‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 370 sur 553 · Du ?)iême au mrme · texte numérisé non relu

Du ?)iême au mrme

[Ibid.. n» 83.) Au grand Gentilly, près Paris, le 6 juin 1791.

11 paroît, Monsieur, d'après la nouvelle insulte que je viens d'essuyer à Château-Renard, que les insurrections sont probablement recommandées et payées par les clubs dans notre malheureux pays. Les bruits de guerre, qui se répandent plus que jamais, me font craindre plus que jamais des horreurs contre de bons et tranquilles particuliers qui ne les méritent pas et sont bien loin de désirer et encore plus, de provoquer des ennemis du dehors à une malheureuse patrie qui a au dedans d'elle autant de germes de trouble. Mais qu'y faire, que de s'armer de constance, de fermeté et en même temps de résignation? Je vois souvent un brave capitaine des vaisseaux du Roy, qui vient d'être récompensé des blessures qu il a reçues au service de la patrie et de son Roy par le pillage absolu de son château, et la destruction de tous ses champs et de tous ses mûriers et oliviers par les brigands Avignonnois révoltés contre le Pape, leur souverain, et furieux d'avoir bouqué devant Carpenlras, où ils ont été frottés d'importance. Il rend grâces à Dieu d'avoir été lui et sa famille à Paris pendant ce temps-là et de ce que les brigands ont eu la bonté de ne pas renverser son château de fond en comble. Par la même raison, je dois, moi. me trouver très heureux de n'avoir éprouvé que les petits maux que l'on ma faits, et surtout de n'avoir pas été chez moi...

Vous avez bien fait, dès que les girouettes déplaisoient à ces messieurs, de les faire descendre. Quand cette épidémie sera passée, nous les remettrons. Nous en avons et à Paris et ici, où les paysans, enchantés d avoir des bourgeois qui les font

travailler, se gardent bien de les tracasser et sont bien las des clubs de Jacobins, qui au reste perdent journellement à Paris...

Je suis...

FOUGERET.

Page 1