposerez-vous à la fermeté de cette femme ? Etes-vous assez in- . sensibles pour n'être pas confondus par un pareil exemple ? Sachez, mes frères,! le reproche que le Seigneur fait aux incrédules , en parlant de la reine du Midi : « La reine du Midi » s’élévera au jour du jugement contre cette génération , et la » condamnera. » La constance de cette femme déposera d'au tant plus contre vous, que son action aura été plus courageuse, et que vous êtes plus intimement dévoués par état à la profession religieuse. Aussi, en faveur du combat qu'elle a soutenu si courageusement, a-t-elle mérité que l'Église instituât une messe et des leçons solennelles en mémoire de son martyre, honneur qui jusqu'alors n'avait été accordé à aucun des saints dont la mort précéda la venue du Seigneur ,? quoique, suivant la même histoire des Machabées, * Eléazar, ce vénérable vieillard, un des premiers scribes de la Loi, eût déjà souffert le martyre pour la même cause. C'est, comme nous l'avons dit, que le sexe de cette femme étant plus faible, son courage en est plus agréable à Dieu et plus méritoire; et le martyre du pontife n’a pas été célébré par une fête spéciale, comme si l'on devait moins s'étonner que le sexe
“Ici, Abélard oublie, dans son zèle religieux, qu’il s’adresse à des religieuses et non à des moines.
? Les fêles de saint Joachim, de sainte Anne et de saint Joseph n’élaient pas encore établies.
3 Mach. 1, 6.
le plus fort soutint aussi les plus fortes épreuves. L’Ecriture dit, ! en s'étendant davantage sur les louanges de cette même femme : & Cependant cette mère admirable par dessus tout et » digne de la mémoire des bons, voyant périr en un même » jour ses sept enfans, supportait constamment leur mort, à » cause de l'espérance qu’elle avait en Dieu; remplie de sa- » gesse, et alliant un courage mâle à la tendresse d'une » femme, elle exhortait fortement chacun d'eux. »
Peut-on refuser à la fille unique de Jephté d’avoir fait autant d'honneur à son sexe parmi les vierges? elle qui, pour que son père ne fût pas même coupable d’un vœu imprudent, et pour que la victime promise répondit à la grâce dont il venait d’être comblé, excitait encore son père vainqueur à la sacrifier. Qu'aurait-elle donc fait si, forcée parles infidèles de renoncer à son Dieu, elle eût été exposée au martyre? Si elle eût été interrogée, comme le prince des Apôtres, au sujet de Jésus-Christ, aurait-elle dit: « Je ne connais pas cet » homme? » Son père l'ayant laissée libre pendant deux mois entiers, elle revient, à leur expiration, vers son père qui devait l’immoler; elle se dévoue volontairement à la mort, qu’elle provoque au lieu de la craindre. Par amour pour la vérité, elle rachète au prix de son sang le vœu insensé de son père, et le dégage ainsi d’un fatal serment. Quelle horreur n'aurait pas eu pour le parjure celle qui n’a pas même permis celui de son père? L'amour de cette vierge pour son père charnel comme pour son Père spirituel, n'est-il pas sans bornes ? Cependant que par sa mort elle épargne au premier un mesonge, elle satisfait à la promesse faite à l'autre. Cette grandeur d'âme dans une jeune vierge a mérité que les filles d'Israël s’assemblassent chaque année dans un même lieu, pour célébrer ses funérailles par des hymnes solennels, et pour donner de pieuses larmes au sacrifice de l’innocente victime.
Mais sans citer d autres faits. qui donc a été plus néces-
* Mach. 7.— * Juaic. 11.
s'ire à notre rédemption et au salut de tout le genre humain, que ce sexe qui a mis au monde notre Sauveur? Cette femme, qui la première osä forcer la cellule de saint Hilarion, 6pposait à sa surprise la grandeur de cette prérogative, lorsqu'elle lui dit: « Pourquoi détournez-vous les yeux ? pourquoi fuyez- » ‘vous ma prière? Ne me regardez pas commie une femme, » mais Coïnmre une malheureuse ; c’est mont Sexe qui a engen- » dré le Sauveur. # Quelle gloire pourra être comparée à celle qtré ce sexe à acquise dans Ia mère de Jésus-Christ?
Le Rédempteur aurait pü, S'il l'eût voalt, naître d’un lomme, atissi bien que d'ünië femme, lui qui x formé la ferme du corps de l’homme; mais il à fait tournet à l’honneur du sexe le plas faible son humilité même qui avait ttouvé grâce devant lai. I aurait pu choisir, dans le corps de lt fefnmé, tne autre partié plas noble que celle qui ouvre üne voie impüré à la conceptioti et à l'enfantement des hontmes: fnais il à bien plus anobli, par sa rniaissance, les otganes génératettrs de fa femime, qu’il n'avait purifié ceux -dè l’hontè par Îa cireoncision. Et maintenant, pour me faite Sur l'honneur particulier des vierges, il convient que je toùs parle des autres fermmies , ainsi que je me le suis proposé.
