‹ Lettres d'Abélare et d'Héloïse;Chapitre 59 sur 64 · LETTRE ET PROFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

LETTRE ET PROFESSION DE FOI

D'ABÉLARD A HÉLOÏSE

Héloïse, ma sœur, naguère chère dans le siècle, aujourd'hui si chère dans le Christ, la dialectique m'a rendu odieux au monde. Ils disent, en elfel, ces pervers, qui pervertissent tout et dont la sagesse ne songe qu'à nuire, que je n'ai pas d'égal en dialectique, mais que j'ai failli grandement dans mou commentaire sur saint. Paul. lls vantent la pénétration de mon esprit, en me refusant la pureté de la foi chrétieune. Sans doute, ils se sont laissés conduire dans leur jugement par la prévention plutót que par la sagesse.

Je renonce au titre de philosophe, si je dois être en désaccord avec saint Paul. Je ne veux pas être un Aristote pour ètre séparé du Christ ; car il n'est pas d'autre noii sous le ciel qui puisse me sauver.

J'adore le Christ régnant à la droite du Père. Je l'embrasse des étreintes de la foi, dans la chair qu'il a empruntée au sein d'une vierge par la divine et miraculeuse opération du Saint-Esprit.

Et pour que tout sentiment d'angoisse et de doute cesse de faire battre votre cœur, écoutez bien ceci : j'ai établi ma foi sur cette méme pierre sur

laquelle le Christ a bâti son Église. Ce qui est écrit sur cette pierre, je vais vous le dire briéveinent.

Je crois en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, un et seul vrai, qui admet la Trinité dans ses trois personnes, sans jamais cesser de conserver l'unité dans sa substance. Je crois que le Fils est égal au Père en toutes choses, savoir : l'éternité, la puissance, la volonté et les œuvres. Je repousse l'hérésie d'Arius, qui, poussé par un mauvais génie, que dis-je? séduit par un esprit de l'enfer, établit des degrés dans la Trinité, enseigne que le Père est le premier, le Fils le second, et ne se souvient pas du précepte de

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