De M. Moreaii^, au même
{Ibid., p. 139-140).
De la Châtaigneraie, le 22 février 1790.
... J'étois de service à la salle du Roy, le 5, après la députation des dames de la halle, vers les 5 heures et demie. Je fus nommé, quatrième, pour renforcer le poste de la voûte. Madame Adélaïde' avoit fait relever son poste. Madame 'Victoire "l'avoit conservé. Sur les 7 heures, on nous releva et tout parut calme au Château. A 6 heures du matin, on demanda un
i . Piorre-Micliel de la CalprenèJe, garde du corps de la compagnie écossaise.
2. Guillaume-François Tardivet du Repaire, né en l/.'iT, garde du corps de la compagnie écossaise. Voir sa déposition dans l'roccdurc instruite, l. I, p. 25-27.
3. Garde du corps de la compagnie de Luxembourg. Fent-ôlre Alexis-Marie-Anne Jlorcau du Plessis, chevalier de Saint-Louis, qui habilail bien la Châtaigneraie en Vendée.
4. M™"^ Marie-Adélaïde de France, (juatriéme fille de Louis XV (173i-18ÛO).
5. Louise-Marie-Tliérèse-Victoire de France, cini|uième fille de Louis XV (1733-1799).
AU COMTE D AGOULT Hî
garde de chaque compagnie à la salle du Roy. Je me trouvai là et je marchai. Je fus placé à la grille à gauche, et M. des Huttes adroite^ Il y avoit également de nos camarades à la voûte, et à la grille de la cour des Princes qui étoit ouverte. Il se fit de ce passage à la voûte un courant de cette populace. Nous le traversâmes pour aller à nos postes. Je les regardois pour mon compte comme des étrangers qui cherchoient à satisfaire leur curiosité. Mais lorsque nous fûmes placés, cette multitude venoit contre nous, [vomissant] des imprécations, des menaces et des insultes en tout genre. Cependant cette troupe grossissoit. J'entendis du Château des voix qui nous crioient, quoiqu'il ne fût pas jour: « Chez le Roy! Sauvezvous ! » Il en étoit encore temps ; mais il me parut dur d'avoir l'air de fuir ces gens-là. Je continuai à marcher au pas vers le Château, lorsque j'entendis un de ces brigands crier: « En voilà un ! C'est un chevalier de Saint-Louis ! » Et les voilà rendus sur moi. Ils se saisirent de mon mousqueton dont je ne fis pas d'usage. Je fis cependant quelque résistance. Ceux quiétoient sur le balcon, voyant le danger que je courois, me crièrent : « Rendez vos armes ! » Ce que je fis, et pour sauver mon épée, je la détachai du ceinturon. En même temps, un autre brigand me la saisit et m'ordonna de la lui rendre. Je la tenois de la main droite à la poignée, et de la gauche un peu plus bas. J'eus de fortes tentations ; mais ma prudence ne m'abandonna point, et je restai. Soit qu'il vît dans mes yeux ce qui se passoit dans mon àme, il me sembla que je l'intimidois. Je profitai de cet instant, je fis un effort et la lui arrachai des mains. L'instant étoit pressant et critique. Je cherche à gagner l'escalier. Le Suisse du bas de l'escalier, qui voyoit mon embarras, tint la porte ouverte et me reçut bien à propos, car une seconde de plus jétois immolé. M. des Huttes ne fut pas aussi heureux. Il fut massacré, pour ainsi dire, à mes côtés-. Au même instant, l'escalier fut rempli de brigands. Mes camarades qui étoient dans la salle du Roy sortirent sur le perron, le mousqueton haut. Le commandement fut fait très prudemment de ne pas tirer, et nous nous retirâmes tous dans la salle du Pioy et de là à l'Œil-de-Rœuf...
1. François f'agùs (îes Huttes, néà Vic-sur-Cère (Cantal) eu 1733. était le second des quatre frères des Huttes qui servaient dans les Gardes du corps. C'est celui qui fut massacré (Cf. son acte de décès aux Archives nationales, W 290, n° 179).
2. Des Huttes fut massacré vers G lieures et quart du matin. (Lettre d'un de ses frères, garde du corps de la compagnie écossaise, de Vic-sur-Cère, du 30 février 1790. Arcli. nat., G 222, doss. ICO'", p. 127-128).
il4 M. DE VARICOURT