‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 41 sur 64 · VINGT-QUATRIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME QUESTION D'HÉLOISE

Quel est le sens de cette parole du Seigneur : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais ce qui en sort ? » Est-ce que celui qui mange du produit d'un vol ou d'une el:ose qu'il croit défendue bien qu'elle soit permise, ou qui reçoit l'Eucharistic dans des conditions indigues, n'eucourt pas la tache du péché? L'Apôtre dit de certains Juifs convertis et qui, suivaut la Loi, distinguent encore certains aliments comme immondes : « Celui qui distingue entre les aliments est condamné, parce qu'il ne mange pas selon la foi : or, tout ce qu'on ne fait pas selon la foi est un péché. » ll dit encore de ceux qui, par respect pour une idole, se noutrissaient des viandes offertes aux idoles : « Quelques-uns, par respect pour

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manducant, et conscientia ipsorum quum sit infirma, polluitur. » Quomod ergo nunc dicit Dominus, quia « quod in os intrat non coinquinat hominem sed magis quod de ore procedit? »

Solutio Abælardi.

Ex hoc loco precipue in quo sit peccatum accipiendum Dominus dili genter distinxit, et Judaeos redarguens super hoc, nos instruxit. Illi quipp ad opera magis quam ad animum respicientes, ex his quae fiunt. exterius magis ex hoc, quod in mente habetur, tam bona, quam mala dijudxant Dominus vero ad intentionem cuneta reducens, ex his potius, quz in cord sunt, quam ex his qui apparent in opere, damnari hominem censet : ne animam pollui judicat, nisi ex his, quæ in ea sunt, et ipsam contingunt, ut sint animarum macuke spiritales, sicut corporum sunt sordes corporales. Unde et consequenter exponens quod dixerat : « Sed quod procedit ex ore, hoc coinquinat hominem, » ait : Que autem procedunt ex ore de corde exeunt : et ea coinquinant hominem. De corde enim exeunt cogitatione: male, -homicidia, adulteria, fornicationcs, furta, falsa testimonia, blasphemiæ. « Hac sunt, quz coinquinant hominem. Non lotis manibus manducare non coinquinat hominem. » Ac si aperte dicat : sordes manuum corporales auimam non attingunt, ut eam polluere peccato possint. Cogitationes quie inquinant de corde exeunt, quum ad hoc perpetrandum consentimus, quod cogitavimus. Ubi autem non est sensus, non potest esse consensus, sicut in parvulis, aut stultis : qui si faciunt quod non debent, nullum in hoc eis peccatum imputatur; nec homicidium, vel adulterium. nec aliquod peccatum Dominus dicit, nisi quod ex corde procedit, hoc est, nisi quum hæc illicita. recognoscimus, ad quie nos inclinat consensus. Sicut ergo cogitatioues exeunt de corde, quum per consensum ad opera tendunt, ita. homicidium, et adulterium ct cætera peccata de corde docet exire, nec aliter. peccata esse, nisi. per consensum prius fuerint in corde, quam exibeautur in opere. Postquam enim his agendis, quæ sit sibi non licere, aliquis consentit, is consensus proprie peccatum dicitur, et homicida seu mœchus ex hoc uno apud Deum tenetur. Unde et Veritas ipsa : « Qui viderit, inquit, mulierem ad concupiscendum eam, » hoc est, qui, inspecta illa, venerit ad concupiscenti. consensum, « jam mochatus est eam in corde suo, » hoc est, peccatum habet in animo perfectum, etsi nondum sit in opere consummatum Quum aliquid inanducandum male sumimus, quia hoc nobis illicitum eredimus, nequaquam cibus ille, qui in os intrat, animam polluit : sed jam hoc fecerat praecedens conscientia nostra, nec quid-

les idoles, mangent les chairs consacrées aux idoles, et leur conscience en est atteinte et souillée. » Comment donc le Seigneur dit-il que ce qui souille l'homme ce n'est pas ce qui entre dans sa bouche, mais ce qui en sort?

Reponse d'Abélard.

