‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 22 sur 64 · LETTRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LETTRE SEPTIEME

SOMMAIRE

Abélard, à qui Héloïse, dans sa lettre précédente, avait demandé, tant en son nom qu'au nom de ses compagnes, de leur écrire touchant l'origine de l'ordre des religicuses, répond avec de larges développements à cette lettre et à ce désir. Faisant remonter l'origine de l'ordre à la primitive Eglise et jusqu'à la sainte association instituée par le Sauveur du monde, il passe en revue ce que Philon le Juif et ce que l'Histoire Tripartite rapportent des premiers ascètes. Partout, dans cette lettre, il exalte le sexe féminin, et il honore de ses louanges la virginité, non-seulement chez les chrétiennes et chez les juives, mais encore chez les femmes du paganisme. Enlin, ce morceau, dans son ensemble, n'est presque qu'un délicat panégyrique du sexe féminin. Abélard s'attache surtout à l'éloge de la virginité, dont il cite de remarquables exemples chez les paiens.

Votre pieux zèle, très-chère sœur, m'a interrogé en votre nom et au nom de vos filles spirituelles sur l'ordre auquel vous appartenez; vous désirez connaitre l'origine des congrégations de religieuses : je vais vous répondre en peu de mots et aussi succinctement qu'il sera possible.

]. C'est de Jésus-Christ méme que les ordres monastiques d'hommes et de femmes ont recu la forme parfaite de leur constitution. Avant l'incarnation du Sauveur, il y avait bien eu, tant pour les hommes que pour les femmes, quelques essais de ces sortes d'établissements. Saint Jérôme, en effet, écrit à Eustochie : « Les fils des prophètes que l'Ancien Testament nous représente comme des moines, etc. » Saint Luc aussi rapporte qu'Anne, étant veuve, se consacra au service du temple, qu'elle mérita d'y recevoir le Seigueur, conjointement avec Siméon, et d'étre remplie de l'esprit prophétique. Mais ce n'étaient que des ébauches. C'est Jésus-Christ, la fin de la justice et l'accomplissemeut de tous les bieus, venu dans la plénitude des temps pour achever ce qui n'était qu'ébauché et faire connaitre ce qui était inconnu, c'est lui qui, de mème qu'il était venu pour racheter les deux sexes, a daigné les rassembler l'un et l'autre dans le véritable couvent de ses fidèles; sanetionnant aiusi, pour les hommes et pour les femmes, le prin-

est adunare : ut inde tam viris quam feminis hujus professionis daretur auctoritas, et omnibus perfectio vitæ proponeretur quam imitarentur.

lbi quippe cum Apostolis cæterisque discipulis, cum matre ipsius sanctarum legimus conventum mulierum ; quz scilicet seculo abrenunciantes, omnemque proprietatem abdicantes, ut solum possiderent Christum, sicut scriptum est! : « Dominus pars hærcditatis meæ, » devote illud compleverunt, quo omnes secundum regulam a Domino traditam conversi a seculo ad hujus vite communitatem initiantur. « Nisi quis renuntiaverit omnibus qua possidet, non potest meus esse discipulus?. » Quam devote autem €hrigtum hz beatissimæ mulieres ac vere moniales secutæ fuerint, quantamque gratiam et honorem devotioni earum tam ipse Christus quam postmodum Apostoli exhibuerint, sacre diligenter historie continent.

Legimus in Evangelio murmurantem Pharisæum, qui hospitio Dominum susceperat, ab ipso esse correctum, et peccatricis muliéris obsequium hospitio ejus longe esse prælatum. Legimus et Lazaro jam resuscitato cum ceteris discumbente, Martham sororem ejus solam mensis ministrare, et Mariam copiosi libram unguenti. pedibus dominicis infundere, propriisque capillis ipsos extergere, hujusque copiosi uuguenti odore domum ipsam impletam fuisse, ac de pretio ipsius, quia tam inaniter consumi videretur, Judam in concupiscentiam ductum, et discipulos indignatos esse. Satagente itaque Martha de cibis. Maria disponit de unguentis, et quem illa reficit interius, hzc lassatum refovet exterius. |

Nec nisi femiuas Domino ministrasse scriptura commemorat Evangelica. Quz proprias etiam facultates in quotidianam ejus alimoniam dicabant, ct ei precipue hujus vite necessaria procurabant. Ipse discipulis in mensa, ipse in ablutione pedum humillimnm se ministrum exhibebat. À nullo vero discipulornm, vel etiam virorum, hoc eum suscepisse novimus obsequium : sed solas, ut diximus, feminas, in his vel ceteris humanitatis obsequiis, ministerium. impendisse. Et sicut. in illo Marthe, ita. in isto novimus obsequium Marie. Quæ quidem in hoc exhibendo tanto fuit devotior, quanto ante fuerat criminosior.

Dominus, aqua in pelvim missa, illius ablutionis peregit officium ; hoc vero ipsa ei lacrymis intime compunctionis, uon exteriori aqua exhibuit. Ablutos discipulorum pedes linteo Dominus extersit ; hæc pro linteo capillis usa est. Fomenta unguentorum insuper addidit, que nequaquam Dominum adhibuisse legimus. Quis etiam ignoret mulierem in tantum de ipsius gratia præsumpsisse, ut caput quoque cjus superfuso delibuerit unguento ? Quod quidem

1! Psalm., xt, 5. — * Luc., xiv; 55.

cipe de la profession religieuse, et leur proposant à tous en exemple la perfection de sa vie.

Nous voyons, en effet, qu'avec les Apótres et les autres disciples, avec sa Mère, de saintes femmes l'accompagnaient. En renongant au monde, en faisant le sacrifice de tout bien pour ne posséder que Jésus, ainsi qu'il est écrit : « le Seigneur est un héritage, » elles n'avaient fait, sans doute, qu'accomplir pieusement ce que doivent faire, selon la régle prescrite par le Seigneur, tous ceux qui sortent du siécle pour participer à la communauté de la vie religieuse. « Nul ne peut être mon disciple, est-il dit, à moins de renoncer à tout ce qu'il posséde. » Mais avec quel pieux amour ces saintes femmes, ces viaies religieuses ont suivi Jésus-Christ, de quelle grâce il a ensuite comblé leur piété, quels hommages il leur a rendus, ainsi que ses Apôtres, les saintes Écritures le racontent fidèlement.

Nous lisons dans l'Évangile que le Seigneur réprima les murmures du pharisien qui lui avait donné l'hospitalité, et mit au-dessus de son hospitalité l'humble hommage de la femme pécheresse. Nous lisons encore que Lazare, aprés sa résurrection, mangeant avec les autres convives, Marthe, sa sœur, était seule occupée à servir, et que Marie répandit alors une huile précieuse sur les pieds du Seigneur et les essuya ensuite avec ses cheveux, en sorte que toute la maison fut remplie de l'odeur du parfum; et qne Judas, dans un sentiment de convoitise, s'indigna, ainsi que les autres disciples, en voyant consommer en pure perte une chose d'un si grand prix. Ainsi, tandis que Marthe s'occupait des aliments, Marie préparait des parfums ; l'une pourvoit aux besoins du Seigneur, l'autre, par cette ablution, soulage sa lassitude.

L'Évangile ne nous montre que des femmes servant le Seigneur. Elles avaient consacré tous leurs biens à assurer sa nourriture de chaque jour et pris la charge de lui fournir les choses nécessaires. Lui-méme se montrait le plus humble des serviteurs envers ses disciples ; il les servait à table, il leur lavait les pieds, et nous ne voyons pas qu'il ait jamais recu d'aucun d'eux, ni d'aucun homme, de semblables services. Ce sont des femmes seules, je le répète, qui lui prétaient. leur ministère pour tous les besoins de l'humanité. Marthe à rempli l'un de ces devoirs, Marie l'autre, et Marie, en cela, montrait uu dévouement d'autant plus pieux qu'elle avait été auparavaut plus coupable.

C'est avec de l'eau. mise dans un bassin que le Seigneur remplit envers ses disciples ce devoir d'ablution; c'est. avec les larmes de son cœur, avec les larmes de Ja componction, non avec une eau extérieure, que Marie l'accomplit euvers lui. Le Seigneur essuva avec un linge les pieds des Apôtres, Marie, pour linge, se servit de ses cheveux, et elle y ajouta des ouctions d'huiles précieuses, ce que nous ne voyons pas que Jésus-Christ ait jamais fait. Tout le monde sait que, dans sa confiance en la miséricorde du Seigneur, elle ne craignit pas de répandre aussi le parfum sur sa tête ; et ce

176 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLEÆ.

unguentum non de alabastro extractum, sed fracto alabastro memoratur eflusum, ut nimiæ devotionis vehemens exprimeretur desiderium, quæ ad nullum ulterius usum illud reservandum censebat, quo in anto usa sit obsequio. In quo etiam ipsum jam unctionis defectum factis ipsis exhibet, quem antea Daniel futurum praedixerat : postquam videlicet ungeretur Sanetus sanctorum. Ecce enim Sanctum sanctorum mulier inungit, et eum pariter hunc esse quem credit, et quem verbis propheta præsignaverat, factis ipsa proclamat. Que est ista, quaeso, Domini beniguitas; aut quæ mulierum diguitas, ut tam caput quam pedes suos ipse non nisi feminis præberet inungendos ? Qua: est isla, obsecro, infirmioris sexus praerogativa, ut summum Christum omnibus Spiritus sancti unguentis ab ipsa ejus conceptioue delibutuni mulier quoque inungerel, et quasi corporalibus sacramentis eum in regem et sacerdotem consecrans, Christum, id est unctum, corporaliter ipsum efficeret?

Scimus primum a patriarcha Jacob, in typum Domini, lapidem unctuni fuisse. Et postmodum regum sive sacerdotum uncliones, seu quælibet unctionum sacramenta non nisi viris celebrare permissum est, licet baptizare nonnunquam mulieres presumant. Lapidem olim patriarcha templum, nunc el altare poutifex oleo sanctificat. Viri itaque sacramenta figuris imprimunt; mulier vero in ipsa operata est veritate, sicut. et ipsa protestatur Veritas dicens! : « Bonum opus operata est in me. » Christus ipse a muliere, Christiani a viris inunguntur : caput ipsuni scilicet a femina, membra a viris.

Dene autem effudisse unguentum, non stillasse super caput ejus mulier memoratur, secundum quod de ipso sponsa in Canticis præcinit dicens? : « unguentum effusum nomen tuum. » Hujus quoque unguenti copiam per illud, quod a capite usque ad oram vestimenti defluxit, Psalmista mystice præfigurat, dicens? : « sicut unguentum in capite, quod descendit in barbam, barban Aaron, quod descendit in oram vestimenti ejus. »

Trinam David unctionem, sicut et Hieronymus in psalmo xxvi meminit, accepisse legimus ; trinam et Christum sive Christianos: pedes quippe Domini, sive caput, muliebre susceperunt unguentum ; mortuum vero ipsum Joseph ab Arimathia et Nicodemus, sicut refert Joannes, cum aromatibus sepelierunt. Christiani quoque trina sanctificantur unctione ; quarum una fit in baptismo, altera in confirmatione, tertia vero infirmorum est. Perpende itaque mulieris dignitatem, a qua vivens Christus bis inunctus, tam in pedibus scilicet quam in capite, regis et sacerdotis suscepit sacramenta.

! Marc., xiv, 6. — * Cant., 1, 2. — 5 Psalm., xxxu, 2.

parfum, elle ne le fit pas couler du vase, mais elle brisa le vase pour le verser, afin de mieux exprimer l'ardeur de son zàle, pensant, sans doute, qu'elle ne pouvait plus conserver pour un autre usage un vase qui avait servi à un tel hommage. Et par cet hommage elle accomplit la prophétie de Daniel, qni avait prédit ce qui devait arriver aprés l'onction du Saint des saints. Voici, en eflet, qu'une femme est venue oindre le Saint des saints, et proclame, par ce fait, qu'il est à la fois et celui en qui elle croit et celui que le prophète avait désigné. Quelle est donc, je le demande, la bonté du Seigneur, ou plutót quel est le mérite privilégié des femmes, pour que ce soit à des femmes seules qu'il laisse oindre et sa téte et ses pieds ? Oui, quel est le mérite privilégié du sexe le plus faible, pour qu'une femme vienne oindre Celui qui, dés sa conception, était l'oint du Saint-Esprit, consacrer, par ce sacre matériel, dans le Christ souverain, le roi et le pontife, le faire Christ, en un mot, c'est-à-dire oindre son corps matériellement ?

C'est, nous le savons, le patriarche Jacob qui, le premier, oignit une pierre comme image du Seigneur, et, dans la suite, il ne fut permis qu'aux hommes de faire les onctions des rois ou des prétres et de conférer les autres sacrements, bien que les femmes puissent quelquefois baptiser. Le patriarche avait jadis sanctifié avec l'huile bénite la pierre qui était l'image du temple; de méme, aujourd'hui, c'est l'autel que bénit le prétre. Les hommes ne consacrent donc que des emblémes, tandis que la femme, c'est sur la Vérité méme qu'elle a opéré, ainsi que la Vérité l'atteste en disant : « Elle a opéré sur mot une bonne œnvre. » C'est d'une femme que le Christ a recu l'onction, tandis que les chrétiens la regoivent des hommes : c'est une femine qui a sacré la tête; les hommes ne sacrent que les membres. *

C'est par eflusion et non goutte à goutte qu'on rapporte avec raison qu'elle a répandu le parfum, ainsi que Il'Épouse l'avait auparavant chanté dans le Cantique des cantiques : « votre nom est une huile répandue. » Et David a mystérieusement prophétisé cette abondance de parfum qui coula de la tête du Sauveur jusqu'à son vêtement, lorsqu'il dit : « ainsi que le parfum répandu sur la téte d'Aaron, qui couvrit sa barbe et qui descendit jusqu'à son vétement. »

' Saint Jérdme nous rappelle, au sujet du xxvj* psaume, que David reçut une triple onction ; tel Jésus-Christ, tels les chrétiens. En effet, les pieds du Seigneur, puis sa tête, ont recu des parfums de la main d'une femme; el, aprés sa mort, Joseph d'Arimathie et Nicodème, selon le récit de sait Jean, ont embaumé son corps avant de l'ensevelir. Les chrétiens aussi recoivent trois onctions saintes : le baptéme, la confirmation et l'extréme-onc- Lion. Qu'on juge par là de la diguité de la femme : par elle le Christ vivant a été oint deux fois, aux pieds et à la tête ; d'elle il a reçu l'onction du roi et du prêtre. La mvrrhe et l'aloès, qui servent à embaumer les morts, ne font que figurer l'incorruptibilité future du corps de Jésus-Christ, incorruj:-

— ss - E

Myrrha vero et aloes unguentum, quod ad conservanda corpora morfuorum adlübetur, ipsius Dominici corporis incorruptionem futuram præsignabat, quam etiam quilibet electi in resurrectione sunt. adepti. Priora autem mulieris unguenta singularem ejus tam regni quam sacerdotii demonstrant dignitatem : unctio quidem capitis superiorem, pedum vero inferiorem. Ecce regis etiam sacramentum a muliere suscipit, qui tamen oblatum a viris sibi reguum suscipere respuit, et ipsis eum in regem rapere volentibus aufugit. Cælestis, non terreni regis mulier sacramentum peragit; ejus, inquam, qui de semetipso postmodum ait! : « regnum meum non est de hoc mundo. »

Gloriantur episcopi. quum, applaudentibus populis, terrenos inungunt reges, quum mortales consecrant sacerdotes, splendidis et inauratis vestibus adornati, et sepe his benedicunt, quibus Dominus maledicit. Humilis muher non mutato habitu, non præparato cultu, ipsis quoque indignantibus Apostolis, hæc in Christo sacramenta peragit, non prælationis officio, sed devotionis merito. Ó magnam fidei constantiam ! o inestimabilem charitatis ardorem, que « omnia credit, omnia sperat, omnia: sustinet. » Murmurat Pharisæus dum a peccatrice pedes Dominici inunguntur : indignantur patenter Apostoli, quod de capite quoque mulier presumpserit. l'erseverat ubique mulieris fides immota, de beniguitate Domini confisa, nec ei in utroque Dominicæ commendationis desunt suffragia. Cujus quidem unguenta quam accepta, quan grata. Dominus habuerit, ipsemet. profitetur quum sibi hsec reservari postulans indignanti Judæ dixit? : « sine illam. ut in die sepulture mea servet illud. » Ac si diceret : ne repellas hoc ejus obsequium a vivo,

. . e .,- . à ne devotionis ejus exhibitionem in hac quoque re auferas defuncto: j

Certum quippe est sepulturæ quoque Dominice sanctas mulieres aromata parasse. Quod tunc ista utique minus satagerel, si nunc repulst verecundiam sustinuisset. Qui etiam, quasi de tanta mulieris. præsumptione discipulis indignantibus, et ut Marcus meminit, in eam frementibus, quum eos nutissimis fregisset responsis, in tantuni hoc extulit beneficium, ut ipsum Evangelio iuserendum esse censeret, et enm ipso. pariter ubique predicandum esse prædiceret, in memoriam scilicct et laudem mulieris, quæ id fecerit in quo non mediocris arguebatur prasumptionis. Quod nequaquam de alis quarumeunque personarum obsequiis auctoritate. Dominica sic come

mendatum esse legimus atque sancitum. :

Qui etiam viduæ pauperis eleemosynam omuibus templi præferens oblalionibus, quam accepta sit ei feminarum devotio diligenter ostendit. Ausus

! Joan., xvi, 56. — * Joan., xij, 7.

tibilité dont tous les élus jouiront à la résurrection. Mais les premiers parfums employés par la femme marquent la grandeur sans exemple du régne et du sacerdoce de Jésus-Christ ; l'onction de la tête s'applique au premier, celle des preds au second. Voilà donc qu'il a recu l'onction royale des mains d'une femme, lui qui s'est refusé à accepter la royauté que lui avaient offerte des hommes, lui qui s'enfuit parce qu'ils voulaient le contraindre à l'accepter ; et c'est comme roi du ciel, non comme roi de la terre, qu'une femme

l'a sacré, suivant ce qu'il a dit lui-méme : « mon royaume n'est pas de ce monde. »

Les évéquos se glorifient, alors qu'aux applaudissemeuts des peuples, ils oignent les rois de la terre, ou que, revétus d'habits magnifiques et ruisselants d'or, ils consacrent des prétres mortels, bénissant trop souvent ceux qui sont maudits de Dieu. C'est une humble femine qui, sans changer de vétement, sans aucun appareil, et au milieu de l'indignation des Apótres, confère au Christ ces deux sacrements, non par devoir d'état, mais par zèle de dévotion. O merveilleuse fermeté de la foi! à inappréciable ferveur d'amour « qui croit tout, espére tout et souffre tout! » Le pharisien murmure de ce qu'une pécheresse oint les pieds du Seigneur ; les Apótres s'indignent hautement de ce qu'une femine ne craint pas de toucher à sa tête. La foi de Ja femme demeure inébranlable ; elle a confiance dans la bonté du Seigneur, et l'approbation du Seigneur ne lui fait défaut ni pour l'une ni pour l'autre onction ; il témoigne lui-méme combien ces parfums lui ont été agréables, avec quelle reconnaissance il les a recus, en demandant qu'on lui en réserve et en disant à Judas indigné : « laissez-la in'en conserver pour lc jour de ma sépulture. » C'est comme s'il. eüt dit : ne détournez pas de moi cet hommage tandis que je vis, de peur de m'enlever du même coup les témoignages de sa piété aprés ma mort.

H n'est pas douteux, en effet, que ce soient les saintes femmes qui ont préparé les parfums pour embaumer son corps, et Marie se serait moins empressée d'être du nombre, si clle eût alors éprouvé la honte d'un refus. Au contraire, tandis que les disciples s'indignaient de la hardiesse de cette femme et murmuraient contre elle, comme dit saint. Marc, aprés les avoir apaisés par des réponses pleines de douceur, 1l fit l'éloge de son offrande et voulut que mention en fàt insérée dans son Évangile, afin que ce fait füt, avec l'Évangile, répandu par toute Ja terre, en mémoire et à l'honneur de celte femme qu'ils aecusaient. de présomption. Et nous ne vovons pas que Dieu ait jamais honoré et sanctionné d'une telle recommandation aucun des hommages qui lui furent rendus.

Il a encore téinoigné combien 1l avait pour agréable la picté des femmes, en préférant à toutes les offrandes du temple Faumône de la pauvre veuve. Autre exemple : Pierre se fait honneur d'avoir, lui et ses compaguons, tout abandonné pour le Christ. Zacliée, ayant regu le Seigneur, suivant son dé-

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quidem est Petrus seipsum et coapostolos suos pro Christo omnia reliquisse profiteri. Et Zachieus desideratum Domini adventum | suscipiens, dimidium honorum suorum pauperibus largitur, et in quadruplum, si quid defraudavit, restituit. Et multi alii majores in Cliisto seu pro Christo fecerunt expensas, et Jonge pretiosiora in obsequium obtulerunt divinum, vel pro Christo reliquerunt. Nec ita tinen. Dominicæ commendationis laudem adepti suut, sicut feminæ.

Quarum quidem devotio quanta semper erga eum extiterit, ipse quoque Dominice vite. exitus. patenter. insinuat. |a quippe, ipso Apostolorum principe a gante, et dileeto Domiui fugiente, vel cæteris dispersis Apos: tulis , itrepidæ perstiterunt; nec cas a Christo vel in passione, vel in morle formido aliqua, vel desperatio separare potuit. Ut eis specialiter illud Apostoli congruere. videatur ! : « quis nos separabit a charitate. Dei? tribulatio an anzustia? » Unde Matthirus , quum de se pariter et. czeteris retulisset ?: « tune discipuli omues relicto eo. fugerunt, » perseverantiam postmodum supposuit: mulierum, quie i158. etiam. crucifixo. quantum permittebatur, assistebant : 4 erant, » inquit. ,« ibi mulieres multæ a longe, qui secube. fuüeraut Jesum à. Galilva, ministrantes ei. » Quas deuique ipsius queque sepulero. immobiliter adhærentes idem diligenter Evangelista describit, dicens? : « Erant. autem Maria Magdalene, et altera Maria sedentes contra sepulerun. » De quibus etiam mulieribus Marcus conunemersns ai * :: « erant autem et mulieres de longe aspicientes, inter quas erat Magdalene, et Maria Jacobi minoris, et Joseph mater, et Salome. Et quum esset in Galilea, sequebantur eum, et ministrabant ei, et aliz multae que simul eum eo asceud, rant Hieroselviuan. » Mtetisse autem juxta crucem, et erucilixo se etiau astilisse Joannes, qui pnus aufugerat, narrat ; $ed perseverantiam. pevauttit. iuulier um. quasi eorum exemplo onimatus essel ac revocatus, « Stabant, » imiquit *, « juxta erucem Jesu mater ejus, et Seror matris ejus Marta Cleophie, et Maria. Mazdal:iwe.. Quum vidisset. ergo Jesus matrem, et discipulum saute, ete. »

Haec autem sanctarum censtauiam mul erum. et discipu'orum det-elum lenge ante beatus Job in persona Dou. iun propletuit, dins *: « pelli mer consumptis earmibus adliesit os mem, et dereicta sunt tantummedo labia euva dentes meos. » lu osse quippe, qual camem et pellem sustentat et gestat, fortitudo est corporis, 28 corpece. itur clit. qual ext Exlesia, ws ipsius dixit. Christus fidei stabile. faudatmentum, sve Érvor ille charitaüs, de que canitur" : « aqux multe uoa potez aut extuzuere charititem. 9

1 Renew. un. 3 — * YXab. xe. 360.— 7 LE. xxvu XX El. — ^ Wars xv. 49 et 41. — * juus.. ux, 33. — * job, vix, 20. — " Cant. vus. à.

sir, donna la moitié de son bien aux pauvres et restitua le quadrupleà ceux à qui il avait pu faire quelque tort. Beaucoup d'autres ont fait de plus grandes dépenses encore, soit pour le Christ, soit pour l'amour du Christ ; pour lui rendre hommage, ils ont sacrifié, ils ont laissé des choses infiniment plus précieuses. Cependant, ils n'ont pas obtenu du Seigneur les mémes louange:, les mêmes recommandations que les femmes.

