LETTRE ET PROFESSION DE FOI D'HÉLOISE A ABÉLARD
la loi qui dit : « Vous ne monterez pas par des degrés à mon autel. » Or, celui-là monte par des degrés à l'autel de Dieu, qui place une personne de la Trinité avant. ou. aprés les deux autres. Je reconnais aussi que le Saint-Esprit est consubstantiel et égal en toutes choses au Père et au Fils, ainsi que je l'ai attesté dans mes divers ouvrages, en le désiguant sous le nom de Bonté supréme. Je condamne Sabellins qui, fusant du Père et du Fils une seule et méme personne, pense que le Père a ‘aussi souffert la passion ; ce qui a fait donner à ses sectateurs le nom de patripassieus. Je crois aussi que le Fils de Dieu a été fait Fils de l'homme, et que sa personne comprend les deux personnes et les deux natures. Je crois qu'après avoir acconipli la destinée de l'humanité qu'il avait revétue, il a souffert, il est mort, il est ressuscité, il est monté au ciel, et qu'il. viendra juger les vivants et les morts. J'affirme que tous les péchés sont remis dans le baptéme, que nous avons besoin de la gráce pour commencer le bien et pour l'accomplir, et que nous pouvons nous relever de la chute par la pénitence. Ài-je besoin de parler de la résurrection de la chair, puisque je n'aurais nul sujet de me glorifier d’être chrétien, si je ne croyais à la résurrection ?
Telle est la foi dans laquelle je suis établi, et sur laquelle je fonde la fermeté de mon espérauce. Solidement retranché dans cette crovance, je ne crains pas les aboiements de Scylla, je me ris des abimes de Charybde ; je n'ai pas peur des mortels accents des Sirénes. Se déchaîne la tempête, elle ne m'ébraulrra pas. Soufllent les vents, ils ne m'émeuvront pas, car je suis établi sur le roc.