DEUX LETTRES DE CHARLES DE MONTALEMBERT A ALPHONSE D'HERBELOT
Adresse des deux lettres : A Monsieur Alphonse d'IIerbelot, rue de V Observance, /i° 8, quartier de l'École de médecine, à Paris.
Roskulle, près Stockholm, ce 28 juin 1829, partira le 3o.
Me voilà, mon cher ami, à la campagne, un peu plus tranquillisé sur le compte de ma sœur, mais toujours étourdi et consterné de la ruine de tous mes projets. Je m'ennuie solidement, je vous assure, dans cette solitude rocailleuse ; je n'ai pas le courage d'entreprendre aucun travail sérieux : le grand intérêt de ma vie a disparu, et je me borne à quelques insignifiantes occupations, qui me semblaient assez bonnes comme hors-d'œuvre, mais qui me font pitié, maintenant que je suis forcé de me rejeter uniquement sur elles.
J'ai trouvé moyen de terminer mon second article sur la Suède ; j'ai encore à le copier et à le lire à M. d'Anskarsvard. J'espère pouvoir vous l'envoyer en partie avec cette lettre après-demain, sinon vous l'aurez par ma prochaine à Goruudet ou dans huit jours. Il me reste deux articles à faire : l'un sur l'organisation judiciaire, le second sur la diète actuelle, suivi de quelques réflexions sur la position intérieure de la
Suède et son avenir. Je n'ai pas encore les détails nécessaires pour le premier, et, quant au second, il me semble qu'il faudrait bien attendre que la diète lût terminée, ce qui n'aura lieu qu'au mois d'octobre. Je suis donc forcé de me reposer, et, en attendant, je vous prie de me dire lequel de ces deux articles devra être inséré le premier, pour conserver un ordre convenable. Je ne vous cacherai pas que plusieurs des personnes à qui j'ai parlé de mon travail, et surtout mon père, à qui je l'ai communiqué, m'ont fortement conseillé de ne point en faire des articles de journal, mais bien une petite brochure en soi, que je ferais paraître en décembre prochain. Dites-moi franchement et amicalement votre avis là-dessus ; et si, pour concilier les deux opinions, il ne me serait pas permis, après avoir donné trois articles aux Annales, de les republier en brochure avec le quatrième sur la diète actuelle et la position de la Suède. Moi je vous avouerai que je penche beaucoup pour la brochure ; mais mon jugement est bien inexpérimenté et surtout bien lointain, de sorte que je m'en remets à vous.
M. d'Anskarsvard hésite maintenant à profiter de l'acceptation du Courrier, dont je lui ai fait part, sans dire qu'on n'y avait pas mis beaucoup d'empressement. Du reste il préfère, ainsi que moi, les Débats : voyez si avec Gornudet, qui connaît Duviquet, vous ne pouvez pas arranger cette affaire, et obtenir pour lui une réception un peu plus empressée. Il vient de faire paraître ici, avec son collègue M. Nyerta, un journal hebdomadaire où il s'occupe beaucoup de la France.
Voici la réponse catégorique à vos questions sur l'enseignement du droit en Suède. i° Sur le droit romain. 11 n'y a point de chaire de droit romain aux Universités ; cette étude rentre dans la partie historique ; les Romains n'ont jamais établi leur législation en Scandinavie ; il en est de même en Angleterre. 2» Sur la méthode, etc. MM. de Savigny et Hugo sont connus et estimés ; mais la méthode du cours est entièrement au gré du professeur ; seulement, il est naturel qu'il suive surtout le développement historique du droit, en Suède particulièrement. 3" Sur le cours de méthodologie, etc. Il n'y a
que deux chaires de droit dans chaque faculté, de sorte que les cours ne peuvent être multipliés ; mais chaque professeur commence par une introduction qui répond à peu près à ce que vous nommez encyclopédie du droit. 4" Oui, il y a un cours de droit général et à priori. 5" Oui, l'enseignement du droit est parfaitement libre ; les deux professeurs font leurs cours comme ils veulent et y ajoutent ce qu'ils veulent ; il leur est seulement prescrit de donner à leurs élèves des connaissances suffisantes sur la législation du pays et le droit en général ; le reste est à leur gré. 6° Quels sont les grades ^ examens, etc. ? Il y a deux examens, l'un pour l'entrée dans les cours de droit, l'autre à la fin des études pour la licence. Alors on soutient une thèse en latin. On aspire très rarement au titre de docteur ; mais, quand on veut l'obtenir, on fait imprimer une dissertation, sur laquelle l'Université fait son rapport ; alors, si le roi le juge convenable, il délivre à l'impétrant un diplôme de docteur. Voilà, mon cher ami, les détails que vous m'avez demandés ; il me semble qu'on peut en conclure que l'enseignement du droit est, en Suède, libre et raisonnable, mais que cette science y est fort peu cultivée.