Leur conduite à sa mort prouve clairement quelle avait toujours été la grandeur de leur pieux dévouement. Le chef des Apôtres le reniait ; son bienaimé s'était enfui, les autres s'étaient dispersés : seules elles demeurérent intrépides : crainte, douleur, rien ne put les séparer du Christ, pendant sa passion ni au moment de sa mort. En sorte que c'est à elles particulièrement que parait s'appliquer cette parole de l'Apótre : « qui nous séparera de l'amour du Seigneur? sera-ce la persécution ou la douleur? » C'est pourquoi saint Ma- (heu, après avoir rappelé sa fuite et celle des autres, en disant : « alors tous les disciples l’abandonnèrent et s'enfuirent, » ajoute, au sujet de la fidélité des femmes qui l'assistaient jusque sur la croix, autant qu'on les laissait faire: a il y avait là plusieurs femmes venues de loin, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, et qui le servaient. » Le méme Évangéliste nous les peint inébranlablement attachées à la pierre du tombeau: « Marie-Madeleine et l'autre Marie élaient là, dit-il, assises auprès du tombeau. » Saint Marc dit également eu parlant de ces femmes : « il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin ; parmi elles étaient Madeleine et Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joseph, et Salomé ; elles l'avaient suivi en Galilée, et elles le servaient, ainsi que beaucoup d'autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem. » Jean, qui d'abord s'était enfui, raconte qu'il se tint au pied de la croix et assista le crucifié ; mais avant la sienne il fait passer la fermeté des femines, comme si. c'était leur exemple qui eüt rappelé et ranimé son courage. « Au pied de la croix se tenaient, dit-il, la mère de Jésus, la sœur de sa mère Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Quand donc Jésus vit sa mère et son disciple au pied de la croix... »

Cette fermeté des saintes femmes et cette défection des disciples, longtemps auparavant le saint homme Job les avait prophétisées dans la per. sonne de Jésus-Christ, lorsqu'il disait : « mes os se sont attachés à ma peau, ines chairs se sont consumées, et il ne me reste que les lèvres autour des dents. » Dans les os, en effet, qui soutiennent et portent la chair et la peau, réside la force du corps. Or dans le corps de Jésus-Christ, qui est l'Église, il entend par l'os le fondement de la foi chrétienne ou cette ardeur d'amour dont il est dit dans le Cantique : « des torrents d'eau n'ont pu, éteindre son amour, » et dont l'Apótie dit aussi : « elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. » La chair est, dans le corps, la partie intérieure ; Ja peau, la partie extérieure. Les Apótres sont

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De quo et Apostolus : « omuia, » inquit !, « suflert, omuia credit, omuia sperat, omnia sustinet. » Caro autem in corpore pars interior est, et pellis exterior. Apostoli ergo interiori anime cibo przdicando intendentes, et mulieres corporis necessaria procurantes, carni comparantes, carui comparantur et pelli. Quum itaque carnes consumerentur, os Christi. adhæsit pelli ; quia scandalizatis in passione Domini Apostolis, et de morte ipsius desperatis, sanctarum devotio feminarum perstitit immobilis, et ab osse Christi minime recessit ; quia fidei, vel spei, vel charitatis constantiam in tantum retinuit, ut nec a mortuo mente disjungerentur aut corpore. Sunt et viri naturaliter tam mente quam corpore feminis fortiores. Unde et merito per carnem, quæ vicinior est ossi, virilis natura, per pellem muliebris infirmitas designatur.

Ipsi quoque Apostoli, quorum est reprehendendo lapsus aliorum mordere, dentes Domini dicuutur. Quibus tantummodo labia, id est verba, potius quam facta remanserant, quum jam desperati de Christo magis loquerentur, quam pro Christo quid operarentur. Tales profecto illi erant discipuli, quibus in castellum Emaus euntibus, et loquentibus adinvicem de his omnibus quz acciderant ipsi, apparuit, et eorum desperationem correxit. Quid denique Petrus vel exteri discipulorum preter verba tunc habuerunt, quum ad Dominicam ventum esset passionem, et ipse Dominus futurum eis de passione sua scandalum prædixisset ? « Et si omnes, » inquit Petrus?, « scandalizati fuerint in te, ego nunquam scandalizabor. s Et iterum : « etiam si oportuerit me mori tecum, non te negabo. Similiter et omnes discipuli dixerunt. » Dixerunt, inquam, potius quam fecerunt. llle enim primus et maximus Apostolorum, qui tautam in verbis habuerat constantiam, ut Domino diceret : « tecum paratus sum ct in carcerem, et in mortem ire ; » cui tunc et Dominus Ecclesiam suam specialiter committens, dixerat : « et tu aliquando conversus confirma fratres tuos, » ad unam ancillæ vocem ipsum negare non veretur. Necsemel id agit, sed tertio ipsum adhuc viventem denegat, et a vivo pariter omnes discipuli uno temporis puncto fugiendo devolant : a quo, nec in morte, vel mente vel corpore femine sunt disjunctæ.

Quarum beata illa peccatrix mortuum etiam querens, et Dominum suum confiteus, ait * : « Tulerunt Dominum de monumento. » Et iterum : « Si tu sustulisti eum, dicito mihi ubi posuisti, et ego eum tollam. » Fugiunt arietes, imo et pastores Dominici gregis: remanent oves intrepidz. Arguit hos Dominus tanquam infirmam carnem, quod, in articulo etiam passionis suæ

! Corinth., I, xi, 7. — ? Matth., xxvi, 33, 95, 52. — 5 Joan., xx, 2, 15.

occupés à répandre la foi, c'est-à-dire la nourriture de l'âme, et les femmes qui veillent aux besoins du corps sont comparées à la chair et à la peau. Lors donc que les ch.urs du Seigneur ont été consumées, l'os du Christ s'est attaché à la peau, parce que les Apótres, scandalisés dans sa passion et désespérés de sa mort, le dévouement des saintes femmes demeura inébranlable et ne quitta point l'os de Jésus-Christ ; parce qu'elles ont persévéré dans la foi, l'espérance et la charité, au point de ne l'abandonner, ni de corps ni d'âme, aprés sa mort. Naturellement les hommes sont, de corps et d'âme, plus forts que les femmes : d’où, avec raison, la chair qui est plus voisine des os figure la nature de l'homme, tandis que la peau représente la faiblesse de Ja femme.

D'un autre cóté, les Apótres, dont le devoir est, pour ainsi dire, de mordre les hommes en les reprenant de leurs fautes, sont appelés les dents du Seigneur. Mais il ne leur restait plus que les lèvres, c'est-à-dire des paroles plutôt quc des actions ; car, tandis qu'ils désespéraient, ils parlaient de la mort de Jésus-Christ beaucoup plus qu'ils n'agissaient pour Jésus-Christ. Tels étaient assurément ces disciples qui allaieut à Emmaüs, s’entretenant de tout ce qui était arrivé, et auxquels il apparut pour les blàmer de ce qu'ils désespéraient. Enfin, Pierre et les autres disciples eurent-ils autre chose que des paroles, quand vint le moment de la passion? Bien que le Seigneur leur eüt prédit lui-même que ce moment serait pour eux un sujet de scandale : « et quand tous seraient scandalisés à cause de vous, dit Pierre, moi je ne le serai jamais; » et ailleurs : « quand je devrais mourir avec vous, je ne vous renierai pas. Et tous les disciples dirent de méme. » Oui, ils le dirent, mais ils ne le firent point. Lui, le premier, le plus grand des Apótres, qui, en paroles, avait témoigné une telle fermeté qu'il avait dit au Seigneur : « je suis prét à marcher avec vous en prison, à la mort ; » Jui à qui le Seigneur avait alors particulièrement confié son Église, en lui disant : « à vous, enfin converti, d'affermir vos frères dans la foi, » sur un mot d'une servante, il ne craint pas de le renier. Et cela non pas une fois, mais trois, tandis qu'il vivait encore ; et tandis qu'il vivait encore, les autres disciples aussi s'enfuirent en un instant et se dispersèrent, au lieu que, méme après sa mort, les femmes ne se séparèrent de lui ni de corps m d'âme.

Parmi elles, cette bienheureuse pécheresse le cherchant après sa mort et le confessant pour son Dieu, dit : « lls ont enlevé le Seigneur de sou tombeau ; » et ailleurs : « Si vous l'avez enlevé, dites-moi où vons l'avez mis et je l'emporterai. » Les héliers, que dis-je? les bergers mêmes du troupean du Seigneur s'eufuient, les brebis demeurent, imtrépides. Jésus-Christ reproche à ses Apótres la faiblesse de la chair, parce que, à l'article de sa passion, ils n'ont pu veiller une heure avec lui; les femmes, au contraire

nec una hora cum eo potuerunt vigilare. Insomnem ad sepulcrum illius noctem in lacrymis feminæ ducentes, resurgentis gloriam prime videre meruerunt. Cui fideliter in mortem quantum dilexerint vivum non tam verbis quam rebus exhibuerunt. Et de ipsa etiam, quam circa ejus passionem et mortem habuerunt sollicitudinem, resurgentis vita primæ sunt lætificatæ.

Quum enim, secundum Joannem, Joseph ab Arimathia, et Nicodemus corpus Domini ligantes linteis cum aromatibus sepelirent, refert Marcus de earum studio, quod Maria Magdalene et Maria Joseph aspiciebant ubi poncretur. De his quoque Lucas commemorat dicens! : « Secutæ autem mulieres, qui cum Jesu venerant de Galilaea, viderunt monumentum, et quemadmodum positum eral corpus ejus, et revertentes paraverunt aromata. » Nec satis videlicet habentes aromata Nicodemi, nisi et adderent sua. Et sabbato quidem siluerant secundum mandatum ; juxta Marcum vero, quum trausisset sabbatum, summo mane, in ipso die resurrectionis, venerunt ad monumentum Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Salome.

Nunc quoniam devotionem earum ostendimus, honorem quem meruerint prosequamur. Primo angelica visione sunt consolatæ de resurrectione Domini jam completa : demum ipsum Dominum primz viderunt et tenuerunt. Prior quidem Maria Magdalene, que cæteris ferventior erat; postea ipsa simul, et alie, de quibus scriptum est, quod post angelicam visionem? « exierunt de monumento, currentes nuntiare discipulis resurrectionem Domini. Et ecce Jesus occurrit. illis, dicens : avete. Hlæ autem accesserunt , et tenuerunt pedes ejus, et adoraverunt eum. Tunc ait Jésus : ite, nuntiate fratnbus meis, ut eagt in Galilaeam. Ibi me videbunt, » De quo et Lucas prosecutus ait? : « erat Magdalene, et Joanna, et Maria Jacobi, el cæteræ, quæ cum eis erant, quæ dicebant ad Apostolos hac. » Quas etiam ab angelo primum fuisse missas ad Apostolos nuntiare hzc non reticet Marcus, ubi, angelo mulieribus loquente, scriptum est* : « surrexit : non est hic. Sed ite, dicite discipulis ejus, et Petro, quia præcedet vos in Galilæam. » Ipse etiam Dominus, primo Marie Magdalenz apparens, ait illi* : « Vade ad fratres mcos, et dic eis : ascendo ad Patrem meum. » Ex quibus colligimus has sanctas mulieres quasi Apostolas super Apostolos esse constitutas, quum ipse ad eos vel a Domino vel ab angelis misse summum illud resurrectionis gaudium nuntiaverunt, quod expectabatur ab omnibus, ut per eas Apostoli primum addiscerent quod toti mundo postmodum prædicarent. Quas etiam post resnrrectionem Domino

! Luc, xx, 10, —? Act, Apost., 1, 14. — 5 Luc, x, 4. — * Marc, xvi, 6 et 7. — 5 Jomn., xx, 17.

passèrent la nuit eutière au pied du tombeau et méritérent de voir les premières la gloire de sa résurrection. Dans cette fidélité aprés sa mort, elles ont prouvé, par des actes et non par des paroles, combien elles l’avaient aimé pendant sa vie. Aussi est-ce à leur sullicitude pour lui pendant sa passion et aprés sa mort, qu'elles durent de goûter les premières la joie de sa résurreclion.

En efiet, tandis que, selon saint Jean, Joseph d'Arimathie et Nicodème enveloppaient dans des linges le corps du Seigneur et l'ensevelissaient avec des parfums, Marie-Madeleine et Marie-Joseph, au rapport de saint Marc, remarquaient avec soin l'endroit où 1l était déposé. Saint Luc fait aussi mention de ce point. « Les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, dit-il, virent son tombeau et la manière dont le corps avait été déposé ; et, s'en retournant, elles préparèrent des parfums. » Elles ne crurent pas ceux de Nicodéme suflisants; elles voulurent y ajouter les leurs. Le jour du sabbat, elles se tinrent tranquilles et n'exécutérent pas leur dessein. Mais, selon saint Marc, le jour du sahbat passé, dès le matin, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé, vinrent au tombeau le jour méme de la résurrection.

Maintenant que nous avons montré leur pieux zèle, montrons quelle en fut la récompense. D'abord un ange leur apparut pour les consoler, en leur annonçant l'accomplissement de la résurrection ; ensuite elles virent avant tout Je monde le Seigneur lui-méme et le touchèrent, Marie-Madeleine la première, dont la ferveur était plus ardente ; puis les autres avec elle : je veux dire celles dont il cst écrit qu'après l'apparition de l'ange: « Elles sorirent du tombeau et coururent annoncer aux apôtres la résurrection du Seigneur. Et voici que Jésus vint au-devant d'elles, disant : « Je vous salue. » Et elles s'approchérent de lui, et elles touchérent ses pieds et elles l'adorèrent. Alors Jésus dit : « Allez et annoncez à mes frères qu'ils aillent en Galilée; là ils me verront. »

Saint Luc, poursuivant ce récit, ajoute : « C'étaient Madeleine et Jeanne, et Marie, mère de Joseph, et les autres femmes qui étaient avec elles, qui disaient cela aux Apôtres. » Saint Marc ne laisse pas ignorer non plus que ce furent elles que l'ange envoya d'abord porter cette nouvelle aux Apótres, dans le passage où l'ange, parlant aux femmes, 1l est écrit : « D est ressuscité, il n'est plus ici; mais allez, et dites à ses disciples et à Pierre qu'il les précédera en Galilée. » Le Seigneur lui-méme, lorsqu'il apparut pour la premivre fois à Marie-Madeleine, lui dit : « Allez à mes frères, et dites-leur que je monte vers mon Père. » D'où nous concluons que ces saintes femmes furent, pour ainsi dire, les apôtres des Apôtres, puisque ce sont elles qui furent envoyées par le Seigneur ou par les anges pour porter aux disciples cette grande joie de la résurrection attendue de tous : c’est par elles que les Apôtres apprirent ce qu'ils durent ensuite prècher dans le monde entier. L'évangéliste a rapporté, en outre, que le Seigneur, après sa résurrection,

occurrente salutari ab ipso evangelista supra memoravit : ut, tam occursu suo quam salutatione, quantam erga eas sollicitudinem et gratiam. haberet ostenderet. Non enim aliis proprium salutationis verbum, quod est : « avele, » eum legimus protulisse : imo et salutatione antea discipulos inhibuisse, quum eis diceret : « et neminem per viam salutaveritis. » Quasi hoc privilegium nunc usque devotis feminis reservaret, quod per semetipsum eis exhiberet, immortalitatis gloria jam politus.

Actus quoque Apostolorum quum 1eferant statim post ascensionem Domini Apostolos a monte Oliveti llierusalem rediisse, et illius sacrosancti conventus religionem diligenter describant, non est devotionis sanctarum mulierum perseverantia praeter missa, quum dicitur! : « Ili erant omnes perseveranles unanimiter in orationibus cum mulieribus, et Maria matre Jesu. »

Il. Ut antem de Hebræis prætermittamus feminis, qui primo converse ad fidem, vivente adhuc Domino in carne, et predicante, formam hujus religionis inchoaverunt, de viduis quoque Grecorum, quis ab Apostolis postea suscepi sunt consideremus; quanta scilicet. diligentia, quanta cura ab Apostolis et i:sæ tractalæ sint, quum ad ministranduui eis. gloriosissimus signifer christiane militie, Stephanus, protomartyr, cum quibusdam aliis spiritalibus. viris ab ipsis Apostolis fuerit constitutus. Unde in eisdem Actibus Apostolorum scriptum est* : « crescente numero discipulorum, factum est murmur Græcorum adversus Iebrzos, quod despicerentur in miuisterio quotidiano viduæ eorum. Convocantes autem duodecim Apostoli multitudinem discipulorum, dixerunt : non est æquum derelinqnere nos Verbum Dei, et ministrare mensis. Considerate ergo, fratres, viros ex omnibus vobis boni testamonii septem, plenos Spiritu sancto et sapientia, quos constituamus super hoc opus. Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus. Et placuit sermo coram multitudine. Et. elegerunt. Stephanum plenum fide ct Spiritu sancto, et Philippum, et Prochorum, et Nicanorem, et Timotheum, et Parmænam, et Nicolaum. Antiochenum. 1los statuerunt ante conspectum Aspostolorum, et orantes imposuerunt eis manus. » Unde et continentia Stephani admodum commendatur, quod ministerio atque obsequio sanctarum feminarum fuerit deputatus. Cujus quidem obsequii ministralio, quam excellens sit, et tam Deo quam ipsis Apostolis accepta, ipsi tam propria oratione quam manuum impositione protestati sunt : quasi hos, quos in hoc constituebant, adjurantes ut fideliter agerent, et tam benedictione sua quam oratione eos adjuvantes ut possent.

Quam etiam Paulus administrationem ad apostolatus sui plenitudinem ipse

! Act. Apost.,1, 18. — * Act. Apost., VI, 1 et sqq.

WS ennt à leur rencontre, les salua ; il voulut, par cette apparition et ce salut, À eur montrer combien il avait pour elles de sollicitude et d'amour. Nous ne Woyons pas, en effet, qu'il ait jamais employé vis-à-vis de qui que ce soit «Celte formule : « Je vous salue. » Bien plus, il l'avait interdite à ses disœiples, en leur disant : « Vous ne saluerez personne daus le chemin. » Il semble qu'il eüt voulu réserver pour les saintes femmes ce privilége, et en faire lui-même l'application lorsqu'il jouirait de la gloire de l'immortalité.

Les Actes des Apôtres, lorsqu'ils rapportent qu'aussitót après l'ascension de Notre-Seigneur ses disciples revinrent du mont des Oliviers à Jérusalem, et qu'ils décrivent fidèlement le pieux zèle de leur sainte communion, ne passent pas non plus sous silence la fermeté du dévouement des saintes femmes. « Ils étaient tous, est-il dit, persévérant unanimement en prières avec les femmes et Marie, mère de Jésus. »

IL Mais ne parlons plus des femmes juives, qui, converties à la foi, du vivant du Seigneur et par sa parole, ont jeté les bases du genre de vie que vous avez embrassé ; voyons les femmes grecques que, dans la suite, les Apôtres convertirent. Avec quelle attention, avec quelle sollicitude ne les traitèrentils pas ! Pour les servir, c'est le glorieux enseigne de la milice chrétienne, c'est Étienne, le premier martyr, qu’ils constituèrent avec quelques autres personnages inspirés de Dieu. D'où il est écrit dans les mémes Actes : « Le nombre des disciples se multipliant, un murmure s'éleva des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient mal traitées dans la répartition des secours de chaque jour. Et les douze Apótres, ayant convoqué tous leurs disciples, dirent : i| n'est pas juste que nous quittions la parole de Dieu pour nous occuper du service des tables. Choisissez donc parmi vous, mes fréres, sept hommes d'une réputation sans tache, remplis de sagesse et de l'Esprit- Saint, pour que nous les préposions à ce soin; quant à nous, nous nous livrerons exclusivement à la prière et au ministère dc la parole. Et ce discours plut à toute l'assemblée, et ils choisirent Étienne, qui état plein de foi et de l'Esprit-Saint, avec Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timothée, et Parménas et Nicolas d'Antioche ; ils les amenèrent aux pieds des Apótres, qui leur imposérent les mains en priant. » Grande preuve de la continence d'Étienne, que d'avoir été choisi pour veiller aux besoins et aux désirs des saintes femmes ; grande preuve aussi de l'excellence de ce ministère et de ses mérites aux yeux de Dieu comme aux yeux des Apótres, que cette prière spéciale, cette imposition des mains, par lesquelles les Apôtres semblaient adjurer ceux qu'ils y commettaient de s'en acquitter avec zèle, en leur apportant l'appui de leurs prières et de leurs bénédictions.

Saint Paul ne réclamait:il pas Iui-méme cette fonction comme la. pléni£ tude de son apostolat ? « N'avons-nous pas, dit-il, comme les autres Apótres, le pouvoir de mener avec nous une femme qui soit notre sœur ? » C'est

sibi vindicans! : « Nunquid non habemus, inquit, potestatein sororem mulierem circumducendi, sicut et caeteri apostoli? » Ac si aperte diceret : numquid et sanctarum mulierum conventus nos habere ac noliscum in praedicatione ducere permissum est, sicut cæteris Apostolis, ut ipse videlicet eis in prædicatione de sua substantia necessaria ministrarent. Unde Augustinus in libro De Opere Monachorum : « Ad hoc, inquit, et fideles mulieres, habentes terrenam substantiam, ibant cum eis, et ministrabant eis de sua substantia, ut nullius indigerent horum qua ad substantiam hujus vilæ pertinent. » [tem : « quod quisquis non putat ab Apostolis fieri, ut cum eis sanctæ conversalionis mulieres circumirent quocunque Evangelium prædicabant, Evangelium audiant, et cognoscant quemadmodum hoc ipsius Domini exemplo faciebant.... In Evangelio enim scriptum est : « Deinceps et ipse iter faciebat « per civitates et castella evangelizans regnum Dei, et duodecim cum illo, . « et mulieres aliquæ, quæ erant curate a spiritibus immundis, et infirmi- « tatibus, Maria que vocatur Magdalene, et Joanna uxor Cuzæ procuratoris « Herodis, et Susanna, et alie multe, quz ministrabant ei de facultatibus « Suis. » Ut hinc quoque pateat Dominum etiam in prædicatione sua proficiscentem ministratione mulierum corporaliter sustentari, et eas ipsi pariter cum Apostolis quasi inseparabiles comites adherere. »

Demum vero hujus professionis religione in feminis pariter ut in viris multiplicata, in ipso statim Ecclesie nascentis exordio æque sicut viri, ita et feminz propriorum per se monasteriorum habitacula possederunt. Unde et Ecclesiastica Historia laudem Philonis disertissimi Judæi, quam non solum dixit, verum etiam magnifice scripsit de Alexandrina sub Marco Ecclesia, ita inter caetera libro II, capitulo xvi commemorat : « In multis est, inquit, orbis terre partibus hoc genus hominum. » Et post aliqua : « Est autem in singulis locis consecrata orationi domus, qus appellatur senivor, vel monasterium. » [tem infra : « Itaque non solum subtilium intelligunt hymnos veterum, sed ipsi faciunt novos in Deum, omnibus eos et metris et sonis honesta satis «t suavi compage modulantes. » Item, plerisque de abstinencia eorum premissis, et divini cultus officiis, adjecit : « Cum viris autem, quos dicunus, sunt et femina, in quibus plures jam grandævæ sunt virgines, integritatem ac castitatem corporis, non necessitate aliqua, sed devotione, servantes; dum sapientie studiis semet gestiunt non solum anima, sed etiam corpore eonsecrare, i ndignum ducentes libidini mancipare vas ad capiendam sapientam præparatum, et edere mortalem partum eas, a quibus divini Verbi concubitus sacrosanctus et immortalis expetitur : ex quo posteritas relinquatur nequaquam corruptelæ mortalitatis obnoxia. » ltem

! Corinth, I, ix, 5:

Comme s'il eût dit clairement : Est-ce qu'il ne nous est pas permis d'avoir et de mener avec nous, dans notre prédication, un cortége de saintes femmes Corm, les Apôtres, aux besoins desquels elles pourvoyaient de leurs biens ? Ce Quai à fait dire à saint Augustin, dans son livre du Travail des moines : 4 P Our cela, ils avaient de saintes femmes, riches des choses de ce monde, QUE allient avec eux, les nourrissaient de leurs biens et ne les laissaient Maniquer d'aucune des choses nécessaires à la vie; » et encore : « Que Ti! Conque se refuse à ctoire que les Apôtres permissent à de saintes femmes * les accompaguer partout où ils précliaient l'Évangile, lise l'Évangi!e, et il reconnaitra qu'ils agissaient ainsi à l'exemple du Seigneur ; car il est écrit dns l'Évangile : « Jésus, dès lors, allait dans les villes et les bourgades, * anrionçant le règne de Dieu, et douze hommes étaient avec lui et aussi quel- * ques femines, qui avaient été guéries d'esprits immondes et d'infirmités, * Marie, surnommée Madeleine, et Jeanne, femme de Cuza, intendant d'Hé- * rode, et Suzanne et beaucoup d'autres, qui l'aidaient de leurs biens. » Ce Qui prouve que le Seigneur lui-même, dans sa mission temporelle, a été usisté par des femmes, et qu'elles étaient attachées à lui et aux Apôtres comme des compagnes inséparables. »

Eufin le goût de la vie religieuse s'étant, dès la naissance de l'Église, répandu chez les femmes comme chez les hommes, elles eurent, comme eux, des couvent: particuliers. L'Histoire ecclesiastique rapportant l'éloge que Philon, ce juif si éloquent, ne s'est pas borné à faire, mais qu'il a écrit en termes magnifiques, de la grandeur de l'Église d'Alexandrie sous saint Marc, ajoute, au chapitre xvi du Il* livre : « Il y a dans le monde beaucoup d'hommes de celle sorte; » et quelques lignes aprés : « dans chacun de ces lieux-là se trouvent des maisons consacrées à la. prière, qu'on appelle monastères ; » puis plus bas : « et non seulement ils comprennent les anciens hyinnes les plus subtils, mais ils en composent de nouveaux en l'honneur de Dieu, qu'ils chanteut eu toutes sortes de modes et de mesures, avec une mélodie grave e: qui n'est pas sans charme. » Dans le méme endroit, après avoir parlé de leur abstinence et des saints offices de leur culte, il ajoute : « Avec les hommes dont je parle 1l v à aussi des femmes, parmi lesquelles se trouvent nombre de vierges déjà fort âgées qui out conservé leur pureté sans tache et leur chasteté, non par force, mais par pieux zèle, et qui, dans leur ardeur pour l'étude de la sagesse, se consacrent corps et âme à Dieu, regardant comme indigne de livrer au plaisir un vase préparé pour recevoir la sagesse, et d'enfanter pour la mort quand on aspire au sacré et immortel commerce du Verbe divin et à une postérité qui ne doit point ètre soumise à la corruption. de la nature mortelle. » Le méme Plilon dit encore, au sujet des congrégalions : « Les hommes et les femmes vivent séparément dans les monas-

190 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLE.

ibidem de Philone : « Etiam de conventibus eorum scribit, ut seors #7" quidem viri, seorsum etiam in eisdem locis femine congregendur, et » vigilias, sicut apud nos fieri mos est, peragant. »

llinc illud est in laude Christiane. philosophie, hoc est monasticæ prae! gativæ, quod Tripartita commemorat Historia, non minus a feminis qua — a viris arreptæ. Ait quippe sic libro [, cap. x1 : « hujus elegantissimæ pir losophiæ princeps fuit quidem, sicuti quidam dicunt, Elias propheta, et Ba tista Joannes. » Philo autem Pvthagoricus suis temporibus refert undique" egregios Hebræorum in quodam predio circa stagnum Maria in colle pos tum philosophatos. labitaculum vero corum, et cibos, et conversationem £2. 7 lem introducit, qualem et nos nunc apud Æsvptorium monachos esse con spicimus. Scribit eos ante solis occasum non gustare cibum, vino semper cam sanguinem h:bentibus abstinere, cibum eis esse panis, et salis, et hysopi, et potum aquæ : mulieres eis cohabitare seniores virgines, propter amorezrwe philosophi: spontanea voluntate nuptiis abstinentes.

