Du même au même
Ce 20 octobre 1791 .
... Je suis arrivé à Goblentz, mon cher ami, lundi dernier, à i heure et demie. J'ai été longtemps occupé à chercher un logement. J'ai été assez heureux pour trouver où me gîter, ainsi que Thomas, pour 33 livres par mois. Je n'y serai pas encore longtemps ; car, comme le régiment est cantonné dans un village circonvoisin, je serai obligé d'aller y vivre. \'oilà ma perspective pour mon hiver ; tu vois qu'elle est fort triste.
Goblentz fourmille de François. Aucuns n'espèrent sortir
de la stagnation où ils sont avant le printemps. L'Empereur passe pour ne pas vouloir donner des troupes. Ce qu'il y a de sur, c'est que Tordre de marcher a été donné aux troupes, et que le contre-ordre a suivi de près. Il paroît que l'on voudroit négocier. Ce qu'il y a de certain, c'est que la nouvelle généralement connue du discrédit de l'Assemblée présente fait espérer une diversion dans notre position. Le Dauphiné vient d'adresser aux princes une adresse par laquelle tout le haut tiers sofïre à les secourir de leur personne. On est sur de plusieurs villes frontières; l'opinion nous est favorable dans les provinces.
J'ai été présenté aux Princes et à Madame le mardi, lendemain de mon arrivée. Comme il y avoit cercle et que les Prmces étoient occupés à jouer, ils n'ont fait une mine gracieuse et n'ont parlé ni à moi, ni au commandeur de Mesgrigny ', ni au baron de Fénelon -, qui ont été présentés avec moi. Aujourd'hui jeudi, je serai, à 1 heure, présenté à l'Électeur^ par le comte de Vergennes S l'ambassadeur de France.
Rien n'est si intéressant que de voir tous les gentilshommes d'une province sous le même uniforme faire 1 exercice à cheval à ravir. Le jeune comte d'Ambrugeac est aide-major et leur commande la manœuvre °.
Les gentilshommes du Poitou sont aussi ici en corps. Le jour de leur présentation aux Princes, M. le comte d Artois leur a dit : «J'espère, Messieurs, vous mener aux pieds du Roy avant peu )).
On ne peut rien décider. Le Conseil se tient tous les jours ; le secret en est impénétrable. ^I. deCalonne, qui est incommodé, est à deux lieues de Coblentz. Tous les jours après le Conseil, les Princes lui envoient un courrier.
Les Mousquetaires se reforment ; ils vont s'établir à Neuwied", à trois lieues de Coblentz. C est une principauté charmante, où le prince habite, et où il y a un superbe château et un jardin fort beau sur le bord du Rhin.
J'envoie àl'abbéla gravure du palais de l'Électeur à Coblentz: il est remis à neuf et très beau.
1. Probableineut Jean-Cliarlcs-Louis, chevalier de Messçrisiiv (l"4b-1828), commandeur de Malte.
2. Jean-Louis-Augustin de Salignac-Fénelon, baron de Loubert, dit le baron de Fénelon (1755-1829;, adjudant général de la maison de Monsielk.