Du même au même
[Ibid., n» 60.)
Paris, 27 juillet 1789.
Les scènes d'horreur et d'épouvante ont bien pu jeter de la terreur dans nos âmes, mais n'ont point altéré nos santés malgré de mauvaises digestions jointes à un sommeil fort troublé. Dans des maux aussi aflligeans pour l'humanité, dont nous sommes environnés, nous admirons encore la Providence qui veille sur les habitans de cette ville, et qui ne permet pas que de l'anarchie la plus complète il en sorte plus de malfaiteurs qui nuisent au bonheur public. Les boutiques sont ouvertes, les rues sont libres et sûres ; on y voit peu de voitures parce
1. Après s"ètre réuni aux Rccollels, le Tiers s'assembla en effet dans l'église Saint-Louis. C'est là qu'une partie du Clergé et quelques membres de la Noblesse se joignirent à lui [Arch. part., séance du lundi ::;2 juin, t. Vlll, p. 14Û-143).
2. Jérôme-Marie Champion de Cicé, né en 1735, archevêque de Bordeaux en 1781, garde des sceaux le 3 août 1789, mort archevêque d'Aix en 1810.
3. Jean-Georges Lefranc de Pompignan. né en 1713, arche vêcpie de Vienne en 1774, fut le 4 août chargé de la feuille des bénéfices et nommé ministre d'Etat. Il mourut le 30 décembre
4. Jean-Baptisle-Joseph de Lubersac, évèque de Chartres de 1780 à 1790. 0. François de Talaru de Chalmazel, évèque de Coutances de 1764 à 1790.
6. Joseph-Emmanuel-Augustin-François, comte de Lambertye (1748-1819), maréchal de camp, député de la noblesse pour la sénéchaussée du Poitou.
7. Philippe-Louis-Mario-i\nloiae de Noailles, prince de Poix, duc de Mouchy (1752 1819), maréchal de camp, député de la noblesse pour le baillage d'Amiens et Uam.
que les uns sont partis, les autres se tiennent renfermés chez eux. Cet état durera-t-il longtemps ? Qui peut le prévoir ? Les sages gémissent dans le silence du désordre qui règne dans ce grand royaume et adorent la Providence de ce que nos maux ne sont pas à leur comble.
Les deux dernières victimes, Foullon ^ et Bertier-, ont été pendus, le premier trois fois à la corde d'un réverbère, le second deux fois idem, puis la tète tranchée, leurs corps traînés dans les rues, ensuite hachés en morceaux. Le cœur bondit de ces atrocités, et ce sont des François qui se sont portés à de pareilles horreurs. Oh ! siècle ! oh ! mœurs ! Pourquoi avonsnous tant vécu ! Le Roy est sans pouvoir, les lois sans force et muettes. Dieu seul, oui, il n'y a que Dieu qui puisse arrêter le désordre et calmer la fougue d'un peuple égaré. Tout est en mouvement dans les provinces. Peut-il y avoir une plus grande preuve d'une conspiration ? Les auteurs se tiennent cachés ; ils n'en sont pas moins coupables. Fasse le ciel que la vérité soit connue et qu'ils subissent le châtiment proportionné à leur crime î
M. Necker est attendu. On l'a trouvé à Bâle. Pourra-t-il ramener les esprits à la concorde ? C'est ce que je vous marquerai lorsque je pourrai en entrevoir la lueur.
Adieu, portez-vous bien et priez comme nous que Dieu veuille ramener de beaux jours sur la terre.
P. -S. — M. Necker est attendu aujourd'hui. Les troubles de Rouen continuent ; 600 bourgeois entremêlés de Gardes françoises viennent d'y être envoyés pour donner main-forte contre une troupe de brigands qui désolent Rouen et ses environs. Mantes est également exposé au pillage des gens de cette espèce.
Chàlons-sur-Marnen'apas voulu recevoir le régiment Royal- Étranger. En traversant la ville, il y a été accueilli à coups de pierre. On craint pour d'autres régimens qui dévoient y passer successivement.
1. Joseph-François FouUon, seigneur de Ciiainlré, né en 1715, fui successivcraenl commissaire des guerres en 1743, commissaire ordonnateur pendant la guerre de succession d'A u triclie. intendant général de l'armée pendant la guerre de Sept ans, conseiller en la Cour des aides en 1760, intendant de la guerre, bientôt après de la marine, intendant des linances et enfin conseiller d'Etat en 1784. U avait refusé, au renvoi de Necker, le Contrôle général. Il fut massacré le 22 juillet.
2. l.ouis-Bénigne-François Bertier de Sauvigny, né en 1737, conseiller au Grand Conseil en 1754, maiire des Requôles en 1703, fut en 1708 adjoint à son père Louis-Jean Bertier de Sauvigny, intendant de la généralité de Paris depuis 174i, et le remplaça dans ses fonctions en 1770. On trouvera des détails sur la mort de Foullon et Bertier, son gendre, dans les lettres suivantes.
On répand un imprimé portant relation de ce qui s'est passé chez un conseiller au parlement de Besançon, lequel a dû inviter ses voisins à une fête et les a fait sauter en l'air par une mine placée sous le lieu d'assemblée ^ Un curé de Franche- Comté en a dû marquer la nouvelle à un député à l'Assemblée nationale, qui l'y a dénoncée. Il y a des gens qui doutent de cet événement qui est toujours propre à échauffer les esprits.