Ce passage est un de ceux où le Seigneur définit le mieux ce qu'il faut entendre par péché, et les reproches qu'il adresse aux Juifs sont pour nous une lumière. Les Juifs, en effet, plus attentifs aux œuvres qu'aux sentiments, distinguent le bien du mal, plutót par les actes que par les intentons. Or, le Seigneur, qui raméne tout aux intentions, déclare que l'homme doit être condamné plutôt d'après ce qui est dans son âme, que d'après ce qui se montre dans ses actes. L'âme, à ses yeux, ne peut ètre souillée que par ce qui est en elle, par ce qui la touche, en sorte qu'au regard de Dieu il y a des tachesspirituelles pour les âmes, comme il y a des souillures corporelles pour les corps. Conséquemment ce qu'il dit : « Ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l'homme, » signifie : cequisort de la bouche sort de l'âme, et voilà ce qui souille l'homme. De l'âme, en effet, sortent les pensées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphémes ; « et voilà ce qui souille l'homme ; mais de manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille pas l'homme. » En d'autres termes clairs : les souillures corporelles des mains ne touchent pas l'âme, elles ne peuvent lui imprimer la tache du péché. Les pensées qui souillent sortent de l'âme puisque, pour mettre à exéculion une pensée, il faut le consentement de l'âme. Or, où il n'y a pas intelligence, il ne peut y avoir consentement. Ainsi est-rl des enfants et des idiots : lorsqu'ils ne font pas ce qu'ils doivent, on ne peut leur imputer aucun péché. Le Seigneur n'appelle donc homicide, adultére ou péché quelconque que ce qui sort de l'âme, c'est-à-dire que ce que nous connaissons comme illicite, et ce à quoi nous nous portons d'un plein consentement. Les pensées sortent de l'âme, lorsque par le consentement elles vont à l’action. Ainsi nous apprend-il que l'homicide, l'adultére et les autres péchés sortent de l'âme, et qu'ils ne sont péchés qu'après avoir été daus l'âme par le consentement, avant de sc témoigner dans l'acte. En effet, quand on consent à faire ce qu'on sait ne devoir pas faire, le consentement est proprement le péché, et par cela seul on est, aux yeux de Dieu, homicide et adultère. Aussi la Vérité dit-elle : « Celui qui voit une femme et la désire, » c'est-à-dire, celui qui, en voyant une femme, vient à la désirer et s'abandonne à ce désir, celui-là est, par cela seul, adultére dans son âme; c'est-à-dire celui-là a accompli le péché dans sou âme, bien qu'il ne l'ait pas effectivement consommé. Quand donc nous prenons à tort quelque chose pour le manger, sachant que c'est un aliment défendu, ce n'est pas cet aliment qui souille

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quam ad peccatum refert, quod nunc ore sumimus, sed quod ad sumendu consenseramus.

PROBLEMA HELOISSÆ XIV.

Quid est illud in Matthæo, quod Dominus quibusdam civitatibus impr perans, ait : « Væ tibi, Corozain, vie tibi, Bethsaida! quia si in Tyro Sidone factae essent virtutes, quae factæ sunt in vobis, olim pxenitentia egissent in cilicio et cinere? » Salvare quippe. Dominus. homines. venera unde et Jesus, id est Salvator, proprio dictus est vocabulo. Cur ergo Tyro Sidoni, civitatibus gentilium, illa beneficiorum miracula subtraxit, per qu salvarentur, et ea illis. exhibuit, quibus nocitura magis, quam profutu sciebat ? Sed inquies : quia, sicut. ipsemet profitetur, non erat. missus n ad oves qua perierunt domus Israel. Sed dico: Cur ad eas, nisi ut sal rentur ? Si autem ut salvarentur, quid eis profuit ea sibi fieri, per quz gr vius damnarentur : nec sunt ad. penitentiam. conversi, sed in sua obstin tione permanentes? Unde et ipsemet Dominus supponit : « Verumtam dico vobis, Tyro, et Sidoni remissius erit in die judicii, quam vobis. » D nique et Samaritanorum multos refert Joauues ad verbum ejus credidisse euim nonnulla miraculorum beneficia gentilibus etiam tam in viris quam feminis exhibuisse, per quæ illi crederent, vel in fide firmarentur : sicut« illud de puero centucionis, et de filia Syrophænissæ, de ipsius Tyri finib egressa.

Solutio Abælardi.

Revera Dominus Jesus ad solos Judæos in persona propria missus fu Quod ergo circa gentiles misericorditer. egit, non ex officio missionis fec sed ex gratia, debito superaddidit, attendens quod et ipsemet ait : « Qui feceritis omnia quae praecepta sunt vobis, dicite : Servi inutiles sumu quod debuimus facere, fecimus. » Ac si aperte dicat : ne pro magno | beatis, si obedientie debitum impleatis, nisi insuper aliquid gratiæ deb adjungatis, sicut 11h faciunt, qui virginitati vel continentiæ student, v tuti nequaquam sub præcepta comprehensæ. Denique nec illa benefi gentilibus præstita tam missus facere venit, quam invitatus, et quasi P cibus ad lec agenda tractus.

Quod vero illis prædicationem subtraxit , quos ad poenitentiam fuisse convertendos testatur, nequaquam cogimur per hoc fateri eos hac penitentia perseveraturos ut salvarentur. Multi quippe leves s

l'âme en entrant dans la bouche. Avant qu'il n'y entrât, la résolution avait commis la faute. Peu importe, pour le péché, ce que la bouche reçoit. Ce qui importe, c'est ce que nous avons résolu de prendre.

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