Hinc et illud est Hierouymi in libro de Illustribus Viris, capitulo viri de laude Marci et Ecclesie, sic zcribentis : « primus. Alexandrie. Cliristunii annuntians constituit Ecclesiam. tantæ doctrine, et vite. contiuentiæ, ut omnes seclatores Christi ad exemplum sui cogeret. Denique Philo, disertissimus Judæorum, videns Alexandrie primain Ecclesiam adliuc judaizantem , in laudem gentis suæ librum super eorum conversione scripsit,et quomodo — Lucas narrat. Hierosolymz credentes omnia. habuisse communia, sic et ille quod Alexandriz sub Marco doctore fieri cernebat memorie tradidit. » Item cap. xt : « Philo Judæus, natione Alexandrinus, de genere sacerdotum, idcirco a nobis inter scriptores ecclesiasticos ponitur , quia librum de prima Marci evangelistæ apud Alexandriam scribens Ecclesia, in nostrorum laude versatus est, non solum cos ibi, sed in multis quoque provinciis esse commemoraus, et habitacula eorum dicens monasteria. » .

Ex quo apparet tamem primum Christo credentium fuisse. ecclesiam , quales nune. monachi esse imitantur et cupiunt, ut. nihil cujusquam proprium sit, nullus inter cos dives, nullus pauper, patrimonia egentibus dividantur, orationi vacetur et psalmis, doctrinæ quoque continenti, quales et Lucas refert primum Hierosolyme fuisse credentes.

III. Quod si veteres revolvaimus historias, reperieinus in ipsis feminas in his quie ad Deum pertinent, vel ad quamcunque religionis singularitatem, a viris non fuisse disjunc'as. Quas etiam pariter, ut viros, divina cantica non

P et ils célébrent des offices de nuit, comme nous avons coutume de le le, »

C'est aussi à l'éloge de la philosophie chrétienne, c'est-à-dire de la vie Tirnastique, ce que dit l'Histoire Tripartite au sujet de ce genre de vie €'nbrassé por les femmes comme par les hommes. On y lit, en effet, au chaz ipitre xr du livre Ie : « les chefs de cette éminente philosophie furent, au témoignage de quelques-uns, le prophète Élie et Jean-Baptiste. » Philon le Pythagoricien rapporte de son cóté que, de son temps, des Hébreux d'un rare mérite se réunissaient dans une maison de campagne bâtie aux environs de l'étang Maria, sur une colline, ct qu'ils philosophaient. Ce qu'il fait connaitre de leur demeure, et de leur nourriture et de leurs entretiens est tout à fait conforme à ce que nous voyons aujourd'hui chez les moines d'Égypte. D'après lui, ces hommes ne mangeaient jamais avant le coucher du soleil, s'abstenaient de vin et de viande, vivaient de pain, de sel, d'hysope et d'eau ; et des femmes vierges et déjà parvenues à la vieillesse, qui avaient renoncé d'ellesmémes au mariaze, par amour pour la philosophie, habitaient avec eux.

Tel est encore le témoignage que saint Jéróme, dans son livre des Hommes illustres, au chapitre vur, rend au sujet de saint Marc et de son Église. « Saint Marc, qui, le premier, annonça le Christ à Alexandrie, y fonda, dit-il, une église telle par la pureté de sa doctriue et la chasteté de ses mœurs, qu'elle força tous les sectateurs du Christ à imiter son exemple. Enfin, Plulon, le plus éloquent des Juifs, voyant que la première Église d'Alexandrie judaisait encore, écrivit un ouvrage à la louange de sa nation sur la conversion. des juifs; et de même que saint. Luc. rapporte que les chrétiens de Jérusalem avaient tout en commun, de méme il raconte ce qui se passa sous ses veux dans l'Église d'Alexandrie dirigée par saint Mare. » Saint Jérôme dit encore, chapitre xt : « Philon le Juif, né à Alevandrie d'une famille de prétres, est mis par nous au rang des écrivains ecclésiastiques, parce que, dans le livre qu'il a composé sur la première Église d'Alexandrie, fondée par l'évangeliste Marc, il s'étend sur l'éloge de nos frères, et fait connaître qu'il y en avait beaucoup d'autres dans un grand nombre de provinces, et que les maisons qu'ils habitaient s'appelaient monastères. »

ll est donc évident que c'est ce genre de société des premiers chrétiens que les moines d'aujourd'hui se proposent pour modèle et cherchent à reproduire, lorsqu'ils se donnent pour règle de ne rien posséder, de n'avoir parini eux ni riches ni pauvres, de distribuer leur patrimoine. aux malheureux, de se livrer à la prière, au chant des psaumes, à la prédication et à la continence; et tels furent, en eflet, au rapport de saint Luc, les premiers croyants de Jérusalem.

I. Feuilletons l'Ancien Testament, et nous y trouverons qu'en tout ce qui concerne Dieu et les actes particuliers de la religion, les. femmes n'ont jamais été séparées des hommes. Non-sculement. elles chautaieut, mais elles

solum cecinisse, verum etiam composuisse sacra tradunt historie. Primum quippe canticum deliberatione Istaelitici populi non solum viri, sed etiam mulieres Domino decantaverunt : hinc statim divinorum officiorum in ecclesia. celebrandorum auctoritatem ipse adeptæ. Sic. quippe scriptum est! : « sumpsit ergo Maria prophetes, soror Aaron, tympanum in manu sua, egressæque sunt omnes mulieres post eam cum tympanis et choris, quibus præcinebat dicens : « cantemus Domino, gloriose enim magnificatus est. » Nec ibi quidem Moyses commemoratur propheta, nec præcinisse dicitur, sicut Maria, nec tympanum aut. choram viri habuisse referuntur sicut mulieres. Quum itaque Maria præcinens prophetes commemoratur, videtur ipsa non tam dictando vel recitando, quam prophetando canticum istud prolulisse. Quæ etiam quum caeteris præcinere describitur, quam ordinate sive concorditer psallerent demonstratur. Quod autem non solum voce, verum etiam tympanis et choris cecinerunt, non solum earum maximam devotionem insinuat, verum eliam mystice spiritalis cantici in congregationibus monasticis formam diligenter exprimit. Ad quod et Psalmista nos exhortatur dicens? : « laudate eum in tympano et choro, » hoc est in mortificatione carnis, et concordia illa charitatis, de qua scriptum est : « quia multitudiuis credentium erat cor unum ct anima una. » Nec vacat eliam a mysterio, quod egisse ad cantandum referuntur, in quo anime contemplativæ jubili figurantur, quæ dum ad celestia se suspendit, quasi terrenae habitationis castrum deserit, et deipsa contemplationis suæ intima dulcedine hymnum spiritalem summa exultatiore Domino persolvit.

Habemus ibi quoque Deboræ, ct Annæ, nec non Judith vidus cantica, sicut et in Evangelio Mariæ matris Doniini, Quæ videlicet Anna Saniuelem parvulum suum offerens tabernaculo Domini, auctoritatem suscipiendorum infanfantium monasteriis dedit. Unde [sidorus fratribus in cenobio Honorianensi constitutis cap. v : « quicunque, inquit, parentibus propriis in monasterio fuerit delegatus, noverit se ibi perpetuo mansurum. Nam Anna Sainuelem puerum f)eo obtulit. Qui et in ministerio templi quo a. matre fuerat fuuctus, permansit, et ubi constitutus est deservivit. » Constat etiam filias Aaron pariter cum fratribus suis ad sanctuarium et hæreditariam sortem Levi adeo pertinere, ut hiuc quoque eis Dominus alimoniam instituerit, sicut scriptum est in libro Numeri, ipso ad Aaron sic dicente? : « omnes primitias sanctuarii, quas offerunt filii Israel Domino, tibi dedi, et filiis ac filiabus tuis Jure perpetuo. » Unde nec a clericorum ordine mulierum religio disjuneta

4 Exod.. xv, 20 et 91. — © Psalm., ct, 4. — 5 Num., xvin, 19.

Composaient méme comme eux de divins cantiques ; les saintes Écritures en font foi. En effet, elles ont commencé par chanter en commun avec les hommes le cantique sur la délivrance d'Israël, et, dés ce moment, elles euzent le droit de célébrer les offices divins dans l'église, ain-i qu'il est écrit : « Marie la prophétesse, sœur d'Aaron, prit un tambour dans sa main, et toutes les femmes sortirent derrière elle avec des Llambours et en formant des chœurs, aprés qu'elle eüt entonné ce cantique : « Chantons en l'honneur du Seigneur, car sa grandeur a éclaté glorieusement. » Et il n'est pas question, en cet endroit, que Moïse ait fait acte de prophète; il n’est point dit qu'il ait entonné le cantique avec Marie, ni que des hommes aient pris le tambour ct formé des chœurs comme les femmes. Quand donc Marie, entonnant le cantique, est appelée prophétesse, cela veut dire qu’elle a moins entonné ou chanté ce cantique qu'elle ne l’a produit en prophétisant. Si elle est représentée l'entounant avec les autres, c'est pour montrer l'ordre et l'harmonie qui réguaieut dans leurs chants. Quant aux tambours qui accompagnaient les voix et aux chœurs qu'elles formaient, ce n'est pas seulement le signe de la grande piété des femmes, c'est aussi le symbole mystique de la célébration du divin office dans nos communautés monacales, Aussi le Psalmiste nous exhorte-t-il à les imiter : « Louez-le Seigneur, dit-il, avec des tambours et des chœurs, » c'est-à-dire par la mortification de votre corps et par cet accord de charité dont il est écrit : « La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une àme. » ll n'est pas jusqu'à ce qu'elles ont fait pour chanter le Seigneur qui ne renferme un sens mystique : leur allégresse est une figure de la vie contemplative. En effet, l'âme, en s'attachant aux choses du ciel, abandonne, pour ainsi dire, la tente du terrestre séjour ; et, du fond de sa douce contemplation, elle entonne triomphalement l'hymne spirituel en l'honneur de Dieu.

Nous trouvous encore dans l'Ancien Testament les cantiques de Debora, d'Anne et de Judith la veuve, comme daus l'Évangile celui de Marie, mére du Seigneur. Eu effet, Anne offrant au tabernacle Samuel, son jeune eufant, donna aux monastères, par cet exemple, le droit de recevoir des eufants. C'est pourquoi Isidore, écrivant à ses frères établis dans le couvent d'Honorat, leur dit, au chapitre cinq de ses instructions : « Que quiconque sera présenté par ses parents dans un monastère sache qu'il doit y reste toujours ; ear Anne à présenté son fils Samuel au Seigneur, et il est demeuré fidèle dans le temple aux fonctions auxquelles il avait été attaché, fidèle au service auquel il avait été consacré. » Et il est notoire que les filles d'Aaron participaient, comme leur frére, au service du sanctuaire et au. privilége héréditaire de la tribu de Lévi, si bien que le Seigneur assura leur entretien, ainsi qu'il est écrit au livre des Nombres, dans le passage où il dit lui-inéine à Aaron : « Toutes les prémices du sanctuaire offertes par les enfants d'Israel, je vous les ai données, à vous, à vos fils et à vos frères, pour toujours. » ll ne parait. donc pas qu'il ait jamais été fait aucune. distinction entre la

videtur. Quas etiam ipsis nomine conjunctas esse constat, quum videlicet tani diaconissas quam diaconos appellemus, ac si in utrisque tribum Levi, et quasi Levitas agnoscamus.

Habemus etiam in eodem libro votum illud maximum, et consecrationem Nazareorum Domini zqüe feminis sicut el viris. esse institutum, ipso ad Moysen Domino sic dicente! : « Loquere ad filios Israel, et dices ad eos : « vir sive mulier quum fecerint votum ut sanclificentur, et se voluerint Do- « mino consecrare, vino et omni quod inebriare potest abstinebunt. Acetum « ex vino et ex qualibet alia potione, et quicquid de uva exprimitur non « bibent. Uvas recentes siccasque non comedent cunctis diebus, quibus ex « voto Domino consecrantur. Quidquid ex vinea est ab uva passa usque ad « aciuum non comedent omni tempore separationis suæ. » Ifujus quidem religionis illas fuisse arbitror excubautes ad ostium tabernaculi, de quarum speculis Moyses vas composuit, iu quo lavarentur Aaron et filii ejus, sicut scriptum est? : « Apposuit Moyses labrum æneum in quo lavarentur Aaron et filii ejus; quod fecit de speculis mulierum quie excubabant ad ostium tabernaculi. »

Diligenter magna devotionis. earum fervor describitur quz, clauso etiam tabernaeulo, foribus ejus adhærentes sanctarum. vigiliarum excubias celebrabant, noctem etiam in orationibus ducentes, et ab obsequio divino, viris quiescentibus, non vacantes. Quod vero clausum eis tabernaculum memoratur vita poenitentium congrue designatur, qui ut se durius penitenliæ lamentis afficiant a cæteris segregantur. Quæ profecto vita, specialiter monasticæ professionis esse perhibetur, cujus videlicet ordo nihil aliud esse dicitur quam quaedam parcioris peenitentize forma. Tabernaculum vero ad cujus ostium excubabant, illud est mystice intelligendum, de quo ad Ilebrzos Apostolus scribit : « Habemus altare, de quo non habent edere hi qui taberuaculo deserviunt, » id est quo participare digni non sunt qui corpori suo, in quo hic quasi in castris ministrant, voluptuosum impendunt. obsequium. Ostium vero tabernaculi finis est vite præsentis, quando hinc anima exit de corpore, et futuram ingreditur vitam. Ad hoc ostium excubant qui de exitu hujus vito» et introitu futuræ solliciti sunt, et sic pœuitendo disponunt hunc exitum, ut illum. mereantur. introitum. De hoc quidem quotidiano introitu et exitu sancta ecclesiæ illa est oratio Psalmiste* : « Dominus custodiat introitum tuum, et exitum tuum. » Tunc enim simul. introitum et exitum nostrum eustodit, quum nos hinc exeuntes et jam per peniteutiam purgatos illuc statim introducit. Bene autem prius introitum quam exitum nominavit, non tam videlicet. ordinem quam dignitatem attendens ;

! Numer., i1, 5. — * Exod., xxvii, 8. — 5 Hebr., xiu, 10. — * Psalm., cxx1, 8.

condition religieuse des hommes et celle des femmes. Loin de là, il est constant que les hommes et les femmes avaient entre eux le lien du nom, puisque nous avons des diaconesses comme des diacres, les deux noms répondant, pour ainsi dire, à la tribu de Lévi et aux Lévites.

Nous trouvons dans le méme livre que le vœu si grave ct la consécration des Nazaréens étaient également institués pour les deux sexes, selon les paroles que le Seigneur lui-méme adresse à Moïse : « Tu parleras aux fils d'Israël et tu leur diras : hommes ou femmes, tous ceux qui auront fait vœu de sanctification et voudront se consacrer au Seigneur, s'abstiendront de vin et de tout ce qui peut enivrer. Ils ne boiront ni vinaigre fait avec le vin ni toute autre boisson faite avcc le jus dela vigne. Ils ne mangeront ni raisins nouveaux ni raisins secs, pendant tout le temps de leur consécration. Tout ce qui sort de la vigne, depuis le grain jusqu'au pepin, tout le temps de leur séparation, ils n'en mangeront pas. » — Elles étaient, sans doute, astreintes à ce vœu, les femmes veillant à la porte du temple, et dont Marie transforma les miroirs en un vase oü Aaron et ses fils se purifiaient, ainsi qu'il est écrit : « Marie fit placer un vase d'airain dans lequel Aaron et ses fils se purifiaient, et ce vase avait été fait avec les miroirs des femmes qui veillatent à la porte du temple. »

L'ardeur de leur pieux zéle est peinte exactement par ce fait que, le temple fermé, elles restaient au dehors, attachées à la porte, et célébraient les saintes vigiles, passant la nuit en prières, et n'interrompant méme pas pendant la nuit le service du Seigneur, tandis que les hommes reposaient. La porte du temple qui est fermée figure heureusement la vie des pénitents qui sont séparés du reste du monde, afin de pouvoir se soumettre aux mortifications d'une pénitence plus rigoureuse ; et telle est particulièrement l'image de la vie monastique, qui n'est qu'un régime de pénitence plus douce. Quant au temple à la porte duquel veillaient les femmes, c'est l'emblème mystique de celui dont parle l'Apôtre en écrivant aux Hébreux : « Nous avons un autel qui ne nourrit point les desservants du tabernacle; » c'est-à-dire auquel ne sont pas dignes de participer ceux qui s'adonnent voluptueusement aux plaisirs du corps, dans lequel ils servent ici-bas comme dans un camp. La porte du tabernacle est la fiu de la vie présente, le moment où l'àme s'échappe de ce corps mortel pour entrer dans l'éternité. À cette porte veillent ceux qui sont inquiets de la sortie de ce monde et de l'entrée daus l'autre, et qui se préparent à cette sortie de Ja. pénitence pour entrer dans l'éternité. C'est au sujet de cette entrée de tous les jours dans la sunte Église et de cette sortie, que David faisait cette prière : « Que le Seigneur veille à votre entrée et à votre sortie. » Et il veille à la fois à notre entrée et à notre sortie, lorsque, au sortir de cette vie, si nous sonimes puriliés par la pénitence, il nous reçoit aussi dans l'autre. C'est avec raison qu'il nomme l'entrée avant la sortie, considérant moins l'ordre que l'importance des choses; en effet, on ne sort de celle vie qu'avec douleur, tandis qu'on entre

196 AB.ELARDI ET HELOISSE EPISTOLE.

quum hic exitus vite. mortalis in dolore sit, ille vero introitus æternæ sumina sit exultatio. Specula vero earum opera sunt extenora, ex quibus animæ turpitudo vel decor dijudicatur, sicut ex speculo corporali qualitas humane faciei. Ex istis earum speculis vas componitur in quo se abluant Aaron et filii ejus, quando sanctarum feminarum opera et tanta infimi sexus in Deo constantia pontificum et presbyterorum uegligentiam vehementer increpant, et ad compunctionis lacrymas præcipue novent, et si prout oportet, Ipsi earum sollicitudinem gerant, hzc ipsarum opera peccatis illorum veniam per quam abluantur præparant. Ex his profecto speculis vas sibi compunctionis beatus parabat Gregorius, quum sanctarum virtutem feminarum, et infirmi sexus in martyrio victoriam admirans, et ingemiscens quærebat : ' « Quid barbari dicturi sunt viri, quum tanta pro Christo delicate puelle sustineant, et tanto agone sexus fragilis triumphet, ut frequentius ipsum gemina virginitatis et martvrii corona pollere uoverimus? »

Ad has quidem, ut dictum est, ad ostium tabernaculi excubantes, et quie jam quasi Nazarææ Domini suam ei viduitatem consecraverant, beatam illam Ànnam pertinere non ambigo, quæ singularem Domini Nazaræum Dominum Jesum Christum in templo cum sancto Simeoue pariter meruit suscipere, et ut plus quam propheta fieret, ipsum eadem hora qua Simeon per spiritum agnoscere el presentem demonstrare ac publice. predicare. Cujus quidem laudem Evangelista diligentius prosecutus ait '! : « Et erat Anna prophetissa filia Phanuel de tribu Aser. Haec processerat in diebus multis et vixerat cum ? viro suo annis septem, a virginitale sua. Et hæc vidua erat usque ad annos octoginta quatuor, qua non discedebat de templo. jejuniis et obsecrationibus serviens nocte ac die. Et hac ipsa hora superveniens confitebatur Domino, et loquebatur omnibus qui expectabant redemptionem Hierusalem. »

Nota singula qua dicuntur, et perpende quam studiosus in hujus vidus laude fuerit Evangelista, et quantis preconiis excellentiam ejus extulerit. Cujus quidem prophetisse gratiam quam habere solita erat, et parentem ejus, et tribum, et post septem anuos, quos cum viro sustinuerat, longevum sanctæ viduitatis tempus quo se Domino mancipaverat, et assiduitatem ejus in templo, et jejuniorum et orationum instantiam, confessionem laudis, quas grates Domino referebat et j.ublicam ejus prædicationem de promisso et nato Salvatore diligenter expressit ; et Simeonem quidem jam superius Evangelista de justitia, non de prophetia commendaverat, nec in eo tant continentiæ vel abstinentiæ virtutem, nec divini sollicitudinem obsequii fuisse memoravit, nec de ejus ad alios pr:edicatione quidquam adjecit.

