‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 225 sur 553 · De la même au même · texte numérisé non relu

De la même au même

{Ibid., n" 34.)

Paris, 3 janvier 1791.

Je reçois votre lettre dans le moment, mon cher Désilles, et je vous dirai que vous n'êtes rien moins que docteur, en raisonnant sur la contre-révolution. Lorsque je vous avois mandé que j'avois songé à quitter Paris, il ponvoit y en avoir quelque apparence ; mais le projet de Lyon ayant été éventé, il n'y a plus d'apparence, et je n'y compte que si elle vient du ciel-. M. de ^lirabeau n'est pas parti ; il n'y a pas eu la moindro

I. Jeau-Jacques-François Le Barbier, pciulre d'histoire (1738-182C).

-.;. Ce projet contre-révolutiouuaire de Lyon se rattachait à tout uu plan iiour eiiti'aijicr le Roi. vers celle ville, dont on vouliùt faire la capitale du royalisme, comme l'aris était celle de la llcvoiulion.{.l/emoî>es pour scrrir à i/iistoire de la ville de Lyon pendant la Ilévulu- /ï'on, par A. Guillon de Monlléon, 1824, t. L p. '>'i-''>-) Lue insurrecLiou intérieure et l'invasiou du leiriloirc devaient iissuicr le succès de la couspiralion. — « Peadanlque les émigrés elles riénroulais cnlreiaient par la Savoie, des contingents suisses et allemands envahiraient l'Alsace ei ia Lorraine, l'ai'niée espagnole l'raucliirait la frontière des l'yréuées, et tous ensemble, riénionlais. Suisses, Alloniaiids, l"spa;.;uols, émigrés, royalislcs. niarclicraieiil sur Piïi'ie pour rétablir lanlorilé rojaie et l'aiicieu régime. » (Maurice Wald. Ijîs preiiiinres années de lu Révolution d Lyon, 1894, in-S", p. 234-285). Le dessein des conspirateurs fut découvert et ne recul aucun commencement d'exécution. Cf. Archives nationales, 1) .\.\l.\it.

insurrection dans le Nivernois\ Je ne pense point dans ce moment à quitter Paris...

Vous aurez, je pense, des remboursemens des Cordons bleus, des secrétaires du Roy et de vos actions de la Compagnie. Le premier est annoncé. Mais, ces jours passés, Bourgeois alla à l'ancienne compagnie des Indes, et on lui dit que dans le courant de Tannée on rembourseroit les actions. Incessamment je saurai vous le dire plus positivement...

M. de Cazalès doit faire imprimer le discours qu'il avoit eu dessein de prononcer le jour du rapport de Nancy, où il fut interrompu ayant prononcé le mot d' « ordre »-. Aussitôt que je l'aurai, je vous l'enverrai...

Le Roy a sanctionné le décret contre le Clergé, qui plus est, a phrasé sa sanction, en disant que, s'il avoit retardé, c'étoit pour tranquiliiserles esprits, mais qu'il disoit, avec la franchise qui est dans son caractère, qu'il veut toujours être d'accord avec l'Assemblée. Hier, on a affiché la sanction, et c'est dimanche prochain, à l'issue de la grande messe, que la municipalité ira dans les paroisses recevoir le- serment. Je pense bien qu'il y en aura qui ne le feront pas^ et qu'est-ce que tout cela va occasionner, Dieu le sait ! Beaucoup de curés de l'Assemblée l'ont fait, mais ce sont ceux du côté gauche. Il n'y a encore que M. l'évoque d'Autun qui l'ait fait\ On pense qu'il y aura d'autres évèques. Ou m'a dit tout bas que M. l'archevêque de Paris avoit envoyé son adhésion. J'en doute '. Mais chose affreuse, c'est qu'on assure qu'il a perdu la tête et qu'il est imbécile. J'e désire que ces deux choses soient fausses. On m'a dit que le Roy avoit fait écrire aux évèques pour les engager à faire le serment, même au cardinal de Bernis\

Aujourd'hui, car je vous écris dimanche au soir, M. l'évêque de Clermont a monté à la tribune, a voulu parler du serment et des exceptions que le Clergé étoit obligé de faire. Il a été liué des tribinies et du côté gauche''. Gémissons et attendons

1. La nièce de M"« de Nermoiit, M""*" Trublet de Nermont, était mariée en Nivernais.

2. Cazalès avait dit que le jeune Désilles était la gloire de l'ordre [de la noblesse auquel il appartenait. (Séance du 7 décembre 1790. Arch. pari., t. XXI, p. 313 et suiv.)

2. Talleyrand prêta sermeutdaus la séance du 28 décembre 1790 (Arch. pari., t. XXI. p. 687).

4. L'archevêciue de Paris, dans sou mandement du 31 décembre daté de CLambéry, se montrait au contraire nettement hostile à la constitution civile du clergé (Delarc, Histoire de l'Eglise de Paris pendant la Révolution, t. 1, p. -89 et suiv.)

•j. Bernis, alors ambassadeur à Rome, considérant le serment civique comme incompatible avec son caractère épiseopai., refusa de le prêter et résigna soa ambassade (Sorel, op. cit., t. 11, p. lOGi.

(>. M. de Boual ne put prononcer son discours dont le texte est donne dans les Arch. pari., séance du 2 janvier, t. .\XI, p. 763-765.

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de Dieu nos secours. Je n'en vois point d'humains à opposer à la malice des hommes.

Adieu..., mille choses honnêtes et amicales à tous les vôtres.

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