M. DARCIER
Votre château a peut-être couru des dangers ; mais tranquillisez-vous, j'ai tout arrêté, cela est fini aujourd'hui, il n'est plus question de rien.
Hier au matin, l'on vint me dire qu'il y avoit de la rumeur à Saint-Vincent', sur ce qu'on avoit vu de la lumière au château pendant la nuit, et qu'on paroissoit s'animer. Sur-le-champ, j'y vole (je viens d'être nommé colonel d'une légion levée à Arlay), je m'informe, je vois qu'il est temps que j'arrive. Je demande leur projet, je feins de croire que Ion ne veut que fouiller, je dis qu'ils ont raison, qu'il pourroit y avoir des soigneurs cachés du parti opposé au Tiers-État (cétoit du moins l'avrs de beaucoup) ; mais je les prie d'attendre, que je vais commander un piquet de 20 hommes pour faire la besogne. Mais je craignois de n'être pas le maître. Je mande à la hâte les officiers de la Légion et quelques membres du Conseil, je cours, devant que la populace ne me devance. Tout en entrant, je fais défiler mon piquet, les officiers et les gens du Conseil qui s'y trouvoient ; je fais fermer les barrières du château, je fais mettre quatre sentinelles à chacune pour empêcher la populace d'entrer ; mais il y en avoit déjà cpii nous avoient devancés. J'envoie remonter les cordes des cloches et fermer le clocher de l'église Saint-Claude ; je fais arrêter mon monde ; j'envoie le major prévenir MM. Bourgeois et Mater de la demande du peuple et de n'en être point inquiets, que je répondois que l'on ne feroit aucun mal, que je les priois de me remettre les clefs. Je viens de dire que j'ai envoyé fermer le clocher de peur du tocsin; toutes les communautés voisines seroient venues, et alors tout étoit perdu. On nous apporte donc les clefs ; nous entrons ; ion visite tout, les lits, les armoires, la cave, les tonneaux, les écuries, les feneaux. Je maperçois que la troupe qui me suit est trop grosse ; je la disperse tant que je peux, en plaçant des factionnaires partout el en en détachant quelques-uns pour aller fouiller la montagne ; l'y emploie les plus animés.
Enfin, Madame, cette perquisition si exacte alloit se finir, lorsqu'un propos au moins indiscret de M. Gason rallume tout. Quelques-uns lui avoient demandé sans doute où étoient les papiers et terriers. Il répond ([ue ce n'est pas de leurs affaires, qu'il les veut emporter à trente lieues. Je commençois à engager les gens à se retirer. Quel bonheur! Vos papiers n'y étoient jjIus ! Je le savois bien ; ils étoient peut-être en danger d'un