Du même à la même
{Ibid., p. 08-59.)
Paris, le 17 août 1789.
... Je crois que la vente, dont vous me parlez, est presque impossible dans ce moment-ci, parce que, comme personne ne sait le genre d'imposition qui va être mis sur les terres, surtout sur les bois, on n'acquerra pas sans savoir ce qui va arriver. Dans un mois, on saura quel est le projet. On a ôté le dixième ; on veut ôter taille, capitation, corvée, etc.. Il faut savoir comme tout cela sera remplacé, et les riches terriers que je vois quelquefois ici ne paroissent pas du tout rassurés sur leurs possessions. Le croiriez-vous enfm, un maudit projet, qui veut le partage égal des terres comme à Lacédémone, effraie un nombre infini de possesseurs, quoiqu'il paroisse démontré qu'on ne s'arrêtera seulement pas à cette ulée, qui seroit la manière la plus forte d'attaquer les propriétés qu'on veut conserver.
Il y a longtemps que j'ai jugé l'homme dontvousme parlez... Quant aux écrits dont il menace, il en paroît tous les jours de si atroces et dans tous les genres possibles, que ce seroit petitesse de craindre. On regarde tout cela comme faux.
Ce qui me fait grand plaisir, c'est de voiries égards, l'amitié qu'on a pour vous à Moulins. Plus vous y serez connus l'un et l'autre, plus on vous chérira. Je tremble seulement que le nouveau genre d'administration annule la raison qui vous attache à cette ville...
Tout est assez tranquille ici, depuis quelques jours. On a retranché les dîmes. Les chasses sont au pillage. On s'occupe de l'organisation et de l'ordre des provinces. M. de Belsunce a été pendu à Caen, pour avoir fait arracher à deux soldats des espèces de médailles qu'on leur avoit données pour prix de leur patriotisme. Ils l'ont arraché des casernes, et ont promené sa tète'. On dit qu'il y a du désordre à Poitiers. Nous avons 17.000 ouvriers que la ^'ille fait travailler à Montmartre,
I. Voir sur les troubles de Caen el le massacre de M. de Belsunce, major on second du réjfiment de Bourbon : Révolulions de Caen, capitale de la Basse-Normandie, ou récit exact de ce qui s'est passé dans cette capitale et particulièrement de la j.risc de la forteresse (18-il juillet 1189). par l'oinoot, l'aris, 1789, iii-8» ; — Bucliez cl Roux, Histoire parlementaire, \.. \\, p. 140-141 ; — Floiiuel, Histoire du parlement de Normandie, 18(il, iu-8», l. IV, p. 544-546).