VINGT-CINQUIEME QUESTION D'HÉLOÏSE
Que signifie le passage de saint Mathieu où, s'emportant contre certaines villes, le Seigneur dit : « Malheur à toi, Corozain, malheur à toi, Bethsaide! si Tyr et Sidon avaient vu les miracles que vous voyez s'accomplir parmi vous, elles auraient fait pénitence sous le cilice et dans la cendre. » Le Seigneur était venu sauver les hommes : d'oà son nom de Jésus et de Sauveur. Pourquoi donc enleva-t-11 à Tyr et à Sidon, villes de Gentils, les miracles de la gráce qui pouvait les sauver, tandis qu'il les manifesta à ceux à qui il savait qu'elle devait étre plutót nuisible qu'utile? Mais, direz-vous, c'est qu'ainsi qu'il le déclare lui-méme, il n'était envoyé qu'aux brebis de la maison d'Israël, Je réponds : Pourquoi, si ce n'est pour les sauver? et si c'était pour les sauver, à quoi servit-il qu'on les traitàt de façon à les rendre plus coupables, en telle sorte qu'tls parussent non point des pécheurs repentants, mais des pécheurs endureis? Pourquoi le Seigneur ajoute-t-il : « Je vous le dis en vérité, il sera plus remis à Tyr et à Sidon qu'à vous, au Jour du jugement? » Enfin, saint Jean rapporle que plus d'un Samaritain crut à sa parole et qu'il manifesta méme à des Gentils, tant homines que femmes, les grâces de ses miracles qui leur inspirèrent la foi ou qui les y affermirent ; tels le fils du centurion et la fille de la Tyrienne Syrophænissa.
Réponse d'Abelard.
En réalité, c'est aux Juifs seuls que le Seigneur fut personnellement envoyé. Ce que, dans sa bonté, il fit aux Gentils, il ne le fit pas par une nécessité de sa mission, mais il l'ajouta à sa dette par un effet de sa grâce; fidéle observateur de ce qu'il dit lui-méme : « Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous est ordonué, dites : nous sommes des serviteurs inutiles; ce que nous devions faire, nous l'avons fait. » C'est comme s'il disait clairement : ne considérez pas comme une chose grande de satisfaire à la dette de l'obéissance, si vous n'ajoutez au payement de cette dette quelque surérogation volontaire, ainsi que font ceux qui observent la virginité et la continence, bien que ce ne soient pas des vertus comprises dans les termes de la Loi. Enfin, 11 est venu manifester ces bienfaits aux Gentils, moins comme envoyé de Dieu que comme invité et pressé par leur prière à le faire.
Quant à ce point, qu'il a privé des avantages de la prédication ceux qui, sclon qu'il le déclare, auraient été amenés ainsi à la pénitence, il n'en ressort nullement qu'ils auraient persévéré dans la pénitence au point d’être
490 PROBLEMATA CUM RESPONSIONIBUS.
homines, qui ad pœnitentiæ compunctionem facile commoventur, et ead facilitate, quasi ad vomitum revertentes, in mala, quz flevera relabuntur : et quum auditum verbum praedicationis avide susceperi firmitatem non habent radicis, ut in eo perseverent, quod cceperint. Qu si etiam ponamus illos ad prædicationem Domini fuisse convertendos atq salvandos, quibus tamen prædicationis gratiam subtraxit : penes ipsum € cur hoc facere non decreverit, qui nihil sine ratione facit; sicut de Esau, subtracta est gratia, quaestionem Apostolus movit, et eam indiscussam re quit.
PROBLEMA HELOISSAE XXVI.
Quærendum etiam videtur, quo mysterio, vel qua ratione Dominus ficulnea quærens fructum, et non inveniens, quando, ut Marcus ait, none tempus ficorum, eam tamen sua maledictione percussam continuo effe aridam, ut deinceps arefacta permaneret, tanquam ex culpa quacunque : boris, hanc maledictionem in eam intorsisset.
Solutio Abælardi.
Arbor, sine fructu reperta, Judæa est pro sua nequitia tunc a Dom reprobata, ut boni operis fructu privari mereretur, nequaquam recognose su:e visitationis tempus. Culpa autem cjus accidit, quod tunc tempus fr tuum ejus non fuerit : quando videlicet. Dominice prædicationis grati sibi oblatam repulit.
PROBLEMA HELOISSÆ XIVII.
Quid est : « Oratio ejus fiat in peccatum? »
Solutio Abælardi.
Ita in reprobum sensum tradatur, ut magis cligat orare nociva, quam futura, et obtinere precibus ea, quz ad peccatum magis pertrahant, qu ad salutem perducant.
PROBLEMA HELOISSÆ XXVIII.
Et epistola prima Pauli ad Thessalonicenses : « Ipse autem Deus p: sanctificat vos per omnia, ut integer spiritus vester, et anima, et cor sine querela in adventu Domini nostri Jesu Christi servetur. » Quid est : ritus et anima, tanquam anima non sit spiritus, aut duo spiritus sint in: homine?
sauvés. ll est bien des hommes légers qui se laissent aisément toucher par le sentiment de la pénitence, mais qui, revenant avec la méme facilité à ce qu'ils ont abjuré, retombent dans le mal qu'ils avaient pleuré. Après avoir
» écouté et recueilli avidement les paroles de la prédication, ils ne savent pas les retenir et les affermir en eux, de façon à persévérer dans la voie où ils sont entrés. Enfin supposons que ceux qu'il priva des bienfaits de la prédication eussent été convertis à précher Dieu et sauvés, il est seul juge de ce qui l'a décidé à ne pas le faire, lui qui ne fait rien sans raison. L'Apótre souleva la question au sujet d'Ésaü, qui avait été privé de la gráce, et il la laissa sans solution.