Du même à M. J. Annett, à Bruxelles
(Ibid., p. 163-165.)
Paris, 7 octobre 1790.
... D'après les informations que j'ai prises, il me paroît effectivementqu'on n'obtiendroitpas grand'chose de plus en inquiétant M. Dubuc. et qu'il vaut mieux, quant à celui-là, patienter un peu. Il n'a point de demeure à Paris, on ne sauroil où l'attaquer. Ensuite, nous n'avons dans ce moment aucun tribunal. La justice ne se fait point, et il vous est bien facile de dire que les affaires sont négligées ici. Si vous voyiez le cahos dans lequel nous sommes, vous seriez peut-être étonné de ce que les choses ne vont pas encore plus mal. Tout est culbuté : administration, lois, principes, tribunaux. On ne sait plus à qui s'adresser, ni comment faire
Je ne fais nul doute qu'il est très instant de vendre l'emprunt de 125 millions... Quant à moi, j'ai vendu ce qui m'en restoit depuis plus d'un mois ; jaurois pu mieux faire, mais j'ai fait les réflexions suivantes, que je suis charmé de vous communiquer : i" la Constitution est trop nouvelle pour qu'on puisse regarder ses fondemens bien assis ; 2° l'impôt, qui doit garantir les prêteurs des dettes que l'État a faites, n'est point encore lixé, point assis ; nulle certitude que ce peuj)le, accoutumé à faire ce qu'il veut, consente aie payer; d'après cela, nulle sûreté sur la dette publique. Quant aux assignats, ils tomberoient d'euxmêmes, et malheur à ceux qui s'en trouveroient porteurs.
A M. J.-B. COGELS 177
Toutes les créations de papier-monnoie ont été affreuses depuis le système de Law, qui ruina tant de familles françoises. Les billets monnoie du Canada créés par les François, après la prise qu'en firent les Ang-lois, devinrent nuls, car le gouvernement françois refusa de les payer, quoiqu'd les eût donnés en payement. Ils créèrent, il y a dix ans, un papier-monnoie aux îles de France et de Bourbon; il perd aujourd'hui 30 p. 100. Les Américains insurgens créèrent aussi du papier-monnoie ; il perdit 909 sur I.OOO, en sorte qu'un membre de l'Assemblée nationale vint à dire, dans un discours, qu'il lui en coùtoit 36.000 livres en papier pour une paire de bottes et qu'un souper de 4 amis lui coùtoit 150.000 livres. Le papier-monnoie actuellement créé en Russie perd iO p. 100, et de tous les papiersmonnoics du monde aucun n'a jamais pu être regardé comme égal de l'argent. Lorsqu'un État le crée, c'est qu'il n'existe plus pour lui d'autre ressource. Dès lors, c'est un débiteur embarrassé, et toutes les fois qu'on peut se débarrasser des créances qu'on a sur lui avec une modique perte de 4 à 5 p. 100, il me paroi t qu'il n'y a point à hésiter... Je suis...