Voyez fx grandettt de Ia grâce que l'arrivée de Jésus- Christ à répandue aussitôt sur Elizabelh qui était mariée, et sur Arine qui était veuve. Zacharie, mari d'Élisabeth et grand-prêtre dit Seignear, navait pag encore recouvré la patole, ‘que sort incrédulité Jui avait fait perdre, lotsqt'à l'artivée et à la salütation de Marie, Élisabeth, remplie de l'esprit de Diet ; $entit tressaillif son enfant dans son sein, et prophétisa I& première que Marie avait conçu, devint ainsi plus que prophète. Elle Fannotiça sur-le-champ, et elle étcita la mère du Seigneur à glorifier Dieu des grâces dont il 4 combiatit. Le don de prophétie paraît plus accompli dans Élissbeth, qui a comuw aussitôt la conception du Fils de Dieu, que dans saint Jean qui ne l’annonça que long-temps après sa naissance. Ainsi que j'ai appelé Marie-Madeleine l'apôtre
des apôtres; je ne crains pas d'appeler celle-ci le prophète des prophèles, conjointement avec Anne, cette sainte veuve dont j'ai déjà parlé plus amplement.
Si nous examinons jusque chez les Gentils ce don de prophétie, que la Sibylle paraisse ici la première, et qu'elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. ? Si nous comparons avec elle tous les prophètes , [saïe'lui-même, qui, suivant saint Jérôme , ? est’plutôt un évangeliste qu'un prophète , nous verrons encore dans cette grâce la prééminence des femmes sur les hommes. Saint Augustin, voulant se servir de son témoignage contre les hérétiques, leur dit : * « Écouÿ tons comment leur Sibylle prophétise Jésus-Christ : «Le Sei- » gneur, a-t-elle dit, donne aux fidèles un autre Dieu à adorer; » reconhaissez-lé done pour son Fils. » Dans un autre endroit » celle appelle Symbole le Fils de Dieu, c’est à dire Conseil- » ler. » Et le prophète Isaïe dit : # « Il sera appelé l’admira- » ble, le conseiller. » Saint Augustin, dans le dix-huitième livre de la Cité de Dieu, dit encore : « Quelques ts rappor- » tent que dans ce temps-là la sibylle Érictrée avait fait cette » prédiction; d'autres affirment que c’est plutôt celle de Cu- » mes; quelqu'un traduisit ainsi en vers latins les vingt-sept » vers grecs dont la prédiction est composée ; ces vers ren- » ferment ce passage :
« En signe de jugement, la terre s’humectera de sueur ; uh p Roi, qui doit vivre dans tous les siècles, descendra du Ciel, » revêtu alors d’un corps mortel, pour juger l'Univers. »
En rassemblant les premières lettres de chaque vers grecs, on y trouvera « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. »
Lactanee Ÿ cite aussi plusieurs prophéties de la Sibylle relatites à Jésus-Christ. « 11 tombera ensuite, dit-elle, dans les » mairs des infidèles ; ils donneront à Dieu des soufllets avec
* Abélard suit ici l’opinion des anciens Pères de l'Église, qui se sont servi des oracles sybillins pour prouver aux palens la vérilé du Christianisme.
+ Prin {saie,—" Lib, Cant. Hwr. c. 3.—"* Isaie, 9,—* {nst. 1 IV, c i.
» des mains criminelles, et d’une bouche impure ils vomi-
. » ront sur lui des crachats empoisonnés. Mais il tendra hum-
» blement son dos sacré à leurs coups, et il recevra leurs souf- » flets en silence, de peur qu'on ne reconnaisse le Verbe, » que l'enfer ne soit instruit de son arrivée. Ils le couronne- » ront d'épines; pour nourriture, ils lui donneront du fiel, » et pour boisson, du vinaigre; c'est ainsi qu’ils lui offri- » ront l'hospitalité. Nation insensée ! loin de comprendre » que ton Dieu devait être adoré par tous les mortels, tu l’as » couronné d’épines, et tu as mélé le fiel avec le vinaigre ! Le » voile du Temple se déchirera, et, au milieu du jour, la » nuit couvrira la terre pendant trois heures ; il mourra, et » après érois jours de sommeil, sortant alors des enfers, il » reparaîtra à la lumière, pour montrer aux hommes le prin- » cipe de la résurrection. »
Je serais tenté de croire que Virgile !, le plus grand de nos poètes, connaissait cette prophétie de la Sibylle, et y a fait allusion , lorsque, dans sa quatrième Églogue, il prédit, sous le règne de César Auguste et le consulat de Pollion, la naissance miraculeuse d'un enfant qui devait être envoyé du ciel sur terre, pour effacer les péchés du monde, et amener un nouveau siècle plein de merveilles. Il avait emprunté, comme il le dit lui-même, cette prédiction aux oracles de la sibylle de Cumes, et il semble exhorter les hommes à se féliciter, à chanter et à écrire sur Ia naissance future de cet enfant si merveilleux, en comparaison duquel tous les autres sujets lui paraissent bas et méprisables. Il s'exprime ainsi : *
« Muses de Sicile, chantons de plus grandes merveilles : les » arbrisseaux et les humbles bruyères ne plaisent pas à tout » le monde. Enfin est arrivé le dernier âge prédit par l'o- » racle de Cumes; les siècles vont reprendre un nouvel or- » dre. Déjà reviennent et la Vierge et le règne de Saturne.
* Virgile, au moyen-âge, passait pour un prophète, ct tous les prodiges qu’on lui attribuait sont racontés dans un vicux roinan lin, dont il existe des traductions dans Loules Jes langues. —" Æct. Le
» Déjà une nouvelle race est envoyée du haut des Cieux. »
Pesez toutes les paroles de la Sibylle, et vous verrez qu’elles . renferment clairement ce que la foi chrétienne doit croire de Jésus-Christ. Et dans sa prophétie, dans ses écrits, elle n’a oublié ni sa divinité, ni son humanité, ni son arrivée pour les deux jugemens : le premier, par lequel il a été injustement condamné dans sa Passion ; l’autre, par lequel il jugera justement le monde dans toute sa majesté. Et en faisant mention de sa descente aux enfers et de la gloire de sa résurrection , clle s’est élevée non seulement au dessus des prophètes, mais même des évangélistes, qui n'ont presque rien écrit sur sa descente aux enfers.
