Du mhne au même
[Ibid., n» 89.)
Paris, le 22 février 1791.
... Etant, ^lonsieur, fort occupé de rembourser les fonds de ceux qui m'en avoient confié et assez embarrassé pour faire
1. Guy-Jean-Baplisle Tarj^el (1733-1806), député du Tiers au s Elals généraux. i. Voir plus haut, p. 179.
396 M. FOUGERET
rentrer ceux que l'Etat me doit, je n'en ai pas beaucoup de libres à mettre en acquisitions, et je vous avouerai que celles du bien du Clergé sont celles qui me plaisent le moins, et que je préfère acheter de particuliers et ne participer en rien à ce qu'au fond de mon âme je ne puis voir autrement que comme injustice et usurpation. D'après cela, il ne peut y avoir de biens du Clergé qui me conviennent que ce qui m'est absolument nécessaire, comme la grange dîmeresse et peut-être quelques terrains enclavés dans les miens, et encore en supposant que la vente n'en soit pas à un prix fol, et en prenant devant Dieu et les hommes l'engagement de restituer à la première demande aux dépouillés, s'ils ressuscitoient...
Mesdames sont parties samedi, à 10 heures du soir, malgré la bêtise et l'audace du peuple et des bourgeois dun tas de petites villes, qu'on avoit ameutés pour s'y opposer. On croit que leur courage et leur résolution ne molliront point, et que rien ne les empêchera de sortir d'un royaume où leur neveu ne règne plus. La populace gouverne seule et mène l'Assemblée. II y a quatre jours quelle avoit maintenu les entrées au moins provisoirement ; mais le décret des licences à payer annuellement par tous ouvriers ou marchands sans exception ayant fermenté trop fort, pour calmer elle a supprimé tous les droits d'entrée. On jetoit à bas hier les bàtimens des barrières. Voilà toutes nos nouvelles. D'ailleurs, tout va de mal en pis ; et la preuve, c'est que bien des députés connus pour être révolutionnaires sont dans la consternation et l'effroi. Si Dieu n'y met la main, je ne sais plus ce que nous deviendrons tous.
Je suis...
Fougeret.