‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 332 sur 553 · M. RENÉ-FLORIAN LE MINTIER · texte numérisé non relu

M. RENÉ-FLORIAN LE MINTIER

eu à VOUS annoncer l'approche positive du moment que nous désirons. Je l'ignore encore entièrement. Mais vous allez juger que nos espérances paroissent évidemment fondées et devenir de plus en plus prochaines. Quoique ce ne soit pas par notre chefs que vous savez n'être pas très communicatif, j'ai appris qu'un courrier, parti de Vienne le 21, qui a passé ici et qui est arrivé le 26 à Coblentz, a rapporté que M. le comte d'Artois avoit été parfaitement reçu par l'Empereur. Après deux conférences, où le Prince lui a présenté tous les détails de notre position et tout ce qu'il en attendoit, ils ont été d'accord de tout. II paroît que l'on est convenu que Monsieur, au moyen d'un manifeste, va prendre le titre de Régent du royaume, qu'il conférera à JNI. le comte d'Artois le titre de lieutenant général du royaume, quelques-uns ajoutent à M. le prince de C[ondé] celui de généralissime des troupes. Le manifeste doit se faire à Pillnitz, 011 l'Empereur, le roi de Prusse et M. le comte d'Artois ont dû se réunir le 23. Leur conférence a dû avoir lieu le 26, 27 ou 28, l'Empereur voulant que le roy de Prusse fût d'accord des bases du manifeste, afin que toutes les déclarations, que lui et le monarque prussien auront à faire d'après cela, fussent conséquentes. Si, comme il faut s'en flatter, tout s'est arrangé pour le mieux, M. le comte d'Artois sera reparti le 29 de Dresde. 11 s'arrêtera 24 heures à Cassel, pour y traiter avec le Landgrave ^ pour un corps de 12 à 15 mille hommes hessois. L'Empereur a consenti à être caution du subside qu'il faut au Landgrave. Nous devons, d'après cela, voir bientôt du mouvement dans les troupes autrichiennes et prussiennes ; mais il faut du temps pour les approcher de nos frontières. Malgré tout l'empressement dont nous sommes animés, malgré la nécessité urgente d'agir, on ne peut encore précisément en prévoir l'époque. Au surplus, M. le comte d'Artois a été reçu à Vienne, même par le public, avec autant de grâce que de distinction, et l'Impératrice ^ a été charmante pour lui. Quand il a paru à la Comédie avec elle, il a été fort applaudi et à plusieurs reprises. Il a logé chez l'ambassadeur d Espagne '*. Le marquis de Noailles* n'a osé paroître devant lui, et n'est plus compté pour rien à la Cour.

1. Louis-Joscpli, duc de Bourbon, prince de Condé (173C-I818).

2. George Guillaume, landgrave etélcclcurde Hessc-Cassel (1713-1821). •S. Léopoid II avait épousé l'infante espagnole Marie-Louise.

., i. E. Daudet. Histoire de Vémigralion, lOOS, in-S", t. I, p. 87.

."). Eninianuol- Marie-Louis, marquis de N'oailles (17.i3-1822), ambassadeur à Viriine, do 1783 à 179i.

Tous les officiers et gentilshommes fixés ici ou dans les environs se sont réunis le malin, jour de Saint-Louis, chez notre chef. Ils lont accompas^né, ainsi que les dames, M*"^ la princesse Louise \ à la messe, après laquelle, étant encore tous rassemblés, on leur a fait la lecture de l'organisation qu'ils attendoient avec impatience. Cette lecture a été précédée d'un discours succinct, mais noble et touchant, que le chef a prononcé. Ceux qui n'ont point servi, ou qui se trouvent sans activité paroissent les moins contons de cette organisation. Cependant, personne ne se plaint à un certain point. On dit le mécontentement de ceux-ci et surtout des majors en second plus marqué à Coblentz. >L le baron de Fumel - est chargé de mettre ici cette ordonnance en exécution. Je vois que ce n'est pas un travail médiocre.

Nos deux chefs " partent demain pour Coblentz. On dit que M. le comte d'Artois doit y être revenu le 5 septembre. Sans doute qu'ils l'y attendront. Il faut espérer qu'à son retour on saura quelque chose sur l'époque du moment que nous attendons.

Monseigneur vient de me dire avoir reçu dans son temps la lettre que M. de Livarot ' lui a écrite de Tournai, et lui avoir répondu presque aussitôt. Il m'a chargé, ainsi que les autres et la princesse, de vous remercier.

Recevez toujours avec confiance, mon cher Général, l'assurance des sentimens avec lesquels je vous honore et qui m'attachent à vous depuis longtemps et pour toujours...

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