‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 106 sur 553 · De M. de Varicoiirt^ an même · texte numérisé non relu

De M. de Varicoiirt^ an même

(Ibid., p. 202-203.)

De Ge\. le 7 mars 1790.

... Il est très vrai, Monsieur, que nous étions de service à la grande salle, mon frère et moi, à l'époque de ces affreuses et cruelles journées. Dans la nuit du 5, mon frère fut de ceux qui la passèrent aux appartemens. Ils n'en revinrent le lendemain que sur les 5 heures et demie. Je ne le pus voir qu'un moment, ayant été obligé de me rendre au poste qui m'avoit été assigné dans la cour Royale. Je vous ai mandé dans ma précédente tout ce qui m'y étoit arrivé et de quelle manière je m'étois soustrait à la fureur de ces forcenés.

J'avois donc laissé mon malheureux frère à la grande salle. Voici comment, à ce qu'on m'a rapporté, il étoit tombé entre les mains de cette horde de brigands.

Fatigué de la nuit qu'il venoit de passer, il s'étoit endormi sur un des lits de la grande salle. Eveillé tout à coup par les cris de ces barbares, il s'étoit transporté sur l'escalier du lloy, pour s'opposer, autant qu'il pourroit, tant par les discours que lui suggéroient son amour et sa fidélité pour son Roy que par ses forces physiques, à ce que ces monstres ne pénétrassent pas dans la salle de la Reine et dans la grande salle. Mais ce fut en vain. Le langage de l'àme honnête et vertueuse ne pouvoit être entendu par ces forcenés (jui ne cherchoient et ne demandoient que du sang et des victimes. Mon pauvre frère accablé par le nombre, le corps à moitié déchiré, fut traîné par les cheveux jusque dans la cour Royale, le col coupé. Un grenadier de la milice nationale, qui est de ma province, me dit l'avoir vu périr, et qu'il n'avoit pu le secourir. L'on m'a dit encore que ce qui avoit davantage animé ces monstres contre cette innocente victime étoit ([u'on l'avoit pris pour INL le duc de Guiche.

Voilà les renseignemens (jui -m'ont été donnés sur la lin

1. Maiio-ELieiiun Uoupli do Varicoiirl, lioulcnaiil-coloiicl de cavalerie, nunirul, en 1779, laissant dix entants, dont plusieurs seiviiont dans les (jlardes du corps, l/aulcui- de cette lettre est peut-être Claude- Gabriel Koupli de Varicourt, ;;arde du corps de la compagnie de Noailies. ton frère cadet, dont il raconte la mort tragiijue, est certainement François Rouph de Varicourt, né eu 1760, massacré le 0 octobre (Archives nationales, \V 2!>u,

Un frère de ces Varicourt, Pierre-Marie, né en 17.").'), devint évéque d'Orléans en 1SI7. Leur scBur, Kenéc-Pliililiorto, avait épousé Cliarles, marquis de Villette (173C-17ti;{].

AU COMTE D AC.OULT llo

cruelle de celui qui ne cessera de faire couler mes larmes. Ah ! du moins sijavois pu le secourir, recevoir son dernier soupir ! Peut-être aurois-je été comme lui victime de la fureur populaire ! Et que m'importe ! Je n'aurois fait que d'avancer de quelques jours le terme de mon existence. Dans notre juste (louleur, notre seule consolation, c'est qu'au moins notre Roy doit être persuadé de son amour et de sa fidélité pour sa personne...

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