Qui n’admirera pas sa conversation, aussi longue que familière, avec cette femme païenne de Samarie, qu'il daigna instruire avec tant de soin, que ses apôtres eux-mêmes en furent fortement surpris?! Après l'avoir réprimandée sur son aveuglement et sur la multitude de ses maris, il lui demanda même à boire, ce qu'il ne fit jamais depuis à personne. Ses apôtres, à leur arrivée, lui offrirent des alimens qu'ils venaient d'acheter, en disant : « Maître, mangez ; » mais il les refusa, en leur disant, comme pour s’excuser : « J'ai une nourriture à » manger, que vous ne connaissez pas. » Il demande lui-même à boire à cette femme qui, refusant cette faveur, lui dit : « Comment, vous qui êtes Juif, demandez-vous à boire à une » Samaritaine ? car les Juifs n'ont pas coutume de communi- » quer avec les Samaritains. » Et enfin : « Vous n’avez pas de » quoi puiser de l'eau , et le puits est très profond. » Il demande donc de l’eau à une femme infidèle, qui lui en refuse, ct il ne se soucie pas des alimens que ses apôtres lui offrent. Quelle est donc, je vous prie, cette grâce qu'il accorde à la faiblesse de votre sexe, pour demander de l'eau à une femme, lui qui donne la vie à tout le monde ? Si ce n’est pour montrer ouvertement que la vertu des femmes lui est d'autant plus
‘Evang. S. Jol. 4. 4
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agréable que leur sexe est plus faible, et qu'il désire leur salut avec d'autant plus d'ardeur qu'il est certain que leur courage est plus admirable ; ét lorsqu'il demande à boire à une femme, il fait entendre qu'il veut qu’elle étanche sa soif pour le salut des femmes. En appelant cette boisson nourriture : « J'ai, » dit-il, une nourriture à manger que vous ignotez, » il donne ensuite l'explication de cette nourriture, en disant : & Ma » nourriture est de faire la volonté de mon Père; » désignant par là que la volonté particulière de son Père est qu'il travaille au salut du sexe le plus faible.
Suivant l'Écriture, le Seigneur eut un entretien familier avec Nicodême, qui occupait le premier rang parmi les Juifs, et qui était venu le trouver secrêtement, et l’instruisit sur son salut; mais il n’en retira pas un aussi grand fruit. La Samarilaine, au contraire , fut remplie du don de prophétie ; elle annônça la venue du Christ, non seulement chez les Juifs, mais encore chez les Gentils, en disant : « Je sais que le Messie, qui » s'appelle Christ, doit venir ; lorsqu'il sera arrivé, il nous an- » noncera tout. » Et plusieurs citoyens, croyant à ces paroles, se rendirent auprès de Jésus-Christ, crurent en lui et le retin-. rent deux jours avec eux, lui qui, cependant, dit ailleurs à ses disciples : « Éloignez-vous de la voie des Gentils, et n’entrez » pas dans la ville des Samaritains. »
Saint Jean rapporte bien que Philippe et André annoncèrent à Jésus-Christ que plusieurs Gentils, qui étaient venus à Jérusalem pour y célébrer un jour de fête, désiraient le voir; mais il ne dit pas qu'ils furent admis, ni qu’à leur demande il füt accordé une grâce aussi essentielle qu’à la Samaritaine, qui ne l'avait point demandée. C'est par elle qu'il commença sa mission chez les Gentils ; non seulemenit il la convertit, mais par son moyen il se fit beaucoup de prosélytes. Les Mages, éclairés aussitôt par l'étoile, et convertis à Jésus-Christ, atürèrent à lui un grand nombre d'hommes par leur doctrine et leurs exhortations, mais seuls ils l’approchèrent; ce qui prouve clairement combien la Samaritaine obtint de confiance
F2 DS ADS ENS nn
En
auprés des Gentils, au nom de Jésus-Christ, puisque, le devançant, annonçant sa venue, et prêchant ce qu'elle avait entendu, elle convertit si promptement une grande partie du peuple de son pays.
Si nous feuilletons l'Ancien et le Nouveau-Testament, nous y verrons que les grâces signalées de [a résurrection ont été accordées principalement aux femmes pour leurs morts, et que ce n’est qu’à leur sollicitation, ou pour elles-mêmes, que ce miracle s'est opéré. D'abord Élie et Élisée ressuscitèrent des enfans à la prière de leurs mères; ‘ et le Seigneur lui-même en ressuscitant le fils d’une veuve, la fille du chef de la Synagogue, * et Lazare, à la prière de ses sœurs, 3 a, de préférence, accordé aux femmes la faveur de ce grand miracle. Ce qui fait dire à l’Apôtre, dans son Epître aux Hébreux : * «Les » femmes obtinrent pour leurs morts le bienfait de la résurrec- » tion; » car cette jeune fille ressuscitée recouvra son propre corps, et les autres femmes eurent la consolation de voir revivre ceux dont elles pleuraient la perte. Ce qui prouve encore la faveur spéciale que le Seigneur a toujours accordée aux femmes, c'est qu’elles furent d'abord comblées de joie, tant par la résurrection de ceux qui leur étaient chers que par la sienne propre; et, en dernier licu, c'est qu'en leur apparaissant d'abord, comme je l'ai dit, il les a élevées beaucoup au dessus des hommes. | |
Ce sexe, en effet, paraît s'être rendu digne de ces bienfaits par la compassion naturelle qu'il témoigna envers Jésus- Christ, au milieu du peuple qui le persécutait. Car, selon saint Luc, Inrsque les hommes le conduisaient au Calvaire pour être crucifié, leurs femmes le suivaient en le pleurant et se désolaient. Il se retourna vers elles, et comme pour les récompenser miséricordieusement de leur picté à l'heure de sa Passion , il leur prédit des malheurs futurs, afin qu'elles pus-
‘Reg. III, 17; IV, 4.—* Evang. S. Luc. >; Evang. S. Mare, 51. — * Evang. S. Joh. 11, — * Ep. ad Heb. 22. 35.
