‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 268 sur 553 · Du même à la même · texte numérisé non relu

Du même à la même

Paris, 17 mars 1791.

Ma chère petite amie, je suis l'affaire de mon remplacement avec une grande vivacité,, et je n'épargne ni soins, ni pas, ni sollicitations. J'éprouve cependant un accroc que je m'occupe à lever. Il y a un malheureux décret de l'Assemblée pour exclure de la rentrée au service ceux qui l'ont quitté. Je prétends que ce décret ne peut avoir en vue que ceux qui ont quitté tranquillement, par santé, dégoût, légèreté ou autre chose, et ne peut concerner ceux qui ont été vexés et maltraités par l'ancien régime. On en convient; mais cette explication n'est pas prononcée, et il faut que j'obtienne une décision du Comité militaire, sauf à la rapporter à l'Assemblée. Mes amis me servent bien dans cette affaire, et je ne cesse d'aller et venir pour cela. La chose est essentielle, car si je la manquois une fois, ce seroit à n'y plus revenir... ; rien négaleroit mon désespoir, et je me retirerois dans mes bois pour ne jamais revoir les hommes...

1. • Mesdames, tantes du Roi, ont passé à Lyon, samedi, 5 mars, sur les 4 Iieures du soir. Un détachement de 50 liommcs de la Garde nationale, qui les attendait à la porte de Vaise, les a accompagnées jusqu'à celle de la Guilloticre, non pas à titre d'honneur, mais pour proléger leur marche. Elles ont traversé une grande partie de la ville, faisant la conversation avec M. Larrivée, ci-devant chanteur à l'Upéra, qui avait la main appuyée sur la portière de leur voiture ». [Chronique de Paris, 13 mars 1791.)

2. Claude- François Colorabart, premier vicaire à Notre- Uame-dcs-Champs, élu curé de Saint- .Nicolas-des-Champs .

Tout Paris a été illuminé hier pour la convalescence du Roy. Le calme paroît assez s'établir par le mépris où tombent de plus en plus le parti d'Orléans et les Lameth. Les mécontens se multiplient, et le mouvement naturel des choses gagne au Roy beaucoup de partisans. Je crois bien que les choses ne reviendront pas comme elles étoient, mais elles ne resteront pas comme elles sont. Il y aura un milieu plus rapproché de la justice et de la raison. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Paris est plus raisonnable que les provinces. La noblesse y conserve toute sa considération, et les marchands et ouvriers regrettent fort sa dépense et ses décorations qui les faisoient vivre. Sur cet article, il y aura sûrement des représentations du commerce et de nouvelles dispositions.

Adieu, ma chère petite amie,... je t'embrasse de tout mon cœur...

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