‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 382 sur 553 · Du même mt même · texte numérisé non relu

Du même mt même

{Ibid., n" 42.)

Paris, le iO janvier 1792.

... Les espèces d'injures que le sieur Caumont a mises dans son exploit d'offres ne me regardent pas. Il injurie la féodalité. A la bonne heure ! Ce n'est pas moi qui, il y a mille ans, l'ai inventée, et je voudrois bien à présent qu'elle ne l'eût jamais été. Je n'aurois pas acheté bien cher des biens très légaux et qu'il a plu de détruire et d'anéantir sans examen ni réflexion et dans un accès de délire, au milieu d'une nuit bien orageuse,

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et que l'Assemblée constitutionnelle pleure à présent bien amèrement, depuis que les membres tranquilles ont réfléchi à leurs opérations.

Tâchez de conserver votre courage et d'en inspirer à M"* Lecoy. Les propos, les menaces ne sont souvent que du vent. Restez cois, ne faites point de poursuites, n'excitez en rien l'étincelle..., évitez les propos et les lieux publics. La Providence, après cela, est tout ce qui peut sauver et la France et chacun des individus qui l'habitent. Imaginez-vous que la folie et l'extravagance sont au comble. Le manque de fonds, l'engourdissement des ventes des biens du Clergé, et les dépenses pour la guerre d'un autre côté ont fait proposer la vente de toutes les forêts royales et du Clergé. Si cela a lieu, dans deux ans plus de bois de construction, de charpente, ni de corde dans toute la France ! On dit qu'hier au soir, à propos de la Haute-Cour nationale ^ sur laquelle les Jacobins veulent ôter au Roy le veto que lui donne la Constitution, il y a eu un bacchanal infernal-. Les tribunes y ont injurié le Roy, crié qu'il n'en falloit plus; enfin l'on s'est donné des coups, et l'on dit que des députés en ont reçu.

On écrit que, malgré les ordres donnés et les généraux, quelques nationaux ont passé la limite et été piller et incendier sur territoire étranger le château de Linange '\ appartenant à un neveu du général Bender. On craint les représailles sur les villages françois de la frontière et cela donne beaucoup d'inquiétude. On assure que l'Empereur et les autres princes et Etats confédérés contre nous, voulant épargner les horreurs de la guerre civile, ne veulent point souffrir 1 entrée des Princes et de la noblesse et bourgeoisie émigrée, qu'ils resteront à garder les villes des frontières, même l'intérieur des terres de l'Empire. Cela est bien vu et empêchera l'acharnement de la vengeance entre les François...

Je vous préviens que toutes les denrées et marchandises augmentent ici sensiblement. Ainsi, faites provision de tout ce qui est d'un usage journalier. Les souliers, bottes, papiers, harnois, fers, tout augmente à un point extraordinaire, et si vous aviez de l'argent, c'est-à-dire des assignats, du fer, du vin, du chanvre, enfin tout seroit bon à emmagasiner, surtout

1. La Haute-Cour nalionale d'Orléans. Le décret du 5 mars 1791 avait en effet institué à Orléans un tribunal provisoire chargé d'instruire et juger en dernier ressort les affaires do crimes de lèse-nation en remplacement du GhàtcleL.

2. La question était de savoir si la sanction royale était nécessaire pour les décrets de la Haute-Cour ( A rc/t. pari., t. XXXVII, p. 170 et suiv.).

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