Hujus quoque professionis atque propositi illie sunt veræ vidus, de qu:-

5 Luc, n, 56.

dans l'autre avec allégresse. Quant aux miroirs des femmes, ils sont les œuvres extérieures dans lesquelles on voit la laideur et la beauté de l'âme, comme on juge par un miroir matériel de la nature du visage. De ces miroirs on fait un vase dans lequel se purifient Aaron et ses fils, en ce sens que les œuvres des saintes femmes, l'inébranlable fermeté du sexe faible dans le service de Dieu, condamnent la mollesse des pontifes et des prétres, et leur arrachent des larmes de componction; en ce sens que, s'ils prennent soin de ces femmes, comme ils le doivent, les bonnes œuvres qu'elles accomplissent préparent aux fautes qu'ils ont commises le pardon qui les purifie. C'est de ces miroirs que saint Grégoire se faisait un vase de componction, alors qu'admirant la vertu des saintes femmes et les triomphes du sexe faible dans le martyre, il s'écriait en soupirant : « Que diront ces barbares, en voyant de tendres jeunes filles supporter de tels tourments pour Je Christ, un sexe si délicat sortir victorieux d'une telle lutte ? Car les femmes ont remporté souvent la double couronne de la virginité et du martyre. »

À ces femmes qui veillaient à la porte du temple, et qui, comme des Nazaréennes, avaient consacré au Seigneur leur virginité, je ne doute nullement qu'il faille joindre Anne, cette sainte qui mérita, conjointement. avec Siméon, de recevoir dans le temple le véritable Nazaréen de Dieu, Jésus- Christ, d'étre saisie d'un esprit plus que prophétique à la méme heure que Siméon, de saluer le Sauveur, de faire connaitre sa venue et de l'annoncer publiquement. C'est son éloge que développe l'Evangéliste, lorsqu'il dit : « Et il y avait une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser ; elle était fort avancée en âge, et elle n'avait vécu que sept ans avec son mari, qui l'avait épousée vierge; et elle avait. gardé le veuvage jusqu'à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, ne quittant pas le temple, jeûnant, priant, et ne cessant nuit et jour de servir Dieu. Etant donc survenue en cet instant, elle annonçait la venue du Seigneur et en parlait à tous ceux qui attendaient la rédemplion de Jérusalem. »

Observez tout ce que dit l'Évangéliste; voyez quel zèle il déploie dans l'éloge de cette veuve et combien i] exalte sa sainteté. Il parle du don de prophétie dont elle jouissait depuis longtemps, de son père, de sa tribu, des sept années qu'elle avait vécu avec son mari, de sou long veuvage consacré au Seigneur, de son assiduité au temple, de ses jcüues, de ses prières incessantes, des actions de grâce par lesquelles elle confessait la gloire de Dieu, de sa prophétie publique sur la promesse et la naissance du Sauveur. Et le méme Évangéliste, en parlant plus haut de Siméon, avait célébré en lui le don de vertu, mais non le don de prophétie ; il ne dit point qu'il eàt poussé si loin Ia continence, l'abstinence, la sollicitude du service divm ; il n'ajoute point qu'il eût annoncé le Seigneur à personne.

Cette vie de pieux zèle et de dévouement me parait être aussi le partage de ces veuves dont parle l'Apótre dans sa lettre à Timothée : « Honorez les

198 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLE.

bus ad Timotheum scribens Apostolus ait! : « Viduas honora, quz vere vidue sunt. » Item : « Qua autem vere vidua est, et desolata, speret in Deum, et instet obsecrationibus nocte ac die. Et hoc precipue ut irreprehensibiles sint. » Et iterum : « Si quis fideles habet viduas, subministret illis, et non gravetur Ecclesia, ut his quæ ver» vidus sunt sufficiat. » Veras quippe viduas dicit quæ viduitatem suam secundis nuptiis non dehonestaverunt, vel quæ devotione magis quam necessilate sic perseverantes Domino se dicarunt. Desolatas dieit quæ sic omnibus abrenuntiant, ut nullum terreni solatii subsidium retineant, vel qui earum curam agant non habent. Quas quidem et honorandas esse precipit, et de stipendiis Ecclesie censet sustentari, tanquam de propriis redditibus sponsi earum Christi.

IV. Ex quibus etiam quales ad diaconatus ministerium sint eligendæ diligenter describit, dicens : « Vidua eligatur non minus sexaginta annorum, qua fuerit unius viri uxor, in operibus bonis testimonium habens, si filios educavit, si hospitio suscepit, si sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus subministravit, si omne bonum opus consecuta est. Adolescentiores autem viduas devita. » Quod quidem beatus exponens Hieronymus : « Devita, » inquit, « in ministerio diaconatus præponere, ne malum pro bono detur exemplum, si videlicet juniores ad hoc eligantur quz ad tentationem proniores et natura leviores : nec per experientiam longævæ ætatis providæ malum exemplum his præbeant, quibus maxime bonum dare debuerant. » Quod quidem malum exemplum in junioribus viduis, quia jam Apostolus certis didicerat experimentis, aperte profitetur, et consilium insuper adversum hoc præbet. Quum enim præmisisset : « Adolescentiores autem viduas devita, » causam hujus rei et consilii sui medicamentum statim apposuit, dicens : « Quum enim luxuriatz fuerint, in Christo nubere volunt, habentes damnationem, quia primam fidem irritam fecerunt. Simul autem et otiose discunt circumire domos : non solum otiose, sed et verbosæ et curiosæ, loquentes qui non oportet. Volo ergo juniores nubere, filios procreare, matresfamilias esse, nullam occasionem dare adversario, maledicti gratia. Jam enim quedam conversa sunt retro Sathanam. »

Hanc quoque Apostoli providentiam, de diaconissis scilicet eligendis, beatus Gregorius secutus, Maximo Syracusano episcopo scribit, his verbis : « Juvenculas abbatissas vehementissime prohibemus. Nullum igitur episcopum fraternitas {ua nisi sexagenariam virginem, cujus vitam atque mores exegerint, velare permittat. » Abbatissas quippe quas nunc dicimus antiquitus diaconissas vocabant, quasi ministeriales potius quam matres. Dia-

! Timoth., I, 5, 5.

veuves qui sont vraiment veuves, » dit-il ; et encore : « Que celle qui est vraiment veuve et abandonnée espère en Dieu, qu'elle persévère nuit et jour dans la priére, et cela surtout pour qu'elle demeure sans tache; » et encore : « Si quelque fidèle a des veuves, qu'il les secoure; que l'Église n'en soit pas chargée, afin qu'elle puisse subvenir aux besoins des véritables veuves. » Or, il appelle véritables veuves celles qui n'ont pas déshonoré leur veuvage par un second mariage et qui, persévérant dans cet état par esprit de piété, non par nécessité, se sont consacrées au Seigneur. Il les appelle abaudonnées, parce qu'elles ont renoncé à tout, ne se sont réservé aucune consolation sur la terre et n’ont personne pour prendre soin d'elles. Ce sont celles-là qu'il ordonne d'honorer et d'entretenir aux dépens de l'Église, comme sur le revenu propre du Christ leur époux.

IV. Il indique aussi expressément quelles sont celles d'entre les veuves qui peuvent ètre choisies pour le ministère du diaconat : « Choisissez pour diaconesse, dit-il, une femme qui n'ait pas moins de soixante ans, qui n'ait eu qu'un mari, dont on puisse rendre le témoignage qu'elle a fait le bien, élevé des enfants, donné l'hospitalité, lavé les pieds des saints, secouru les afftigés, accompli toutes sortes de bonnes œuvres. Évitez les veuves trop jeunes. » Et saint Jérôme développant ce dernier point : « Évitez, dit-il, pour le service du diaconat, les veuves qui sont trop jeunes, de peur qu'elles ne donnent le mauvais exemple au lieu du bon : elles sont plus exposées à la tentation, plus faibles, et fante de cette expérience, qui est le fruit de l’âge, elles pourraient être un sujet de scandale pour celles dont elles devraient étre l'édification. » Ces scandales des jeunes veuves, au sujet. desquels l'Apótre était si bien éclairé, il les fait expressément connaitre, 1l en prévient le danger. Après avoir dit : « ÉEvitez les jeunes veuves, » indiquant aussitôt le motif de cette prescription, et avec la prescription le remède, 1l ajoute : « Aprés avoir joui de leur union en Jésus-Christ, elles veulent se remarier et encourent la dimnation en violant leur foi; d'autre part, s'adonnant à l'oisiveté, elles s'accoutument à courir de maison en maison; et elles ne sont pas seulement désœuvrées, elles sont causeuses, curieuses, parlent de ce dont elles ne devraient pas parler. J'aime donc mieux que les jeunes venves se remarient, qu'elles aient des enfants, qu'elles gouvernent un ménage et qu'elles ne donnent à nos ennemis aucune occasion de nous diffamer ; car il en est déjà qui ont quitté le Christ pour suivre Satan. »

Saint Grégoire s'iuspirait aussi de la sagesse de l'Apótre an sujet du choix des diaconesses, quand il écrivait, en ces termes, à Maxime, évéque de Syraeuse : e Nous vous interdisons trècexpressément de nommer de jeunes ahbesses ; que votre fraternité ne permette done à aucun. évéque de donner le voile à aucune vierge qui ne soil sevagénaire, et dont la vie et les mœurs n'aient été mises à l'épreuve. » On appelait autrefois diaconesses celles que nous nommons aujourd'hui abbesses ; on lex considérait comme des servantes plutôt que comme des mères. Diacre, en eflet, signifie serviteur, et l'on

conus quippe minister interpretatur, et diaconissas ab administratione potius quam a prælatione nuncupandas esse censehant, secundum quod ipse Dominus tam exemplis quam verbis instituit, dicens! : « Qui major est ves- : trum erit minister vester*. » Et iterum : « Nam quis major est, qui recumbit an qui ministrat? Ego autem in medio vestrum sum, sicut qui ministrat. » Et alibi* : « Sicut filius honimis non venit ministrari, sed ministrare. »

Unde et Hieronymus hoc ipsum nomen abbatis, quo jam gloriari multos noverat, ex ipsa Domini auctoritate non mediocriter ausus est arguere. Qui videlicet eum locum exponens quo scriptum est in epistola ad Galatas : « Clamantem : Abba pater. » « Abba, inquit, « hebraicum est, hoc ipsum significans quod pater. Quum autem abba pater hebreo syroque sermone dicatur, et Dominus in Evangelio præcipiat nullum patrem vocandum esse nisi Deum, nescio qua licentia in monasteriis vel vocemus hoc nomine alios, vel vocari nos acquiescamus. Et certe ipse precepit hoc, qui dixerat non esse jurandum. S1 non juramus, nec patrem quempiam nominemus. Si de patre interpretabimur aliter, et de jurando aliter sentire cogemur. »

Ex his profecto diaconissis Phoeben illam fuisse constat, quam Apostolus Romanis diligenter commendans, et pro ea exorans, ait : « Commendo autem vobis Phœben sororem nostram, quz est in ministerio ecclesiæ, quae est in Cenchris : ut eam suscipiatis in Domino digne sanctis, et assistatis ei in quocunque negotio vestro indiguerit. Etenim ipsa quoque astitit multis, et mihi ipsi. » Quem quidem locum tam Cassiodorus quam Claudius exponentes, ipsam illius ecclesi; diaconissam fuisse profitentur. Cassiodorus : « Significat, inquit, diaconissam fuisse matris ecclesie. Quod in pactibus Græcorum hodie usque quasi militi: causa peragitur. Quibus et baptizandi usus in ecclesia non negatur. » Claudius : « Hic locus, inquit, apostolica auctoritate. docet etiam feminas in ministerio ecclesie constitui, in quo officio positam Phœben apud ecclesiam, quæ est Cenchris, Apostolus magna cum laude et commendatione prosequitur. »

Quales etiam ipse ad Timotheum scribens inter ipsos colligens diaconos simili morum instructione vitam earum instituit. [bi quippe ecclesiasticorum ministerioram ordinans gradus, quum ab episcopo ad diaconos descendisset : « Diaconos, inquit, similiter pudicos, non bilingues, non multo vino deditos, non turpe lucrum sectantes, habentes mysterium fidei in conscientia pura. » Et : « Hi autem probentur primum et sic ministrent, nullum crimen habentes. Mulieres similiter pudicas esse, non detrahentes, sobrias, fideles in omnibus. Diacones sint. unius uxoris viri, qui filiis suis bene præsint, et suis

! Matth, xxvii, 11. — * Luc, xx, 27. — 5 Matth., xx, 98.

pensait que les diaconesses devaient recevoir leur nom de leur service plutót que de leur rang, selon que le Seigneur l'a lui-méme institué et par ses exemples et par ses paroles. « Celui qui est le plus grand parmi vous, dit-il, sera votre serviteur. » Et encore : « Quel est le plus grand, de celui qui est à table ou de celui qui sert? P«ur moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Et ailleurs : « De méme que le Fils de l'Homme n'est pas venu pour étre servi, mais pour servir. »

Aussi saint Jérôme osa-t:1l, fort de l'autorité du Seigneur, censurer énergiquement ce nom d'abbé dont il avait appris que quelques-uns se faisaient gloire. ll rappelle ce passage où il est écrit, dans l'épitre aux Galates : « Clamantem : Abba pater. » — « Abbé, dit-il, est un mot hébreu qui signifie père. Puis donc qu'il a cette signification en langue hébraïque et syriaque, et que le Seigneur ordonne dans l'Évangile que nul ne soit appelé pére, si ce n'est Dieu, j'ignore de quelle autorité nous donnons ou nous laissons donner ce nom à d'autres dans les monastères. Assurément celui qui avait établi ce précepte est le méme qui avait défendu de jurer. Si nous ne jurons pas, ne donnons donc pas non plus à personne le nom de père ; ou bien, si nous assignons un autre sens à ce titre de pére, nous serons forcés de changer de sentiment aussi sur la défense de jurer. »

ll est certain que parmi ces diaconesses était Phoebé, que l'Apótre recommande avec zèle aux Romains, et en faveur de laquelle i! les supplie. « Je vous recommande Phœbé, notre sœur, dit-il, qui est attachée au service de l'Église de Cenchrées, afin que vous la receviez au nom du Seigneur d'une manière digne des saints, et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous; car elle en a elle-méme assisté plusieurs, et je suis du nombre. » Cassiodore ct Claude, en expliquant ce passage, estiment qu'elle était diaconesse de cette Eglise. « L'Apótre, dit Cassiodore, fait entendre qu'elle fut diaconesse de l'Église mère, selon l'espèce d'apprentissage militant qui est encore en usage aujourd'hui chez les Grecs; et cette Église ne leur refuse pas non plus le pouvoir de baptiser. » — « Ce passage, dit Claude, prouve que les femmes ont été attachées par l'autorité apostolique au service de l'Église, et que ces fonctions ont été confiées dans l'Église de Ceuchrées à Phœbé, que l'Apótre loue et recommande si hautement. »

Le méme Apótre, dans sa lettre à Timothée, comprenant les femmes parmi les diacres, les soumet à la même règle de vie. Là, en effet, réglant la hiérarchie des services ecclésiastiques, après être descendu de l'évêque aux diacres, i! dit : « Que les diacres également soient. chastes, point doubles dans leurs paroles, point adonnés au vin, point avides d’un gain honteux ; qu'ils conservent le mystère de la foi dans une conscience. pure; » puis : « Qu'ils soient soumis préalablement à une épreuve, et qu'ils ne soient admis au saint ministère que s'ils sont sans reproche. Que les femmes aussi soient chastes, point médisantes, sobres, fidèles en toutes choses. Qu'on prenne pour diacres ceux qui n'ont épousé qu'une seule femme, qui ont

202 ABELARDI ET RELOES € EPISTOL £F.

domibus. Qui enim bene ministraverint. gradum bonum sibi acquirent, et multam fiduciam in fide, quz est in Chiisto Jesu. + Quod itaque ibi de diaconibus dixit. « non bilingues : + hoc de diaconissis dicit. « non detrahentes. » Quod ibi « non multo vino deditos, » hic dicit « sobrias. + Cætera vero, quæ ibi sequuntur, hie breviter. comprehendit. dicens. « fideles in omnibus. » Qui etiam sicut episcopos sive diaconos esse prohibet bigamos, ita et diaconissas unius viri uxores instituit esse, ut. jam supra meminimus. « Vidua, inquit, eligatur non minus sexaginta annorum, qua fuerit unius viri uxor, in operibus bonis testimonium babens, si filios educavit, si hospitio recepit, si sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus. subministravit, si omne opus bonum subsecuta est. Adolescentiores autem. viduas devita. »

In qua quidem diaconissarum descriptione vel instructione, quam diligentior fuerit Apostolus quam in premissis tam episcoporum quam diaconorum institutionibus facile est assignare. Quippe quod ait, « in operibus bonis testimonium habens, » vel : « si hospitio recepit. » nequaquam in diaconibus memoravit. Quod vero adjecit, « si sanctorum pedes lavit, si tribulationem, etc. , » tam iu episcopis quam in diaconis. tacitum est. Et episcopos quidem et diaconos dicit « nullum crimen habentes. » [stas vero non solum irreprehensibiles esse præcipit, verum etiam « omne opus bonum subsecutas » dicit. Caute etiam de maturitate ætatis earum providit, ut in omnibus auctoritatem habeant, dicens : « Non minus sexaginta annorum, » et non solum vitæ earum, verum etiam ætati longævæ in multis probate. reverentia deferatur.

Unde et Dominus licet Joannem plurimum diligeret, Petrum tamen seniorem tam ipsi quam ceteris. præfecit. Minus quippe omnes indignantur seniorem sibi quam juniorem præponi, et libentius seniori paremus, quem non solum vita priorem, verum etiam et natura et ordo temporis fecit.

Hinc et Hieronymus in primo Contra Jovinianum, quum de prælatione Petri meminerit. « Unus, inquit, eligitur, ut, capite constituto, schismatis tollatur occasio. Sed cur non Joanues electus est? Ætati delatum est, quia Petrus senior erat, ne adhuc adolescens et pene puer progressz ætatis hominibus preferretur, et magister bonus, qui occasionem jurgii debuerat auferre discipulis, in adolescentem, quem dilexerat, causam prebere videretur invidiæ. »

Hoc abbas ille diligenter considerabat, qui sicut in Vitis Patrum scriptum

bien levé Jeurs enfants, bien dirigé leur maison. Car ceux qui serviront bien le Seigneur s'éléveront et acquerront une grande fermeté dans la foi, qui est en Jésus-Christ. » Or, ce qu'il dit des diacres : « Qu'ils ne soient point doubles dans leurs paroles, » il le dit aussi des diaconesses : « Qu'elles ne SOlent pas médisantes. » Ce qu'il dit des uns : « Qu'ils ne soient pas adon- Dés au vin, il le dit des autres : « Qu'elles soient sobres. » Enfin, il renferme tous les autres préceptes en deux mots : « Qu'elles soient fidèles en toutes choses. » De méme qu'il ne veut pas que les évéques et les diacres aient contracté deux fois mariage, de méme il établit que les diaconesses ne doivent avoir été mariées qu'une fois, ainsi que nous l'avons rappelé plus haut. « Choisissez pour diaconesse une veuve qui n'ait. pas moins de soixante ans, dit-il, qui n'ait eu qu'un mari, dont on puisse rendre le témoignage qu'elle a fait le bien, élevé ses enfants, donné l'hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les malheureux, accompli toutes sortes de bonnes œuvres : évitez les veuves trop jeunes. »

Par cette peinture des diaconesses, ou plutót par cette régle, 1] est aisé de voir combien il se montre plus sévère pour le choix des diaconesses que pour celui des évéques et des diacres. Car ce qu'il dit des diaconesses, « qu'on doit pouvoir rendre le témoignage qu'elles ont fait le bien, donné l'hospitalité, etc., » il n'en parle pas au sujet des diacres. Ce qu'il ajoute, « qu'elles aient lavé les pieds, etc., » il n'en dit pas un mot au sujet des évêques et des diacres. Il se contente de dire que les évêques et les diacres « soient sans reproche. » Mais, pour celles, il veut non-seulement qu'elles soient sans tache, mais « qu'elles aient accompli toutes sortes de bonnes œuvres. » Il fixe méme avec soin le degré de maturité de leur âge pour qu'elles aient plus d'autorité, en disant : « Qu'elles n'aient pas moins de soixante ans ; » en sorte que, non-seulement la pureté, mais encore la longueur de leur vie, éprouvée en maintes choses, inspire plus de respect. .

Voilà pourquoi le Seigneur lui-même, malgré sa tendresse pour Jean, lui préféra Pierre ainsi qu'aux autres, parce qu'il était. plus âgé. En général, on souffre moins de voir à sa téte un vieillard qu'un jeune homme, et nous obéissons plus volontiers à celui que la nature et l'ordre du temps, nou moins que l'excellence de sa vie, ont inis au-dessus de nous.

C'est ainsi que saint Jérôme, dans son premier livre contre Jovinien, dit, au sujet de l'élection de sunt Pierre : « Un seul est choisi, aliu que l'établissement d'un chef écarte toute occasion. de schisme. Mais pourquoi Jean n'a-t-1} pas été élu? Parce que Jésus-Christ à déféré à l'âge, paree que Pierre était plus vieux, et pour ne pas donner à un jeune homme, presque à un enfant, la préférence sur des vieillards : en bon maitre qui devait enlever à ses disciples toute occasion de querelle, et. qui aurait craint. de paraître fournir un motif de jalousie contre son bien-aimé. »

C'est aussi par cette considération que cet abbé, dont il est parlé dans les

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est, juniori fratri, qui primus ad conversionem venerat, primatum abstulit, et majori eum tradidit; hoc uno tantum, quia hic illum ætate præcedebat. Verebatur quippe ne ipse etiam frater carnalis indigne ferret juniorem sibi præponi. Meminerat ipsos quoque Apostolos de duobus ipsorum indignatos esse, quum apud Christum, matre interveniente, prærogativam quamdam affectasse viderentur : maxime quum unus horum esset duorum, qui cseteris junior erat Apostolis, ipse videlicet Joannes, de quo modo diximus.

V. Nec solum in diaconissis instituendis Apostolica plurimum invigilavit cura, verum generaliter erga sancte professionis viduas quam studiosus extiterit liquet, ut omnem amputet tentationis occasionem. Quum enim præmisisset :« Viduas honora, quie veræ viduæ sunt, » statim adjecit : « Si qua autem vidua filios aut nepotes habet, discat primum domum suam regere, et mutuam vicem reddere parentibus. » Et post aliqua : « Si quis, inquit, suorum, et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit, et est infideli deterior. » In quibus quidem verbis simul et debitae providet humanitati, et propositæ religioni : ne videlicet sub obtentu religionis parvuli deserantur inopes, et carnalis compassio erga indigentes sanctum viduæ perturbet propositum, et retro respicere cogat, et nonnunquam etiam usque ad sacrilegia trahat, et aliquid suis porrigat quod de commum: defraudet.

Unde necessarium patet consilium, ut quz domesticorum cura sunt implicite, antequam ad veram viduitatem transeuntes, divinis se penitus obsequiis mancipent, hanc vicem suis parentibus reddant : ut sicut eorum cura fuerunt educatæ, ipsi quoque posteris suis eadem lege provideant. Qui etiam viduarum religionem exaggerans, eas instare precipit obsecrationibus et orationibus nocte et die.

De quarum etiam necessitudinibus admodum sollicitus : « Si quis fidelis, inquit, habet viduas, subministret illis, et non gravetur Ecclesia, ut his qua vere viduæ sunt sufficiat. » Ac si aperte dicat : si qua est vidua, quæ tales habeat domesticos, qui ei necessaria de facultatibus suis valeant ministrare, ipsi super hoc ei provideant, ut cseteris sustentandis publici sumptus ecclesi; possint sufficere. Quæ quidem sententia patenter ostendit, si qui erga hujusmodi viduas suas obstinati sunt, eos ad hoc debitum ex Apostolica auctoritate constringendos esse. Qui non solum earum necessitudini, verum etiam providens honori : « Viduas, inquit, honora, quæ veræ vidus sunt. »

Tales illas fuisse credimus, quarum alteram ipse matrem, alteram Joan-

Vies des Pères, óta la prélature à un frère plus ancien dans l'ordre, mais plus jeune, pour la donner à un plus ágé; sa seule raison était. qu'il était son ainé. ll craignait que ce frère, encore engagé dans les liens de la chair, ne souffrit de se voir préférer un plus jeune que lui; il se souvenait du mécontentement que les Apôtres eux-mêmes avaient éprouvé contre deux d'entre eux, pour qui l'intervention de leur mère avait obtenu quelque privilége auprès du Christ, l'un d'eux, surtout, étant beaucoup plus jeune que tous les autres, je veux dire Jean, dont nous venons de parler.