Si par hasard mon premier article n'était pas encore publié, veuillez, je vous en prie, ajouter dans l'avant-dernier alinéa, et après la période qui commence ainsi : Toutes les contestations, etc., celle-ci : Tout fonctionnaire, convaincu d'avoir usé illégalement de son autorité dans une élection, est condamné à la destitution.
Votre lettre du 5 juin, mon cher d'Herbelol, est une véritable chronique politique, digne du Times ou de la Gazette d'Augsbourg. Encore une fois, je vous remercie bien sincèrement de ces longs détails, que vous avez la patience de me donner sur la triste situation politique où nous nous trouvons. Je ne crois pas, je vous l'avoue, à un changement de ministère avant la session prochaine ; on n'a pas assez peur des Chambres, et elles méritent ce mépris : je ne vois pas, d'ailleurs, de lois politiques, comme les appelle l'illustre Bois-Bertrand, sauf peut-être la loi interprétative du sacrilège.
Quelle honte, si on ne profite pas de cette occasion pour l'abroger entièrement ! Je trouve l'article de Rabbe de très mauvais goût et vraiment absurde ; mais le procès est encore bien plus absurde. Quand cesserons-nous donc de vouloir installer de la religion dans les cœurs français par l'entremise de la police correctionnelle ? J'ai remarqué, à ce sujet, un magnifique article de Dubois, dans le Globe du lo juin.
Je suis étonné que vous me demandiez si j'aime Sainte- Beuve, Victor Hugo et les autres poètes de la nouvelle école : je croyais que vous me connaissiez assez pour savoir que je me jetterais à corps perdu dans les rêveries mystérieuses et mélancoliques de ces jeunes âmes, révoltées comme moi de la tendance industrielle et matérialiste du siècle. Je vous assure qu'il me prend quelquefois des accès d'humeur inconcevable contre les lumières et la civilisation moderne, quand je songe au manque de croyances et de dévouement qui ronge notre pauvre France. Un passage de votre avant-dernière lettre m'a fait bien du plaisir en m'apprenant que vous aviez aussi quelques remords pareils, qui, du reste, s'accordent à merveille, je vous assure, avec un sincère libéralisme. Mais croyez-m'en, mon cher ami, n'étouffez pas ces regrets sacrés du passé ; ils pourront servir à embellir et à sanctifier votre avenir; sachez unir le désir et le besoin de la foi, en politique comme en religion et en philosophie, aux lumières et aux principes dont le siècle vous a doté, et soyez sûr que votre vie en sera bien plus pure et votre patriotisme bien plus utile.
Savez-vous que dans la solitude et la désolante tristesse où je vis maintenant, je ne me console que par une seule idée, qui peut-être ne vous déplaira pas ? C'est celle de former une petite association de jeunes gens, imbus du désir de trouver les moyens d'unir et de concilier les vertus du moyen âge avec les libertés de notre temps, l'enthousiasme et la poésie avec le bien-être et l'instruction du peuple. Nous discuterons souvent et à notre aise ; nous étudierons consciencieusement et avec zèle ; je vois déjà de bons, pour cela, vous, Gornudet, Rio, Bonnier, Saint-Laumer et un de mes meilleurs amis,
M. Lemarcis ; nous tâcherons de nous mettre en rapport, d'un côté avec ceux qui devaient faire la jeune France, de l'autre avec quelques jeunes prêtres et séminaristes. Plus tard, nous pourrons peut-être émettre un journal ; enfin, qui sait, nous pourrons peut-être faire quelque bien ; l'association catholique n'a pas eu des commencements plus brillants. Il est vrai qu'elle parlait non pas à une nation, mais au nom d'une nation.
Je vous assure que je ne suis pas du tout acoquiné ici, comme vous semblez le croire. Moi aussi, je l'ai cru un instant ; mais l'illusion s'est bien vite dissipée.
