De M. cï Albignac ' au comte (T Agonit
(.\rcli. liai., C 222, u» 160 's', p. 1-14.)
Le 10 janvier 1790.
Je vais selon vos désirs, Monsieur, vous donner tous les détails de l'exécrable journée du o au 6 parvenus à ma connoissance, soit pour les avoir vus, sus ou entendus. Je passerai rapidement sur ce que vous savez déjà
Nous montâmes à cheval à 3 heures et demie, pour nous rendre sur la place d'Armes. A peine étions-nous en bataille en face de l'avenue, qu'une colonne de femmes d'environ 5 à 600 vint poquer contre ma brigade qui masquoit la grille. Il y avoit quelques hommes, armés de piques et de crocs, mêlés parmi ces femmes. Des hurlemens affreux, des cris horribles effarèrent beaucoup nos chevaux. Nos rangs s'ouvroient, et les femmes saisissoient ce moment pour passer. Au milieu de ces cris nous distinguions les demandes de voir le Roy pour avoir du pain. Nous leur répondîmes toujours avec douceur que c'étoit impossible. Nous leur proposâmes d'en laisser passer douze d'entre elles. Elles répondirent qu'elles vouloient passer toutes et qu'elles passeroicnt toutes. Le duc de Guiciie ' étoit à côté de moi. Je lui dis : « Monsieur le duc, ceci n'est