Du même au même
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Paris, le iO mai 1791.
... On parle tant. Monsieur, de l'Assemblée prochaine, de l'Assemblée qui, dit-on, veut faircplace à une nouvelle Icgis-
1. Cello circulaire fut envoyée à loiis les aj;enls français le 12 avril (A. Sorol, l'Europe et la révolution française, l. Il, p. 18S}.
lature, et par suite de nouvelles et redoutables assemblées primaires, secondaires, etc. de troubles actuels et futurs, et puis dune coalition et invasion de toute l'Europe contre la pauvre et déplorable France, qu'on ne sait que penser, que croire des événemens que nous sommes dans le cas d'attendre, d'autant que toutes les nouvelles se croisent, se falsifient et se contrarient journellement. Dans ce conflit, dans ce cahos les particuliers tranquilles, ou par caractère, ou par principe et par raison, heurtés de tous les sens ne peuvent rien espérer que du temps. D'après cela, j'insiste pour ne rien, mettre au hasard de la décision des juges que quand vous y serez forcé, et, dans ce cas, d'y mettre toute la lenteur et les retards qui dépendront de vous, tant en première instance, qu'en appel pour les affaires que, malgré le jugement du premier juge, vous estimeriez bonnes, enfin de profiter de tous les délais légalement possibles. Le bénéfice du temps est le seul à espérer pour tous gros propriétaires obligés de passer par les mains de juges aussi décidés que le nôtre à les sacrifier pour gagner le peuple et être maintenus dans leurs places...
J'approuve le sacrifice que vous avez fait pour vous procurer des espèces ; et comme, dans les circonstances menaçantes où nous nous trouvons, il peut être sage de diviser un peu le comptant que l'on peut avoir, je vous ferai passer par la première occasion les 2-000 livres en assignats pour remplacer ceux que vous avez changés. Si dans le silence vous trouviez à vous procurer sans trop de perte des écus ou des louis, jusqu'à concurrence de trois ou quatre mille livres de plus, marquez-le moi, je vous ferois passer des assignats au fur et à mesure. Mais je ne vous demanderois pas de m'envoyer ces espèces ici, au moins de sitôt, et je préférerois de les avoir là-bas, où vous me les garderiez en lieu sûr pour le besoin, et, si vous pouviez, dans quelques caches ou coins connus de vous seul et de M""' Lecoy, même divisées pour plus de sûreté. Si c'est dans la terre, on fait un petit plan du terrain, et avec des lettres aux différentes stations, on retrouve tous les pots enterrés sans peine quand on veut les retirer. Surtout, jamais de cache dans les caves ; en cas de pillage, c'est toujours l'endroit que l'on visite le premier.
Tout cela doit vous surprendre. Mais que voulez-vous que je vous dise ? S'il arrive seulement la moitié de tout ce que l'on assure, nous devons nous attendre à tout. Il est peut-être parti de Paris, depuis le lundi de la semaine sainte, 5 à 600 fa-
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milles, et presque tout est passé chez l'étranger. Et cette émigration effrayante ne diminue pas ; cette fuite, qui a l'air d'être lefïet d'une terreur panique, est un mal qui se gagne. C'est peut-être lace qui fait monter l'argent. Ce matin d'un assignat de l.OOO livres on avoit en écus 918 livres; pour lespetitsassignats, ils étoientà 7 1/2 ; et les louis, à o4 sols contre l'assignat et 8 sols contre l'écu. Tout ce détail pour vous seul... Je suis...
FoUGERET.