La discussion sur le budget m'a semblé, en elle-même, très bonne, quoique les résultats soient misérables. Mais il y a eu beaucoup de connaissances spéciales, beaucoup de bons principes. Le discours de Corcelles est surtout remarquable.
Je reçois à l'instant une lettre de Cornudet, qui m'annonce la réception de mon article. J'accède de tout mon cœur à toutes vos corrections ; je crains, d'après ce que vous me dites, que mon second article ne paraisse bien lonj? et bien ennuyeux. Je ne savais pas que ce dût être un journal hebdomadaire; je m'imaginais que c'était un volume mensuel comme la Revue française. Dans tous les cas, gardez-vous bien de m'en envoyer les numéros, vous me feriez payer les yeux de la tête. Il est d'ailleurs plus que probable que l'on va nous supprimer toutes nos franchises, d'après les réductions immenses, mais bien légitimes, adoptées par la Chambre dans le budget de notre ministère.
Adieu, mon cher, soyez aussi exact et amical que jamais, et comptez sur mon dévouement sincère.
Gh. DE MONTALEMBKRT.
aSo APPENDICES.
RoskuUe, près Stockholm, ce 27 juillet 1829.
Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, mon cher ami ; les tristes motifs de mon silence doivent vous être assez connus ; la douleur a presque épuisé les forces de mon âme, et cependant je suis encore bien loin d'avoir bu mon calice jusqu'à la lie. Au moment où j'allais vous écrire, conformément à notre règle, ma pauvre sœur a été saisie d'une attaque encore plus violente que toutes les précédentes ; une seconde fois, j'ai désespéré de sa vie ; une seconde fois, j'ai dû envisager de front cette perte cruelle avec toutes ses funestes conséquences, et, une seconde fois, j'ai eu le bonheur de voir que mes pressentiments, que ceux des médecins eux-mêmes ne se réalisaient pas, mais sans avoir la consolation de pouvoir me livrer à l'espérance. Il n'est que trop probable que mon malheur n'est que différé. Toutefois, je tâche de m'étourdir, de me rassurer autant que possible, et je profite d'un de ces moments où mon esprit est plus paisible et plus libre qu'à l'ordinaire, pour m'acquitter de mon arriéré. Gornudet vous aura mis au fait de ma triste position ; épargnez-moi la douleur de revenir sur des événements qui ne sont que trop souvent présents à ma mémoire, et qui, d'ailleurs, ne pourraient vous intéresser que relativement à moi. Or, puisqu'il ne s'agit que de moi, j'aime mieux chercher, en vous écrivant, quelque distraction à mes ennuis, que de les renouveler en vous les racontant.
Vous m'avez écrit deux excellentes lettres en date du 19 juin et du 3 juillet. Demain, j'en recevrai probablement une autre de vous, mais je ne puis l'attendre pour vous répondre. C'est ici, mon cher ami, la dernière lettre que je vous écrirai de Suède : nous partons dans cinq ou six jours. Le voyage est la seule chance de salut qui reste à ma sœur : c'est donc un devoir sacré. Cependant, je vous l'avouerai, ce n'est pas sans une profonde tristesse que je vois arriver le moment de ce départ. Le croiriez-vous, vous qui avez été le
APPRXDÏCKS. CtSi
confident de toutes mes invectives contre la Suède, de loutcs mes plaintes, les unes trop réelles, les autres un peu exagérées ? C'en est ainsi, toutefois, et je vais tâcher de vous expliquer les motifs de ce changement. D'abord, il y a pour moi une invincible tristesse dans l'idée seule de quitter un endroit où j'ai passé un certain espace de temps ; cette tristesse redouble quand je pense qu'il y a cent mille chances contre une que je ne reverrai pas cet endroit de ma vie, et que tous les objets de la nature, tous les individus avec lesquels j'ai vécu depuis un an, vont disparaître pour toujours. Et puis, si vous saviez comme les environs de Stockholm sont ravissants, combien il y a de poésie et de mélancolie dans cette nature, toujours si déserte et si plaintive, combien l'été est beau et invariable pendant sa courte durée ; les journées sont si longues et si constamment belles qu'on regrette à peine les huit mois d'hiver qu'il a fallu traverser pour les attendre ; quitter ces mouvements de terrain si hardis et si diversifiés, ces forêts éternelles, cette profusion d'eaux et de verdure, pour voyager, à toutes petites journées de deux ou trois milles chacune, à travers ce nord de l'Allemagne si monotone, et surtout à travers les champs sans eau, sans bois et sans montagne de notre vilaine France orientale, vous m'avouerez que c'est faire un triste échange. Puis encore ces Suédois ont été si bons pour nous pendant la maladie de ma sœur ; ils ont tellement brisé la glace de leurs relations ordinaires ; ils nous ont donné des preuves d'un si touchant intérêt, d'une compassion si sincère, depuis le roi jusqu'au dernier lieutenant aux gardes, qu'il y aurait vraiment de l'ingratitude à les laisser là pour toujours sans quelques regrets. Enfin, faut-il le dire, je n'éprouve pas le moindre plaisir en songeant à mon retour en France : grâce à l'uniformité désolante que la civilisation a établie dans le monde, il n'y a rien, dans le matériel de la France, qui excite chez moi la moindre émotion ; pour moi, la patrie est là où sont les objets de mes aftections ; or, à mon arrivée à Paris, vers la fin de septembre, je ne trouverai pas une âme à qui je puisse dire un mot de confiance ou d'amitié.