V. Ce n'est pas seulement dans le choix des diaconesses que l'Apótre a recommandé le plus grand soin ; on voit à quel degré il pousse l'attention en tout ce qui touche les veuves animées du désir de se consacrer à Dieu ; il veut supprimer pour elles toute occasion de tentation. Après avoir dit : « Honorez les veuves, les véritables veuves, » il ajoute aussitót : « Mais si quelque veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu'elle apprenne d'abord à conduire sa maison et à faire pour ses parents ce qu'ils ont fait pour elle. » Et quelques ligues plus bas : « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et surtout de ceux de sa maison, il reme la foi; 1l est plus coupable qu'un infidèle. » Par ces paroles, il satisfait en méme temps aux devoirs de l'humanité et aux exigences de la profession religieuse. Il veut empèchier que, sous prétexte de profession religieuse, de pauvres orphelins ne soient abandonnés, et que le sentiment de l'humaine compassion envers des malheureux ne trouble la résolution des saintes veuves, ne ramène leurs regards en arrière, ne les entraine méme parfois dans le sacrilége, et ne les induise à détourner de la communauté pour donner à leurs proches.

Il était donc bien nécessaire d'avertir celles qui sont dans les liens. de la famille de commencer par rendre ce qu'elles out reçu, avant de passer au vrai veuvage et de se consacrer sans réserve au service de Dieu, c'est-à-dire de pourvoir à l'éducation de leurs enfants, comune elles ont été élevées elles: mémes par les soius de leurs parents. Pour porter plus haut encore la perfection des veuves, l'Apótre leur recominande de se livrer incessaminent à la priére nuit et jour.

Également préoccupé de leurs besoins, il dit : « Si quelque fidèle a des veuves, qu'il les assiste, que l'Église ne les ait pas à sa charge, afin qu'elle puisse secourir les véritables veuves. » C'est comme s'il disait : s'il est des veuves qui aient une famille capable avec ses ressources de subvenir à leurs besoins, qu'elle v pourvoie, afin que les revenus communs de l'Église puissent soutenir les autres. De ces préceptes, i! ressort clairement que, s'il en est qui se refusent à secourir les veuves qui leur appartiennent, il faut les contraindre, de par l'autorité apostolique, à s'acquitter de cette dette. L'Apótre ne s'est pas borné à pourvoir aux besoins des autres, 1] a voulu assurer les égards qui leur étaient dus : « Honorez, diti), les veuves qui sont véritablement veuves. »

Telles furent, sans doute, celle que l'Apótre appelle sa mére, et celle que

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nes evangelista dominam, ex sanctæ professionis reverentia vocat !. « Salutate, inquit Paulus ad Homanos scribens, Rufum electum in Domino, et matrem «jus, et meam. » Joannes vero in secunda quam scribit epistola? : « Senior, inquit, electæ dominz, et natis ejus, etc. » À qua etiam se diligi postulans inferius adjunxit : « Et nunc rogo te, domina, ut diligamus alterutrum. »

Cujus quoque fretus auctoritate Hieronymus, ad vestre professionis virginem Eustochium scribens, eam appellare dominam non erubuit : imo cur etiam debuerit, statim opposuit dicens : « Hoc idcirco, domina mea, Eustochium, dominam quippe debeo vocare sponsam Domini nostri, etc. » Qui etiam. postmodum, in eadem epistola hujus, sancti propositi prærogativam omni terrenz felicitatis gloriæ superponens, ait : « Nolo habeas consoriia matronarum, nolo ad nobilium accedas domos, nolo frequenter vrdeas, quod contemnens virgo esse voluisti. Si ad imperatoris. uxorem concurrerit ambitio salutantium, cur tu facis injuriam viro tuo? Ad hominis conjugem sponsa Dei quid properas? Disce in hae parte superbiam sanctam. Scito te esse illis meliorem ?. »

Qui etiam ad virginem Deo dicatam seribens de consecratis Deo virginibus, quantam in celo beatitudinem, et in terra possideant dignitatem, ita exorsus ait : « Quantam in celestibus beatitudinem virginitas sancta possideat, prater. Scripturarum testimonia, Ecclesise etiam consuetudine edocemur, qua addiscimus peculiare illis subsistere meritum, quarum spiritalis est consecratio. Nani quum unaquaque turba credentium paria grati: dona percipiant, et iisdem onmes sacramentorum benedictionibus glorientur, ist: proprium aliquid pre ceteris habent, dum de illo sancto et immaculato. Ecclesie grege quasi sanctiores purioresque hostiæ, pro voluntatis suæ meritis, a Spiritu sancto eliguntur, et per summum sacerdotem Dei offeruntur altario. » Item : « Possidet ergo virginitas et quod alii non habent, dum et peculiarem obtinet gratiam, et proprio, ut ita. dixerim, consecrationis privilegio gaudet, Virginum quippe consecrationem, nisi periculo mortis urgente, celebrari alio tempore non licet quam in Epiphania et Albis Paschalibus, et in apostolorum natalitiis ; nec nisi a summo sacerdote, id est episcopo, tam ipsas quam ipsarum sacris capitibus imponenda velamina sanctificari. » Monachis autem, quamvis ejusdem sint professionis, vel ordinis, et dignioris sexus, eliam si sint virgines, qualibet die benedictionem et ab abbate suscipere tam ipsis quam propriis eorum indumentis, id est cucullis, permissum est. Presbyteros quoque et exteros inferioris gradus

4 Rom., xvi, 15. — * Joan., II, 1, 1.— 5 Epist., 18.

l'Évangéliste nomme sa maitresse, par respect pour la sainteté de leur état. « Saluez, dit saint Paul écrivant aux Romans, saluez Rufus, qui est élu dans le Seigneur, et sa mére, qui est aussi la mienne. » Et Jean, dans sa seconde épitre : « Le vieux Jean à sa maitresse élue et à ses enfants... » etc.; puis il ajoute plus bas, lui demandant son amitié : « Et maintenant, je vous demande, à maitresse! que nous nous aimions l'un l'autre. »

C'est aussi avec l'appui de cette autorité que saint Jérôme, dans sa lettre à Eustochie, qui avait fait les mêmes vœux que vous, ne rougit pas de l'appeler maitresse; bien plus, il se croit obligé de le faire, et il en donne aussitót la raison. « J'appelle Eustochie maitresse, dit-il, parce que je dois appeler maitresse l'épouse de notre Maitre, etc. » Et plus bas, dans la méme lettre, élevant l'excellence de ce saint état au-dessus de toutes les gloires de la terre : « Je ne veux pas de conunerce avec les femmes du monde, dit-il ; je ne veux pas que vous fréquentiez les maisons des nobles, je ne veux pas que vous les voviez, puisque, renoncant au monde, vous avez voulu étre vierge. Si l'ambition des courtisans les pousse aux pieds de l'impératrice, pourquoi feriez-vous injure à votre époux ? Épouse de Dieu, pourquoi porteriez-vous vos hommages à l'épouse d'un homme? Pénétrez-vous en ceci d'un saint orgueil : sachez que vous êtes au-dessus d'elle. »

Le méme, écrivant à une vierge consacrée à Dieu, au sujet du bonheur réservé dans le ciel et sur la terre aux vierges consacrées à Dieu, dit : « Quel bonheur est réservé dans le ciel à la sainte virginité, indépendamment des témoignages de l'Écriture, l'Église, par ses usages, nous l'enseigne; elle nous apprend qu'un mérite particulier est attaché aux consécrations spirituelles. En effet, bien que la multitude des croyants ait également droit aux dons de la grâce, et que tous se glonifient de participer aux mèmes sacrements, les vierges ont un privilége spécial, puisque, à cause des mérites de leur intention, elles sont choisies par le Saint-Esprit, dans le saint et pur troupeau de l'Église, comme des victimes et plus saintes et plus pures, pour être offertes par le grand-prétre sur les autels de Dieu. » Et encore : « La virginité possède quelque chose que les autres n'ont pas, puisqu'elle obtient spécialement la grâce et jouit du privilége d'une consécration particulière, consécration telle, qu'à moins de danger de mort imminente, elle ne peut être célébrée à. d'autres époques que l'Epiphanie, l'octave de Pâques et la féte des Apôtres, et qu'il n'appartient qu'au chef des prétres, c'est-à-dire à l'évéque, de bénir les vierges ainsi que les voiles qui doivent couvrir leurs tétes sanctifiées. » Pour les moines, bien qu'ils appartiennent à la mème profession, au mème ordre, et qu'ils soient d'un sexe plus élevé, fussent-ils aussi purs, ils peuvent recevoir, chaque jour et des mains de leur abbé, la bénédiction pour eux-mémes et. pour leur habit, c'est-à-dire pour leur capuce ; les prétres aussi et les clercs d'ordre. secondaire peuvent être ordonnes aux Quatre-Temps, et les évéques, tous les dimanches ; mais la consé-

clericos semper in jejuniis Quatuor Temporum, et episcopos omui die Dominico constat ordinari posse. Virginum autem consecratio quanto pretiosior, tanlo rarior, præcipuarum exultationem solemnitatum sibi vindicavit.

De quarum virtute mirabili universa amplius congaudet Ecclesia, sicut et Psalmista praedixerat his verbis! ; « Adducentur regi virgines post eam. » Et rursum : « Afferentur in letitia et exultatione, adducentur in templum regis. » Quam etiam consecrationem Matthæus apostolus simul et evangelista composuisse vel dictasse refertur, sicut in ejus passione legitur, ubi et ipse pro earum consecratione vel virginalis propositi defeusione martyr occubuisse memoratur. Nullam vero benedictionem vel clericorum vel monachorum Apostoli nobis scriptam reliquerunt.

Quarum quoque religio sola ex nomine sanctitatis est insignita, quum ipse a sanctimonia, id est sanctitate, sanctimoniales sunt diete. Quippe quo infirmior est feminarum sexus, gratior est Deo atque perfectior earum virtus : juxla ipsius quoque Domini testimonium, quo infirmitatem Apostoli ad certaminis coronam exhortans, ait * : « Sufficit tibi gratia mea. Nam virtus in infirnntate perficitur. »

Qui etiam de corporis sui, quod est Ecclesia, membris per eumdem loquens Apostolum, ac si præcipue tam infirmorum membrorum honorem commendaret, in eadem subjunxit epistola, hoc est ad Corinthios prima? : « Sed multo magis qua videntur membra corporis infirmiora esse necessariora sunt ; et quie putamus ignobiliora membra esse corporis, his abundantiorem honorem cireumdamus : et quæ inhouesta nostra sunt abundantiorem honestatem habent. Honcesta autem nostra nullius egent. Sed Deus temperavit corpus ei cui dederat abundantiorem tribuendo honorem,vut non sit schisma in corpore, sed in id ipsum pro invicem sollicita sint membra. » Quis autem adeo integre per divin: gratie dispensationein hzc in aliquo dixerit adimpleri, sicut in ipsa muliebris sexus infirmitate, quem tam culpa quam natura conteinptibilem fecerat? Cireumspice singulos in hoc sexu gradus, non solum virgines ac viduas, seu conjugatas, verum etiam ipsas scortorum abonimationes, et in eis Christi gratiam. videbis ampliorem : ut juxta Doniinicam ct Apostolicam sententiam * : « Sint novissimi primi, et. primi novissimi, » et: « ubi abundavit delictum, superabundet et gratia. »

VI. Cujus quidem divine gratis beneficia vel honorem feminis exhibita si ab ipso exordio mundi repetamus, reperiemus statim mulieris creationem qua-

! Psalm., xuiv. 15 et 16. — 3 Corinth., IT, xit, 9. — 5 Corinth., J, x:, 22. — * Matth, xx, 16.

cration des vierges, d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare, est réservée pour les allégresses des grandes solennités.

L'Église entiére tressaille de joie pour célébrer la vertu admirable des vierges, ainsi que le Psalmiste l'avait prédit en ces termes : « Des vierges seront amenées au Roi ; » et ensuite : « Elles lui seront présentées avec des transports de joie et d'allégresse; elles seront amenées dans le temple du Roi. » On croit méme que c'est l'apótre et évangéliste saint Matthieu qui a composé ou dicté le rituel de cette consécration, ainsi qu'on le lit dans les actes du martyre qu'il subit pour la défense de la virginité religieuse. Au contraire, sur la consécration des clercs ct des moines, les Apótres ne nous ont laissé aucune régle écrite.

C'est aussi du nom de la sainteté que les religieuses ont reçu leur nom, puisque c'est du mot sanctimonia, c'est-à-dire sainteté, qu'elles ont été appelées sanctimoniales, ou saintes moinesses. En effet, le sexe des femmes étant plus faible, leur vertu est d'autant plus agréable à Dieu, d'autant plus parfaite, ainsi qu'en témoigne le Seigneur lui-méme, en exhortant l'Apótre à combattre pour la couronne. « Ma grâce vous suffit, dit-il; car c'est dans la faiblesse que la vertu arrive à sa perfection. »

C'est ainsi encore qu'en parlant, par la bouche du méme Apótre, des membres de son corps, c'est-à-dire de l'Église, il lui fait dire, dans cette méme Épitre aux Corinthiens, comme s'il. voulait recommander les égards pour les membres les plus faibles : « Les membres de notre corps qui nous paraissent les plus faibles sout les plus nécessaires, et ceux que nous regardons comme les moins nobles sont précisément ceux pour lesquels nous avons le plus de ménagements; les parties les moms honnêtes sont les plus honnêtement traitées ; celles qui sont honnétes n'ont besoin de rien. Dieu a disposé le corps de telle sorte, qu'on ait le plus d'égards pour les membres les plus faibles, et qu'il n'y ait point de schisme dans le corps, mais que les membres conspirent mutuellement à s’aider les uns les autres. » Peut-on dire que la gràce divine ait dispensé ses trésors à qui que ce soit aussi largeineut qu'au sexe le plus faible, que le péché originel autant que sa nature avait rendu méprisable ? Examinez-en les divers états, considérez non-seulement les vierges, les veuves, les femmes 1nariées, mais encore celles qui vivent dans les abominations du libertinage, et vous trouverez en elles les plus larges dons de la gráce divine ; en sorte que, selon la parole de Jésus-Christ et de l'Apótreg« les derniers sont les premiers, et les premiers les derniers, et que là où il y a eu abondance de péché, il y a surabondance de grâce. »

VI. Que si nous reprenons à l'origine du monde l'histoire des dons de la grâce divine chez les femmes et des égards dont elles ont été l'objet, nous verrous que sa création lui a constitué certains avantages de supériorité. Elle a été créée dans le Paradis, tandis que l'homme a été créé hors du Paradis ;

dam præcellere dignitate : quum ipsa scilicet in Paradiso vir extra creatus sit. Ut hinc precipue mulieres admoneantur atlendere, quam sit earum naturalis patria Paradisus, et quo amplius eas cælibem Paradisi vitam sequi conveniat. Unde Ambrosius in libro de Paradiso : « Et appreheudit, inquit, Deus hominem quem fecit, et posuit eum in Paradiso. » Vides quoniam qui erat apprehenditur : in Paradiso eum collocavit. Adverte quia extra Paradisum vir factus est, et mulier intra Paradisum. In inferiori loco vir melior invenitur, et illa qux in meliore loco facta est inferior reperitur.

Prius quoque Dominus Evam totius originem mali restauravit in Maria, quam Adam in Christo reparavit. Et sicut à inuliere. culpa, sic a muliere coepit gratia, el. virginitatis refloruit prerogativa. Ac prius in Anna et Maria viduis et virginibus sancte professionis forma est exhibita, quam in Joanne vel Apostolis monastica religionis exempla viris proposita.

Quod si post Evam, Debboræ, Judith, Esther virtutem intueamur, profecto non mediocrem robori virilis sexus inferemus erubescentiam. Debbora quippe, Dominici judex populi, viris deficientibus , dimicavit, et devictis hostibus populoque Domini liberato, potenter triumphavit. Judith inermis cum Abra sua terribilem exercitum est aggressa, et unius Holoferni proprio ipsius gladio caput amputans, sola universos stravit hostes, et desperatum populum suum liberavit. Esther Spiritu latenter suggerente, contra ipsum etiam legis decretum gentili copulata regi, impiissimi Aman consilium, et crudele regis praevenit edictum , constitutamque regie deliberationis sententiam, quasi uno temporis momento, in contrarium convertit. Magna ascribitur virtuti, quod David iu funda et lapide Goliam aggressus est et devicit. Judith vidua ad hostilem procedit exercitum sine funda et lapide, sine omni adminiculo armature dimicatura. Esther solo verbo populum suum liberat, et conversa in hostes sententia, corruerunt ipsi in laqueum quem tetenderant. Cujus quidem insignis facti memoria singulis annis apud Judæos solemnem meruit habere leetitiam; quod nequaquam aliqua virorum facta quantumcunque splendida obtinuerunt.

Quis incomparabilem matris septem filiorum constantiam non miretur, quos una cum matre apprehensos, sicut Machabæorum historia narrat, rex impiissimus Antiochus ad carnes porcinas contra legem edendas nisus est frustra compellere? Quz mater, suz inimemor natûræ, et humans aflectionis ignara, nec nisi Dominum prz oculis habens, quot sacris exhortationibus suis ad coronam filios praemisit, tot ipsa martyriis triumphavit, proprio ad extremum martyrio consummata. Si totam Veteris Testamenti seriem revol«

ce qui doit rappeler aux femmes que le Paradis est leur patrie naturelle, et qu'elles doivent chercher dans le célibat une vie conforme à celle du Paradis. C'est ce qui fait dire à saint Ambroise, dans son livre du Paradis : « Dieu prit l'homme qu'il avait fait et l'établit dans le Paradis. » Vous le voyez, il a pris celui qui était déjà, pour le placer dans le Paradis. Ainsi l'homme a été fait hors du Paradis, et la femme dans le Paradis. L'homme, qui a été créé dans un lieu moins noble, se trouve le meilleur, et la femme, qui a été créée dans un lieu supérieur, se trouve la moins bonne.

D'autre part, le Seigneur a racheté dans la personne de Marie la faute d'Éve, origine de tous les maux de ce monde, avant que celle d'Adam eût été réparée par Jésus-Christ. Et, de méme que la faute, la grâce nous est venue par la femme, et les saints priviléges de la virginité ont refleuri. Déjà Anne et Marie avaient oflert aux veuves et aux vierges le modèle de la profession religieuse , quand Jean et les Apótres donnèrent aux hommes des exemples de vie monastique.

Que si, aprés Éve, nous considérons la vertu de Débora, de Judith ct d'Esther, nous conviendrons qu'elle est pour le sexe fort un sujet dc honte singulière. Débora, en effet, juge d'Israël au défaut des hommes, livra bataille, vainquit les ennemis, délivra le peuple de Dieu et remporta le plus complet des triomphes. Judith, sans armes, accompagnée d'une seule servante, attaqua un ennemi terrible, trancha de son propre glaive la téte d'Holopherne, seule enfin, tailla en pièces une armée entière et délivra son peuple qui désespérait. Esther, par une inspiration secrète de l'Esprit-Saint, bien qu'unie contre la loi à un prince idolàtre, prévint le dessein de l'impie Aman et le cruel arrét du roi, et, en moins d'un instant, pour amsi dire, retourna contre son adversaire la senteuce prononcée par la volonté royale. On regarde comme un prodige de valeur que David, avec une fronde et une pierre, ait attaqué et vaincu Goliath : Judith n'était qu'une veuve, et elle n'avait ni pierre, ni fronde, ni arme d'aucune sorte, quand elle marcha contre une armée ennemie pour la combattre. C'est. par la parole seule qu'Esther délivra son peuple, et tournant contre ses ennemis le décret de proscription, les précipita dans le piége qu'ils avaient tendu : délivrance insigne, en souvenir de laquelle les Juifs célèbrent tous les ans une fête solennelle, honneur que n'obtint aucun homme par ses actions, si éclatantes qu'elles aient été.

Qui n'admirerait l'incomparable fermeté de la mère que, selon l'histoire des Machabées, l'impie Antiochus fit saisir avec ses sept enfants, et essava vainement de contraindre à manger, contre la loi, de la chair de porc? C:tte mère, oubliant tous les sentiments de la nature et de l'humanité, pour ne plus voir que Dieu, après avoir glorieusement subi le martyre dans chacun de ses enfants que, par ses saintes exhortations, elle envoya devant elle à la couronne qui les attendait, consomana son propre martyre. Feuilletons tout

vamus, quid hujus mulieris constantiæ comparare poterimus? Ille ad extremum vehemens tentator beati Job, imbecillitatem humane nature contra mortem considerans! : « Pellem, inquit, pro pelle, et universa dabit homo pro anima sua. » In tantum enim omues angustias mortis naturaliter horremus, ut sepe ad defensionem unius membri alterum opponamus, et pre vita hac conservanda nulla vereamur incommoda. Hæc vero non solum sua, sed propriam et filiorum animas perdere sustinuit, ne unam legis incurreret offensam. Quæ est ista, obsecro, ad quam compellebatur transgressio ? Nunquid abrenuntiare Deo, vel thurificare idolis cogebatur? Nihil, inquam, ab eis exigebatur, nisi ut carnibus vescerentur, quas lex eis interdicebat. O fratres et cominonachi, qui tam impudenter quotidie contra regule institutionem ac nostram professionem ad carnes inhiatis, quid ad hujus mulieris constantiam dicturi estis? Nunquid tam inverecundi estis, ut quum hzc auditis, erubescentia non confundamini? Sciatis, fratres, quod de regina Austri Dominus incredulis exprobrat, diceus * : « Regina Austri surget in judicio cum. generatione ista, et condemnabit eam. » Multo amplius vobis de hujus mulieris constantia improperandum esse, quæ et longe majora fecerit, et vos vestre professionis voto religioni arctius adstricti estis. Cujus quidem tanto agone virtus examinata hoc in Ecclesia privilegium obtinere meruit, ut ejus martyrium solemnes lectiones atque missam habeat, quod nulli antiquorum sanctorum concessum est, quicunque scilicet adventnm Domini moriendo prævenerunt : quamvis in ipsa Machabæorum historia Eleazarus ille venerabilis senex unus de primoribus scribarum eadem causa martyrio jam coronatus fuisse referatur. Sed quia, ut diximus, quo naturaliter femineus sexus est infirmior, eo virtus est Deo acceptabilior, et honore dignior : nequaquam martyrium illud in festivitate memoriam meruit, cui femina non interfuit, quasi pro magno non habeatur, si fortior sexus fortiora patiatur. Unde et in laude predicte femine amplius Scriptura prorumpens, aii*: « Supra modum autem mater mirabilis et bonorum memoria digna, quæ pereuntes septem filios sub unius diei tempore conspiciens, bono animo ferebat propter spem, quam in Domino habebat, singulos illorum hortabatur fortiter, repleta sapientia, et femine: cogitationi masculinum animum mserens. »

Quis in laudem virginum vineam iHam Jephte filiam assumi non censeat? qui, ne voti licet improvidi reus pater haberetur, et divinæ gratie beneficium promissa fraudaretur hostia, victorem patrem in jugulum proprium animavn. Quid hec, quaeso, in agone martyrum factura esset, si

4 Job, ri, 4. — * Matth., xi, 49. — 5 Machab., II, vi, 18 et 24.

e LETTRES D'ABÉLARD ET D'HÉLOISE. 215

l'Ancien Testament : que trouvons-nous qui puisse être rapproché de la fermeté de cette femme? Le démon, après avoir épuisé toutes ses violentes tentations contre le saint homme Job, connaissant la faiblesse de la nature humaine aux approches de la mort, dit : « L'homme donnera la peau d'autrui pour conserver la sienne, et tout ce qu'il possède pour sauver sa vie. » En effet, l'horreur naturelle que nous inspirent les suprémes angoisses de la mort est si vive, que souvent nous sacrifions un membre pour sauver l'autre, et qu'au prix de la vie il n'est pas de mal que nous appréhendions. Et cette mére a eu le courage de livrer non-seulement tout ce qu'elle avait, mais sa vie et celle de ses enfants, pour ne pas violer un point de la loi. Et quel point, je vous prie? Voulait-on la contraindre de renoncer à Dieu, ou de sacrifier aux 1doles? Non; il s'agissait de manger des viandes dont la loi interdisait l'usage. O mes frères, à vous qui avez embrassé la vie monastique, vous qui, tous les jours, transgressant sans pudeur les statuis de la règle et les vœux de notre profession, aspirez après ces viandes qu'ils vous défendent, que direz-vous de la fermeté de cette femme? Avez-vous si bien perdu toute vergogne qu'un tel exemple ne vous pénétre pas de confusion? Sachez, mes fréres, le reproche que le Seigneur fait aux incrédules en parlant de la reine du Midi : « La reine du Midi se lévera, au jour du jugement, contre cette génération et la condamnera. » La fermeté de cette femme déposera contre vous d'autant plus haut, que ce qu'elle a fait est plus grand, et que les vœux qui vous enchainent à la règle sont plus étroits. Aussi a-t-elle mérité que l'Église instituát une messe et des prières commémoratives en l'honneur de la lutte que son courage a soutenu : privilége qui n'a été accordé à aucun des saints antérieurs à la venue du Seigneur, bien que, suivant la méme histoire, Éléazar, ce vénérable vieillard, un des premiers scribes de la loi, eùt déjà, pour la méme cause, obtenu les palmes du martyre. Mais nous l'avons dit : plus le. sexe de la femme est faible, plus sa vertu est agréable à Dieu, plus elle est digne de récompense ; et le martyre du pontife, auquel aucune femme ne participa, n'a point obtenu les honneurs d'une fête spéciale, parce que l'on ne s'étonne pas que le sexe le plus fort ait à subir les plus fortes épreuves. Aussi l'Ecriture dit-elle, se répandant en louanges sur cette femme : « Cependant cette mère admirable au-dessus de toute mesure, et digne de l'éternel souvenir des fidèles, cette mère, qui vit périr ses sept fils en un même jour, supportait leur mort avec calme, à cause de l'espérance qu'elle avait en Dieu ; elle les encourageait virilement les uns aprés les autres, remplie de l'esprit de la sacesse et alliant à la tendresse de la femme un mâle courage. »

La fille de Jephté ne suffirait-elle pas seule à l'honneur des vierges, elle qui, pour que son père ne füt pas coupable d'avoir manqué à un vœu méme irréfléchi, pour que la victime promise acquittàt le don de la grâce divine, l'excita elle-même, aprés la victoire, à lui percer le sem? Qu'aurait-elle donc fait dans l'arène du martyre, si les infidèles avaient voulu la contrain-

forte ab infidelibus negando Deum apostatare cogeretur? Nunquid interrogata de Christo cum illo jam Apostolorum principe diceret : « Non novi illum? » Dimissa per duos menses a patre libera. his complets redit ad patrem occidenda. Sponte morti se ingerit, et eam magis provocat quam veretur. Stultum patris plectitur votum, et paternum redimit mandatum, amatrix maxima veritatis. Quantum hunc in se lapsum abhorreret, quem in patre non sustinet! Quantus hic est virginis fervor tam in carnalem quam in celestem patrem! Qus simul morte sua et hunc a mendacio liberare, et illi promissum decrevit conservare. Unde merito tanta hiec puellaris animi fortitudo prærogativa quadam 1d meruit obtinere, ut, per annos singulos, filie Israel, in unum convenientes, quasi quibusdam solemnibus hymnis festivas virginis agant exequias, et de passione virginis compuncle piis planctibus compatiantur.

