Dt( même au comte J.-B. de Pestre, so?i frère, à Spa
[Ihid., \). 40-41.;*
Paris, le 2i juillet 17S9.
Il est des nouvelles qui répugnent tellement que plus on peut les différer, mieux c'est. On voudroit les écrire dans le premier moment, qu'il seroit impossible. On en est soi-même tellement affecté, qu'il faut plusieurs jours pour se remettre. De ce nombre sera toujours la triste tin que viennent de faire MM. Foullon et Bertier, intendant de Paris. Le premier a été conduit de six lieues de Paris, de Viry\ où il sétoit réfugié, à la maison de ville. On l'a accusé d'avoir trempé dans un projet qui devoit mettre cette ville dans la dernière extrémité par la famine, le siège et le feu. Tous ses juges l'ont jugé innocent; ils sont sortis pour le déclarera la populace. M. de la Fayette a fait l'impossible pour le sauver. Le peuple vouloit du sang. Ils sont devenus avides de ce spectacle. Ils ont enfoncé la porte de rUôtel de ville, et se sont emparés de leur victime. Après l'avoir rudement traité, il l'ont pendu à la place d'un réverbère. La corde a c^ssé, il est tombé <^xpirant. On lui a coupé la tète qui a été promenée sur une pique, et son corps traîné dans toutes les rues de Paris, avec une férocité qui a révolté les cœurs les plus endurcis. M. Bertier, arrêté par le peuple à Gompiègne, a été conduit en cabriolet, dont on avoit coupé le dessus pour qu'on pût le voir-. Il étoit déjà mutilé en arrivant à Paris.
1. FouUou avait fail le 15 juillet euLerrer sous sou nom im de ses domestiques qui venait de mourii- dans un de ses domaines et s'était ensuite réfugié à Viry-CUàliUoii, dans un château appartenant à il. de Sarlines et prés duquel il avait une terre. Il l'ut reconnu passes paysans et amené à Paris le i2 juillet. Le l>ruil de sa mort avait bien couru à F'aris et i Versailles, puisque le IS juillet l'auteur de la Correspondance secrète noie : "M. Foulloji est mort subitement d'une attaque d'apoplexie ». [Correspondance secrète publiée pai- M. de Lescure, t. U, p. 372.)
2. « Foullon, dit une note inédite de Moreau de Saint-Méry. fat pendu à la lanterne du coin de la place de Grève et de la rue de la Tannerie, à 3 heures un ijuart, le 22 juillet I78'J, et le peuple, qui voulait faire subir le même sort à sou gendre Beitier, le massacra sous la même lanterne, le même jour, à 9 heures précises du soir ». (Archives du Ministère des Colonies, Collection Moreau de Saint-Mw-, F^, 14-0 his, p. .54.)
On l'a reçu à la porte avec le corps de son père^ et sa tête qu on lui a fait baiser. Il est arrivé à la maison de ville, y est resté dix minutes, et quoiqu'on n'ait rien trouvé dans sa conduite qu'un intendant ne soit obligé de faire, comme il avoit dû livrer des poudres aux troupes du Roy, il a fallu l'abandonner au peuple. 11 croyoit qu'on le conduisoit à la prison de l'abbaye Saint-Germain. 11 a été dans l'instant haché de 600 coups de sabre. On a porté tous ses membres en triomphe ; son cœur a été offert à monsieur le maire de la ville à la pointe d'une épée^.
Il y a une nouvelle liste de 30 proscrits. La populace les cherche partout. Si elle les trouve, même sort les attend. Tout le monde est en danger. Sans procès, on pend à tous les coins de rue. On attend le retour de M. Necker. C'est la seule consolation des bons citoyens, qui dans les malheurs passés en voient d'infiniment plus grands fort prochains... Je vous souhaite des plaisirs vifs à Spa; ils sont bannis de ce royaume...
Adieu...
9. — Du même à M. de Doué, son beau-frère, intendant de Moulins.
{IbiiL, p. 41.)
Paris, le 25 juillet 1789.
Il règne ici un peu plus de calme aujourd'hui, mon cher ami. Il paroît qu'on s'occupe à prévenir les nouvelles cruautés qui s'apprêtoient. On a inutilement cherché d'autres proscrits; plusieurs sont, à ma connaissance, passés en Angleterre, tels que le duc de Luxembourg, M. d'Eprémesnil, d'autres à Spa.
Paris est consterné et indigné de ce que des scélérats ont fait dans son sein, sans qu'il ait été possible de leur opposer