Vous serez tous en vacances et je me trouverai seul, et comme on est seul à Paris quand on n'y a pas d'amis, c'est-àdire bien plus tristement que dans la solitude la plus complète. Tandis que si j'avais passé ici les mois de septembre et d'août, j'aurais joui, pendant deux mois de plus, de la société de mon père et de celle de quelques hommes avec qui je suis plus ou moins lié ici, et qui occupent provisoirement la grande place que laisse dans mon cœur l'éloignement de tous mes bons et véritables amis.
Vous voyez, mon cher ami, que, comme la plupart des hommes, je n'aperçois le prix des bienfaits de la Providence qu'au moment de les perdre. Je vous remercie bien sincèrement de la sympathie amicale que vous manifestez pour des douleurs dont vous ne connaissez pas même toute l'étendue ; cette sympathie est la seule consolation que vous puissiez m'oftrir, je l'accepte avec joie, et comme un engagement sacré pour l'avenir. Je l'aime beaucoup mieux que les prétendues consolations que vous me donnez sur la manière dont j'ai employé mon année. Non, mon cher d'Herbelot, je n'ai point tiré tout le parti que j'aurais pu de mon voyage en Suède, et cela grâce à mon projet sur l'Irlande ; absorbé par ce grand intérêt, et n'anticipant que le moment où je pourrais exécuter mes plans à cet égard, je ne me suis occupé que très imparfaitement, très superficiellement de l'histoire et de la littérature Scandinaves, dont j'aurais fait une étude approfondie si je n'avais eu que ce seul but en vue. Maintenant, au contraire, je suis tout honteux du mince bagage de renseignements septentrionaux (sauf sur la politique actuelle) que je vais vous rapporter ; si jamais je voulais mettre à exécution une idée qui a souvent trotté dans ma cervelle, celle de faire plus tard un ouvrage politique sur la révolution de la Suède, il me faudrait recommencer entièrement mes études sur l'histoire de ce pays, et cela loin des sources et des monuments nécessaires. Aussi, le peu que j'ai fait dans ces derniers temps n'a rapport absolument qu'à la Suède ; et, comme je sais bien lire la prose suédoise et assez bien les vers, je me suis dépêché de
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parcourir le beau poème de Frithiof, dont Ampère vous aura sans doute parlé, et plusieurs numéros d'une excellente revue philosophique et littéraire, intitulée Svea.
