A M""® DE DOUÉ
sonnes infructueusement. Celles de Versailles, auxquelles je savois que votre grande proposition pourroit convenir ', viennent d'avoir leurs papiers de terres brûlés et même leur château, et sont totalement dégoûtées de toutes acquisitions dans ce moment; un autre ma répondu qu'il ne disposeroit pas d'un sol tant que la Constitution ne seroit établie. Enfin je ne vois et ne suis entouré que de gens qui voudroient perdre un bras pour sauver l'autre ; cela détourne de l'envie de se mettre des bagues aux doigts, telles que terres, maisons de campagne. Votre terre, d'ailleurs, sera d'une défaite difficile dans ce moment. J'ai trouvé quelqu'un qui m'a dit que vous aviez un procès considérable prêt à éclater. Je me suis fait détailler le plus que possible ce dont il est question, et voici ce que j'en ai appris. Des paysans de votre terre, fondés de pouvoirs de tous les autres, au nombre de cinq ou six qui en attendent trente autres, ont pris Miciiés pour procureur ; ils griffonnent des mémoires, ils se fondent sur un abus d'autorité (c'est leur grand cheval de bataille), ils prétendent que le subdélégué de Chàteau- Chinon a rendu une sentence inique, que la maréchaussée la fait observer de force, et veulent partir de là pour démontrer le pouvoir des Intendans et l'usage qu'ils en font, etc.. Enfin je ne sais qui les conduit, mais ce qu'ils veulent le plus, c'est faire du bruit ici et obtenir abolition de toutes leurs servitudes, et obtention des droits d'usage...
Vous aurez appris, sans doute, le choix des ministres; l'archevêque de Vienne, à la feuille des bénéfices; l'archevêque de Bordeaux, aux sceaux ; M. Paulin de la Tour du Pin, à la guerre, et ce qui est plus étonnant, le maréchal de Beauveau entré au Conseil, pour y donner Dieu sait quels avis,* car je crois qu'il n'est pas capable d'en avoir. Au reste, on a fait subitement et à l'improviste des choses étonnantes. Cela a pris l'Assemblée comme une envie de pisser. Voici ce qu'on nous en dit : 1° égalité d'impôts ; !2° renonciation générale de tous privilèges par les pays d'Etat, ordres et communautés ; S° rachat des droits féodaux ; 4° suppression des mainmortes et servitudes personnelles ; 5° rachat des rentes du Clergé, dont le prix placé au profit des bénéfices ; 6° abolition des capitaineries et de tous droits dédiasse ; 7° abolition des justices seigneuriales ; 8° abolition de la vénalité des offices de judicature ; 9° justice gratuite ; 10° destruction des garennes et colombiers; 11° rachat
1. Comme on le verra plus bas, il s'agit ici de la vente dune propriété située près de Cliâteau-Cliinon et appartenant aux FouUou de Doué, vente que M""» de Doué avait chargé son frère de négocier.
des dîmes et champarts ; 12° défense de créer aucuns droits féodaux ; 13° abolition du casuel des cures hors des villes ; 14° augmentation des portions congrues généralement ; 15° pluralité des bénéfices supprimés ; 16° admission générale de tous citoyens aux offices civils et militaires ; 17° suppression des jurandes; 18° médaille frappée pour conserver le souvenir de ce jour mémorable ; 19° le Te Deum chanté dans tout le royaume ; 20° le Roy proclamé restaurateur de la liberté française. Pourvu qu'il ne tienne pas sa boutique dans la rue, il sera fort heureux, car les architectes abattent la maison de tous côtés sans avoir de place pour la rétablir. Adieu, ma bonne amie...
l-i. — Bu même à la comtesse de <Tontrœuil, sa sœur,
à Louvain.
[Ibki., p. 31-32.)
Paris, 7 août 1789.
Jai reçu des lettres, ma chère amie, de M""' de Doué qui paroît se porter bien et être assez tranquille chez elle. Sa province est cependant infestée de brigands ; mais les milices bourgeoises les combattent et tâchent de les dissiper. Nous sommes ici un peu plus tranquilles. La ville est désertée par tous ceux qui n'y sont pas retenus ])ar dos affaires, et on ne voit personne aux spectacles. On apprend tous les jours les désordres qui se passent dans toute la France ; on brûle les papiers et les châteaux partout, et je tremble que cette maladie ne gagne. Personne ne paie, et les fermiers croient être possesseurs de ce qui leur est loué... Tous les droits sont supprimés, môme la chasse. Jugez, d'après cela, quelle peut être la valeur des propriétés et des revenus. Dieu seul sait ce que tout cela va devenir, mais il est bien douloureux de voir son sort entre les mains de gens qui, pour les trois quarts, n'ont rien que leur clientèle...
Le cardinal de Rohan^ est de retour ici; c'est un nouveau pied de nez pour la l\eine. Si vous voyiez Versailles gardé ])ar les bourgeois, vous seriez bien étonnée. Les gens de
1. Louis-Reiié-Édouard, cardinal de Uoliaii, cvèquc de Strasbourg (1734-18U;i), député du tlorsé lie llaiiiionaii.