Du même au Diême
{Jbid., n" 88. j
Paris, le 12 avril 1791.
J'ai reçu. Monsieur, votre lettre et je suis émerveillé de lardeur avec laquelle on se porte à acquérir les biens nationaux. Les 27 arpens et demi des prés de Fontainejean font un beau et bon bien. Mais si, comme les meilleurs prés de notre prairie, ils ne val(^tau plus, année commune, (jue 50 livres de loyer, c'est les acheter cher que d'en donnçr 1429 1., 1 s., 9 d. l'arpent. Cela ne fait, au plus, que 3 1/2 de son argent brut, c'est-à-dire
sans avoir défalqué l'impôt foncier qui, en le supposant de 7 1., réduiroit le placement à 3 p. 100.
Paris devient déplus infâme en plus infâme. Les femmes, et surtout la vertu y est outragée. On fait battre à mort et fouetter les sœurs de la Charité, les Béguines, enfin tout ce qui passoit sa vie à faire du bien, et cela parles raccrocheuses à 2 sols*. Les femmes pieuses, qui vont à la messe et faire leurs dévotions dans les couvens pour éviter le schisme des intrus, sont outragées de même. Et la Garde nationale présente ne s'oppose qu'aux meurtres, et regarde la décence et l'honneur comme rien. Un pays est perdu, quand les femmes sont méprisées, et avilies, et dégradées, en raison de leur vertu et de leur chasteté. Cela désole les gens qui ont des principes d'honnêteté. On dit que c'est le club affreux des Jacobins, dont l'évèque de Lydda est membre, qui a imaginé cette facétie, qui ne prend pas bien dans le public.
Adieu, Monsieur, ayez de la tranquillité le plus longtemps possible et portez- vous bien.
Je suis... FODGERET.
o. — Di( tnème au même.
(Ibid.. n* 86.;
Paris, le 23 avril 1791.
L'argent, Monsieur, étoit ici, avant-hier, samedi, à 8 p. 100 pour les billets de :200 liv., et à 8 1/2 et 9 pour ceux de oOO et 1.000, c'est-à-dire que pour un assignat de 200 on ne touchoit en écus que 184, et, pour avoir de l'or pour des assignats, 25 louis coùtoient 56 livres. D'après cela, si vous avez de l'argent, soit à moi, soit à vous, ménagez-le bien, gardez-le bien, et l'enfouissez même dans quelque endroit où il soit introuvable, et que vous seul et M™'= Lecoy sachiez votre secret. Voilà la situation où on est réduit. Tous ceux qui peuvent partir de Paris en décampent, dans la crainte de la
1. 1 Dernièrenieut il a pris l'antaisie au bon peuple de porter des yeux et des mains profanes sous les cliastes jupes des sœurs de la Charité de la paroisse Saint-Roeli. Aujourd'hui du même goût, il s'est porté en foule aux dames Sainte-Marie et au couvent des Miraraionnes. 11 étoit précédé d'une douzaine de dames de la place Maubert et du marché Saint-Antoine, portant des poignées de verges. Aux dames Sainle-.Marie, une pensionnaire, dit-on, a failli recevoir ce que toutes ces femmes regardent et doivent regarder comme l'affronl le plus sanglant. Aux Miramionnes l'écharpe municipale et la Garde nationale ont préservé les religieuses du honteux traitement que la gaieté populaire leur préparoit. Ces bonnes religieuses, qui n'aiment pas les innovations de la hiérarchie religieuse, n'ont pas voulu reconnoitre les nouveaux curés. Voilà la cause des visites si étrangement indécentes qu'elles reçoivent ». {L'Ami du lioi, n" du 8 avril 1791.)
398 M. FOUGERET
guerre civile et en même temps de l'irruption de toute l'Europe, que leurs préparatifs sur nos frontières semblent annoncer. Il n'y a d'union ni dans l'Assemblée, ni dans les clubs, ni dans la Garde nationale, ni même dans les motionnaires, qui tantôt veulent détruire la monarchie et anéantir la royauté, tantôt anéantir le club des Jacobins contre lequel bien des gens sont enragés. Les écrivailleurs ne cessent d'exciter les citoyens les uns contre les autres. On parle de transférer le Roy et l'Assemblée à Orléans. A l'Assemblée, on dénonce le nouveau Clergé comme persécuteur. Ceux qui ne veulent pas que l'Assemblée, qui seule à présent empêche Paris de mourir de misère, et en tient toujours le peuple et le petit bourgeois, s'en aille, disent qu'elle veut s'en aller pour tomber librement sur les rentiers, ce qu'elle n'ose faire à Paris. Pendant ce temps-là, et en dépit de la notoriété publique de la captivité du Roy démontrée en dernier lieu, comme le 8 octobre 1789, on vient d'écrire de la part du Roy aux ministres dans les différentes cours que cétoit une calomnie atroce que de dire que le Roy n'étoit pas libre, etc^.. En vertu de cette liberté, on lui a ôté tous ses officiers et gentilshommes et toute sa chapelle, et il a été contraint d'aller hier à sa paroisse.
D'après tout cela, qu'ont à faire les particuliers, sinon de se tenir le plus renfermés qu'ils peuvent, de vivre petitement et au jour le jour, de tâcher de dormir autant qu'Us peuvent, de prier le bon Dieu, et de cacher leur argent le plus qu'ils peuvent, s'ils en ont.
M. de La Fayette, qui ne vouloit plus commander la Garde, attendu sa désobéissance et les insultes qu'elle lui a faites, ainsi qu'au Roy, vient de se rendre à leur prière et de reprendre, peut-être moitié forcé, le commandement. Mais on ne veut point punir les coupables. Voilà l'état de Paris...
Je suis...
FOUGEUET.