sent s’en garantir : ! & Filles de Jérusalem , dit-il, ne pleurez » pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfans; car » voici venir le jour où on dira : « Heureuses les stériles et » les entrailles qui n’ont point engendré ! »
Saint Mathieu rapporte ? que la femme de ce juge inique avait travaillé avec zèle à la délivrance du Sauveur : « Tandis » qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui envoya dire : « Ne » vous mêlez en rien de ce Juste; car j'ai été aujourd'hui » étrangement tourmentée en songe à cause de lui. »
Nous lisons encore qu’au moment où il prêchait, une seule
femme éleva la voix du milieu de la foule, en s’écriant : « Bienheureux le sein qui vous a porté ef les mammelles qui » vous ont allaité; » mais aussitôt il la reprit doucement de ce qu’elle venait de confesser, quoique cela füt très vrai, en Jui répondant : « Plus heureux sont ceux-là qui écoutent la » parole de Dieu et qui l’accomplissent! »
Saint Jean, le seul des apôtres qui obtint de Jésus-Christ d'être appelé son bien-aimé, dit de Marthe et de Marie : « Parce que Jésus aimait Marthe, Marie, sa sœur, et Lazare. » Cet Apôtre, qui, comme il est dit, jouit seul du privilége d’être le bien-aimé du Seigneur, déclare lui-même que ces femmes ont été aussi honorées de ce privilége, qui ne fut attribué à augun autre des apôtres ; et quoiqu'il associe le frère au même honneur, il les a cependant nommées avant lui, parce qu’elles le surpassaient en amour.
Mais, pour revenir aux femmes chrétiennes, publions avec admiration les effets de sa divine miséricorde, à l'égard même de celles qui vivaient publiquement dans la prostitution. Quoi de plus vil que la conduite de Marie-Madeleine ÿ et de Marie l'Egyptienne dans les premiers temps de leur vie ? À quel degré d'honneur et de mérite la Grâce divine ne les a-t-elle pas
t Evang. S. Luc. 23, 28, —* Evang. S. Matth. 21, 19. * Marie-Madeleine, qu’Abélard confond encore avec la femme pécheresse est placée par l'Église au rang des vierges,
ABÉLARD FT HÉLOISE 248 ensuite élevées? L'une, ainsi que je lai rapporté plus haut, était toujours dans la société des apôtres ; l’autre, ainsi qu'il est écrit, a Surpassé, par sa pénitence, les vertus des anachorêtes les plus austères ; cn sorte que le courage de ces deux femmes est au dessus de celui de tous les différens solitaires, et que les paroles du Seigneur aux incrédules : «Les courtisannes » vous précéderont dans le royaume de Dieu, » peuvent s’appliquer avec justice aux hommes fidèles, et, suivant la différence d'état et de sexe, les premiers devicndront les derniers, et les derniers les premiers.
Quelqu'un ignore-t-il que les exhortations de Jésus-Christ” et le conseil de l'Apôtre ont enflammé les femmes d’un tel amour de la chasteté, qu’elles s’offrirent elles-mêmes en holocauste au martyre, pour conserver la pureté de l'âme et de la chair, et qu’elles s’appliquèrent, en conquérant cette double couronne, « à suivre, dans toutes $es voies, l'Agneau , époux » des vierges? » Nous connaissons beaucoup plus d'exemples de cette vertu parfaite dans les femmes que dans Îles hommes. Il s’en est même trouvé parmi elles qui, par un zèle excessif pour la pureté, n’ont pas craint de se défigurer pour ne pas perdre cette innocence qu'elles avaient vouée à Dieu , et pour parvenir vierges à l'Epoux des vierges. Celui-ci a prouvé, en effet, combien le sacrifice de ces saintes femmes lui était agréable, puisqu'il a délivré d'un incendie corporel et spirituel un peuple entier d'infidèles, qui eurent recours aux prières de sainte Agathe, en opposant son voile à une ter-
rible irruption de l’Etna prêt à les dévorer.?
Nous ne voyons pas qu'un capuce de moine ait jamais produit un tel prodige. Nous savons bien qu'Elie sépara les eaux du Jourdain avec son manteau , et qu'Elisée s’en servit également pour s'ouvrir un passage à travers la terre : mais le voile de cette vierge a sauvé une foule de Gentils des dangers qu'ils
‘Evang. S, Matth. 1. — * Mantua. in pass. Agat.
couraient pour leurs âmes et pour leurs corps, et par leur conversion il leur a préparé le chemin du ciel. Ce qui ajoute encore à la dignité des saintes femmes, c’est qu'elles se consacrent elles-mêmes en ces termes : ! « I] m’a engagée par son » anneau, c'est à lui que je suis mariée. » Ce sont les paroles de sainte Agnès, par lesquelles les vierges, en faisant leur profession, s'unissent à Jésus-Christ.
