‹ Lettres d'Abélard et d'Héloïse, traduction nouvelle par le bibliophile Jacob précédée d'un travail historique et littéraireChapitre 19 sur 20 · Loevit · texte numérisé non relu

Loevit

ABÉLARD ET IHÉLOISE. 90!

d'âme pure que celle qui rumine, autant qu'elle peut par la méditation, les préceptes divins , et qui à assez de discernement pour les suivre, afin de ne pas seulement faire le bien, mais de le bien faire, c’est à dire avec une droite intention. La corne du pied fendue, c'est le discernement de l'esprit, duquel il est écrit : « Si vous offrez justement, mais que vous » ne pratiquiez pas de même, vous péchez. »

« Si quelqu'un m'aime, dit Jésus-Christ, ? il conservera ma

» parole, » Or, qui pourra garder l’obéissance aux paroles et aux commandemens de Dieu, s'il ne les a pas compris auparavant? Personne ne sera exact à obéir, s'il n'a été attentif à écouter ; comme faisait cette sainte femme, * qui, dédaignant tout le reste, s’assit aux pieds du Seigneur pour entendre 8a

parole , sans doute avee les oreilles de cette intelligence qu'il demande lui-même, lorsqu'il dit : & Que celui-là écoute, qui à.

» des oreilles pour écouter. »

Si vous ne pouvez être enflammées de 14 même ferveur de

piété, imitez au moins, dans l'amour ct l'étude des Saintes

Écritures, ces bienhcureuses disciples de saint férôme, Paule et Eustochie, à la demande desquelles ce grand docteur a, par tant d'ouvrages, illustré l'Église

Evang.S, Joli. 1h.—"*Maric-Madclaine.

LETTRE, D'ABÉLARD A HÉLOISE

A ma très vénérée et très aimée sœur en Jésus-Christ, Héloïse.

Après avoir dernièrement achevé un Recueil d’hymnes ct d'antiennes, que vous m’aviez demandé, je me suis hâté, contre mon habitude, d'écrire, en outre, quelques Sermons, selon vctre désir et celui de vos filles spirituelles du Paraclet. Or, moins occupé du sermon lui-même que de la leçon qu’il renferme, je m'attache à l'exposition des vérités chrétiennes plutôt qu'à la perfection de l’éloquence , et au sens de la lettre, plutôt qu'aux ornemens de la rhétorique. Et peut-être ce style naturel sera-t-il, par sa simplicité même, plus accessible qu’un style orné , à l'intelligence des simples ; et eu égard à la condition des personnes à qui ces Sermons sont destinés, la naïveté et l'incorrection du langage seront une sorte d'ornement et d'élégance , et, pour ainsi dire, un assaisonnement qui aidera la compréhension des esprits faibles. Dans le classement et la rédaction de ces Sermons, j'ai suivi l'ordre des fêtes de l'Église ; et j'ai commencé aux commencemens mêmes de notre Rédemption.

Salut en Jésus-Christ, servante du Seigneur , vous que j'ai chérie autrefois dans le siècle et que je chéris maintenant da vantage en Jésus-Christ : vous étiez alors mon épouse charnelle, vous êtes aujourd’hui ma sœur spirituelle et ma compagne dans la profession religieuse,

SUIVENT LES SERMONSe

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ABÉLARD ET HÉLOISE, 361 (x.

LETTRE ‘ D'ABÉLARD A HÉLOISE

Ma sœur Héloïse , qui m’étiez chère autrefois dans le siècle et qui m'êtes aujourd'hui plus chère en Jésus-Christ, la logique m'a rendu odieux au monde; car ils disent, ces pervers qui pervertissent tout et dont la sagesse est dans la perdition, ils disent que je suis le plus habile en logique et qué pourtant j'ai gravement erré dans mon Commentaire sur saint Paul : lorsqu'ils vantent la finesse de mon esprit, ils me refusent la pureté de la foi chrétienne, parce que, ce me semble, ils me jugent d'après l'opinion plutôt que par l'autorité de l’expé-rience. Je ne veux plus être un philosophe, si je me trouve en désaccord avec saint Paul ; je ne voudrais pas être Aristote, pour être retranché de la grâce de Jésus-Christ.

J'adore le Christ qui règne à la droite du Père ; je presse dans les embrassemens de la foi ce Christ incarné au sein d’une vierge et prouvant par des miracles la divinité du Consolateur. Et pour que toute crainte, toute inquiétude et toutes préoccupations soient bannies du fond de votre cœur, retenez bien que j'ai fondé ma conscience sur la même pierre où Jésus- Christ a bâti son Eglise. Je vous apprendrai en peu de mots ce que j'ai écrit sur cette pierre.

Je crois en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, éternellement seul et vrai Dieu, qui admet ainsi la Trinité dans les personnes, pour conserver toujours l'unité dans la substance. Je crois que le Fils, en toute chose, est égal au Père, égal en cternité,-puissance, volonté et œuvres. Je n’entends pas Arius, qui, poussé par un génie pervers et même séduit par l'esprit des ténèbres, établit des degrés dans la Trinité, soutenant que

le Père est plus grand que le Fils, et oubliant ainsi ce précepte de la Loi : « Vous ne monterez point par degrés à mon autel. » Car c'est monter par degrés à l’autel de Dieu , que de placer une personne avant ou après l’autre dans la Trinité. Je reconnais que le Saint-Esprit est consubstantiel et égal en toute chose au Père et au Fils, le Saint-Esprit que j'ai souvent désigné dans mes écrits sous le nom de la Bonté suprême.

Je condamne Sabellius qui, affirmant que le Père et le Fils ne sont qu'une même personne, pense que le Père a souffert la Paëion : de là le nom des Patripassionnistes.

Je crois aussi que le Fils de Dieu a été fait Fils de l'Homme, et qu'une seule des trois personnes participe de deux natures. Je crois qu'après l’accomplissement de sa vie humaine, il à souffert , il est mort, il a ressuscité, et il est monté au ciel , et qu’il viendra juger les vivans et les morts.

Je déclare aussi que tous les péchés sont remis dans le baptême ; que nous avons besoin de la Grâce, avec laquelle nous commençons et achevons le bien , et que la pénitence relève ceux qui ont failli.

Quant à la résurrection de la chair, à quoi bon en parler,

puisque je me glorifierais en vain d’être chrétien si jene croyais.

pasque je dois ressuseiter? Telle est la foi dans laquelle je m'assieds et dont je tire la force de mon espérance. A l'abri de cette foi salutaire, je ne crains pas les aboiemens de Scylla , je me ris des gouffres de Carybde, j'entends sans frémir les chants mortels des Sirènes. Si la tempête éclate, je ne suis pas renversé; si les vents grondent , je ne suis pas ému, car je suis fondé sur une pierre inébranlable,

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