‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 117 sur 553 · De M. de Girardot ^ au même · texte numérisé non relu

De M. de Girardot ^ au même

fjbid., p. 178-185.)

De Troyes, le 21 février 1790.

Vers les 3 heures du matin, M. de Vaulabelle me dit qu'il

alloit faire relever les postes des grilles, voûtes, etc., que j'allasse prendre la place de M. de Lésigny, brigadier, à la salle Dauphine ; où étant allé, je trouvai les Gardes de cette salle et M. de Saint-Aulaire causant avec eux près du poêle. M'étant mis sur un baudet pour me reposer, je m'y endormis quelques instans. Sur les 6 heures du matin, ce fut M. de Vaulabelle qui me réveilla, pour me dire que, le service ayant coulé à fond, il falloit que je reprisse les postes que j'avois occupé la veille à G heures du soir, qu'il ne me falloit que 8 gardes du corps pour le poste de la voûte et celui de la Comédie, que je les trouverois dans la grande salle. J'y allai, pris les 8 grenadiers. Comme je pariois, M. des Huttes me dit qu'il dcvoit être en sentinelle à la grille à 6 heures du matin et que personne ne l'avoit encore demandé pour l'y conduire, quoique l'heure fût sonnée. Je lui dis de se joindre à ces messieui's et que je le placerois après avoir relevé mes postes.

C'est ici que commence la scène d'horreurs.

A peine m'étois-jc acquitté de ces fonctions, que je m'aperçus que la grille de la cour des Princes étoit ouverte. Je fus à M. de \' aulabelle, qui étoit pour lors dans la cour, et lui en témoignai ma surprise : « Hier, luidis-je, nous gardions ce poste. Comment S(> fail-il qu'il soit sans défense aujourd'hui '.' » Il me répondit que tel étoit l'ordre. J'insistai sur la nécessité de fermer cette grille. Il me dit alors queles grenadiers aux Gardes françoises avoient repris leurs postes et qu'il falloit que ce passage fût libre pour

1. I.ouis-Bcniarcl Girardot de la Salle, brigadier delà compagnie de Noaillos,

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le service, les autres étant fermés. Sur ce, il me quitta. Je réfléchissois sur le danger dune telle confiance, en voyant beaucoup de peuple qui environnoit les grilles, et je retournai ciiercher 'SI. de Vaulabelle dans les salles, pour lui renouveler mes craintes et lui faire observer que le poste de l'Horloge, qui nétoit plus gardé, me st^mbloit devoir n'èlre pas négligé, lorsqu'approchant du poste des Cent-Suisses, qui est au bas de 1 escalier de Marbre, j'entendis beaucoup de bruit, qui me fit retourner la tète. J'aperçus une multitude de gens armés de })erches enferrées et autres armes ofîensives. C'est sans doute à cette époque qu'il faut rapporter la mort de M. des Huttes. Quant à M. de Varicourt, plusieurs personnes ont dit qu'il avoit subi le même sort dans la cour des Princes. Un garde du corps, que je connus ensuite être M. Moreau, chevalier de Saint-Louis, compagnie de Luxembourg^, étoit tiraillé par ce peuple; j'allois pour le dégager, lorsqu'il est accouru vers moi. Alors j'ai continué de marcher, pour avertir nos messieurs de cette insurrection.

J'étois à peine au haut de l'escalier où tous nos messieurs accouroient en mettant leurs armes enjoué, que ces gens qui étoient sur mes pas montèrent rapidement en jetant de grands cris. Je mis 1 épée à la main et m'attendois que l'on alloit faire feu, lorsque j'entendis l'ordre : « Xe lirez pas ! » Je me mêlai avec mes camarades, en remettant mon épée dans le fourreau. Ces mêmes gens nous suivirent dans la salle du Roy, et nous nous retirâmes dans l'Œil-de-Bœuf, dont on ferma la porte, qui fut rouverte ensuite pour recevoir MM. de Miomandre - et du Repaii'e '% deux grenadiers du corps, tout couverts de sang, les cheveux épars, et blessés tous deux à la tête d'une manière qui paroissoit dangereuse. On mit des banquettes derrière la porte, pour pouvoir résister plus longtemps aux efforts que l'on faisoit pour l'enfoncer. Dans cet état de choses, je vis le Roy en robe de chambre sortant de l'appartement de la Reine ; il ne nous dit rien.

Peu après la rentrée du Roy dans son appartement, je vis SI. d'Aguesseau qui frappa longtemps à la porte de l'appartement sans qu'on lui ouvrît. Alors la Garde nationale étoit en bataille sur la cour de ^larbre. Un homme mort étoit étendu les jambes écai'tées, les pieds tournés en face de l'appartement

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