Si pour vousexhorter et vous encourager par des exemples on veut examiner quelles étaient la dignité et la forme de votre profession, même chez les païens, on y trouvera aisément ‘beaucoup de choses qui ont préludé à son établissement, excepté en ce qui concerne la foi; et l'Église a conservé, après y avoir faitles changemens convenables, ce qui lui a paru de bon chez eux ainsi que chez les Juifs. Qui peut ignorer qu'elle a tiré de la Synagogue tous les ordres ecclésiastiques, depuis le portier jusqu'à l’évêque, l'usage même de la tonsure qui caractérise le clerc, les jeûnes des Quatre-Temps, le sacrifice des azymes, les ornemens sacerdolaux, la’ dédicace des églises et plusieurs sacremens ? N’est-il pas notaire que, par une condescendance salutaire , non seulement elle a maintenu chez les nations converties les dignités séculières, telles que celles des rois et des autres princes, ainsi qu'une partie de leurs lois et les enseignemens de leur philosophie; mais encore, que la religion même a emprunté d'elles quelques grades de dignités ecclésiastiques , la pratique de la continenee et le vœu de la pureté corporelle ? Nos évêques, en effet, et nos archevêques actuels représentent leurs flamines et Jeurs archiflamines , * et les temples, qui étaient alors élevés aux dé-
* Ce sont les paroles que-saint Ambroise ( Serm. 90) met dans la bouche de sainte Agnès, el qui élaient employées dans la cÉrémonie de la profession des religieuses.
* Les flamines étaient, chez les Romains, des prûtres institués par Numa Pompilius, pour présider aux sacrifices de Jupiter et de Mars. Leur nombre fut élevé à douzc par la suite, et on les divisa
mons, ont été ensuite consacrés à Dieu et dédiés à la mémoire des saints. |
Nous savons que c'est surtout chez les Gentils que la virginité a brillé de tout son éclat, alors que l’anathème de la Loi forçait les Juifs à se marier; et que cette vertu ou purcté de la chair était en tel honneur parmi les païens, que leurs temples étaient remplis de femmes qui se consacraient au célibat; ce qui fait dire à saint Jérôme, dans son traisième livre sur l'Épître anx Galathes : ? « Que ferons-nous donc, nous » autres chrétiens, si, par notre condamnation, Junon a ses » femmes consacrées, Vesta ses vierges, et les autres idoles » leurs prêtres qui gardent la continence. » Or, il les distintingue par femmes et pour vierges, en faisant entendre que les premières avaient connu des hommes, et que les autres étaient réellement vierges, c’est à dire avaient vécu seules ; car de pèrss (seul) vient moine, c’est à dire solitaire. Le même Père, après avoir rapporté plusieurs exemples de la chasteté ou de Ja continence des femmes païennes, dans son livre contre Javinien,* dit encore : «Je sais que j'exalte l'exemple de ces fem- » mes,c'est pour que celles qui méprisent la pureté chré- » tienne reçoivent des païens une leçon de chasteté. » Pour prouver encore combien la chasteté est agréable à Dieu, ek combien cette vertu lui a été chère dans les païens mêmes, il rappelle, dans le même livre, les grâces et Iles prodiges nqmbreux, dont le Seigneur l’a signalée et récompensée chez les infidèles. « Que dirai-je , continue-t-il, de la sibylle d'Erc- » thrée, de celle de Cumes et des huit autres? Car, selon Var- » ron, elles étaient dix : la virginité fut leur principale verin, » et la récompense de cette virginité, le don de prophétie. » Ensuite : « On rapporte que Claudia, vierge vestale, soup- » çonnée d’avoir souillé cette vertu, conduisit avec sa cein- -en archi-flamines et flamines, les premiers, patriciens , et les se-
conds, plébeïens.
‘In Ep. ad Gal. XII, 6. — * Cont. Jovin. T.
» ture un vaisseau que des milliers d'hommes n'avaient pu » traîner. ! » Sidoine, évêque de Clermont, dans son épitre à son livre, fait cette comparaison :
« Telle ne fut point Tanauil, ? ni celle que tu as engen- » drée, Ô grand Tricipitin, ni cette vierge consacrée à Vesta » phrygienne, qui, sur les eaux gonflées du Tibre conduisit » un navire avec une tresse de ses cheveux. »
Saint Augustin, dans son livre vingt-deuxième® de la Cité de Dieu, dit : « Si nous en venons aux miracles qui ont été faits » par leurs Dieux, et qu'ils opposent à nos martyrs, ne trou- » vons-nous pas qu'ils militent pour nous, et qu'ils sont en- » tièrement à notre avantage ? Car, parmi les grands miracles » de leurs Dieux, le plus remarquable assurément est celui » que Varron cite au sujet de cette Vestale qui, accusée injus- » tement de s'être laissée déshonorer, remplit un crible de » l’eau du Tibre, et l’apporta devant ses juges, sans qu’il en » coulât une goutte. Qui a soutenu le poids de cette eau mal- » gré tant d'issues ? Dieu tout-puissant n’a-t-il pas pu ôter la » pesanteur à un corps terrestre, pour le vivifier dans l’élé- » ment même où il a voulu que résidàt l'esprit vivifiant ? »
Ne soyons point surpris si, par ces miracles et par d'autres encore, le Seigneur a préconisé la chasteté des inûdèles mé- ‘mes, où $’il a permis qu’elle le fût par l'organe du Démon ; c'était pour amener les fidèles à pratiquer une vertu qu'ils voyaient si honorée par les païens mêmes. Nous savons que c'est à la dignité, et non à la persoune de Caïphe, que le don de prophétiea été accordé, et que si-quelquefois les faux apôtres ont fait des miracles, c’est plutôt à cause de leur dignité que de leur personne. Est-il donc surprenant que le Seigneur n’ait pas accordé cette faveur à la personne des femmes infidèles, mais à leur chasteté, pour détruire une fausse accusation in-
* Voyez Tite-Live, Hist. Rom., 1. 39. —* Femme de Tarquin l’ancien, modèle accompli des vertus domestiques, — ‘ C, 2,
tentée contre l'innocence d’une vierge”? Il est certain, en effet, que l’amour de la chasteté est une vertu chez les infidèles, aussi bien que l'observation de la foi conjugale est un don de Dieu chez tous les hommes. Il ne faut pas s'étonner si Dieu honore ses dons , et non l'erreur du paganisme, par des prodiges qu'il n’accorde qu'aux infidèles, surtout quand il délivre par là, comme je l’ai dit, l'innocence accusée, et qu’il confond la malice des méchans : ce doit être un motif d'autant plus pressant pour les chrétiens de parvenir à cet état de perfection dont le Sauveur se glorifie, qu’ils ont moins de mérite que les infidèles à s'abstenir des voluptés charnelles.
