‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 353 sur 553 · N. AU BARON DU BLAISEL · texte numérisé non relu

N. AU BARON DU BLAISEL

dépendra de moi et tout ce que je croirai nécessaire pour faire respecter vos propriétés.

Je suis très sensible à l'intérêt que vous me témoignez sur ma position. Eh ! pourrois-je être heureux, quand ma malheureuse patrie est déchirée de toutes parts ! S'il me reste un motif de consolation, c'est de n'avoir pas méconnu le chemin de l'honneur. Si j'avois pu balancer sur le parti que j'avois à prendre, je ne saurois assez vous remercier d'avoir dirigé ma marche ; mais j'espère que vous vous rappellerez que j'ai été invariable sur mes projets, puisque j'ai constamment résisté aux différons avis qui m'ont été donnés de me retirer dans ma famille, pour me concerter sur mon émigration et pourvoir à mes affaires. L'ordre que j'aurois pu y mettre m'auroit sans doute dédommagé de la longueur du voyage ; mais je prévoyois avec raison que je n'en avois pas le temps, puisque je suis des quatre dernières compagnies sur environ 60 dont le cantonnement est composé.

L'opinion que l'on a des derniers arrivans ne leur est guère favorable, parce qu'on dit qu'ils n'ont attendu au dernier moment que pour être à temps d'embrasser le parti le plus fort.

Les nouvelles que j'ai eues de Toulouse sont très anciennes, mais il me paroît qu'on persiste dans les mêmes projets...

Je vous exhorte à ménager votre santé et vous prie d'être convaincue du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble serviteur.

De N... au baron du Blaisel^ « lieutenant général des armées du Roi, aux Chartreux ^^, rue d'Enfer, à Paris.

(Arch. nal., W 431, doss.007, n" 132.)

Kessdheini, près Coblcntz, k- S avril 1792.

Votre dernière, Monsieur le baron, ma fait bien de la peine. La seule vue de votre écriture m'eût appris ce que vous me dites de votre mauvaise santé. Je suis cependant touché que dans cet état vous vous souveniez encore de votre ancien ami. Votre courage échauffe le mien et me soutient, mais vous me connoissez trop bien pour penser que le mal ou le danger pût

Page 1