Ut autem cætera omnia prætermittamus, quid tam necessarium nostre redemptioni, et totius mundi saluti fuerit, quam sexus femineus, qui nobis ipsum peperit Salvatorem? Cujus quidem honoris singularitatem mulier illa, qu: prima irrumpere ausa est ad beatum Hilarionem, illi admiranti opponebat, dicens : « Quid avertis oculos? Quid rogantem fugis? Noli me mulierem aspicere, sed miseram. Hic sexus genuit Salvatorem. »

Qua gloria huic poterit comparari, quam in Domini matre adeptus est sexus iste? Posset utique si vellet Redemptor noster de viro corpus assumere, sicut primam feminam de corpore viri voluit formare. Sed hane su» humilitatis singularem gratiam ad infirmioris sexus traustulit honorem. Posset ct alia parte muliebris corporis digniore nasci quam cæteri homines, eadem qua concipiuntur vilissima portione nascentes. Sed ad incomparabilem infirmioris corporis honorem longe amplius ortu suo consecravit ejus genitale quam viri fecerat ex circumcisione.

Atque ut hunc singularem virginum nunc omittam honorem, libet ad exteras quoque feminas, sicut proposuimus, stylum convertere.

Attende itaque quantam statim gratiam adventus Christi Elisabeth conjugate, quantam exhibuit Annæ viduæ. Virum Elisabeth Zachariam magnum Domini sacerdotem incredulitatis diffidentia mutum adhuc. tenebat, dum in adventu et salutatione Mari, ipsa mox Elisabeth, Spiritu sancto repleta, et exultantem in utero suo parvulum sensit, et prophetiam jam de ipso completo Mariæ conceptu prima proferens, plus quam propheta extitit. Presentem quippe illico virginis conceptum nunciavit, et ipsam Domini Matrem ad magnificandum super hoc ipso Dominum concitavit. Excellentius autem prophetis donum in Elisabeth videtur completum, conceptum

dre à renier Dieu et à abjurer sa foi? Interrogée au sujet du Christ avec le chef des Apótres, aurait-elle répondu comme lui : « Je ne connais pas cet homme? » Laissée libre par son pére pendant deux mois, elle revint vers son pére, à l'expiration du délai, s'offrir au sacrifice. Elle va au-devant de la mort, elle vient la chercher, loin de la craindre. Elle paye de sa vie le veu insensé de son père, elle le dégage de sa parole au prix de son sang, par respect pour la vérité. Quelle horreur n'eüt-elle pas eu elleméme pour le parjure, elle qui n'en peut supporter la pensée chez son père? Quelle n'était pas l'ardeur virginale de son amour pour son père chanel et pour son père spirituel! Par sa mort, en méme temps qu'elle épargne à l'un le parjure, elle satisfait à la promesse faite à l'autre. Aussi cette grandeur de courage dans une Jeune fille a-t-elle mérité, par exception, que chaque année, les filles d'Israël, se rassemblant en un méme lieu, célébrent ses funérailles par des hymnes solennels, et versent de pieuses larmes de commisération sur le sacrifice de l'innocente victime.

Sans nous arrêter à d'autres exemples, qu'y a-t-il eu de plus nécessaire à notre rédemplion et au salut du monde entier que le sexe féminin, qui a donné le jour au Sauveur? C'est cet insigne honneur que la femme, qui la première osa forcer la tente de saint Ililarion, opposait à sa surprise : « Pourquoi détourner les yeux? dit-elle; pourquoi éviter ma prière? ne songez pas que Je suis femme, mais que je suis malheureuse : c'est mon sexe qui a donné le jour au Sauveur. »

Est-il une gloire comparable à celle que £e sexe a acquis dans la personne de la Mère du Seigneur? Le Rédempteur aurait pu, s'il l'eüt voulu, naitre d'un homme, lui qui a formé la femme du corps de l'homme; mais il a voulu faire. tourner à l'honneur du sexe le plus faible la gloire insigne de sa propre humilité. H aurait pu, pour naître, choisir dans la femme une partie plus noble que celle qui sert à la fois à la conception et à l'enfantement des autres hommes; mais, pour la gloire incomparable du sexe le plus faible, 11 a ennobli l'organe générateur de la femme par sa naissance, bien plus qu'il n'avait fait celui de l'homme par la circoncision.

Et maintenant, laissons la dignité. particulière des vierges, et passons à d'autres femmes, suivant Je plan que j'ai annoncé.

Voyez la grandeur de la grâce que la venue du Christ à aussitôt répandue sur Élisabeth, qui était. mariée, et sur Anne, qui était veuve. Zacharie, mari d'Élisabeth ct grand-prétre du Seigneur, n'avait pas encore recouvré la parole que son iucrédulité lui avait fait. perdre, quand, à l'arrivée et à la salutation de Marie, Élisabeth, remplie de l'esprit de Dieu, et avant senti son enfant tressaillir dans son sein, prophétisa la première que Marie avait conçu et devint ainsi plus que prophète. Elle l'annonça sur-le-champ et engagea la Mère du Seigneur à remercier Dieu des grâces dont il Ta comblait. Le don de prophétie ne paraît-il pas plus accompli dans Elisabeth, qui a connu aussitôt la conception du Fils de Dieu, que dans saint Jean qui

statim. Dei filium agnoscere, quam in Joanne ipsum jamdudum natum ostendere. Sicut igitur Mariam Magdalenam Apostolorum dicimus Aposto- Jam, sic nec istam Prophetarum dicere dubitemus Prophetam, sive ipsam beatam viduam Annam, de qua supra latius actum est.

VII. Quod si hanc prophetiz gratiam usque ad gentiles etiam extendamus, Sibylla vates in medium procedat, et quæ ei de Christo revelata sunt proferat. Cum qua si universos conferamus prophetas, ipsum etiam Esaiam, qui, ut Hieronymus asserit, non tam propheta quam evangelista dicendus est; videbimus in hac quoque gratia feminam viris longe prestare. De qua Augustinus, contra hæreses testimonium proferens, ait! : « Audiamus quid etiam Sibylla, vates eorum, de eodem dicat : « Alium, inquit, dedit Domi- « nus hominibus fidelibus colendum. » Item : « Ipse tuum cognosce Do- « minum Dei filium esse. » Álio loco Filium Dei symbolum appellat, id est consiliarium. Et propheta dieit : « Vocabunt nomen ejus : mirabilis, consiliarius. » De qua rursus idem pater Augustinus in XVIII de Civitate Dei : « Eo, » inquit, « tempore nonnulli sibyllam Erythræam vaticinatam ferunt (quam quidam magis credunt esse Cumanam). Et sunt cjus viginti et septem versus; qui, sicut eos quidam Latinis versibus est interpretatus, hoc continent : |

Judicii signum, tellus sudore madescet.

E ccelo rex advenict per secla futurus, Scilicet in carne presens, ut judicet orbem.

Quorum quidem versuum prime litteræ in greco conjunctæ, id sonant : Jesus Christus, Filius Dei, Salvator. »

Infert etiam Lactantius quadam de Christo vaticinia Sibylle. « In manus, » inquit* , « infidelium postea veniet. Dabunt Deo alapas manibus incesüs, el impurato ore expuent venenatos sputos. Dabit vero ad verbera suppliciter sanctum dorsum, et colaphos accipiens tacebit , ne quis agnoscat quod Verbum vel unde venerit inferis. loquatur, et spinea corona coronabitur. Ad cibum autem fel, et ad sitim acetum dederunt. In hospitalitatem hanc monstrabunt mensam. Ipsa enim insipiens gens, tuum Deum non intellexisti laudandum mortalium mentibus, sed spinis coronasti, fel miscuisti. Templi velum scindetur , et in medio die nox erit tribus horis, et morietur, tribus diebus somno suscepto, et tunc ab inferis regressus ad lucem veniet, primus resurrectionis principio ostensus. »

Hoc profecto Sibylle vaticinium, ni fallor, maximus ille. poetarum nostrorum, Virgilius audierat atque attenderat , quum, iu IV ecloga, fu-

3 Advers. hæretic., ur, — ? Institut. div., iv, 18.

ne l'annonga que longtemps aprés sa naissance? J'ai appelé Marie-Madeleine l'apótre des Apótres; je n'hésiterais pas à appeler de méme Élisabeth le prophète des prophètes, elle ou cette bienheyreuse veuve, Anne, dont j'ai déjà longuement parlé.

VII. Que si nous examinons jusque chez les Gentils ce don de prophétie, que laSibylle paraisse ici la première et qu'elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. Si nous comparons avec elle tous les prophétes et Isaie lui-même, lequel, selon saint Jérôme, est moins un prophète qu'un évangéliste, nous verrons encore dans cette gráce la prééminence des femmes sur les hommes. Saint Augustin, invoquant son témoignage contre les hérétiques, dit : « Écoutons ce que dit la Sibylle, leur prophétesse, au sujet de Jésus-Christ : « Le Seigneur, dit-elle, a donné aux homines fidéles un autre « Dieu à adorer; » et ailleurs : « Reconnaissez-le pour votre Seigneur, pour « le Fils de Dieu. » Dans un autre endroit, elle appelle le Fils de Dieu symbolon, c'est-à-dire conseiller. Et le prophéte dit : « Ils l'appelleront l'admirable, le conseiller. » Dans le XVIII livre de la Cité de Dieu, saint Augustin écrit encore : « Quelques-uns rapportent que, dés ce: temps-là, la Sibylle d'Érythrée, d'autres disent la Sibylle de Cumes, avait fait une prédiction en vingt-sept vers, qui ont été traduits en latin et qui contiennent ce passage : — En signe de jugement, la terre se mouillera de sueur; un Roi qui doit vivre dans tous les siécles descendra du ciel, revétu de chair, pour juger l'univers. — Et en réunissant les premières lettres de chaque vers grec, on trouve : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. »

Lactance cite aussi plusieurs prophéties de la Sibylle au sujet de Jésus- Christ. « Il tombera ensuite, dit-elle, entre les mains des infidéles; de leurs mains sacriléges, ils donneront à Dieu des soufllets, de leur bouche impure, ils lui cracheront des crachats empoisonnés. Et. lui, il. tendra humblement ses épaules sacrées à leurs coups ; il recevra en silence leurs soufllets, de peur qu'on ne reconnaisse le Verbe et que l'enfer ne l'apprenne. ]]s le couronneront d'épines. Pour nourriture, ils. lui donneront du fiel ; pour boisson, du vinaigre : telle sera la table de leur hospitalité. Nation insensée! tu n'as pas compris que tou Dieu méritait les hommages de toute la terre, et tu l'as couronné d'épines, tu as mêlé pour lui le fiel et le vinaigre. Le voile du temple se déchirera, et, au milieu du jour, la nuit couvrira la terre pendant trois heures; il. mourra, et aprés trois Jours de sommeil, sortant des enfers, 11 apparaitra à la luuiére pour montrer aux hommes le principe de la résurrection. »

Virgile, le plus grand de nos poétes, connaissait, sans doute, et avait médité cet oracle de la Sibylle, quand, dans sa IV* églogue, il prédit, sous le régne de César-Auguste et le consulat de Pollion, la naissance miraculeuse

turum in proximo sub Augusto Cesare tempore consulatus Pollionis mirabilem cujusdam pueri de celo ad terras mittendi, qui etiam peccata mundi tolleret, el quasi seculum novum in mundo mirabiliter ordinaret, præcineret ortum : admonitus, ut ipsemet ait, Cumæi carminis vaticinio, hoc est Sibylle, qua Cumana dicitur. Ait quippe sic, quasi adhortans quoslibet ad congratulandum sibi, et concinendum seu scribendum de hoc tanto puero nascituro, in comparatione cujus omnes alias materias quasi infimas et viles reputat dicens ! :

Sicelides Muse, paulo majora canamus;

Non omnes arbusta juvant humilesque myricæ.

Ultima Cume venit jam carminis tas;

Magnus ab integro seclorum nascitur ordo :

Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regna,

Jam nova progenies ccelo demittitur alto, etc. Inspice singula Sibylle dicta, et quam integre et aperte Christiane fidei de Christo summam complectatur. Quæ nec divinitatem ejus, nec humanitatem, nec utrumque ipsius.adventum, nec utrumque judicium prophetando vel scribendo praetermisit, primum quidem judicium, quo injuste judicatus est in passioue, et secundum quo juste judicaturus est mundum in majestate. Quæ nec descensum ejus ad inferos, nec resurrectionis gloriam prætermittens, non solum prophetas, verum etiam ipsos supergressa videtur evangelistas, qui de hoc ejus descensu minime scripserunt.

VIII. Quis non etiam illud tam familiare prolixumque colloquium miretur, quo ipse solus solam illam geutilem et Samaritanam mulierem tam diligenter dignatus est instruere, de quo et ipsi vehementer obstupuerunt Apostoli *? À qua etiam infideli et virorum suorum multitudine reprehensa, potum ipse voluit postulare, quem nihil ulterius alimenti ab aliquo novimus requisisse. Superveniunt Apostoli, et emptos ei cibos offerunt, dicentes : « Rabbi, manduca; » nec oblatos suscipi videmus, sed hoc quasi in excusationem ipsum pretendisse : « Ego cibum habeo manducare, quem vos nescitis. » Potum ipse a muliere postulat. À quo se 1lla excusans beneficio : « Quomodo, » inquit, « tu Judæus quum sis, bibere a me poscis, quæ sum mulier Samaritana? Non enim confunduntur Judæi Samaritanis.» Et iterum : « Neque in quo haurias habes, et puteus altus est. » Potum itaque a. muliere infideli, el id negante, desiderat, qui oblatos ab Apostolis cibos non curat. Quz est ista, quæso, gratia, quam exhibet infirmo sexui, ut videlicet a muliere hac postulet aquam, qui omnibus tribuit vitam? Quæ, inquam, nisi ut patenter insinuet tanta sibi mulierum virtutem esse gratiorem, quanto earum naturam esse constat infirmiorem ; et se tanto amplius earum salutem deside- -

! Eglog., iv, 1. — ? Joan., iv, 6 et suiv.

d'un enfant envoyé du ciel sur la terre pour effacer les péchés du monde entier et ouvrir aux hommes une ère pleine de merveilles; il le dit luiméme, il avait été éclairé à ce sujet par l'oracle de Cumes, c'est-à-dire par la Sibylle. Et il semble, par ces vers, convier les hommes à se réjouir, à chanter et à écrire sur la naissance future de ce sublime enfant ; auprès de ce fait, tous les autres sujets lui paraissent faibles et grossiers : « Muses de Sicile, dit-il, élevons un peu le sujet de nos chants ; les arbrisseaux et l'humble bruyère ne plaisent pas à tout le monde. Voici que sont arrivés les temps prédits par l'oracle de Cumes; les siécles vont se dérouler dans un ordre nouveau. Déjà reviennent et la Vierge et le régne de Saturne. Déjà une race nouvelle descend du haut des cieux. » Pesez toutes les paroles de la Sibylle : quel résumé clair ct complet de ce que la foi chrétienne doit croire de Jésus-Christ! Elle n'a rien oublié, ni sa divinité, ni son humilité, ni sa venue pour les deux jugements ; le premier par lequel il a été injustement condamné aux tourments de la passion, le second par lequel il viendra dans sa majesté juger le monde suivant les lois de la justice. Elle fait mention et de sa descente aux enfers et de la gloire de sa résurrection; et en cela, elle s'élève au-dessus des prophètes, que dis-je? au-dessus des évangélistes eux-mémes, qui, de la descente aux enfers ne disent presque rien.

VIII. Peut-on ne pas admirer l'entretien aussi familier qu'étendu dent Jésus- Christ daigua seul à seule honorer la Samaritaine, une païenne, avec tant de bonne grâce que les Apótres eux-mémes n'en retenaient. point leur étonnement? Aprés l'avoir réprimandée sur son aveuglement et sur la multitude de ses amants, il voulut lui demander à boire, lui qui, nous le savons, ne demanda jamais d'aliments à personne. Les Apôtres se présentent aussitôt et lui offrent des vivres qu'ils vienneut d'acheter. Maitre, mangez, disentils. Mais, nous le voyons, il refuse, en leur disant, pour les remercier de leur service : « J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. » ll demande à boire à cette femme, et celle-ci décline une telle faveur. « Comment, vous qui êtes Juif, dit-elle, me demandez-vous à boire, à moi qui suis Samaritaine ? les Juifs n'ont pas commerce avec les Samaritains ; vous n'avez rien, d'ailleurs, ajoute-elle, pour puiser de l'eau, et le puits est profond. » Ainsi il demande à boire à une femme infidèle qui lui en refuse, et il ne se soucie pas des aliments que lui offrent ses apôtres. Quelle grâce témoignée au sexe faible, je vous prie, que de demander de l'eau à cette femme. lui qui donne la vieà tout le monde ! Quel est le but de cette lecon, si ce n'est de montrer que la vertu des femmes lui est d'autant plus agréable que leur nature est plus faible, et qu'il a d'autant plus soif de leur salut que leur vertu est plus adinirable ? Àussi, quand il demande à boire à une femme,

220 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLE.

rando sitire, quanto mirabiliorem earum virtutem constat esse? Unde et quum a femina potum postulat, huic præcipue siti sus per salutem feminarum satisfieri velle se insinuat. Quem potum etiam cibum vocans : « Ego, » inquit, « cibum habeo manducare quem vos nescitis. » Quem postmodum exponens cibum, adjungit : « Meus cibus est, ut faciam voluntatem Patris mei, » banc videlicet quasi singularem sui Patris voluntatem esse innuens, ubi de salute agitur infirmioris sexus.

Legimus et familiare colloquium cum Nicodemo, illo Judæorum principe. Dominum habuisse, quo illum quoque ad se occulte venientem de salute sua ipse instruxerit, sed illius colloquii non tantum tunc fructum esse eonsecutum. Hanc quippe Samaritanam et spiritu. prophetiæ repletam esse tunc constat, quo videlicet Christum et ad Judæos jam venisse, et ad gentes venturum esse professa est, quum dixerit! : « Scio quia Messias venit qui dicitur Christus. Quum ergo venerit, ille nobis annuntiabit omnia, » et multos ex civitate illa propter verbum mulieris ad Christum cucurrisse, et in eum credidisse, et ipsum duobus diebus apud se retinuisse, qui tamen alibi discipulis ait *: « In viam gentium ne abieritis, et in civitate Samaritanxorum ne intraveritis. »

Refert alibi idem Joannes quosdam ex gentilibus, qui ascenderant Hierosolymam ut adorarent in die festo, per Philippum et Andream Christo nuntiasse, quod eum vellent videre. Non tamen eos esse admissos commemorat, nec illis postulantibus tantam Christi copiam esse concessam, quantam huic Samaritane nequaquam id petenti. À qua ejus in gentibus prædicatio ccpisse videtur, quam non solum convertit ; sed per eam, ut dictum est, multos acquisivit. Illuminati statim per stellam Magi, et ad Christum conversi, multos exhortatione sua vel doctrina ad eum traxisse referuntur ; sed soli accessisse. Ex quo etiam liquet quantam a Christo gratiam in gentibus mulier sit adepta, qui præcurrens, et civitati nuntians ejus adventum, et quz audierat prædicans, tam propere ipsa multos de populo suo est lucrata.

Quod si Veteris Testamenti vel Evangelicæ scripture paginas revolvamus, summa illa de resuscitatis mortuis beneficia divinam gratiam feminis præcipue videbimus impendisse, nec nisi ipsis vel de ipsis hæc miracula facta fuisse. Primo quippe per Eliam et Eliseum ad intercessionem matrum filios ipsarum resuscitatos et eis redditos esse legimus. Et Dominus ipse vidus cujusdam filium suum. et archisynagogi filiam, et rogatu sororum Lazarum resuscitans, hoc immensi miraculi beneficium maxime feminis impendit. Unde illud est Apostoli ad Hebræos scribentis * : « Acceperunt mu-

! Joan., iv, 25. — % Matth., x, 5. — 5 Hebr., i, 35.

fait-il entendre que ce qu'il veut surtout, c'est qu'elle étanche sa soif pour le salut des femmes. Il appelle cette boisson nourriture. J'ai à manger, dit-il, une nourriture que vous ne connaissez pas, et il donne l'explication de cette nourriture, en disant : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de mon Père, » désignant par là que la volonté particulière de son Père, c'est de travailler au salut du sexe le plus faible.

Nous lisons dans la sainte Écriture que le Seigneur eut aussi un entretien familier avec Nicodéme, le chef des Juifs, qu'il le reçut méme secrètement et qu'il l'éclaira sur son salut ; mais Nicodéme n'en recueillit pas sur-lechamp un si grand fruit. La Samaritaine, au contraire, fut aussitôt remplie du don de prophétie, et elle annonça la venue du Christ non-seulement chez les Juifs, mais chez les Gentils, en disant : « Je sais que le Messie qui s'appelle Christ, va venir, et lorsqu'il sera venu, il nous annoncera tout. » Et, sur ces paroles, nombre de personnes coururent vers le Christ, crurent en lui et le retinrent deux jours, lui qui, cependant, dit ailleurs à ses disciples : « Éloignez-vous de la voie des Gentils, n'entrez pas dans la ville des Samaritains. »

Saint Jean rapporte bien que Philippe et André annoncérent à Jésus-Christ que plusieurs Geutils, qui étaient montés à Jérusalem pour célébrer un jour de féte, désiraient le voir; mais il ne dit pas qu'il les ait reçus ni qu'il leur ait accordé, sur leur priére, une gràce aussi considérable que celle qu'il a faite à la Samaritaine, qui ne demandait rien de pareil. C'est par elle qu'il commence sa prédication chez les Gentils; non-seulement il la convertit elle-même, mais, par elle, il gagne une foule de prosélytes. Les Mages, à peine éclairés par l'étoile et convertis, attirèrent à Jésus-Christ, dit-on, un grand nombre d'hommes par leur enseignement et leurs exhortations; mais seuls ils l'approchèrent. Quelle autorité Jésus-Christ ne donnatil donc pas à la Samaritaine parmi les Gentils, à la Samaritaine qui annonça sa venue, et, préchant ce qu'elle avait entendu, fit en si peu de temps, dans ceux de son peuple, une si riche moisson !

