‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 175 sur 553 · Du 7nême à M""^ de Doué, à Moulins · texte numérisé non relu

Du 7nême à M""^ de Doué, à Moulins

[ILhl., p. 34-33.)

Paris. 21 avril 1791.

... Vous aurez appris, ma chère amie, combien d'agitation nous avons eue dans la bonne ville. Le premier fonctionnaire vouloit quitter son palais pour aller dévotement chez sa femme achever le Carême. Mais comme les bons exemples de cette espèce sont rares ici, on l'a prié poliment, en lui fermant les portes et en les hérissant de baïonnettes, de vouloir bien rester où il étoit. Il est venu, le lendemain matin, s'en plaindre à sa chère mère l'Assemblée, qui l'a écouté favorablement en faveur de sa bonhomie. Les petites cousines de l'Assemblée, au nombre de 48, ont été consultées et ont résolu par avis de parens de ne pas interdire, ni priver leur pupille pour cette fois d'aller à sa campagne. La Fayette avoit espéré obtenir qu'on laissât aller le premier fonctionnaire à la promenade. Mais ayant vu échouer son crédit, il a envoyé sa démission. Les 48 sections ont été, hier, chez lui le prier de la retirer, ce qu'il a d'abord refusé. Il avoit chez lui plus de ;20.000 hommes de la Garde, tous les bataillons sans exception y ayant été. Il a consenti enfin à rester. Alors on est allé en ordre à la maison de ville retirer la démission, et nous sommes aujourd hui très tranquilles...

Adieu, chère sœur, mille embrassades à votre famille et au mari.

JEAN-FELIX FAYDEL Député delà sénéchaussée duQuercy à la ConsLiluante (I7i4-I8i'' D'après une gravure du Cabinet des Estampes à la Bililiollu'(|ue Nationale.

LETTRES DE M. FAYDEL A M. FILSAC (20 FÉVRIEU — 12 AOUT 1790)

Notice. — Les désillusions A'w\ Constiluant. — Les travaux de la Constituante de février à août 1790. — Divisions dans lAssemlilée. — Désordre des finances et de la justice. — Affaire du prévôt de Marseille. — Troulilos diins les provinces. — Force qu'acquiert le parti jacobin. — Cazalès à la tribune. — .\ITaire de Monlauban. — .\fraires du clergé. — Duel de Cazalès et de Baruave.

Entre tant de lettres où se trahit la lassitude, où se peignent les désillusions qui, dès le début de 1790, accablèrent bon nombre de Constituants, celles de Jean-Félix Faydel. député pour le Tiers de la sénéchaussée du Quercy, m'ont semblé i)articulièrement saisissantes par leur ton simple et poignant. Ce ne sont pas des impressions de séance qu'on y retrouve, mais bien le trouble et fangoisse qui devaient étreindre le cœur d'un bon citoyen en face des événements qui se précipitaient.

Né à Gahors le 9 septembre 1744, Faydel était avocat dans cette ville, lorsqu'il fut choisi comme député au.K litats généraux. D'opinions très modérées, il fit partie de bonne heure de ce groupe de députés, dont Malouet, Meunier, Lally-Tollendal étaient les chefs et qui, « vivant en une société intime », s'étaient donné avant tout pour tâche de « défendre l'autorité royale » *. Cette tâche, moins brillant peut-être, mais plus persévérant que beaucoup de ses amis, Faydel la poursuivit avec courage et ténacité jusqu'en 1791. Ce fut un vaillant serviteur de la monarchie, un homme d'ordre et de tradition, qui, l'ordre revenu, fut tout de suite appelé au service du gouvernement. Le 19 ventôse an XIII, il fut nommé conseiller de préfecture. Député en 1810. puis en 1813, à la Restauration, il eut le privilège de représenter son pays en des temps plus paisibles et moins orageux que les années tragiques pendant lesquelles il avait assisté et participé au douloureux enfantement de la France nouvelle. Il mourut en 1827.

Les lettres de Faydel sont adressées à un certain Jean Filsac, né en 17.57, et avocat, lui aussi, à Cahors. Ce Filsac devint, en 1791, secrétaire général du département du Lot. .Mais très modéré, il ne tarda pas à devenir suspect. Ses fonctions d'avocat l'avaient mis en rapport, sous l'ancien régime, avec beaucoup de familles nobles qui émigrées ne lui retirèrent pas leur confiance et dont il continua à défendre en sous-main les intérêts. Une dénonciation décida de sa perle. On retrouva chez lui plusieurs correspondances très compromettantes, l'une échangée avec la

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