‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 238 sur 553 · De la même au même · texte numérisé non relu

De la même au même

{Ibid., u° 53.)

Paris, 6 juillet 1791.

... J'espère, mon cher Désilles, que la santé de votre femme' va mieux ; du moins je le désire de tout mon cœur. La mienne est

t. Le service, célébré pour la pose de l'cpilaphe de Mirabeau à Saint-Eustacbe, eut liea le 22 mai. La minute de la lettre d'invitation adressée par Palloy à M"" de Nerraont est à

la Bibliotlièque nationale, Nouv. aci|., vol. 312, fol. 28).

2. Le service commandé en Ihonueur de Mirabeau par les ouvriers de la nouvelle église Sainte-Geneviève eut lieu le 14 mai 1791 (S. Lacroix, Actes de la Commune de Pari*. 2« série, t. IV, p. 230-231).

3. M°"^ Désilles était née, comme je l'ai dit, Picot de Limoclan.

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bonne, et je vous assure que le retour du Roy n'a pas altéré la tranquillité de Paris. M. de Bouille a écrit à l'Assemblée ; beaucoup de menaces^ ! 11 paroîl qu ilentrera des troupes en France. Mais la garde nationale de tout le l'oyaume, quoique moins ag-uerrie, pourra beaucoup faire par le nombre infiniment supérieur aux troupes étrangères. Le même esprit règne dans tout le royaume. Je voyois hier un homme arrivant de Lille en Flandre, qui me dit qu'on Iravailloità réparer les fortifications dans cette ville avec une si grande activité qu'on en faisoitplus 'en 24 heures qu'en d'autres temps en un mois. Les vieux militaires prétendent que les troupes réglées feront disparoitre toute notre milice, car dans le vrai nous n'avons plus de troupes. On m'assura hier que le manifeste des puissances étrangères avoit dû paroitre lundi à Bruxelles. Si cela est vrai, nous l'aurons bientôt. Et au milieu de tout cela, mon cher, je reste à Paris, malgré que mes parens établis dans le Brabant m'aient bien sollicitée d'aller chez eux. Je cpoàs que s'il y a un lieu sur en France, c'est Paris, lorsqu'on n'y est absolument rien comme je suis, ni ne se mêlant point des grandes affaires. Je suis très persuadée qu'on s'emparera des revenus des émigrans, et que, quelques choses qui arrivent, ils seront obligés de revenir, car il faut vivre, et les étrangers ne les nourriront sûrement pas.

Je ne sais, mon cher, ce que vous voulez dire avec vos sermens. On ne peut pas vous obliger à servir dans la garde nationale ayant 50 ans passés, mais bien vous obliger de payer pour monter la garde. Nous le faisons ici; il en faut passer par là et prendre son parti.

Quant à ce que vous me dites de cette malheureuse famille, elle est prisonnière dans toute l'étendue du terme. Très peu de monde les voit, et toujours en présence de deux gardes, et huit en dehors de chaque porte. Partout ailleurs la garde est doublée. On ne fait plus rien au nom du Roy. On avoit commencé à procéder â lôlection d'un gouverneur pour Monseigneur le Dauphin, mais on y a sursis. Le côté droit a fait une déclaration, à laquelle beaucoup de membres du côté gauche ont signé ; elle consiste à déclarer qu'attendu l'arrestation du R03'ils n'entendent participer en rien à toutes les délibérations de

1. François-Claude-Amour. marf[uis de Bouilli' (I7IÎ9-180Û), lieutenant général dos armées du Roi. Le mois iiréçédent, il était ciicoie eomrnandant général de l'armée sur le iUiin, la Meurtlic, la j\loselle. Après l'échec de la l'uile du l^oi, il émigra. Voir sa lellre à l'.Asscmblée datée de Luxendjourg, du 26 juin 17',)1, dans les Arcliires parlcmenUiirua, t. WVII. p. (i02 ; séance du 3iJ juin.

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