Du mêijie à M. J.-B. Cogels, son oncle, à A/tcers
{Ibid., T* 15G2«, p. 399.)
Paris. 14 juillet 1789.
... Vous aurez appris par vos lettres d'hier le renvoi de M. Necker. La populace s est ameutée et a commis des excès considérables. Ils ont débauché une partie des Gardes françoises et ont fait feu sur les troupes. La nuit du 1:2 a été fort orageuse, et chacun devoit sérieusement prendre garde à soi. Celle du 13, qui est la dernière, paroit avoir été plus tranquille. On a cependant mis le feu au Palais-Bourbon, au Temple, et dans plusieurs autres endroits. Tous les bourgeois se sont enrégimentés au nombre de 40.000, pour faire des patrouilles. Ils ont repris les Gardes françoises avec eux, et désarment ainsi les gens mal intentionnés qui étoient tous armés des magasins d'armes et boutiques de fourbisseurs et armuriers qu'ils avoient pillés.
royaume; arrêté datis l'Assemblée générale des cocus du royaume, tenue dans la plaine des Sablons, ce 10 juin 1789. Paris, 1789, in-S".
1. Depuis plusieurs jours déjà, à cette date du 30 juin, les soldats des Gardes françaises affichaient une indiscipline à peu près complète, et le 20 on entendait dire (juaucun d'eux n'était plus dans leurs casernes (/ou/vmi de Hardy, cité dans Chassin, op. cit.. t. II, p. 449-43Ù). L'emprisonnement de il de leurs camarades enfermés dans la prison de l'Abbaje, pour avoir refusé d'user de leurs armes contre les cilovens à Versailles le 23 juin, la délivrance de ceux-ci par le peuple dans la soirée du 3Û fut l'occasion pour les Gardes françaises de persévérer dans leur altitude. Finalement la grâce des mutins ayant été arrachée au Hoi, les Gardes françaises reprirent leur service les premiers jours de" juillet (Bertrand de Moleville, Histoire de la dévolution de France, t. I, p. 263-273, et Chassin, op. cit , t. 111, p. 449-453, 439, 462, 469).
H faut croire et espérer que tout va rentrer dans le devoir. Les bourgeois armés le sont en même temps pour soutenir le parti du tiers et s'opposer aux troupes, si elles les attaquoient ; mais je pense qu'elles n'en feront rien, et la bourgeoisie mérite des remerciemens de la part du Roy, puisque les troupes débandées rentreront successivement dans le devoir. Le baron de Breteuil est nommé premier ministre, M. Foullon, intendant de la Guerre et des Colonies, M. de Broglie, ministre de la Guerre, le duc de laVauguyon, aux Affaires étrangères. Les spectacles et la Bourse ont été fermés.
Je suis...
7. — Du môme à la comtesse de Gontrœuil.^ sa sœur, à Loucain.
{Ibid., T. lo62', p. 30-37.)
Paris, 15 juillet 1789.
\'ous entendrez probablement beaucoup parler de la journée que nous avons passée hier et des troubles qui agitent cette capitale depuis huit jours. L'époque des barricades s'est renouvelée hier dune manière cruelle, el malheureusement pour plusieurs personnes. On s'attendoit cette nuit à devoir combattre les troupes du Roy, qui eussent certainement tout passé au fil de l'épée, si elles y fussent entrées en vainqueurs, Tespérance du pillage étant la seule [chose] qui put animer le soldat dans ces momens. Les Gardes françoises et plusieurs autres régimens se sont joints aux bourgeois. On a pris d'assaut la Bastille, les Invalides et le Champ-de-Mars. Le gouverneur de la Bastille, son lieutenant et le prévôt des marchands ont eu la tète tranchée ' ; ou a régalé de ce spectacle toute la ville ; les tètes ont été portées sur de hautes piques, anciennes armes de Sarrasins pillées au garde-meuble de la Couronne. Ils cherchent aujourd'hui le lieutenant de police- pour l'expédier de même. Beaucoup de monde a péri ; il s'est commis des cruautés dignes d'un autre siècle. Dieu sait comment cela finira ! J'espère cependant que le plus fort est fait.
On ne laisse personne sortir de Paris...