‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 285 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(Arcli. nat., W 3o8, doss. "53, i" partie, n" 65.)

Paris, le 26 juin 1791.

... Mon cher beau-frère,... j'envoie mes feuilles à M. Monniotte - ; il vous les communiquera et vous y verrez tout ce qu'il y a de nouveau sur les tristes événemens que nous éprouvons -^ Paris est actuellement assez tranquille. 11 l'a été

trouver des iuconvéniens dans la roule. Rapporlcz-vous-eii, clière maman, à ma sagressc et à ma prudence, et après avoir fait mille tendres compliraens à mes sœurs, je vous ollrirai l'hommage démon tendre respect», (.\rcliives nationales. Comité des reclierches, D X.\1Xb, 37, doss. 385.)

1. La Fayette n'envoya à la poursuite de la famille royale qu'un seul de ses aides de camp. Le second persoiuiage qui partit avec lui était un nommé Bayon, chef du 7« bataillon de la i° division de la Garde nationale, qui se lit donner celle mission par Bailly. «Juant à l'aide de camp de La Fayelte, c'était .M. Romeuf. Seulement, comme il y avait lîeux frères Romeuf attachés à létal-major de La Fayelte, je ne sais duquel il s'agit. iM. Tuetey, dans sou Répertoire des sources manuscrites de la Révolution, identifie le Romeuf en question avec Jacciues-Alexandre Romeuf (1772-1843); M. Et. Cliaravay, dans La Fayette, avec Jean-Louis Romeuf ^l70C-tsl2i.

2. Philippe Mouniotte, juge au tribunal du district de Besançon.

3. Le Roi avait été arrêté le i\. juin à Varcnnes, et la nouvelle en avait été apportée à l'aris le 22 au soir. Voici sur celle arrestation une lettre inédile adressée de Mannheim par M. de Divonue au comte Appraxine, à (ienève. Elle est curieuse en ce qu'elle nous r.euseigne sur l'impression i|ue fit dans le monde de l'émigration l'événement de Vareunes.

De M. de Diconae à M. le comte Appraxine.

« [Mannheim, juin 1791.]

« Vous n'ignorez pas sûrement, mon cher comte, la mauvaise nouvelle qui uous accable dans ce moment. Elle est d'autant plus terrassante que la veille une fausse nouvelle uous avoil fait croire le Roy à Luxembourg. Le priuee de Coudé nous envova uii courrier, par lequel il nous maudoit que le Roy avoit été arrêté à Varennes, que .M. de Rouillé éloit à sou secours, cl quilsy leroil tuer ou qu'il le déiivreroit, et nous donuoil ordre de nous tenir (trots à partir. Le second courrier, que uous ne reçûmes que deux jours après celui-la, nous apprit que le Rov, ayant uu besoin, licsceudit et demanda au maître de poste de i'éclairer pour aller au commodité. Le maitre de poste le reconnut et alors il donna ordre à sou postillon de conduire cette voiture par tel chemin t|ui n'étoit pas le bon et d'aller très doucenieul, de sorle i|ue le Roy ne lit en Irois heures que ce ((u'il anroil dû faire eu trois (|uarts d heure. Pendaut ce temps-là, le maitre de poste faisoil sonner le tocsin partout pour asserublcr du inonde. M. de Damas, colonel de iMonsicur-Dragous, et M. le duc de Clioiseul.i|ui avoient fait seller les chevaux de leur petit détachement, montèrent à cheval cl livrèrent un combat aux Gardes nationales. M. de Bouille venoit au secours. Il élail à 9 lieues de là. et il y avoit seize heures rpi'il étoit à cheval attcudant le Roy. 11 fit à la tête du régimeul Royal-Allemand les 11 lieues en trois et demie. Malheureusement, l'aide de camp do M. de la Fayelte avoit fait couper le pont et Royal-Allemand ne voulul pas passer a la nago, parce que la rive opposée èloit Irès mauvaise. Les dragops. vojanl que Royal-.\ilemaud ne pouvuit pas les secourir, livrèrent pour se tirer d'atTaire M." le duc de Choiseul, et .M. de Damas. M. de Rouillé, lui-même, fulobligéde se faire jour avec (|uiu7.e olliciers. Il est à Luxembourg. Je ne vous parlerai pas de toutes les horreurs qu'il a essuyées. Un capilaine d'houzards vint à bout de percer celle nuée de Gardes nationales, cl prsuioia au Roy de se mettre en croupe sur des hou/ards et de faire une percée. Le Roy l'ayant refusé, ie sabre a la main il reperça ces Gardes et se sauva. Vous connais-

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aussi hier à l'arrivée du Roy et de sa famille. Tout étoit triste. Un million dames sont allées aux Champs-Elysées pour le voir arriver, et tout étoit dans un morne silence. Voir son Roy arriver au milieu de dix-huit mille baïonnettes, dont une partie frappoient contre sa voiture ! Sur le siège de sa voiture étoient juchés trois malheureux gardes du corps '■ qui l'avoient suivi. Ils étoient attachés les trois ensemble, les fers aux pieds. Aussi notre pauvre Reine baissoit latète presque sur sesgenoux, pour ne pas voir ce triste spectacle.

Et ce malheureux duc - qui sest trouvé à la tête d'un détachement de son régiment avec M. de Damas ^ aussi colonel, et qui sont arrêtés à Verdun ! Cela m'inquiète singulièrement, l^ordre du général doit les excuser. Les dragons de Royal, comme de bons patriotes, ont mis bas les armes, lorsqu'ils ont vu qu'il falloit marcher contre ceux qui ont arrêté le Roy...

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