Feuilletons l'Ancien Testament et l'Évangile; nous trouverons que les grâces de résurrection les plus éclatantes ont été accordées à des femmes, el que les iniracles ont été accomplis sinon pour elles, au moins sur leur prière. Elie et Elisée ressuscitèrent des enfants à la sollicitation de leur mère ; et c'est à des femmes que le Seigneur lui-méine, en ressuscitant le fils d'une veuve, la fille du chef de la synagogue et Lazare, sur la demande de ses sœurs, a fait la faveur de ce grand miracle. Aussi l'Apótre, dans son Épitre aux Hébreux, dit-il : « Les femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. » En effet, cette jeune fille ressuscitée recouvra son propre corps, et les autres femines eurent la consolation de voir revivre

lieres de resurrectione mortuos suos. » Nam et puella suscitata mortuum recepit corpus, et cæteræ feminæ in consolationem sui, quos plangebant mortuos, receperunt suscitatos. Ex quo etiam liquet, quantam semper feminis exlibuerit gratiam, quas tam sua quam suorum resuscitatione primo letificans, novissime quoque ipse propria resurrectione eas plurimum extulit, quibus, ut dictum est, primum apparuit : quod etiam hic sexus in populo persequente, quodam erga Dominum naturali compassionis affectu, visus est promereri. Ut enim Lucas meminit, quum eum viri ad crucifigendum ducerent, femine ipsorum sequebantur, plangentes ipsum atque lamentantes. Quibus ipse conversus, et quas pietatis hujus vices in ipso statin passionis articulo misericorditer eis referens, futurum, ut cavere queant, praedicit exitum. « Filiæ, » inquit!, « Hierusalem, nolite flere super me, sed super vos ipsas flete et super filios vestros ; quia ecce venient dies, in quibus dicent : beate steriles, et ventres qui non genuerunt! »

Ad cujus etiam liberationem iniquissimi judicis uxorem antea fideliter laborasse Matthæus commemorat, dicens? : « Sedente autem illo pro tribunali misit ad illum uxor ejus dicens : nihil tibi et justo illi. Multa enim passa sum hodie per visum propter eum. »Quo etiam prædicante, solam feminam de tota turba in tantam ejus laudem legimus extulisse vocem, ut beatum exclamaret uterum qui eum portaverit, et ubera qua suxerit ! À quo et statim piam confessionis suæ, licel verissima, correctionem meruit audire, ipso confestim ei respondente? : « Quin imo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud! »

Solus Joannes inter apostolos Christi hoc privilegium. amoris obtinuit , ut dilectus Domini vocaretur. De Martha autem et Maria ipse scribit Joannes, « quia diligebat Jesus Martham, et sororem ejus Mariam et Lazarum *. » [pse idem Apostolus, qui ex privilegio, ut dictum est, amoris, se unum a Domino dilectum esse commemorat, hoc ipso privilegio, quod nulli aliorum ascripsit Apostolorum, feminas insignivit. In quo etiam honore, etsi fratrem earum ipsis aggregaret, eas tamen illi præposuit, quas in amore præcellere credidit. |

Libet denique. ut ad fideles seu Christianas redeamus feminas, divinæ respectum misericordie in ipsa etiam publicorum abjectione scortorum et stupendo predicare, et prædicando stupere. Quid est abjectius quam Maria Magdalena vel Maria Ægyptiaca secundum vitz statum pristinz, quas vero postmodum vel honore vel merito divina amplius gratia sublimavit? Illam quidem quasi in Apostolico permanentem cœænobio, ut jam supra comme-

Luc, xxui, 28 et 29. — * Matth, xxvu, 19. — 5 Luc, 11, 28. — * Joan., 11, 5.

ceux dont elles pleuraient la mort. Ce qui prouve encore quelle gráce le Seigneur a toujours accordée aux femmes : il les comble de joie d'abord, en les ressuscitant elles-mêmes, elles et ceux qui leur étaient chers, puis il les rend les premiéres, par un insigne privilége, témoins de sa propre résurrection. Ce privilége, les femmes l'ont mérité peut-étre par la tendresse de la compassion qu'elles témoignérent au Seigneur, au milieu d'un peuple de persécuteurs. Car, ainsi que Luc le rappelle, tandis que les hommes le conduisaient pour le crucifier, les femmes le suivaient, pleurant sur son sort et se lamentant. Et lui, se retournant vers elles, et comme si, à l'article de la mort, il eùt voulu reconnaitre leur pieux dévouement par sa miséricorde, il leur prédit les malheurs de l'avenir, afin qu'elles pussent s’en garantir. « Filles de Jérusalem, dit-il, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos fils; car voici que les jours viendront dans lesquels on dira : heureuses les femmes stériles, heureuses les entrailles qui n'ont point enfanté ! »

Saint Mathieu rapporte que la femme du juge inique qui l'avait condamié s'était employée avec zèle à le délivrer. « Tandis qu'il siégeait sur son tribunal, sa femme envoya lui dire : ne vous mèlez en rien de l'affaire de ce juste, car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée par une vision à cause de lui. » C'est encore une femme qui, tandis qu'il préchait, seule, du milieu de la foule, éleva la voix pour entonner sa louange et s'écrier : « Bienheureux le sein qui l'a. porté, bienheureuses les mamelles qui l'ont nourri ! » Par quoi elle mérita que, blàmant doucement ce pieux élan de foi, bien qu'il füt fondé sur une vérité, il répondit aussitôt : « Dites plutôt : bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent fidèlement ! »

Seul, entre tous ses Apôtres, saint Jean obtint le privilége d'être appelé le bien-aimé. Et ce même Jean dit de Marthe et de Marie : « Jésus chérissait Marthe, Marie, sa sœur, et Lazare. » Le même Apôtre, qui seul jouit du privilége d'être le bien-aimé du Seigneur, ainsi qu'il le rappelle, accorde à des femmes l'honneur de ce mème privilége qu'il ne reconnaît à aucun autre Apótre. Et s'il y associe le frère de ces femmes, 1l les uomme avant lui, comme étant les premières dans l'amour du Seigneur.

Je veux, revenant aux femmes chrétiennes, publier en admirant et admirer en publiant les effets que la miséricorde divine a accomplis jusque dans des filles publiquement vouées à la. prostitution. Est-il rien de plus abjeet que la conduite de Marie-Madeleine et de Marthe l'Egyptienne dans leur première vie? et en est-il que la grâce divine ait élevées, après leur conversion, à un plus haut degré d'honneur et de mérite? L'une, nous l'avons dit, ne quitte plus la communauté des Apôtres ; l'autre, ainsi qu'il est écrit, déploie une vertu surhumaine dans les épreuves des anachorétes ; en sorte que le courage

fhoravimus : banc vero, ut scriptum est, supra humanam virtutem anachoretarum agone dimicantem, ut in utrorumque monachorum proposito sanctarum virtus feminarum præemineat, et illud quod incredulis Dominus ait! : « Meretrices præcedent vos in regnum Dei, » ipsis etiam fidelibus viris improperandum videatur, et secundum sexuum seu vitæ differentiam fiant novissimi primi, et primi novissimi.

Quis denique ignoret feminas exhortationem Christi et consilium Apostoli tanto castimoniæ zelo esse complexas, ut pro conservanda carnis pariter ac mentis integritate, Deo se per martyrium offerrent holocaustum, et gemina triumphantes corona, agnum sponsum virginum quocunque ierit sequi studerent ? Quam quidem virtutis perfectionem raram in viris, crebram in feminis esse cognovimus. Quarum etiam nonnullas tantum in hac carnis prærogativa zelum habuisse legimus, ut non sibi manum inferre dubitlarent, ne quam Deo voverant incorruptionem amitterent, et ad. sponsum virginem virgines pervenirent.

Qui etiam sanctarum devotionem virginum in tantum. sibi. gratam esse monstravit, ut gentilis populi multitudinem, ad beatæ Agathae suffragium concurrentem, velo ejus contra æstuantis Ætnæ terribilem ignem opposito, tam a corporis quam animae liberaverit incendio. Nullam novimus monachi cucullam beneficii tanti gratiam esse adeptam. Legimus quidem ad tactum pallii Elie Jordanem esse divisum, et ipsi pariter et Eliseo viam per terram præbuisse : velo autem virginis immensam adhuc infidelis populi multitudinem tam mente salvari quam corpore, et sic cis conversis ad coelestia viam patuisse.

Illud quoque non modicum sanctarum dignitatem commendat feminarum, quod in suis ipsæ verbis consecrantur, dicentes : « Annulo suo subarrhavit me, ipsi sum desponsata. » Hzc quippe verba sunt beatæ Agnetis, iu quibus virgines suain. professionem facientes Christo desponsautur.

IX. Si quis etiam vestræ religionis formam ac dignitatem apud gentiles cognoscere curet atque nonnulla inde quoque exempla ad exhortationem vestram inducere, facile deprehendet in ipsis etiam nonnullam hujus propositi institutionem præcessisse, excepto quod ad fidei pertinet tenorem ; et multa in illis sicut et Judæis processisse, quæ ex utrisque congregata Ecclesia reünuit, sed in melius commutavit. Quis nesciat universos clericorum ordines ab ostiario usque ad episcopum, ipsumque tonsuræ usum ecclesiastice, qua clerici fiunt, et jejunia Quatuor Temporum, et azymorüm sacrificium, nec-

1 Matth., xxi, 5.

de ces saintes femmes l'emporte sur celui des solitaires des deux sexes, et que les paroles du Seigneur aux incrédules : « Les courtisanes vous précéderont dans le rovaume de Dieu, » peuvent être appliquées méme aux hommes fidèles, et que les derniers, suivant la différence de sexe et de vie, deviendront les premiers, les premiers les derniers. »

Enfin, qui ne sait que ce sont des femmes que les exhortations de Jésus- Christ et le conseil de l'Apôtre ont enflammées d'un tel zèle de chasteté que, pour conserver à la fois la pureté de l'âme et du corps, elles s'offrirent elles-mémes en holocauste au martyre et s'efforeérent, en conquérant cette double couronne, de suivre dans toutes ses voies l'Agneau, époux des vierges? Cette perfection de vertu, rare chez les hommes, nous la trouvons fréquemment chez les femmes. Quelques-unes ont poussé si loin ce zèle de chasteté de la chair, qu'elles n'ont pas craint de se défigurer pour ne pas perdre la pureté immaculée dont elles avaient fait vœu, et arriver vierges à l'Époux des vierges.

Et lui, 11 à montré combien ce pieux dévouement des saintes femmes lui était agréable : dans une éruption de l'Etna, un peuple entier d'infidàles recourant à la protection de la bienheureuse Agathe, il permit qu'en opposant le voile de la sainte aux flots de la lave, le peuple füt sauvé corps et àme du terrible incendie. Nous ne voyons pas qu'aucun capuchon de moine ait jamais eu le don d'opérer un tel prodige. Nous savons bien que, touchées par le manteau d'Élie, les eaux du Jourdain se divisèrent, et que le méme manteau servit à ouvrir à Élisée un passage à travers la terre. Mais c'est une foule immense de Gentils que le voile de cette vierge a sauvés corps et àme, et c'est le chemin du ciel qu'il leur a ouvert par leur conversion.

Une chose encore reléve singuliérement la dignité de ces saintes femmes, c'est qu'elles se consacrent elles-mèmes par ces paroles : « ll m'a engagée par son amour ; c'est à lui que je suis fiancée. » Telles sont, en effet, les paroles de sainte Agnès, et la formule par laquelle les vierges prononcent leurs vœux et s'unissent à Jésus-Christ.

IX. Veut-on suivre chez les Gentils l'histoire des établissements de votre ordre et se rendre compte de la considération dont ils jouirent, pour en tirer des exemples propres à vous encourager ? On reconnaitra sans peine qu'il s'est fait parmi eux certains essais de cette nature, l'esprit de la foi excepté, et qu'il existait, chez eux comme chez les Juifs, maintes pratiques que l'É-

. glise a conservées en les améliorant. Qui ne sait, en eflet, que l'Église a

emprunté à la synagogue toute la hiérarchie ecclésiastique, depuis le porteur

jusqu'à l'évéque, ainsi que l'usage de la tonsure, qui est le caractère du

clerc, et les jeünes des Quatre-Temps, et la féte des Azymes, et tous les or-

nements sacerdotaux, et certaines cérémonies de dédicace, et d'autres for.

226 ABÆLARDI ET HELOISSÆ EPISTOLEÆ.

non ipsa sacerdotalium indumentorum ornamenta, et nonnulla dedicationis vel alia sacramenta, a synagoga Ecclesiam assumpsisse ? Quis etiam ignoret ipsam utilissima dispensatione non solum secularium dignitatum gradus in regibus, cæterisque principibus, et nonnulla legum decreta, vel philosophicze discipline documenta in conversis gentibus retinuisse : verumetiam quosdam ecclesiasticarum dignitatum gradus, vel continentis formam, et corporalis munditie religionem ab eis accepisse? Constat quippe nunc episcopos vel archiepiscopos præcidere, ubi tunc flamines vel archiflamines habebantur ; et qu: tunc templa dæmonibus sunt instituta, postea Domino fuisse consecrata, et Sanctorum memoriis insignita. Scimus et in gentibus precipue prwrogativam virginitatis enituisse, quum maledictum legis ad nuptias Judzos coerceret : et in tantum gentibus hanc virtutem seu munditiam carnis acceptam extitisse, ut in templis earum magni feminarum conventus colibi se vite dicarent. Unde Ilieronymus in Epistolam ad Galatas, lib. HI : « Quid nos, » inquit, « oportet facere, in quorum condemnationem habet et Juno univiras, et Vesta virgines, et alia idola continentes? Univiras autem et virgines dicit, qufsi monachas quz viros noverant, et monachas virgines. Monos enim, unde monachus, id est solitarius dicitur, unum sonat. Qui etiam libro I Contra Jovinianum, multis de castitate vel continentia. genülium feminarum, inductis exemplis : « Scio, » inquit, « in catalogo feminarum me plura dixisse, ut quae Christiane. pudicitiæ despiciunt fidem, discant saltem ab ethnicis castitatem. » Qui, in eodem supra, illam quoque continenti virtutem adeo commendavit, ut hanc præcipue munditiam carnis in omni gente Dominus approbasse videatur, et nonnullis eam in infidelibus quoque vel collatione meritorum, vel exhibi- . tione miraculorum extulisse. « Quid referam, » inquit, « Sibyllam. Erithream atque Cumanam, ct octo reliquas? Nam Varro decem fuisse autumat, quarum insigne virginitas est, et virginitatis premium divinatio. » Item : « Claudia, virgo vestalis, quum in suspicionem venisset. stupri, fertur cingulo duxisse ratem, quam hominum millia trahere nequiverant. » Et Sidonius, Claremqntensis episcopus, in propemptico ad libellum suum ita loquitur! :

Qualis nec Tanaquil fuit, nec illa,

Quam tu, Tricipitine, procreasti,

Qualis nec Phrygiæ dicata Vest,

Quæ cirea satis Albulam tumentem Duxit virgineo ratem capillo.

Augustinus, de Civitate Dei, lib. XXII : Jam si ad eorum miracula veniamus, quz facta a diis suis martyribus opponunt nostris, nonne etiam ipsa

1 Carm., xxiv, 59.

mes de consécration? Qui ne sait que, par la plus utile des mesures, elle a maintenu chez les peuples convertis la hiérarchie des dignités séculières, celle des rois et des autres princes, certaines dispositions de la loi des Juifs gentils, certains préceptes de leur morale ; bien plus, qu'elle leur a pris divers grades de dignités ecclésiastiques, la pratique de la continence et le vœu de la pureté corporelle? Nos évéques, en effet, et nos archevéques actuels tiennent le rang que tenaient chez eux les flamines et les archiflami- . nes, et les temples qu'ils avaient élevés aux démons ont été consacrés au Seigneur et dédiés à la mémoire des Saints.

Nous savons aussi que la virginité a été particulièrement en. honneur chez les Gentils, tandis que l'anathéme de la loi forçait les Juifs à se marier, et que, chez les Gentils, cette vertu ou pureté de la chair était en telle considération, que leurs temples étaient remplis d'assemblées de femmes qui se vouaient au célibat. C'est ce qui fait dire à saint Jéróme, dans son épitre aux Galates, livre HI : « Que devons-nous faire, nous autres chrétiens, quand nous voyons, à notre honte, que Junon a ses femmes consacrées, Vesta, ses vierges, et d'autres idoles, leurs fidèles voués à la continence ? » Il disungue les femmes et les vierges, faisant entendre par là que les unes avaient connu des hommes, tandis que les autres étaient vierges, c'est-à-dire avaient vécu seules; car pévog (seul) et monachus (moine), c'est-à-dire solitaire, ont le méme seus. Le méme, dans son premier livre contre Jovinien, aprés avoir cité un grand nombre d'exemples de la continence des femmes paiennes, ajoute : « Je sais que j'ai multiplié les exemples de ces femmes ; c'est afin que les femmes chrétiennes, qui font bon marché de la vie évangélique, apprennent du moins la chasteté à l'école des paiens. » Plus haut, dans le méme passage, il exalte la vertu de continence, à ce point qu'il semble que ce soit cette pureté de la chair que Dieu ait eu particuliérement pour agréable chez tous les peuples, et qu'il ait voulu signaler par des gràces ou des récompenses, par des prodiges méme, chez les infidéles : « Que dirai-je, continue-t-il, de la Sibylle d'Erythrée, de celle de Cumes et des huit autres, ou des dix autres, suivant. Varron? Leur vertu caractéristique était la virginité, et le don de prophétie était la récompeuse de cette virginité. » Et encore : « On rapporte que Claudia, vierge vestale, soupconnée de libertinage, conduisit avec sa ceinture un vaisseau que des milliers d'hommes n'avaient pu trainer. » Prodige auquel l'évéque de Clermont, Sidoine, dans sou épitre à son livre, fait allusion en ces termes : « Telle ne fut point Tanaquil, ni celle dont tu fus le père, ó Tricipitin, ni cette vierge consacrée à Vesta Phrygienne, qui, sur les eaux gonflées du Tibre, traina un vaisseau avec les tresses de ses cheveux. »

D'autre part, saint Augustin, au livre XXII de la Cité de Dieu, dit : « Si nous en venons aux miracles qui ont été faits par leurs dieux et qu'ils oppo-

pro nobis facere, et nobis reperientur omnino proficere? Nam inter magna miracula deorum suorum profecto magnum illud est, quod Varro commemorat, vestalem virginem, quum periclitaretur falsa suspicione de stupro, cribrum implesse aqua de Tiberi, et ad suos judices, nulla ejus parte stillante, portasse. Quis aqu: pondus tenuit tot cavernis patentibus? Itane Deus omnipotens terreno corpori grave pondus auferre non poterit, ut in eodem elemento habitet vivificantum corpus, in quo voluerit vivificans spiritus ? »

Nec mirum si ns vel aliis Deus miraculis infidelium quoque castitatem extulerit, vel officio demonum extolli permiserit : ut tanto amplius nunc fideles ad ipsam animarentur, quanto hauc in infidelibus quoque amplius exaltari cognoverint. Scimus et Caiphæ prælationi non personz gratiam esse collatam, et pseudo quoque Apostolos miraculis nonnusquam coruscasse, et hæc non personis eorum, sed officio esse concessa. Quid igitur mnirum, si Dominus non personis infidelium feminarum, sed virtuti continentiæ 1psarum hoc concesserit, ad innocentiam virginis saltem liberandam, et falsæ accusationis improbitatem conterendam ? Constat quippe amorem continentiæ bonum esse ct in infidelibus, sicut et conjugalis pactionis observantiam donum Dei apud omnes esse; ideoque mirabile non videri, si sua dona, non errorem infidelitatis per signa quz infidelibus fiunt, non fidelibus, Deus honoret : maxime quando per hzc, ut dictum est, innocentia liberatur, et perversorum hominum malitia reprimitur, et ad hoc quod ita magnificatur bonum homines amplius cohortantur, per quod tanto minus ab infidelibus quoque peccatur, quanto amplius a voluptatibus carnis receditur.

Quod nunc etiam cum plerisque aliis adversus predictum incontinentem hzreticum beatus non inconvenienter induxit Hieronymus, ut qua non miratur in christianis, erubescat in ethnicis. Quis etiam dona Dei esse deneget, potestatem etiam infidelium principum, etsi perverse ipsa utantur, vel amorem justitiæ, vel mansuetudinem quam habent, lege instructi naturali, vel cætera quæ decent principes? Quis bona esse contradicat quia malis sunt permixta? presertim quum, ut beatus astruit Augustinus, et manifesta ralio testatur, mala esse nequeant nisi in natura bona? Quis non illud approbet quod poetica perhibet sententia! ?

Oderunt peccare boni virtutis amore ?

Quis Vespasiani nondum imperatoris miraculum, quod Suetonius refert, de «æco videlicet et claudo per eum curatis, non magis approbet quam neget,

1! Horat., Epist., I, xvi, 52.

sent à nos martyrs, ne trouverons-nous pas qu'ils militent pour nous et sont complétement au profit de notre cause? Certes, parmi les grands miracles de leurs dieux, le plus grand est celui que cite Varron au sujet de cette vestale qui, accusée injustement de s'étre déshonorée, remplit un crible de l'eau du Tibre et l'apporta devant ses juges sans qu'il s'en échappát une goutte? Qui a soutenu le poids de cette eau à travers tant d'ouvertures? N'est-ce pas Dieu qui, dans sa toute-puissance, a ôté la pesanteur à un corps terrestre et en a fait un corps vivifié, lui, l'esprit vivifiant? »

Ne soyons pas surpris si, par ces miracles et par d'autres, Dieu a exalté la chasteté des infidèles eux-mêmes, ou s'il a permis qu'elle füt exaltée par le démon : c'était pour exciter les fidéles à pratiquer cette vertu avec d'autant plus de zéle, qu'ils la verraient plus honorée chez les infidéles. Nous savons que c'est à la dignité et non à la personne de Caiphe que le don de

prophétie a été accordé, et que si les faux apótres ont joui de l'honneur :

éclatant de faire des miracles, ce n'est pas à leur personne, mais à leur ministére qu'ils le doivent. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que le Seigneur ait accordé cette faveur, non à la personne des femmes infidèles, mais à la vertu de continence qu'elles pratiquaient, pour sauver l'honneur d'une vierge et mettre à néant l'accusation d'impudeur dont elle était l'objet ? Il est certain que l'amour de la continence est une vertu méme chez les mfidéles, tout comme le respect de la foi conjugale est un don de Dieu chez tous les peuples. Et il ne faut pas s'étonner que Dieu honore, non l'erreur des infidéles, mais ses dons, par les prodiges qu'il leur accorde, alors surtout que ses prodiges sont, comme je l'ai dit, un moyen de sauver l'innocence accusée et de confondre la malice des méchants; sans compter que c'est pour les fidèles un motif d'autant plus pressant d'atteindre une vertu si hautement glorifiée, qu'ils ont moins de mérite que les infidéles à s'abstenir des plaisirs charnels.

