De la même au même
[Ibld.)
A Paris, le 14 avril 17'JO.
.le vous dois des réparations, mon aimable ami ; depuis quelque temps vous n'êtes point paresseux avec moi. Je n'ai pas besoin de vous -dire avec quel plaisir je reçois de vos nouvelles. Vous avez bien raison : dans ce malheureux temps on a plus besoin que jamais de sentir qu'on tient à quelque chose, quon a des amis, et qu'on n'est pas isolé, qu'il y a des êtres qui sentent nos peines.
Je n'avois pas attendu pour m'inquiéter et m'al'fliger de votre position, mon ami, que vous m'en parlassiez. Je crains depuis longtemps que les réformes et les changemens que l'on va faire dans le militaire ne vous atteignent. 11 est affreux pour vous d'avoir sacrifié tant d'années à un service pénible, dispendieux, et d'être à la veille d'en perdre presque le fruit, si un autre arrive pour commander à votre place... Mais je suis bien sûre aussi que le sort de la pauvre France, celui de notre malheureux Roy et de sa famille vous occiq)ent i)lus que le vôtre.
Vous avez souffert de ce qui s'est passé sous vos yeux ? Combien vous auriez pâti davantage, si vous étiez à Ijille actuellement, mon ami! On est donc venu à bout de semer la discorde dans les troupes au point de faire battre les soldats entre eux,
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do leur faire même assassiner leurs camarades. Eh! bien, si vous étiez ici, vous entendriez dire que c'est un nouveau moyen em])loyé par les aristocrates pour essayer une contre-révolution ! Quelle plate et barbare méchanceté ! On craint pour M. de Livarot ^., et hier on craignoit pour tous ceux que le peuple ajipcllc des calolins. Les papiers publics vous apprendront tous les débats de l'Assemblée et leur cause. Le chevalier d'Urtubie sort d'ici. 11 a dit à mon mari que l'abbé Maury avoit été sauvé de la fureur du peuple, qui vouloit le mener à la lanterne, par la Garde nationale -, et qu'on disoit que -400 députés avoienl protesté contre tous les décrets de l'Assemblée nationale, et demandoient sa dissolution. Je doute qu'ils aient osé faire cette démarche. Cela prouve au moins que le mécontentement est à son comble. Ah ! mon Dieu, quand et comment tout cela finira-t-il ? Il faut, mon ami, renoncer au plaisir de vous voir avant le mois d'août. Je conçois trop que vous avez de bonnes raisons de ne pas quitter votre poste à présent, et moi. voici ce que je deviendrai. Nous partons dans quinzejours d'ici, et j'en serai bien contente. Nous passerons un mois à Saint-Quentin et à Marcy "*; et puis nous partons d'abord pour Sedan et ensuite pour des eaux qui sont près de Francfort... Je désire bien, qu'à notre retour, vous soyez libre de donner à lamitié le reste delà belle saison...
Adieu, mon aimable ami...