‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 171 sur 553 · Du même à M. J.-B. Cogels, à Anvers · texte numérisé non relu

Du même à M. J.-B. Cogels, à Anvers

(Ibid.. p. V83.)

Paris, \'2 novembre 1790.

... Je persiste avec fondement dans mes idées sur les opérations ministérielles dont nous nous sommes entretenus. Je ne pense pas que le Trésor royal se dégorgera d'ici à quelque temps de tous les effets qu'il a achetés, tant pour évacuer ses assignats que pour soutenir et rétablir ses effets vers le pair. Lorsque les besoins viendront, on revendra les effets achetés, et alors la baisse sera d'autant plus subite que le Trésor royal est administré par des gens qui, sachant à l'avance le secret de l'Etat et le moment du déblayement, en abusent ordinairement pour eux en vendant à tout prix à terme, en sorte que, quand les ventes effectives du Trésor arrivent, les effets sont déjà beaucoup baissés, les ventes considérables au comptant les atterrent, et nos administrateurs achètent alors à vil prix ce qu'ils ont vendu cher par engagement à terme. Je ne puis, mon cher oncle, que vous communiquer mes idées bonnes ou mauvaises, car si on pouvoit être bien certain d'une hausse ou

dune baisse, on feroit dans ce pays des bénélices immenses...

Au total, l'argent effectif est resserré partout et le papier partout offert. Pour ici, nous neconnoissons plus que lepapier ;on se met à genoux devant un écu, et en payant 7 p. 100, on ne peut que s'en procurer très peu. Il y auroit même du danger d'en prendre plus que ses besoins journaliers, et on parle parmi le peuple d'aller chez ceux qu'on soupçonne d'en resserrer, comme on parle des accapareurs de blés dans un temps de disette. En somme, nous sommes ici au centre de la confusion générale qui semble vouloir se répandre sur le monde entier...

Je suis...

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