C'est de là que saint Jérôme et plusicurs autres docteurs ont conclu avec grande raison contre l’hérétique Jovinien, cet ennemi de là chasteté, qu’ils devaient rougir de la vertu des paiens , puisqu'ils n’admiraient pas celle des chrétiens. Ne sont-ce pas, en effet, des dons de Dieu, que la puissance des princes infidèles, quoiqu'ils en mésusent, et l'amour de la justice , et la douceur que leur a donnée la loi naturelle, et enfin les autres qualités qui conviennent aux princes ? Qui niera que ce soient de bonnes qualités, parce qu'elles sont mêlées de mauvaises, surtout lorsque Saint Augustin et la raison même assurent qu'il ne saurait y avoir de mal que dans unc bonne nature ? Qui n’approuvera pas ce vers d'Horace : !
« Les gens de bien fuient le mal, par amour pour la » vertu. » .
Ne fût-ce que pour encourager les souverains à pratiquer les vertus de Vespasien, qui n'approuvera pas, au lieu de le contester , le miracle que, suivant le rapport de Suétone , ? il fit avant d’être empereur, en guérissant un aveugle et un boiteux ? Il en est de même de ce que dit saint Grégoire sur l'âme de Trajan. |
* Epist. L 15. —* Vit. Vesp. c. 7.—* Joh. Dia. Pit. S. Greg. IL, c. kh. La délivrance de l’Ame de Trajar, par saint Grégoire . est uns fable que l’Eglise n’a jamais admise.
Siles hommes savent découvrir dans la terre une pierre prétieuse, et séparer le grain de la paille, Dien peut-il méconnaître les grâces qu’il a accordées aux infidèles, et haïr en eux ses bienfaits ? Plus les faveurs dont il les comble sont éclatantes, plus il prouve qu'il en est l’auteur et que la méchanceté des hommes ne saurait les altérer; plus il montre quelles doivent être les espérances des fidèles, s’il traite ainsi les infidèles,
Rien n'indique mieux la vénération des païens pour la chasteté des vierges consacrées an service de leurs temples, que le supplice qu'ils faisaient souffrir à celles qui la perdaient. Juvénal, parlant de ce supplice dans sa quatrième satire contre Crispinus, dit : ? ç Hier encore, couronnée de bandelettes, » était couchée auprès de lui une vestale qui va descendre » toute vivante dans Ja terre. »
Saint Augustin , dans son troisième livre de la Cité de Dieu, s'exprime ainsi: «Les anciens Romains enterraient toutes vives » les Vestales convaincues d’incontinence. Quant aux femmes » adultères, ils se contentaient seulement de leur infliger » quelques peines, et ne les faisaient pas mourir. » Car l'un de ces deux crimes leur semblait plus grave que l’autre, et ils vengeaient mieux le sanctuaire des dieux que la couche des hommes.
Chez nous, les princes chrétiens ont pourvu avee d'autant plus de soin à notre chasteté, qu’on ne peut douter qu'elle soit gncore plus sacrée. De à, cette loi de l'empereur Justinien : « Si quelqu'un ose, je ne dis pas enlever, mais seu- » lement tenter de séduire, même dans les vues de mA- » riage, quelques vierges consacrées à Dieu , qu'il soit puni » de mort. » | ; |
La discipline ecclésiastique , qui cherche plutôt la pénitence du pécheur que sa perte, prévient vos chutes par là sévérité
! Satyr. k.
ABÉLARD ET HÉLOISE. 251 de ses décrets. Le pape Innocent, écrivant à Victricius, évéque de Rouen , lui disait à ce sujet : ? « Si celles qui épou- » sent Jésus-Christ spirituellement, et qui reçaivent le voile » de la main du prêtre, passent ensuite à des noces publi- » ques, ou $e livrent à un commerce secret, il faut ne les » admettre à la périitence qu'après Ia mort de l’homme avec » ui elles auraient vécu. » Mais celles qui, n'ayant pas encore reçu le voilè sacré, auraient cependant fcint de vouloir vivre dans la chasteté, il faudra les soumettre quelque temps à la pénitence, parce qu'elles n’en avaient pas moins promis fidélité à Dieu, quoiqu'elles ne fussent pas voilées.
