‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 36 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(Ibid., n" 68.)

Paris, 13 novembre 1789.

Décret de l'Assemblée nationale qui prie le Roy de nommer desjugesàRoucn pour remplacer ceux qui forment la Chambre des vacations qui, en enregistrant les lettres-patentes qui suspendent la rentrée de tous les parlemens de France, s'est avisée d'insérerdansTenregistrement quel'Assemblée n'étoitpas libre et que le Roy étoit prisonnier dans sa capitale ! Décret pour que ces juges soient traduits au Châtelet, tribunal désigné pour juger les crimes de lèse-nation ! D'aucuns trouvent celuici atroce ; d'autres approuvent ces délinquans, mais tout bas, et font bien : la corde est à la lanterne ^. Un député montra

1. Le 13 octobre 1789, M. deJuigné demanda sculonienluii congé et des passeports et parlit pour Aix-les Bains; il fixa ensuite sa demeure àCiiambéry {l)e\a.rc, Histoire de l'Ei/lise de Paris sous la Itéuolulion, t. 1, p. 162-163). Cf. Archioes parlementaires, t. IX, p. 4oO).

2. Jean-Josepli Mounier (1758-1806), député du tiers état de Dauphiné, président de l'Assemblée le 28 septembre, donna, le 8 octobre 1789, sa démission de député et partit le 10 octobre pour le Dauphiné (Arc/(. pari., t. IX, p. 382). Cf. Exposé de la conduite de M. Mounier dans F Assemblée et motifs de son retour en Dauphiné [Ibid., t. IX, ]>. oo7-

3. A la suite du décret du 3 novembre, par lequel l'Assemblée nationale avait décidé quen attendant la nouvelle organisation judiciaire, « tous les parlemen'.s continueraient de rester en vacances, que ceux qui seraient rentrés reprendraient l'état des vacances, et que seules les chambres de vacations continueraient ou reprendraient leurs fonctions », la chambre des vacations du parlement de Rouen avait pris le 6 novembre un arrêt de proteslalion qui appréciait dans les termes les plus violents le décret revêtu de la sanction du Roi, le déclarait « contraire aux droits et aux intérèls de la province, arbitraire et sans aucun motif raisonnable, propre à établir plus que jamais l'anarchie, à ruiner infailliblement les justiciables ». Le Conseil du Roi frappa cet arrêt d'annulation et, le 10 novembre, l'Assemblée le renvoya à la connaissance du tribunal chargé provisoirement de la connaissance des crimes de lèse-nation. Les magistrats de Rouen ayant déclaré que leur arrêt contenait seulement l'expression de leur douleur profonde sur les malheurs de l'Etat, le 12, sur lecture d'une lettre du Roi, prêchant l'indulgence, l'Assemblée revint sur sa décision et n'exigea plus que la formation d'une nouvelle chambre des vacations à Rouen ». (Archives parlementaires, t. IX, p. 664-666, 728-730, 741-743, 7o9 ; — Bertrand de Moleville, Histoire de la Révolution, t. II, p. 307-314; — S. Lacroix, Actes de la Commune, t. 111, p. 39-40.)

mercredi un demi-courage, en s'écriant dans la salle, aujourd'hui au Manèg-e : « Je dénoncerai les auteurs des troubles d'Alsace ^ ; ils sont ci-présents ! — Dénoncez ! » lui répondon. Un bruit infernal lui coupe la parole, après lequel on passe à l'ordre du jour, et le dénonciateur s'est tu.

Le député Coclierel - menaça le comte de Mirabeau, son confrère, de lui donner des coups de canne, en lui disant : « Sortez! » L'évêque de Ghàlons ^ pria Mirabeau de rester. « Ne l'en priez pas. Monseigneur, je suis sur qu'il ne sortira pas ! » Le lendemain Mirabeau vient siéger auprès du comte de Lautrec ■' qui l'apostrophe en lui disant : << Il est donc mort ? — Qui? — Cocherel, qui vous insulta hier. — Non, répond le champion ; ce ne doit pas être à coups d'épée que je travaillerai à faire une Constitution. » Il y en a qui prétendent que c'est la seule affaire dont il se soit tiré avec tant d'honneur. Voyez quelle méchanceté !

Le duc d'Orléans a été admis à l'audience du roy d'Angleterre après trois quarts d'heure d'attente dans l'antichambre. Elle a duré vingt minutes. Sa Majesté a témoigné toute sa sensibilité de la position affreuse du roy des François et du courage de la Reine, lorsque le o octobre on voulut attenter à sa vie. Le prince de Galles*, grand maître de la maison du roy, donna le dîner d'usage. Trois François siégèrent à table : le duc d'Orléans, Laclos^ etDucrest". Pas un ambassadeur de lamaison de Bourbon n'y parut. Le peuple de Paris n'en est pas moins émerveillé de la mission de Son Altesse, et l'attend, avec un grand convoi de farine, le 24 de ce mois, qui ne le fera pas paroître plus blanc aux yeux de bien des gens. Ce prince fait les délices de la maison de la duchesse de Devonshire *, dont on dit aujourd'iuii que la femme de chambre a été arrêtée à

1. Sur les troubles des mois de juillet et d'août qui aboutirent le 11 août à la dcmissioa du magistrat et des cclievins de Strasbourg et à la substitution d'une municipalité à l'ancienne administration, cf. Seinguerlet, L'Alsace française, Strasbourg pendant la Rêuolution, 1881, in-So, p. 17 et suiv.

2. Mcolas-Robert, chevalier de Cocherel (1741-1826), député de Saint-Domingue.

3. Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre (1749-1830), évèquede Châlons-sur-Marne, de 1782 à 1790.

4. Picrre-Josepli, comte de Toulouse-Lautrec (172G-1T04), maréchal de camp, député de la noblesse de Castres.

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