C'est de là que saint Jérôme, d'accord avec la plupart des docteurs, a conclu, uon sans raison, contre l'hérétique Jovinien, cet ennemi de la chasteté dont j'ai parlé plus haut, qu'il devait rougir de trouver chez les paiens ce . qu'il ne trouvait pas chez les chrétiens. Peut-on méconnaitre, en effet, les

dons du Seigneur dans la puissance des rois infidèles, alors méme qu'ils en mésusent, dans l'amour de la justice, dans la mansuétude qu'ils ne tiennent que des lumières de la loi naturelle, et dans les autres vertus royales? Peuton dire que ce ne soient pas des vertus, parce qu'elles sont mélées de vices? Et cela, quand, suivant le raisonnement de saint Augustin et l'évident témoignage de la raison, il ne peut y avoir de vices que dans une bonne nature? Comment, en effet, ne pas approuver la maxime du poéte : « Les gens de bien fuient le mal par amour pour la vertu? » Ne füt-ce que pour encourager les princes à imiter de telles vertus, combien ne vaut-il pas mieux accepter que contester le miracle accompli, selon Suétone, par Vespasien, quand il n'était pas encore parvenu à l'empire, au sujet de cet aveu-

sk

ut ejus virtutem amplius æmulari velint principes, aut quod de anima Trajani beatus egisse Gregorius refertur? Noverunt homines in ceno margaritam legere, et a paleis grana discernere, et dona sua infidelitati adjuncta Deus ignorare non potest, nec quidquam horum quz fecerit odire. Quae quo amplius signis coruscant, tanto amplius sua esse demonstrat, nec hominum pravilate sua inquinari posse, et qualis sit fidelibus spectandus, qui talem se exhibet infidelibus.

Quantam autem apud infideles dignitatem devota illa templis pudicitia sit adepta, vindicta violationis indicat. Quam scilicet vindictam Juvenalis commemorans in IV satyra contra Crispinum, sic de ipso ait! : ,

Cum quo nuper vitiata jacebat Sanguine adhuc vivo terram subitura sacerdos. Unde et Augustinus de Civitate Dei, lib. IT: « Nam et iyjsi, » inquit, « Romani antiqui in stupro detectas Vestæ sacerdotes vivas defodiebant. Adulteras autem feminas quamvis aliqua damnatione, nulla tamen morte plectebant. » Usque adeo gravius que putabant abdita divina, quam humana cubilia vindicabant !

Apud nos autem Christianorum cura principum tanto amplius nostra providit castimoniæ, quanto eam sanetiorem esse non dubitatur. Unde Justinianus Augustus : « Si quis, » inquit?, « non dicam rupere, sed attentare . tantum, causa jungendi matrimonium, sacras virgines ausus fuerit, capitali pena feriatur. » Ecclesiasticæ quoque sanctio disciplinx, qu: pœnitentie remedia, non mortis supplicia. quaerit, quam severa sententia lapsus vestros præveniat non est dubium. Ufide illud. est Innocentii papæ Victricio, episcopo Rothomagensi, cap. xin : « Quse Christo spiritualiter nubunt, et a sacerdote velantur, si postea vel publice nupserint, vel occulte corrupta fuerint, non eas admittendas esse ad agendam penitentiam, nisi is cui se conjunxerant de hac vita discesserit. » II: vero, quæ necdum sacro velamine tectæ, tamen in proposito virginali semper se simulaverint permanere, licet velatæ non fuerint, his agenda aliquanto tempore paenitentia est : quia sponsio earum a Domino tenebatur.

Si vero inter homines solet bone fidei contractus nulla ratione dissolvi, quanto magis ista pollicitatio, quam cum Deo pepigerunt, solvi sine vindicta non poterit? Nam si apostolus Paulus, quæ a proposito viduitatis discesserant, dixit eas habere condemnationem, quia primam fidem irritam fecerunt : quanto magis virgines, quz prioris propositionis fidem minime servaverunt? [inc ct Pelagius ille notabilis ad filiam Mauritii : « Crimino-

1 Sat., iv, 9, — 3 Cod., T, ui, 5,

gle et de ce boiteux qu'il guérit, ou ce que saint Grégoire raconte de l’âme de Trajan ! Les hommes savent trouver une perle dans un bourbier et séparer le grain de la paille. Dieu peut-il méconnaitre les dons qu'il a faits aux infidéles et maudire en eux ses bienfaits? Plus les signes de ces bienfaits sont éclatants, plus il prouve qu'il en est l'auteur et que la méchanceté des hommes ne saurait en altérer le caractère, mieux il montre quelles doivent être les espérances des fidèles, en voyant la façon dont sont traités les infidéles.

De quel respect était entourée, chez les infideles, la chasteté des vierges vouées au service des temples, la punition réservée à celles qui la violaient le fait connaitre. Juvénal, parlant de cette punition dans sa IV* satire, dit de Crispinus, qui en est l'objet : « Hier encore auprès de lui était couchée, couronnée de bandelettes, une vestale qui va descendre toute vive sous la terre. » Ce qui a fait dire à saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, livre Ill : « Les anciens Romains eux-mémes enterraient toutes vives les prétresses de Vesta coupables d'incontinence, tandis que les femmes aduliéres, ils se contentaient de les frapper de quelque peine, mais jamais de la peine capitale. » Tant i] est vrai qu'ils vengeaient plus sévèrement ce qu'ils regardaient comme le sanctuaire des dieux, que la couche des hommes!

Chez nous, les princes chrétiens ont veillé avec d'autant plus de soin à la chasteté monastique, qu'on ne peut douter qu'elle soit encore plus sacrée. C'est ce que prouve la loi de l'empereur Justinien. « Si quelqu'un, dit-il, ose, je ne dis pas ravir, mais seulement essayer de séduire, en vue du mariage, les vierges consacrées à Dieu, qu'il soit puni de mort. » La discipline ecclésiastique cherche plutót le repentir du pécheur que sa perte; avec quelle sévérité, cependant, elle prévient les chutes! Le pape Innoceut, écrivant à Victricius, évêque de Rouen, lui disait (chapitre xin) : « Si celles qui épousent Jésus-Christ spirituellement et qui reçoivent le voile des mains du prétre viennent à se marier publiquement, ou à se livrer secrétement à un commerce illicite, elles ne devront étre admises à la pénitence qu'aprés la mort de l'homme avec lequel elles auront vécu. » Quant à celles qui, n'ayant pas encore recu le voile, auraient feint de vouloir vivre dans l'état de virginité, bien qu'elles n'aient pas recu le voile, elles devront ètre, pendant un certain temps, soumises à la pénitence, parce que le Seigneur avait recu leur serment.

En effet, si un contrat passé entre des hommes ne peut étre rompu sous aucun prétexte, combien moins un pacte fait avec Dieu pourra-t-il être impunément violé ? Saint Paul dit que les femmes qui ont rompu le veuvage qu'elles s'étaient promis de garde: ont mérité condamnation pour avoir violé leur engagement : que sera-ce uouc des vierges qui n'ont pas gardé la foi qu'elles avaient jurée? C'est ce qui a fait dire au fameux Pélage, dans sa lettre à la fille de Maurice : « La femme adultère vis-à-vis de Jésus-Christ est plus coupable que celle qui s'est rendue adultère vis-à-vis d'un homme.

sior est, » inquit, « Christi: adultera quam mariti. Unde. pulchre Romana Ecclesia tam severam nuper de hujusmodi statuit. sententiam, ut vix vel penitentia dignas judicaret, quæ sanctificatum Deo corpus libidinosa coinquinatione violassent. » °

X. Quod si perscrutari velimus quantam curam, quantam diligentiam et charitatem sancti doctores ipsius Domini, et Apostolorum exemplis incitati, devotis semper exhibuerint feminis, reperiemus eos summo dilectionis zelo devotionem earum amplexos fuisse, et fovisse, et multiplici doctrinz vel exhortationis studio earum religionem jugiter instruxisse atque auxisse. Atque ut cæteros omittam, præcipui doctores Ecclesie producantur in medium : Origenes scilicet, Ambrosius, atque Hieronymus. Quorum quidem primus, ille videlicet maximus Christianorum philosophus, religionem feminarum tanto amplexus est zelo, ut sibi manus ipse inferret, sicut Ecclesiaslica refert Historia, ne ulla eum suspicio a doctrina vel exhortatione mulierum abduceret. Quis etiam ignoret quantam Ecclesie divinorum messem librorum rogatu Paula et Eustochii beatus reliquerit Hieronymus? Quibus, inter cztera, sermonem etiam de assumptione Matris Domini juxta earum petitionem scribens, id ipsum profitetur, dicens : « Sed quia negare non queo quidquid injungitis, nimia vestra devinctus dilectione, experior quod hortamini. » Scimus autem nonnullos maximorum doctorum tam ordinis quam vitæ dignitate sublimium, nonnunquam ad eum de longinquo scribentes parva ab eo requisisse scripta, nec impetrasse. Unde et illud est beati Augustini in secundo Hetractationum libro : « Scripsi et duos libros ad presbyterum Hieronymum sedentem in Bethlehem, unum de Origine anime, alium de Sententia apostoli Jacobi, ubi ait : « Quicunque totam legem servaverit, offendat autem : in uno, factus est omnium reus : de utroque consulens eum. » Sed in priore quaestionem, quam proposui, ipse non solvi. In posteriore autem quid mihi. de illa. solvenda videretur non tacui. Sed utrum hoc approbaret etiam ille consului. Respondit autem laudans eamdem consultationem mcam, sibi tamen ad respondendum otium non esse respondit. Ego vero quousque esset in corpore, hos libros edere nolui, ne forte responderet aliquando, et cum ipsa responsione ejus potius ederentur. lllo autem defuncto edidi. » Ecce virum tantum tanto tempore pauca et parva rescripta a prædicto viro expectasse, nec accepisse. Quem quidem ad petitionem priædictarum feminarum in tôt et tantis voluminibus vel transferendis vel dictandis sudasse cognovimus, longe eis majorem quam episcopo reverentiam in hoc exhibens. Quarum fortassis tanto amplius virtutem amplectitur studio, nec contristare sustinet, quanto earum naturam fragiliorem considerat.

Aussi l'Église romaine a-t-elle eu raison de prononcer récemment sur un tel crime une sentence si sévère, qu'elle juge à peine digne de la pénitence les femmes qui souillent, par un commerce impur, un corps consacré à Dieu. »

X. Que si nous voulons examiner quels soins, quelles attentions, quelle tendresse les saints Pères, sollicités par l'exemple du Seigneur et des Apôtres, ont toujours eus pour les femmes consacrées à Dieu, nous verrons qu'ils les ont soutenues, encouragées avec un zèle plein d'amour dans leurs pieuses résolutions, et qu'ils ont incessamment éclairé, échauffé leur foi par des instructions sans nombre et des encouragements multipliés. Sans parler des autres, il me suffira de citer les principaux docteurs de l'Église, Origène, Ambroise, Jérome. Le premier, le plus grand pliilosophe des chrétiens, se voua avec tant de zèle à la direction des religieuses, qu'il alla jusqu'à se mutiler luiméme, au rapport de l'Histoire ecclésiastique, pour écarter tout soupçon qui aurait pu l'empêcher de les instruire ou de les exhorter. D'autre part, qui ne sait quelle moisson de divins ouvrages saint Jérôme a laissée en réponse aux demandes de Paule et d'Eustochie ? Il déclare lui-même que son sermon sur l'Assomption de la Mère du Seigneur a été composé à leur priére. « Je ne puis, dit-il, rieu refuser à vos sollicitations, enchainé que je suis par ma tendresse ; j'essaierai donc ce que vous voulez. » Nous savons cependant que plusieurs grands docteurs, aussi élevés par leur rang que par la dignité de leur vie, lui ont souvent écrit pour lui demander quelques lignes, sans pouvoir les obtenir. C'est ce qui fait dire à saint Augustin, dans son second livre des Rétractalions : « J'ai adressé aussi au prêtre Jérôme, qui demeure à Bethléem, deux livres : l'un, sur l’origine de l'àme; l'autre, sur cette pensée de l'apôtre Jacques : « Quiconque, observant d'ailleurs « toute la loi, la viole sur un seul point, est coupable comme s'il l'avait « violée tout entière. » Je voulais avoir son avis sur les deux ouvrages; dans le premier, je me bornais à poser la question sans la résoudre ; dans le second, je ne cachais pas ma solution ; mais je désirais savoir s'il la trouvait bonne, et je lui demandais ce qu'il en pensait. 1l a répondu qu'il approuvait les questions, mais qu'il n'avait pas le loisir d'y répondre. Je n'ai pas voulu faire paraitre ces ouvrages tant. qu'il a. vécu, dans la pensée qu'un jour, peut-être, il me répondrait, et que je pourrais publier sa réponse en méme temps."Ce n'est qu'après sa mort que je les ai publiés. » Voilà donc ce grand homme qui, pendant de longues années, attend de saint Jérôme quelques mots de réponse. Et nous avons vu que, sur la prière de ces pieuses femmes, saint Jérôme s'est épuisé soit à écrire de sa main, soit à dicter nombre d'ouvrages considérables, leur témoignant eu cela plus de respect qu'à un évêque. S'il soutient leur vertu avec tant de zèle, s'il n'ose la contrister, n'est-ce pas par égard pour la fragilité de leur nature ?

Unde et nonnunquam zelus charitatis ejus erga hujusmodi feminas tantus esse deprehenditur, ut in earum laudibus aliquatenus veritatis tramitem excedere videatur, quasi in se ipso illud expertus, quod alicubi commemorans: « Charitas, » inquit, « mensuram non habet. » Qui in ipso statim exordio vitæ sanct. Paule, quasi attentum sibi lectorem præparare desiderans, ait : « Si cuncta corporis mei membra verterentur in linguas, et omnes artus humana voce resonarent, nihil dignum sanctæ ac venerabilis Paule. virtutibus dicerem. » Descripsit et nonnullas sanctorum Patrum venerabiles vitas, atque miraculis coruscas, in quibus longe mirabiliora sunt quz referuntur. Nullum tamen eorum tanta laude verborum extulisse videtur, quanta hanc viduam commendavit. Qui etiam ad Demetriadem virginem scribens, tanta ejus laude frontem ipsius insignivit epistole, ut non in modicam labi videatur adulationem. « Inter omnes, » inquit, « materias, quas ab infantia usque ad hanc ætatem vel mea, vel notariorum scripsi manu, nihil presenti opere difficilius. Scripturus enim. ad Demetriadem virginem Christi, quæ et nobilitate et. divitiis prima est in urbe Romana, si cuncta ejus virtutibus congrua dixero, adulari putabor. »

Dulcissimum quippe viro sancto fucrat quacunque arte verborum fragilem naturam ad ardua virtutis studia promovere. Ut autem opera nobis quam verba in hoc certiora priebeant argumenta, tanta hujusmodi feminas excoluit charitate, ut immensa ejus sauctitas nævum sibi proprie imprimeret fama. Quod et ipse quidem ad Asellam, de fictis amicis atque sibi detrahentibus scribens, inter cætera commemorat, dicens : « Et licet me sceleratum quidam putent, et omnibus flagitiis obrutum ; tu tamen bene facis, quod ex tua mente etiam malos bonos putas. Periculosum quippe est de servo alterius judicare, et non facilis venia prava dixisse de rectis. Osculabantur quidam mihi manus, et ore vipereo detrahebant. Dolebaut labiis, corde gaudebant. Dicant quid unquam in me aliter senserunt, quam quod Christianum decebat? Nihil mihi objicitur, nisi sexus meus. Et hoc nunquam objiceretur, nisi quum Hierosolymam Paula proficiscitur. » Item : « Antequam domum sancte Paulæ noscerem, totius in me urbis studia consonabant. Omnium pene judicio dignus summo sacerdotio decernebar. Sed postquam eam pro suo merito sanctitatis venerari, colere, suscipere cepi, omnes me illico deseruere virtutes. » Et post aliqua : « Saluta, » inquit, « Paulam et Eustochium, velint, nolint, in Christo meas. » Legimus et Dominum ipsum tantam beatæ meretrici familiaritatem exhibuisse, ut qui eum invitaverat pharisus, ob lioc jam penitus de ipso diffideret, apud se dicens : « Hic, si esset propheta, sciret utique quæ et qualis est qui tangit eum. » Quid ergo mirum, si pro lucro talium animarum ipsa Christi membra, ejus incitata

Le zèle de sa charité pour elles est parfois si grand, qu'il semble franchir les bornes de la vérité dans ses éloges, comme s'il avait éprouvé lui-méme ce qu'il dit ailleurs : « La charité n'a pas de mesure. » C'est ainsi qu'au début de la vie de sainte Paule, il s'écrie, comme pour captiver l'attention du lecteur : « Alors méme que tous mes membres se changeraient en langues et que toutes les parties de 1non corps parleraient le langage des hommes, je ne saurais rien dire qui füt digne des vertus de la sainte et vénérable Paule. » Cependant il a écrit aussi les Vies de certains Péres vénérables, qui brillent de tout l'éclat des miracles, et dans lesquelles se trouvent des prodiges bien plus étonnants; mais il n'est personne qu'il paraisse exalter aussi haut que cette veuve. D'autre part, dans une lettre à la vierge Démétriade, tel est l'éloge dont il marque son entrée en matière, qu'il semble tomber dans une flatterie excessive. « De tous les sujets que j'ai abordés, dit-il, depuis mon enfance jusqu'à ce jour, soit de ma main, soit en m'aidant de la main de mes secrétaires, celui que j'entreprends de traiter aujourd'hui est le plus difficile : il s'agit d'écrire à Démétriade, vierge du Christ, qui tient dans Rome le premier rang et par sa noblesse et par ses richesses ; si je veux rendre justice à toutes ses vertus, je risque de passer : pour un flatteur. »

C'était sans doute, pour le saint homme, une tâche bien douce d'encourager par quelque artifice de parole le sexe faible dans l'exercice austére de la vertu. Mais les actes sont, en telle matiére, des preuves plus sûres encore que les paroles. Or, il a entouré ces pieuses femmes d'une prédilection si marquée, que cette prédilection, malgré sa sainteté incomparable, n'a pas laissé d'imprimer une tache à sa réputation. Il nous le fait connaitre lui-méme dans sa lettre à Asella, en parlant de ses faux amis et de ses détracteurs. « Il en est qui me regardent comme un criminel couvert de toutes les ignominies, dit-il; vous faites bien, néanmoins, de considérer comme bons ces méchants, en les jugeant d'après votre conscience. Il est dangereux de juger le serviteur d'autrui ; qui calomnie le juste sera difficilement pardonné. J'en ai connu qui me baisaient les mains et qui, par der- . riére, me déchiraient avec une langue de vipère. Ils me plaignaient du bout des lèvres; au fond du cœur, ils se réjouissaient. Qu'ils disent s'ils ont trouvé en moi d'autres sentiments que ceux d'un chrétien. On ne me reproche que mon sexe, et l'on ne songerait pas à me le reprocher, si Paule ne venait à Jérusalem. » Et encore : « Avant que je connusse la maison de sainte Paule, c'était sur mon compte, dans la ville entière, un concert de louanges. 1! n'y avait qu'une voix pour me reconnaitre digne du pontificat. Mais du jour où, pénétré du mérite de celle pieuse ferame, j'ai commencé à lui rendre hominage, à la fréquenter, à la prendre sous ma tutelle, de ce jour-là toutesles vertus m'ont abandonné. » Et quelques lignes plus bas : « Saluez, dit-il, Paule et Eustochie; quoi qu'on dise, elles sont à moi en Jésus- Christ. » Nous lisons que la familiarité que le Seigneur témoigna à la bien-

exemplo, propriæ famæ detrimentum non effugiunt ? Quod quidem Origenes, ut dictum est, quum cuperet evitare, gravius sibi corporis detrimentum inferre sustinuit.

Nec solum in doctrina. vel exhortatione feminarum mira sanctorum Patrum charitas innotuit, verum etiam in earum consolatione tam vehemens nonnunquam extitit, ut ad earum dolorem leniendum nonnulla fidei adversa promittere mira eorum compassio videatur. Qualis quidem illa est beati Ambrosii consolatio, quam super morte Valentiniani imperatoris sororibus ejus scribere ausus est, et ejus qui cathecumenus sit defunctus salutem astruere, quod longe a catholica fide atque evangelica veritate videtur dissidere. Non enim ignorabant quam accepta Deo semper extiterit virtus infirmioris sexus.

Unde et quum innumeras videamus virgines Matrem Domini in hujus excellentia proposito sequi, paucos agnoscimus viros hujus virtutis gratiam adeptos; ex qua, quocunque ierit, ipsum sequi Ágnum valerent. Cujus quidem zelo virtutis quum nonnullae sibi mauum inferrent, ut quam Deo voverant integritatem etiam carnis conservarent; non solum hoc in eis est reprehensum, sed apud plerosque hæc ipsarum martyria titulos ecclesiarum meruerunt.

Desponsatæ quoque virgines, si antequam viris suis carnaliter misceantur monasterium decreverint eligere et, homine reprobato, sponsum sibi Deum efficere, liberam in hoc habent facultatem, quam nequaquam viris legimus indultam. Quarum etiam pleræque tanto ad castimoniam zelo sunt accensæ, ut non solum, contra legis decretum, pro custodienda castitate. virilem presumerent habitum, verum eliam inter monachos tantis præminerent virtutibus, ut abbates fieri mererentur, sicut de beata legimus Eugenia, quie, sancto etiam Heleno episcopo conscio, imo jubente, virilem habitum sumpsit, et ab eo baptizata monachorum collegio est sociata.

Hæc ad novissimarum petitionum tuarum primam, soror in Christo charissima, me satis rescripsisse arbitror ; de auctoritate videlicet ordinis vestri, et insuper de commendatione propri: dignitatis, ut tanto studiosius vestrae professionis propositum amplectamini, quanto ejus excellentiam amplius noveritis. Nunc ut secundam quoque, Domino annuente, perficiam, vestris id meritis et orationibus obtineam. Vale.

heureuse pécheresse inspira de la défiance au Pharisien qui l'avait invité à sa table. « Si cet homme était prophète, dit-il, il saurait bien ce qu'est cette femme qui le touche. » Est-il donc étonnaut que, pour gagner de telles àmes, les saints, qui sont les membres de Jésus-Clirist, sollicités par son exemple, ue reculent pas devant le sacrifice de leur réputation? Ce fut pour éviter de tels soupçons qu'Origéne, dit-on, eut le courage de faire le sacrifice d'une partie de son corps.

Ce n'est pas seulement par leur enseignement et leurs exhortations qu'a éclaté l'admirable charité des saints pour les femmes. Parfois aussi cette charité s'est manifestée dans les consolations qu'ils leur ont adressées avec un tel zèle de compassion, que, pour calmer leur peine, ils ont été jusqu'à leur promettre des choses contraires à la foi. Tel est le caractére de la consolation adressée par saint Ambroise aux sœurs de Valentinien après la mort de cet empereur. N'osa-t-il pas garantir que leur frére était. sauvé, lui qui u'était que cathécumène, quand 11 mourut? ce qui est bien peu conforme à la foi chrétienne et à la vérité évangélique. Mais ces saints docteurs savaient combien la vertu du sexe le plus faible a toujours été agréable à Dieu.

Aussi, tandis que nous voyons des vierges sans nombre se proposer pour modéle la chasteté de la Mére du Seigneur, nous connaissons peu d'hommes qui aient. obtenu le don de cette vertu et qui aient pu suivre l'ÀAgueau sans tache dans toutes ses voies. Quelques-unes, dans leur pieux zéle, se sont donné la mort afin de conserver cette pureté de la chair qu'elles avaient consacrée à Dieu ; et non-seulement ce sacrifice n'a pas été l'objet. d'un blàme, mais ce martyre d’elles-mêmes leur a généralement mérité la canonisation de l'Église.

Bien plus, si des vierges fiancées, avaut de s'uuir charnellement à leurs maris, prennent la résolution d'embrasser la vie monastique et de renoncer à leur époux terrestre pour prendre le céleste Époux, liberté leur en est laissée : ce qui n'a jamais été, que nous sachions, accordé aux hommes. Quelques-unes furent enflammées d'un tel zèle de chasteté, que non contentes de prendre, malgré la défense de la loi, un habit d'homme, elles se setirèrent parmi des moines, où l'éminence de leurs vertus les a rendues dignes de devenir abbés. Telle sainte Eugénie. avec la complicité de l'évêque Hélénus, que dis-je ? sur son ordre, revétit l'habit d'honime, et après avoir été baptisée par lui, fut admise dans un monastère de religieux.

Je pense, très-chère sœur en Jésus-Christ, avoir suflisamment répondu à la première de vos récentes demandes, je veux dire à celle qui était relative à l'autorité de votre ordre et à la considération due à sa dignité : vous embrasserez maintenant les devoirs auxquels vos vœux vous obligent avec d'autant plus de zèle que vous en connaissez mieux l'excellence. Je répondrai à la seconde demande, s'il plait à Dieu; que vos mérites et vos priéres m'en obtiennent la grâce. Adieu.

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