En effet , si un contrat passé de bonne foi entre les hommes nè peut être rompu sous aucun prétexte, on ne peut, à plus forte raison, violer impunément une promesse faite à Dieu ? car si saint Paul dit même que les femmes qui ont rompu Le : veuvage qu’elles s'étaient promis de garder, ont mérité condamnation pour àvoir manqué à leur premier engagement, combien plus la méritent les vierges qui n'ont pas gardé la foi qu’elles avaient jurée ? C'est ce qui fait dire à Pélage, dans sa lettre à la fille de Maurice : « La femme adultère à l'égard » de Jésus-Christ, est plus criminelle que celle qui se rend » adultère vis à vis de son mari. C’est pour cela que l'Église » romaine a prononcé depuis peu un jugement si rigoureux, » qu'elle juge à peine digne de la pénitence les femmes qui » souillent, par un commerce impur, un corps que Dieu avait » sanctifié. » |
Si nous voulons examiner quel soin, quelle attention et quelle charité les Saints Pères, à l'exemple des apôtres et du Seigneur lui-même, ont toujours eus pour les femmes consacrées à Dieu, nous verrons qu'ils ont approuvé et excité leur dévotion avec un zèle ardent, qu'ils l'ont animée et échauffée par des instructions sans nombre et des exhortations multipliées. Mais, sans parler des autres, H me suflira de citer le
°C. 17, Q. 1. Can, Viduas.
252 ABÉLARD BT HÉLOISE.
principaux docteurs de l'Église, savoir : Origène , saint Am- Ambroise et saint Jérôme. Le premier, qui est sans contredit le plus grand philosophe des chrétiens , a embrassé avec tant de ferveur la direction des religieuses, qu’il porta les mains sur lui-même, suivant ce que rapporte l'Histoire ecclésiastique, pour éloigner tout soupçon qui aurait pu l'empêcher de se vouer à l'instruction et à l’exhortation des femmes. Saint Jérôme, à la prière de Paule et d'Eustochie, n'a-t-il pas enrichi l'Eglise d’une quantité considérable de livres divins? Il avoue lui-même que ce n'est qu'à leur demande qu'il a composé son discours sur l’Assomption de la mère de Dieu, lorsqu'il dit : ! «Puisque mon amour pour vous ne me permet pas » de rien refuser à vos sollicitations, j'essaierai d'y satis- » faire. » Nous savons cependant que plusieurs fameux docteurs, aussi grands par leur rang que par la sainteté de leur vie, lui ont souvent écrit de fort loin, en réclamant quelques mots de réponse, et ne les ont pas même obtenus. Car saint Augustin dit, dans son second livre des Rétractations: ? « J’ai
» adressé au prêtre Jérôme, qui demeure à Béthléem, deux
» livres, l’un sur l’origine de l’âme, l’autre sur ces paroles » de l'apôtre saint Jacques : « Quiconque aura observé toute » la Loi, et la viole en un seul point, est coupable comme s’it
> l'avait violée toute entière. » Mais je’n’ai pas résolu moi- > même Ja question que je lui ai proposée sur le premier de » ces deux traités. Sur le second, au contraire, je lui expo- » sai mes doutes et je lui demandai son avis sur chacun d'eux.
» 1] m'a répondu, en approuvant mes questions, qu'il n'avait
» pas le loïsir d’éclaircir mon incertitude. Tant qu'il a vécu,
» je n'ai pas voulu mettre au jour ces ouvrages , dans l'espoir
» qu’il satisferait tôt ou tard à ma demande et que je pour- » rais publier sa réponse en même temps. Ce n’est donc
» qu'après sa mort que je les ai p'ibliés. »
* Bpist, 10. — * C. 43. —?S. Jac. 2.
Voila done ce grand homme qui attend en vain pendant long-temps, de saint Jérôme, une simple et courte réponse, et qui ne la reçoit pas, tandis que nous savons que, sur la seule demande de quelques femmes -pieuses, il a passé les jours et les nuits, soit à traduire soit à dicter tant d’ouvrages considérables, et témoigné en cela même beaucoup plus d’égards pour elles que pour un évêque. Peut-être ne favoriset-il leur vertu avec tant de zèle, peut-être n'appréhende-til de la contrister, que parce qu’il considère la fragilité de leur nature. En effet, l’ardeur de sa charité vis à vis des femmes est quelquefois si grande, qu’il paraît souvent sortir du sentier de la vérité dans les louanges qu’il leur adresse, comme s’il avait éprouvé lui-même ce qu'il dit ailleurs : ! « La charité n’a point de bornes. » |
C'est ainsi qu'il captive l'attention de son lecteur, dès le commencement de la vie de sainte Paule : « Si tous les mem- » bres de mon corps se changeaient en langues, dit-il, et si » toutes ses parties, pouvaient articuler des sons, je ne dirais » rien qui fût digne des vertus de la sainte et vénérablePaule. » Cependant ce saint Père a écrit l’histaire de plusieurs solitaires dont la vie n’était qu’un tissu de miracles et de prodiges bien plus étonnans; mais il ne paraît pas avoir exalté aucun d'eux, avec autant de paroles religieuses qu’il en a trouvées pour cette veuve. Dans une lettre ? qu'il écrit à Démétriade, il commence par un tel éloge de cette vierge, qu'il semble tomber dans une flatterie immoaerce : « Parmi tous les ouvrages, » dit-il, que j'ai écrits de ma main ou dictés à des secrétaires, » depuis ma naissance jusqu'à ce jour, je n’en trouve pas de plus difficile que celui que j’entreprends : car je dois écrire » à Démétriade, vierge consacrée au Seigneur, qui occupe le » premier rang dans Rome et par sa naissance et par ses rix » chesses, et si je veux rendre justice à chacune de ses ver-
: Epist, 17 = 1bid. 8.
