Du mêtne au même
(Ibid., n" 40.)
Paris, le o décembre 1791.
... Vous êtes peu au courant, Monsieur, des séances de l'Assemblée actuelle et de ce qui s'y dit, quand vous me parlez d'y porter des plaintes pour les petites vexations qui ont lieu à Château-Renard. Ce sont des roses auprès de ce qui se passe dans tout plein de villes de France et qu'on est bien peu empressé d'arrêter, et dans nos colonies, dont 2.000 blancs d'ég-orgés, sciés, éventrés, hommes, femmes et enfans, et 14.000 à 15.000 nègres de tués n'ont pas touché nos législateurs^; et M. Brissot'% l'un d'eux, avance que c'est une manœuvre des colons et du gouverneur, que ce sont ceux qu'on a égorgés et brûlés, et les colons restans qui ont tout le lort, qu'il faut les amener à Orléans, les fers aux pieds, et les faire juger, mais que les nègres révoltés, les mulâtres qui les ont excités et armés, et surtout les loO émissaires envoyés de France pour cette œuvre philosophique ne sont assurément pas les coupables. Un ancien ami, que vous avez pu voir chez moi à Paris et une ou deux fois passant à Château-Renard, M. Lhéritier, mon voisin à Paris, y perd 100.000 livres de rente et une habitation où il avait dépensé un million. On compte déjà
ne s'est pas contenté de crier Vive le Roi à son entrée. Ce cri et tous les cris possibles ont été entendus et dans chaque entracte. »
1. Séances des a et G octobre 1791 {Arch. pari., t. XXXIV, p. 84 et suiv., 102 et suiv.).
2. La Fayette se démit de ses pouvoirs de commandant de la Garde nationale le 8 octobre. Le il, la Garde nationale lui décernait une épée d'honneur. Il partit aussitôt après pour l'Auvergne, et le 18 octobre il arrivait à son château de Chavaniac (Haute-Loire). (Et. Charavay, le Général La Fayette, p. 277.)
3. C'est la première révolte des noirs, celle de la fin de 1791 (Castonnet des Fosses, la Révolution de Saint-Domingue, chap. m).
4. Jacques-Pierre Brissol de VVarville (1734-1793), député ii la Législative et à la Convention.
plus de 600 millions de perte, et dans cette circonstance des têtes extravagantes de l'Assemblée, des gens sans pitié et qui n'ont rien à perdre, et par conséquent qu'à gagner dans le trouble, empêchent autant qu'il est en eux ou au moins retardent l'envoi des secours, en suscitant ou approuvant des soulèvemens et des insurrections à Brest.
Vous me demandez si j'entrevois encore des troubles et des insurrections. Je ne suis pas sorcier, et caserne autant qu'il m'est possible dans ma m.aison avec ma femme et mes enfans, j'ignore ce qui se prépare. Mais d'après ce qu'on écrit et ce qu'on dit au dedans et au dehors, et ce que l'Assemblée ne paroît pas révoquer en doute, il paroît que l'orage est prêt à crever et que toutes nos frontières pourroient être attaquées au plus tard au printemps. Quand on voit d'ailleurs que, dans l'intérieur du royaume, les Jacobins et leurs adversaires commencent à s'échauffer au point qu'il est à craindre que la guerre civile ne s'allume dans l'intérieur avant que nos frontières soient attaquées, sans être sorcier on peut prévoir des malheurs, et craindre tout. Et voilà où j'en suis, ainsi que tout ce qui à Paris a quelque propriété. Aussi chacun cherche-t-il à mettre à couvert ce qu'il a de plus précieux. Encore les puits, les caches dans les caves et dans les greniers ne paroissent-ils que médiocrement sûrs depuis qu'on répand que les Jacobins font venir les bandes déjà employées pour la Révolution à Paris et dans toutes les villes importantes, et depuis à Avignon, pour les mettre en action dans la capitale. Prenez donc vos précautions comme on fait ici...
Adieu, Monsieur, je suis...
FOUGERET.