‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 3 sur 64 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

vous n'attendiez trop longtemps. La fortune et la vertu s'accordent rarement. Donnez-moi donc le plaisir de recevoir de vos lettres, sans attendre un miracle de la fortune. C'est pour soulager les personnes enfermées comme moi que les lettres ont été inventées. Écrivezmoi sans application, avec négligence ; que votre cœur parle, et non votre esprit. » Une nuance de moins dans le goüt et dans le tour, nous voilà dans la platitude. Les imitateurs à la suite n'y ont pas échappé.

Mais si mon fol amour exige trop de vous, Du moins, cher Abélard, du moins, écrivez-nous,

traduit M. de Beauchamp. C'est avec emphase, au contraire, que, sous la plume de Pope, Héloise réclame la méme faveur. « Une lettre! s'écrie-t-elle; par les lettres, un soupir passe de l'Inde jusqu'aux pôles. » Quelques traits encore. A la scène de la prise de voile, .scéne si grande dans sa simplicité, telle qu'Abélard l'a reproduite?, ils substituent, l'un, un tableau de drame, l'autre une invention de roman. Chez Pope, au moment oü s'accomplit le sacrifice, les autels tremblent, les lampes pälissent. « En prononcant mes vœux, dit Héloïse dans Bussy-Rabutin, j'avais sur moi un billet de vous par lequel vous me juriez que vous seriez

toujours à moi; » et aussi, sans doute, ce portrait qui lui servait « de consolation dans sa prison monastique. » Enfin, par un étrange oubli de toutes les vraisemblances, ils lui font reprendre tous deux,

! Et le reste dans ce style du goût de Pradon :

Lorsque je vous perdis, je n'avais que vingt ans;

Je recevais partout des vœux et de l'encens ;.. .

J'aurais méme voulu, pour vous plaire toujours,

Étre plus belle encor que celle (la déesse) des amours... À ce triste portrait, connaissez, cher époux,

Quels sont les sentiments qu'Héloise a pour vous.....

Abélard lui répond sur le méme ton amoureux transi :

J'ai reçu votre lettre, et je n'ose vous dire

Dans quel état funeste elle a su me réduire.....

Hé! comment voulez-vous que je guide vos pas?

Je m'égare moi-mémoe, et ne me connais pas..... Pour ne vous point aimer, j'avais un cœur trop tendre; C'était peu : je voulus vous inspirer mes feux;

J'y réussis trop bien : vous comblátes mes vceuzr..... Oublier Hélotse! Ah! que plutôt la foudre

Aux yeux de l'univers mette Abélard en poudre... Il est temps de finir; adieu, chère Héloïse,

Tâchez de soutenir votre sainte entreprise.....

* Lettre à un Am, S 8, p. 206.

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