‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 296 sur 553 · De M. Conen de Sai fit-Luc à ses parents · texte numérisé non relu

De M. Conen de Sai fit-Luc à ses parents

(Arcli. nat., W 423, doss. l'oS, 4^ parlic, n"> 73.)

Paris, ce 25 mai 1789.

Mon cher papa et ma chère maman, nous arrivâmes ici samedi :28, à II heures du matin, étatit partis de Rennes le jeudi, à 6 heures du matin, après la messe. Quand j'eus le plaisir de vous écrire de Rennes, je n'avois pas encore fait toutes mes visites ; ainsi, je ne pouvois pas vous en rendre compte. Mais maintenant je vais entrer en détail. Après dîner, je fus voir la petite dame de Champeaux'^. que j'ai trouvée parfaitement; elle m"a beaucoup demandé de vos nouvelles et de celles de mon oncle ^, ainsi que de la chère Euphrasie qu'elle avoit su avoir été incommodée, cet hiver. De là, je fus voir les demoiselles Hardi, qui me sautèrent au col en me voyant, chose qui ne laisse pas que d'être fort agréable pour un cavalier de :21 ans. Aussi cela m'enhardit, et nous causâmes Ion»-temps. De là, je poussai ma tournée jusque chez M. Desnos* que

1. Julienne-Miclielle Désilles, sœur d'André Désilles, avait épousé Ilenry-Augustin du Fresne de Virel, seigneur du l'Iessis-Virel.

2. Fraiiçois-Xavier-Joseph Guyol de Maiche, né vers 1762, capitaine au régiment de Bourbon-Infanterie, àArras.

3. Joseph-.\lexandre-Nicolas Guyol de Maiche, ancien conseiller au parlement de Besancon, habitait avec sa femme à Besançon ou dans sa terre de Maiche, près Saint-Hippolvlo ('Doubs).

4. Etienne-t'ierre de Pontet, ancien officier au régiment de la Marine à Toulon. Envové à Neuf-Brisach, a l'armée du Rhin, il émigra peu après.

5. Bernard- Augusliu d'Abzac, né en 1742, capitaine au régiment de la marine àTouloa. 11 avait épousé M"" de Pressac de Lille de Lioncel. Il fut guillotiné le 24 nivôse au II.

6. Peut-être Juliennc-.Marguerile Le Mézec du Parco, veuve de René de (^hampeaux, seigneur de Trésrouei. Les Cliampeauv avaient eu deux alliances avec la famille du Bot, famille maternelle du jeune Saint-Luc.

7. L'évôriue de Quimper, Toussainl-Francois-.Toseph Conen de Saint-Luc (voir plus haul p. 6, n. 1). ■

S. Peut-être Charles-Marie Desnos de la Grée (ITGi-lSl!?], avocat au parlement de Rennes.

je trouvai fort bien, mais un peu inquiet au sujet de sa fille aînée qui avoit la rougeole. Nous causâmes fort peu, et il ne me parla de presque rien. Il me dit pourtant que mon papa lui avoit écrit plusieurs fois cet hiver, et qu'il ne lui avoit pas exactement répondu, parce qu'il craignoit que les lettres ne fussent ouvertes et quil troiivoit que mon papa disoit sa façon de penser avec trop peu de précaution... Voilà, mon cher papa et ma chère maman, un compte exact de ma conduite de Rennes.

Passons à présent à celui de ma conduite de Paris. Le samedi, après avoir logé ma voiture et avoir dîné, je fus chez M. de Barrin', que je trouvai. On me reçut fort bien et on me demanda beaucoup de vos nouvelles. Je les remerciai davoir bien voulu faire afficher aux cafés du Palais-Royal, et je leur demandai s'il s'étoit présenté quelqu'un -. Ils me dirent qu'il étoit venu doux messieurs. Je fus tout de suite les trouver, mais ils avoient changé de projet et me laissèrent le bec dans l'eau. Heureusement pour moi que hier, en me promenant au Palais-Royal, je rencontrai un Breton, un officier d'artillerie, qui étoit mon grand ami à ^'erdun et qui me pria de lui donner une place jusqu'à Verdun, de manière que je n'aurai que 30 lieues à faire seul. Encore peut-être trouverai-je camarade. Nous partons ce soir, à 7 heures. S'il eût été possible, j'eusse parti plutôt, car je trouve que l'air de Paris est furieusement cher, malgré toutes les économies possibles, car je n'ai encore pris aucun fiacre, ni été à aucun spectacle...

Adieu, mon cher papa et ma chère maman, recevez les tendres embrassemens du plus respectueux des fils.

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