‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 177 sur 553 · De M. F ny ciel à M. Filsac · texte numérisé non relu

De M. F ny ciel à M. Filsac

(Arch. nat., W 368, doss. 822, n" 4.3.)

Paris, le 20 février 1790.

J'ai reçu, mon cher Filsac, votre lettre du 10 courant. J'avois prévu la plupart des choses que vous m'annoncez, en sorte que je désespère de plus en plus de la chose publique. Il semble que l'aveuglement et le désordre doivent compléter nos malheurs. Notre situation devient tous les jours pire ; la division se fortilie dans l'Assemblée ; on ne voit quasi plus de numéraire ; les billets de la Caisse d'Escompte perdent 5 p. 100, et la misère augmente tous les jours. Jugez par là de notre situation...

Le malheureux Favras a été pendu hier. On assure que c'est une victime qu'on a vouée à la férocité du peuple, qui demandoit sa mort et qui a applaudi à la lecture de son jugement. J'ai lu ses mémoires ' ; si ce qu'ils contiennent est autant vrai qu'il est vraisemblable, sa mort seroit une atrocité, un assassinat juridique...

J'ai vu, dans une lettre que M. Belaire a écrit à son frère, qu'on fait courir le bruit que j'ai marqué à notre municipalité, il y a six semaines, qu'il y auroit des insurrections contre les seigneurs, et que je donnois pour conseil de ne pas y faire attention parce qu'on feroit peu de mal. Tâchez de savoir avec lui d'où il a tiré ce faux renseignement. C'est encore, j'imagine, quelque nouveau complot contre moi. Je vois qu'on ne me perd pas de vue.

Adieu.

1 . Mémoire pour Thomas de Maliy, marquis de Fuiras, chevalier de l'ordre royal el militaire de Saint-Louis accusé, contre Monsieur le procureur du Boy, accusateur, et Monsieur la procureur-syiidic de la Commune provisoire de Paris, partie civile. Chez Briaud, rue Favée-Saiut-André-des-Arcs, 1790, in-i».

A M. FILÏ^AC ISo

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