De M. de Lésigny ' au même
(Ifjid., p. 234-250.)
Clamecy, 23 février 1790.
'Voici, Monsieur, ce qui m'est arrivé la nuit du 5 au 6 octobre, à la salle Daupliine.
M. de Vaulabelle -, à 1 heure après minuit, m'ordonna d'aller relever sous la voûte un brigadier et huit gardes avec un pareil nombre. Je m'y suis rendu. J'y ai resté jusqu'à 4 heures. Pendant ce temps, le brigadier que j a vois relevé passa à ma place à la salle Dauphine. M. le comte de Saint-Aulaire y étoit resté toute la nuit jusqu'au moment où tous les brigands arrivèrent dans la cour. Il me quitta pour lors pour se rendre auprès de M^"" le Dauphin. Je lui demandai ses ordres : « Mon ami, faites ce que la prudence vous suggérera », me répondit-il. M. de Saint-Aulaire ne fut pas entré, que j'appris que M^"" le Dauphin étoit monté chez le Roy, et un instant après les brigands vinrent pour forcer la porte de notre salle qui donne sur la cour de Marbre. J'avois fait entasser derrière des baudets pour les arrêter un moment. Jugeant ensuite que nous pourrions mieux nous défendre dans la première antichambre de M^'' le Dauphin, où nous n'avions qu'une porte à garder, pouvant être assaillis dans la salle par deux endroits, j'y conduisis ma troupe et la sentinelle, et j'y fermai deux portes sur nous. J'entrai ensuite dans l'appartement de M^"" le Dauphin, pour vérifier par moi-même si réellement il en étoit sorti. Après avoir parcouru tout l'appartement, je n'y trouvai qu'une espèce de femme de charge qui me confirma que M^'' le Dauphin étoit chez le Roy, mais que les brigands cherchoientà enfoncer l'appartement de la Reine. Pour lors, je n'hésitai plus sur le parti que j'avois à prendre. J'enlevai ma garde, pour la porter bien vite au secours de Sa Majesté. Je la fis monter par un petit
1. Christopiie Chevaunes de Lésigny, brigadier de a compagnie de ISoaillos.
2. Jean-Baptiste Tenailles de Vaulabelle, maréchal des logis de la compagnie do Noailles.