K M™^ DE DOUÉ
la Cour sont bafoués partout et ne se montrent nulle part...
[l'^. — Du mihnc à M"^^ de Doué, sa sœu?-, à Moulins.
(IbiiL, p. 50-57.)
Paris, le 13 août 1789.
... Je suis charmé, ma chère amie, que vos provinces soient clans un état de tranquillité plus grande quici. Les environs de Paris ont été ravagés par les chasseurs, ou plutôt les brigands de toute espèce. Ils chassoicnt par bandes de :200, et vous imagineriez dilTicilement les énormes abatis de gibier qu'on a fait pendant les trois premiers jours. On ne connoît ici aucun pouvoir, chacun fait ce qu'il lui plaît. On devoit rouer hier un homme qui a tué son père de dix-sept coups de couteau. Des brigands, ses semblables, l'ont sauvé aumoment del'exécution. Enfui, personne ne peut prévoir ce que tout cela deviendra; mais il faut être malheureux pour être né pendant ce siècle. Heureux sont les émigrans ! Plus heureux encore ceux qui n'existent pas et ne voient pas toutes les horreurs qui se passent tous les jours dans cette nouvelle Gomorrhe !
On a supprimé hier toutes les dîmes, honneurs et pouvoirs temporels ecclésiastiques après le décès des usufruitiers'. Tous les biens de l'hglise seront à la Nation ; les religieux seront supprimés; les évêques, curés, etc., aux appointeraens. Cela n'est pas encore fait, mais il y a à parier que cette motion sera la plus forte.
yi. de ^Mirabeau, dans ses discours contre les dîmes, a dit qu'il falloit salarier ces gens-là. Il s'est élevé un murmure à ces mots. « Oui, messieurs, a-t-il repris, salarier; car je ne connois que trois manières de vivre dans la société, et c'est d'y être mendiant, voleur ou salarié ! » A ces mots l'Assemblée générale a ri 2.
Adieu, ma chère amie, embrassez votre mari pour moi.
1. Avant-hier, aurait dû dire Seuefle. car le décret fut rendu dans !a séance du 11 aoûl {Arcn. pari., t. VllI, p. 397-3'JSl.
J. ^^éance du 10 août [ibid., p. 3S6>