‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 40 sur 64 · VINGT-TROISIÈME QUESTION D'HÉLOÏSE · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME QUESTION D'HÉLOÏSE

Que signifie ce passage de saint Luc : « Rends au Tout-Puissaut, et si l'on te prend ce qui est à toi, ne le réclame pas? »

Réponse d'Abelard.

Quand il dit : « Rends, » il n'ajoute pas : ce qu'il demande ; mais il veut faire entendre par là que nous ne devons pas renvoyer celui qui nous demande sans lui donner quelque chose; nous devous, du moins, nous excuser convenablement, de façon à ne point l'irriter, et l'édifier par des paroles de charité. Une réponse gracieuse ou convenable est une sorte de présent. .

Quant à ceci : « Ne réclame pas ce qui est à toi, » cela veut dire que le mobile de la réclamation doit ètre Dieu plutôt que soi-même. Un religieux nc passe pas la mesure lorsqu'il réclame en vue de Dieu ce qui lui a été donné pour étre offert à Dieu, l'applique à de louables usages, et le sauve des mains des méchants. En effet, lorsqu'un peu plus bas le Seigneur ajoute : « Si vous chérissez ceux qui vous chérissent, et que vous fassiez du bien à ceux qui vous font du bien, quel est le mérite? » Quand il dit : « Ceux qui vous chérissent, » c'est la méme chose que : « Ne réclamez pas ce qui est à vous. » « Vous » est là comme ce qui est à vous. ll serait injuste que nous ne chérissions pas ceux qui nous chérissent, quand il nous est present de nous aimer tous les uns les autres, et surtout de ne pas aimer Dieu qui nous aime, comme il le dit lui-méme en ces termes : « J'aime qui m'aime ;» lui que nous devons aimer d'un souverain amour, parce qu'il est souverainement bon, non parce qu'il nous fait du bien. Telle est la règle de la charité : nous devons chérir le prochain, en proportion de ce qu'il vaut et de ce qu'il inérite, c'est-à-dire que nous devous souhaiter son bien, suivant les voies de la Ju:tice.

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