Ceci me conduit à vous parler des Annales Judiciaires et législatives. Je sais bien que quand môme je prendrais toutes les peines du monde pour modérer l'expression de mon dépit, vous n'y verriez toujours qu'un amour-propre d'auteur blessé. Ainsi je ne chercherai pas à me gêner et je vous dirai tout franchement (|ue je suis indigné des mutilations qu'on a fait subir à mon article : on l'a transformé en article de commis voyageur, d'homme qui aurait été chercher des aperçus sur la Constitution suédoise dans l'Almanach royal ou dans le texte simple de la Constitution. On a supprimé les seules parties qui avaient un peu de mérite, qui étaient empreintes du caractère national, celles que M. d'Anskarsvard, par exemple, avait trouvées justes et vraies, telles que les réflexions sur l'intervalle de cinq ans, et l'absence d'une classe moyenne. Enfin l'article, tel qu'il est, est pitoyable et je suis désolé qu'il soit revêtu de ma signature. Cela me décide plus que jamais à ne rien écrire pour ce journal; dès que j'ai su qu'il était hebdomadaire, j'ai deviné qu'il ne conviendrait pas à mes articles qui étaient faits pour un ouvage plus étendu, tel que la Revue française. Puis je vous avoue (peut-être le dépit ni'aveugle-t-il) que l'esprit du journal ne me convient nullement : il faut vraiment que la science du droit soit bien avilie en France, si c'est là ce qu'on nous donne pour la science régénérée ; j'y vois, comme dans tous nos autres écrits périodiques, une absence de vues morales, de fondements positifs et surtout un oubli de l'originalité nationale des étrangers qui me semble déplorable. Cette ignorance à l'égard des peuples étrangers est notre grand défaut en France : nous voulons bien consentir à connaître et à apprécier ce qui peut s'appliquer à notre position, à nos souvenirs; mais pour peu que le type national s'éloigne tant soit peu du nôtre , alors nous fermons yeux et oreilles et nous restons dans notre bonteusc indift'érence.
Ne croyez pas, mon cher anii, que dans ma colère je vous fasse entrer pour quelque chose. Non, je crois qu'on a fait plus que vous n'avez Ypulu, et je conçois d'ailleurs que vous vous soyez trompé comme d'autres sur la nature de l'article. Mais je vous prie de ne pas donner mon second article : je le réserverai pour une meilleure occasion, avec les notes assez étendues que j'ai ramassées sur l'organisation judiciaire de la Suède, et le journal que j'ai tenu de la diète. Nous avons eu ici dernièrement des discussions bien intéressantes pour le pays, sur la réalisation du papier-monnaie et l'accusation des ministres. M. d'Anskarsvard y a brillé, comme de coutume, par-dessus tout le monde : son journal, le Medborgaren, dont le CoMrWer a parlé, est moins bien rédigé que je ne le croyais. Quant à sa collaboration pour un journal de Paris, je ne crois pas qu'il écrive assez bien le français pour y réussir. Certes, il ne serait pas bien au Courrier, qui annonçait l'autre jour d'un ton pompeux que les États et le roi travaillaient de concert au bonheur et à la gloire du pays, etc., et autres naïvetés de cette espèce.
Je n'ai pas non plus aujourd'hui le cœur de vous parler politique. Les journaux, les Chambres, le procès du Courrier, tout cela est pitoyable. Je suis tout honteux du libéralisme. 11 n'y a que la discussion des crédits éventuels qui l'ait un peu relevé. A propos, je dois vous faire part d'un changement important qui, depuis trois mois, s'est effectué dans mes opinions politiques : anglomane compie par le passé pour tout ce qui regarde l'organisation intérieure et les principes du gouvernement représentatif, je me suis convaincu que la politique extérieure de l'Angleterre est atroce, tout à fait contraire à celle que nous devons avoir, et d'autant plus coupable qu'elle contraste plus avec sa politique intérieure. Dans nos premières conversations, nous développerons ces idées.
Adieu, mon cher d'Herbelot, quels que soient les malheurs qui m'attendent, je compte sur vous; puisque vous confessez bravement votre ignorance en économie politique, je me joins à vous dans cet aveu honteux, et je vous propose de l'étudier
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sérieusement avec moi l'année prochaine, sous la direction du savant Cornudet. Ce sera un moyen de nous rapprocher sans nous faire perdre de temps. Adieu, à revoir bientôt.
Ch. DE MONTALEMBERT.
N'avez-vous pas admiré un superbe article du Globe sur l'histoire de Dehokke? Je le trouve parfait.
Répondez-moi bien vite poste restante à Berlin, et puis écrivez-moi plus tard poste restante à Dresde ou à Francfortsur-le-Mein. Donnez-moi beaucoup de détails politiques, car il est à penser que je ne verrai pas de journaux depuis Stockholm jusqu'à Paris. Dites-moi aussi si vous irez infailliblement vous enterrer en province jusqu'au mois de novembre. Si j'en ai le loisir, je vous écrirai aussi en route.