‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 145 sur 553 · Du même an chevalier de Bernières, à Bruxelles · texte numérisé non relu

Du même an chevalier de Bernières, à Bruxelles

Paris, 28 octobre 1789.

Je suis bien sensible, mon cher Bernières, à votre souvenir. Je ne savois où vous étiez résolu de passer l'hiver... Je désire que vous trouviez dans la ville de Bruxelles l'agrément que vous méritez d'avoir partout... Il ne faut cependant point se dissimuler que le moment où vous y allez n'est pas celui où la tranquillité, la paix et les plaisirs régnent. Les divisions intestines, qui agitent toute l'Europe, s'y font sentir; l'autorité combattue ou attaquée produit la contrainte et s'oppose au bonheur des habitans.

Vous avez, dans tous les cas, bien pris votre moment pour quitter Paris. Cette ville est devenue une vaste prison : peu de société, l'entretien perpétuel des malheurs qu'on y éprouve, etc., etc., peu de pain, misère générale, à chaque minute des troubles. Je vous assure que ce n'est point exister que d'être dans cette perpétuelle perplexité. Comme il faut cependant prendre le temps comme il vient, je tâche de gagner une époque plus heureuse en m'amusant le moins mal possible. Cette philosophie me plaît.

L'archevêque de Paris, craignant pour ses jours, a quitté le royaume sans passeports de l'Assemblée'. Plusieurs hono-

I. Il va là une légère erreur. Le l.ï oclobro 1789. lors de la dernière séance de r.\ssemblée à Versailles, M. de Juigné demanda, bien avant de quitter la France, un congé de l'Assemblée et des passeports. (Voir plus haut, p. 28.)

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