» tus, je passerai pour un flatteur. » Ï était sans doute agréable à ce saint homme de se servir de certain artifice de style pour engager un sexe fragile à persévérer dans le pénible exercice de la vertu. Mais si les actions nous fournissent des argumens plus sûrs que les paroles, il a manifesté tant de charité envers les femmes, que sa sainteté même a imprimé une tache à sa réputation. Il en parle lui-même dans sa lettre ! à Aselle, lorsqu'il fait mention de ses faux amis et de ses détracteurs : « Quoique quelques uns pensent que je sois un » scélérat couvert de crimes, dit-il en autres choses, vous » faites bien cependant de juger, d’après votre âme, que les » méchans soient bons. Il est dangereux de juger le serviteur » d'autrui, et Dieu ne pardonne pas facilement à qui calom- » nie les justes. Jen ai vu qui m'ont baisé les mains et qui » par derrière me déchiraient avec une langue de vipère ; ils » me plaignaient du bout des lèvres, et intérieurement ils se » réjouissaient de mon mal. Qu'ils disent s’ils ont trouvé en » moi autre chose que ce qui convient à‘un chrétien? On ne ».me reproche que mon sexe, ce qu'on n’aurait pas fait sans » le départ de Paule pour Jérusalem. » Ensuite : « Avant que » je connusse la maison de saiute Paule, la ville entière re- » tentissait de mes louanges. Au jugement de chacun, j'étais » digne du pontificat; mais du moment que, pénétré du mé- » rite de cette femme, j'ai commencé à la respecter et à la » fréquenter, toutes mes vertus m'ont aussitôt abandonné. » Et dans la même lettre : « Saluez, dit-il, Paule et Eustochie ; » qu'elles y consentent ou non, elles sont les miennes en
» Jésus-Christ. »
Nous lisons que l'extrême familiarité que le Since luimême témoigna envers la sainte Pécheresse, donna presque de la défiance au pharisien qui l’avait invité, puisqu'à se disait en lui-même : « Si cet homme était prophète, ne saurait-il
\ Bpist. 99.
»' pas quelle est celle qui le touche? » II n’y a donc rien d'étonnant que, pour gagner de telles âmes, les Saints, qui sont les membres du Christ, ne craignent pas, excités par son exemple, de faire le sacrifice de leur réputation. Ce fut pour éviter cela, qu'Origènes , ainsi qu’il est dit, eut le courage de s'imposer un plus grave sacrifice au détriment de son corps.
Ce n’est pas seulement par leur doctrine et leurs exhortations, que l'admirable charité des Saints Pères a éclaté envers . les femmes; ils l'ont encore portée à un tel excès lorsqu'il s’est agi de consoler des femmes et d’adoucir leurs peines, qu'ils ont souvent, par une admirable compassion, promis des choses contraires à la foi. Telle est cette consolation que saint Ambroise donna aux sœurs de l'empereur Valentinien, en osant leur écrire que leur frère, qui n’était que catéchumène lorsqu'il mourut, ! était sauvé; ce qui, par conséquent, paraît être bien éloigné de la foi catholique et de la vérité de l'Évangile: mais ces saints docteurs n’ignoraient pas combien la vertu de ce sexe fragile a toujours été agréable à Dieu.
Nous voyons, en effet, d'innombrables vierges imiter la chasteté de la Mère de Dieu, qui les met en état de suivre l’'Agneau dans toutes ses voies ; ? mais nous connaissons peu d'hommes qui aient atteint ce degré de perfection. Par amour pour la vertu, quelques unes ont porté la main sur elles-mêmes pour conserver devant Dieu cette pureté corporelle qu’elles lui avaient consacrée; non seulement leurs sacrifices ne sont pas - répréhensibles, mais encore l'Église les a honorées du titre de marlyres.
Si les vierges mariées, avant de s’unir charnellement à leur
* Avant saint Ambroise on entendait à la lettre ces paroles de Jésus-Christ: Misi quis renatus fuerit ex aqu4 non potest introire in regnum Dei. Saint Augustin s’est rangé de l’avis de saint Ambroise, et après la mort d’Abélard , saint Bernard a fait adinettre par ïes théologiens, qu’en cas de nécessité il suflisait de désirer le baptème pour être sauvé, — * Apocal. 14.
mari, veulent choisir un monastère et prendre Dieu pour époux en répudiant le leur , elles en ont la pleine liberté, ce qui n'a jamais élé accordé aux hommes.
Quelques femmes furent enflammées d'un si i grand zèle pour la conservation de leur chasteté, qu'elles prirent un habit d'homme, malgré la défense de la loi, ! et se retirèrent parmi des moines, où l’'éminence de leurs vertus les a rendues dignes d’être élues abbés. C’est ainsi que sainte Eugénie, au su de l'évêque Hélène, et même par son ordre, prit l'habit d'homme, et après avoir été baptisée par cet évêque, elle fut reçue dans un monastère de religieux. * |
Je pense, ma très chère sœur en Jésus-Christ, avoir sullisamment répondu à la première des deux questions que vous m'avez adressées récemment: c’est à dire, sur l'autorité de votre Ordre et sur la considération dont il jouit : vous.embrasserez les devoirs de votre profession avec d'autant plus de ferveur que vous connaîtrez davantage son excellence. Maintenant je répondrai à la seconde , avec la grâce de Dieu, si vos mérites et vos prières me l’obtiennent. Adieu.
* Deutcer. 2. — ? Vita Patrum.
CPL VE Et: